PROLOGUE
Jésuites font mention de ces dangers
Pour les Almouchiches, point de périls dans cette chasse. - — Il fait beau voir ces fines bêtes, au lieu de se ruer sur les piquans sans nombre d’un porc-épic surpris dans sa marche paresseuse et pelotonné pour sa défense, il fait beau les voir tomber en arrêt, le nez à deux pouces de l’animal, japper d’abord pour avertir le chasseur, puis, si le maître tarde à venir, se taire, retenir leur haleine jusqu’à ce que le gibier hérissé, n’entendant plus de bruit, se croyant seul, lève la tête et découvre sa gorge aux poils doux, sous laquelle Yalmouchiche plonge le museau, pour tourner sur le dos le porc-épic qu’ alors il étrangle.
Il évite ainsi de se bourrer la tête, les yeux, la bouche et le col de piquons, comme font les autres chiens, qui souvent meurent de ces blessures, lesquelles toujours et pour le moins, causent à ces animaux des abcès affreux.
Un mot présentement des sources où j’ai puisé la matière de ces légendes, dont la tra-
dition se conserve encore, bien que le souvenir soit de moins en moins vivace, au sein des tribus dont je viens de parler et parmi les vieux conteurs de la côte.
Il a fallu recueillir, pièce à pièce, les précieux lambeaux de ces histoires intéressantes, pour les reconstituer dans leur ensemble et les arracher à l’oubli qui les menace.
Car, dans quelques années, alors que la famille aura vu se relâcher les liens qui en unissent les membres, alors qu’on ne voyagera plus qu’en bâteau à vapeur et en chemin de fer, prosaïquement entouré de ballots de cotons et de boîtesde ferrailles, qui se sentira l’envie de conter et le désir d’entendre conter ces délicieuses choses, dont le cercle du foyer domestique ou le groupement du bivouac sont la mise en train de rigueur ?
Oh ! Bon et charmant vieux temps qui t’envoles, je te salue ! Tant que tu n’auras pas disparu dessous l’horizon, mes yeux humides ne cesseront de te contempler, et après, quand même tous t’oublieraient, pour moi je ne t’oublierai jamais !