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a. "Voir la note \ III.
plusieurs idées antiques comprises assez mal, ou travesties par bonté d'âme, et beaucoup des sottises qui coururent les rues entre 1825 et i85o. Cette mixture, réchauffée et dorée au foyer de l'imagination et de la passion les plus belles, donne une pâte consistante, comme un humble Corpus de philosophie populaire, et fait rêver d'un Jules Verne mystagogue et sociologue.
Son procédé le plus familier consiste à élever jusqu'à la dignité de Dieu chaque rudiment d'idée générale qui passe à sa portée. Non un dieu de polythéiste, fini et balancé par un vaste concert d'autres forces divines, mais un vrai Dieu au sens chrétien, un Dieu de monothéiste, revêtu pour quelques minutes de toutes les perfections comptées par les théologiens.
Ces divinités temporaires se succèdent au gré de sa mobilité : c'est tour à tour la ^ ie. l'Homme, l'Amour, le Droit, la Justice, le Peuple, la Révolution. Quelquefois ces abstractions variées se fondent les unes dans les autres, car Michelet manquait à un rare degré de l'art de distinguer : elles font masse contre un commun adversaire, qui s'appelle, selon les besoins d'un moment, la Mort, la Bête, la Haine ou l'Autorité... Ces corx'i|) lions d'un manichéisme incertain nous ramènent, malgré la pompe des majuscules et l'emphase du style, aux premiers bégaiements du haut Moyen Age : quelques
moines de grand chemin déifiaient ainsi les confuses et tendres énergies de leur sentiment; mais leurs successeurs condamnèrent1 cette « erreur des aveugles qui se font guides », L'error de' ciechi che si fanno duci. Dans la Divine Comédie, Virgile explique en deux tercets à son disciple [que, si le cœur produit l'énergie de la vie et la matière brute de notre mouvement, la raison2 à seule qualité pour tout diriger.
Michelet moraliste ignore la raison; politique, il n'en lient non plus aucun compte réel. Il crée un droit et même un privilège au profit de la non-valeur. Il forge à tout néant des titres à la vie. Il jette un grand pays pensant, une race active et féconde, en proie au bon
i. Or li puote apparer quant'è nascosa La veritade alla gente ch'avvera Ciascuno amore in se laudabil causa,
Perd che forse appar la sua matera Sempr'esser buona ; ma non ciascun segno !-j buonn, ancor che buona sia I" cera.
I Pi RGATORIO, \\ lit. .') '| 3g)
Ce «|h<- 1 »;i ii t. dil de l'Amour se peul dire aussi de la volonté. Il ;■ fallu descendre i"i^ les degrés de la décrépitude intellectuelle pour en venir à l'étal d'espril de ces modernes professeurs ■•! maîtres de la jeunesse qui appellent publiquement toute volonté in se laudabil causa.
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Edell' assenso de' tener la soglia.
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plaisir de ses gueux niais et féroces. Tout cœur d'homme lui apparaît, comme son cœur, l'asile des oracles et le temple des prophéties, chose divine, inviolable et incoercible. Théologien des droits de la multitude et de cet instinct populaire qui lui semble infaillible, justificateur habituel de toutes les révoltes contre les sacerdoces et les empires, il définit les hommes supérieurs comme de simples mandataires et des représentants mystiques de la populace. Il définissait bien sa propre qualité. Il ne définissait rien d'autre. Ce qu'il raconte et célèbre en quarante volumes, ce n'est pas l'histoire de la France ni du peuple français, mais les fastes de notre plèbe; ce qu'il en exaile, au delà de tout, c'est deux passions, nullement particulières à ce pays et communes] à toute masse populaire indiscrètement agitée : l'impatience de l'ordre, la furie de l'égalité.
On a de la peine à penser que cet annaliste d'une France décapitée, ce philosophe d'une humanité sans cerveau, représente l'essence de l'esprit national ou même l'esprit de l'État. Je concède que nos pouvoirs publics, en tant que démocrates, aient parfois intérêt à choisir de ces héros-là : niais en tant que Français? en tant qu'hommes? en lant que gardiens de la civilisation? en tant même que parti de gouvernement? Si j'étais à leur place, le souvenir de ce centenaire ne me laisserai! point très paisible.
Us en auront des remords avant peu de temps. Tout ce bouillonnant Michelet, déversé dans des milliers d'écoles1, sur des millions d'écoliers, portera son fruit naturel : il multiplie, il accumule sur nos têtes les chances de prochain obscurcissement (à vrai dire, d'obscurantisme), les menaces d'orage, de discorde et de confusion. Si nos fils réussissent à paraître plus sols que nous, plus pauvres, plus grossiers, plus proches voisins de la bête, la dégénérescence trouvera son excuse dans les leçons qu'on leur fil apprendre de Michelet.
, \„ i', juillet, le gouvernement de la République, représenté pardeui ministres de l'Instruction publique, MM. Ufred Rambaud et Léon Bourgeois, a fait distribuer gratuitement dans toutes les écoles du territoire une brochure de morceaux choisis de Miche et (Hommacje à Jules Michelet, 21 août 1798 - 9 février f 874, Paris, Imprimerie nationale). J'y note des pages sur la fédération de 1790. le» volontaires de 93, la Marseillaise, Valmy, qui ne sont quun tatras d'erreurs historiques, politiques, philosophiques.
SAINTE-BEUVE
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