‹ Trois légendes franciscaines de l'an 1629 [microforme]Chapitre 10 sur 14 · PE RE ER · texte numérisé non relu

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macie guerrière en pareil cas fut mise en oeuvre. Le pauvre petit, plus mort que vif, fut ensuite lié à un arbre, et en dérision du baptême qu'il venait d’alministrer, ses bourreaux lui versèrent sur la tête une grande quantité d’eau froide; ils le laissèrent enfin, jugeant qu’il n’était pas convenable de troubler davantage le repos d’illustres guerriers de la célèbre tribu des Pétuneux. Ils furent bientôt aussi profondément endormis qu'avant l’alerte.

Le petit Louis, dont la faiblesse était extrême, sentit une brume froide envelopper son corps frissonnant: sa tête était de feu, ses regards obscurcis, mais son âme nageait dans une allégresse inénarrable, son coeur surabondait de joie, d’une joie à lui iuconnue, celle sans doute qu'ont goûtée tous ceux qui furent trouvés dignes de souffrir quelque chose pour le Nom de Notre Seigneur Jésus-Christ.

La jeune sauvagesse s’approcha alors du petit prisonnier, défit ses liens et, lui montrant la forêt, lui dit à l'oreille: “Va! et que le Grand-Esprit te conduise loin des renards et aes loups; je suis

heureuse, puisque mon enfant chante déjà dan: les bosquets du Paradis.”

Et lorsque le petit Louis, tout chancelant, disparut à l’orée de la forêt sombre, Aile-Brune alla, afin d’égarer les recherches des persécuteurs de l'enfant, remettre le vieux canot au gré des vagues et du vent.

La nuit plus encore que le jour, la marche était difficile dans cette forêt inextricable où notre petit martyr avançait avec peine, en proie aux vertiges et aux défaillances. Ses pieds, lourds comme du plomb, s’accrochaient dans toutes les racines; les branches basses des arbres, heurtées par sa tête meurtrie, se vengeaient en le souffletant à la figure; les épines des halliers déchiraient ses habits, éraflaient ses membres. Mais le Père Joseph ne lui avait-il pas dit que toute rédemption s’opère par la souffrance? Quel bonheur inespéré de pouvoir offrir son sang pour laver les âmes de ses bourreaux, ce sang qui coule de son

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front blessé et de ses joues endolories, de ses mains déchirées et de ses pieds contus!

Par étapes de marches lentes et de repos forcés, il monta ainsi pendant deux jours la pente de la montagne et arriva un soir, n’en pouvant plus, sur un petit plateau qu’abritait un bloc énorme de rochers. Le murmure d’une cascade voisine l’invita à laver ses plaies; ce pansement le soulagea sans pourtant refaire ses forces épuisées. Il s’étendit sur le sol couvert de feuilles mortes et s’endormit.

Le lendemain, ses pieds lui refusèrent tout service; pourtant sa tête était si brûlante encore!... et l’eau du torrent était hier si fraîche!... Il ne réussit pas toutefois à satisfaire son désir et il dut s'étendre de nouveau sur sa couche en attendant, pensait-il, que l’engourdissement et que les forces vinssent.

C’est dans l’air attiédi de septembre que la forêt canadienne apparaît dans toute son incomperable beauté. Les érables, les plaines, les hêtres et les chênes se colorent d’une variété infinie de nuances dont les gammes exquisement adoucies et

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les notes mourantes rendent hommage à la jeunesse toujours verdoyante des sapins. Dans le silence qui lui appartient, le chant des oiseaux s’interrompt et devient un thème de quatre notes brèves, refrain brisé comme tant d’autres belles choses qui vont mourir...

Une ramille sèche craque, elle tombe sur le sol ouaté de mousse, bientôt ensevelie par les mains tremblantes des fougères émues. La cascade seule chante plus fort en précipitant ses eaux plus bleues sur les cailloux, dans une course vertigineuse dont la vitesse s’accélère à mesure qu’elle se rapproche de son but.

Et la vie du petit martyr s’écoule, rapide comme elle...

Le petit Louis promène ses regards autour de lui et se repose pour ainsi dire dans la caresse de ce jour d’automne; il écoute la voix de ce silence éloquent et remercie le Bon Maître de l'avoir arraché aux mains de ses bourreaux pour le remettre entre ‘es bras maternels de la bonne nature d’où, à travers les branches de la clairière soleilleuse, derrière cette tenture mouvante de

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feuilles mordorées, il voit, dans les profondeurs du firmament, son Père du Ciel qui l’appelle à Lui.

Cependant, aux sueurs abondantes qui avaient inondé le petit sanvage exposé aux ardeurs du soleil, succédèrent des frissons glacés lorsque le soir ramena la fraîcheur avec l'ombre. Il eut des heures de lassitude extrême, de fatigues lourdes, écrasantes, suivies de douleurs aiguës, le traversant de part en part. La blessure de la tête surtout le faisait horriblement souffrir AE à | croyait porter un casque de fer doublé de pointes brûlantes.

Le soir venu, la fièvre le saisit, une fièvre accompagnée de délire, mais un délire peuplé d’esprits célestes. Il lui semblait qu’on ornait sa grotte de tapis précieux, de tentures magnifiques, de fleurs rares, tandis que de petits anges jouaient avec des palmes et tressaient des couronnes. Un saint parut bientôt que les anges entourèrent de grandes marques de déférence; celui-ci s’approcha de sa couche et, de ses mains incrustées des plaies divines, toucha ses blessures qui se guérirent

72 TROIS LÉGENDES FRANCISCAINES —————— toutes; puis il le conduisit par une voie lumieuse vers un trône où une belle dame se tenait debout avec son enfant dans les bras.

Comme il avait reconnu le saint qui était saint François, il reconnait la Reine dont il a vu l’image au couvent des Récollets: c’est bien Notre-Damedes-Anges, sa Mère Immaculée. La Vierge le regarde avec bonté, et le petit Jésus, dont les deux mains tiennent le dard de sa croix dans la gueule d’un serpent dont sa Mère écrase la tête, tourne son regard vers lui et, levant une de ses petites mains, le bénit en souriant. Puis, pendant que les harmonies veloutées d’un orchestre invisible préludaient à quelque cantilène divine, les petits anges s’approchent, le couronnent, lui remettent la palme, et tout le cortège de la Reine des Cieux se dirige et le précède vers des plages ignorées, au chant d’un cantique que seuls chantent ceux qui ont lavé leur robe dans le Sang de l’Agneau.

La joie, une joie pure et douce; le bonheur, un bonheur immense, incompréhensible, remplit le coeur de Louis, et la vision disparaît emportant avec elle cette âme privilégiée.

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Avec le soleil qui meurt dans son sang, comme lui calme et tranquille parce qu’il sait qu’il renaîtra demain plus beau et plus glorieux, le petit Louis expirait sur cette terre pour, au Ciel, commencer à vivre éternellement.

La splendeur de l'ange qui ne sait pas la mort enveloppa de sa sérénité le corps du petit missionaire martyr, dont l’âme avait été attirée, illuminée, transformée par le plus beau de tous les rayons qui aient touché notre terre: la présence de Notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est pourquoi les bêtes fauves respectèrent cette dépouille virginale, tabernacle brisé qui exhalait un parfum du paradis.

Plusieurs années plus tard, des chasseurs passant par cet endroit furent surpris de respirer un parfum d’une rare douceur et d’un arôme inconnu au centre d’une forêt. Leurs recherches les conduisirent à la grotte que les frondaisons avaient piensement recouverte d’un rideau de verdure. Sous un linceul de feuilles mortes, 1ls découvrirent le squelette d’un enfant d’où semblait émaner le parfum qui embaumait cette solitude,

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es voyageurs revinrent en toute hâte avertir les missionnaires d’une chose qu’ils leur disaient être miraculeuse ; ceux-ci les accompagnèrent et, après avoir constaté l’étrangeté du fait, ils ne voulurent pas abandonner dans un lieu si peu convenable ces ossements qui les avaient fait courir à l’odeur de leurs parfums. En relevant la dépouille pour la transporter dans le cimetière du couvent, les Récollets trouvèrent, sous les os d'ivoire des petites mains croisées sur la poitrine, une tablett: de bois grossièrement sculptée, sur laquelle ils lurent avec émotion :

“Que le Seigneur te bénisse et te garde ; qu'Il te montre sa Face et qu'Il ait pitié de toi; qu'Il tourne son regard vers toi et te donne sa Paix!”

C'était la bénédiction de saint François, que le Père Joseph avait donné à Nanéogauachit, le jour de sa première communion: n’avait-elle pas été magnifiquement féconde ?

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Plein de respect pour uoti: uistoire et de vénération pour nos historiens, «+. ant j'uime mieux

croire que le petit Nanéogauachit ne reçut pas en vain la grâce du Baptême, et qu'ayant grandi au milieu d’une famille de héros, nourri de la doctrine qui forme les saints, dirigé par des maîtres qui furent des apôtres et des martyrs, il resta digne de cette famille en devenant tout à la fois héros et saint, apôtre et martyr.

Il serait si glorieux pour ce petit sauvage que les Récollets avaient élevé, selon la belle parole qui dit si éloquemment le but de l’éducation chrétienne, pour cet enfant que nous nommerions avec fierté le “premier séraphique du Canada”.

ARGUMENT HISTORIQUE

Champlain avait fondé, en 1627, un poste au Cap Tourmente, pour l'élevage du bétail. Les Récollets v bâtirent une modeste chapelle qu'ils desservaient. En 1628, une barque montée par 15 ou 16 hommes, détachée de la flottille de David Kirke, s'empara par traîtrise du poste; tout fut mis à sac, maison et chapelle furent incendiées. Le sieur Foucher, commandant du poste, parvint à s'échapper. Des autres Français, Nicolas Pivert, sa lemme, leur nièce et un autre homme furent faits prisonniers. Ce coup de piraterie eut lieu le 9 juillet. Ce n’est que l’année suivante que Darid Kirke put mettre la main sur la colanie, qui d'ailleurs fut rendue aux Français en 1632. La légende du Chapelet d'étoiles prend son point d'appui sur le fait historique que je riens de résumer.

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