‹ Trois légendes de mon paysChapitre 8 sur 25 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

rités du style de cette époque, — des confusions et des méprises qui n’ont point lieu d’étonner, quand on songe aux circonstances dans lesquelles se trouvait alors le narrateur. On sait en effet, combien il était difficile, en dehors de la nécessité de se servir d’interprètes — (qui pour Cartier, n’étaient autres que les deux sauvages Taiguragny et Domagaya) — - d’obtenir des renseignements exacts des aborigènes.

Les traditions conservées nous ont depuis donné les corrections de ces méprises et les explications de ces obscurités, dont le lecteur qura l’intelligence à mesure qu’il suivra le développement de ce récit.

Quoiqu’il en soit, le fait principal avec ses accessoires les plus importants reste tel que Cartier le recueillait, il y a plus de trois siècles, de la bouche du Sachem de Stadacona, à l’endroit même qu’occupe aujourd’hui la ville de Québec.

Je tiens les détails de la seconde légende, Le Sagamo du Kapskouk, de mon vieil et bon ami Louis Thomas le Maléchite,

chef de sa tribu, digne vieillard maintenant dans sa quatre-vingt-treizième année.

Je me rappelle ce jour comme si c’était hier, cependant il y a déjà plusieurs années de cela. Mon vieil ami avait placé pour quelques jours ses ouigouams, car il était avec plusieurs des siens, sur les bords de la rivière Rimouski. - — J’allai le voir.

Quand j’approchai de sa cabane il était debout en plein air : sa grande et belle stature se dessinait dans le ciel bleu, sur le rebord du coteau qu’occupait le campement : sa noble tête était nue à la brise et sa longue chevelure, encore noire, malgré son âge, flottait avec majesté sur ses larges épaules : il portait un ample capot de drap bleu, noué sous la gorge avec ces larges agrafes d’argent tant aimées des Sauvages : ses jambes, encore solides, étaient enveloppées de mitasses blanches et noires, tombant avec une grâce sévère sur ses mocassins brodés.

Il portait, affectueusement pendu à son col, un grand chapelet aux grains d’ébène, dont la croix blanche ornait sa poitrine. Heureux prince, qui marche fièrement au

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