‹ Trois légendes de mon paysChapitre 9 sur 25 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

milieu de son peuple, honoré des couleurs de la châtelaine du Ciel !

Je m’assis près de lui sur le tertre, en face de cette belle anse de Rimouski, et ce fut là que j’entendis raconter, pour la première fois, la légende du Kapskouk.

3fc

Je descendais un jour le Saint-Laurent, dans une de ces rapides embarcations que ies pêcheurs appellent demi-barges. Le soir nous avions fait halte aux Ilets Méchins.

Déjà notre léger esquif était tiré sur le sable, déjà nous faisions les préparatifs du campement, par un soir magnifique du mois d’août, lorsque nous entendîmes des voix, venant d’en bas, chanter le refrain :

Vogue, marinier vogue I La mer a traversé !

Vogue beau marinier !

C’était deux barges pêcheuses qui remontaient des Cloridomes, et venaient passer la nuit au rendez-vous accoutumé des Ilets. Quelle bonne fortune.

Nous étions là réunis une quinzaine d’hommes, il fallait faire un grand feu !...

Ce ne fut pas long, et bientôt un bûcher digne de brûler la dépouille mortelle d’un Hector ou d’un Ajax était allumé, illuminant au loin la mer, comme on appelle ici le fleuve qui a près de vingt lieues de large.

Quand l’ardeur de ce vaste brasier se fut un peu apaisée, qu’autour d’un feu moins violent chacun eut pris sa place sur le sable du rivage, un vieux pêcheur, à sa trentième pêche, nous raconta tout ce qui s’était dit avant lui, et probablement tout ce qu’on a pu dire depuis, sur le géant des Méchins, dont j’avais entendu parler.

Depuis, j’en ai conversé avec les sauvages, et c’est à ce concours de circonstances que je dois de connaître la dernière de ces trois légendes.

Encore un mot de dissertation, puis nous prendrons la clef des bois, pour suivre, à travers le sombre dédale de la forêt primitive, les partis de guerre iroquois, micmacs et maléchites.

On vient de voir dans le récit de Cartier les morts de Toudamens et d 'Honguedo

Page 1