PR ES ES 64 TROIS LÉGENDES FRANCISCAINES TE EE RE
grets de sa mère passaient dans le langage imagé par lequel elle lui disait sa peine:
“Mon bel oiseau bleu, lui répétait-elle, tu n’iras donc pas dans les prairies sans limites et dans les bois sans fin que la Robe Noire promet à ceux qui tendent leur front aux baisers de l’eau pure !”
Louis, qui avait entendu ces paroles naïves, sentit une bouffée de joie envahir son âme. Voilà, pensa-t-il, ce que j’ai demandé au Bon Maître: le Père Joseph m'avait promis que le Seigneur était prêt à m’accorder fout ce que je lui demanderais; et cela, c’est fout ce que je lui ai demandé!
Des ronflements sonores lui donnaient l’assurance que ses ravisseurs étaient profondément endormis. Il s’approcha d’Aile-Brune, et se servant de l’idiome de sa tribu, lui annonça que les missionnaires n'étaient plus au pays, mais que, avant leur départ, ils lui avaient donné mission spéciale, à lui, de venir baptiser son enfant, pour ouvrir à l’âme du petit chrétien la voie qui conduit, non pas dans les bois et les prés de la terre, mais dans les prairies des cieux, où les étoiles fleurissent sous les pas du Grand-Eaprit et de ses petits anges.
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La jeune mère, surprise, regarda longuement le petit Louis sans répondre, comme pour s’assurer qu'il ne la trompait pas, et resta hésitante. Elle ne doutait pas certes de la mission de Louis — les paroles de cette âme candide avaient convaincu ce coeur simple — mais elle savait trop bien la violence de Dent-de-Renard et son hostilité brutale à la religion des missionnaire. Et pourtant, le pauvre petit allait mourir...
Aile-Brune jeta enfin un regard furtif vers la tente des pêcheurs, et dit à mi-voix en présentant son enfant à Louis: “Tiens! hâte-toi de lui verser le bonheur, le bonheur le plus ensoleillé, le plus profond que le Grand-Esprit t’a permis de donner. Mais ne sois pas lent comme le soleil d’hiver, car vois, ses lèvres sont pâles comme la neige d'octobre; ses joues se fanent comme la coroile des fleurs coupées; ses yeux, étincelles de vie qui s’éteignent, ne cherchent plus les miens, mais regardent et cherchent plus haut, toujours plus haut; ses petites mains sont déjà humides comme le lis des grands lacs; sa poitrine, vois, oh! vois comme elle se soulève! on dirait celle d’un oiseau
que la flèche du chasseur a touché à l'aile...”
Elle disait... Laissant la jeune femme gémir sa plainte maternelle, Louis s'était mis à la recherche d’un peu d’eau, tont en repassant dans sa mémoire la formule prescrite pour conférer le sacrement. Il revint près du petit moribond et, l’âme emparadisée de joie, lui versa sur la tête l’eau sainte de la régénération.
Mais à peine le petit être eut-il reçu cette douche d’eau froide gauchement administrée par le missionnaire novice, qu’il recueillit toutes ses petites forces et, avec des accents dignes d’une longue série d’ancêtres fameux, il poussa un cri aigu, vrai cri de gierre, qui fit bondir les sauvages endormis.
Le baptiseur, pris en flagrant délit d’apostolat, n'eut que le temns de se retourner pour recevoir en pleine poitrine un coup de pied qui le projeta comme une balle sur le tronc d’un arbre où il ge fendit la tête et s’évanouit, baigné dans son sang. Ses ennemis, en vociférant des menaces terribles, se hâtèrent de lui faire reprendre ses sens: morsures, soufflets, coups de pieds, toute la phar.