TROIS LÉGENDE: FRANCISCAINES
vieux dicton populaire : “Coeur plein de chansons, Coeur content”, car en effet les deux jeunes filles semblaient très heureuses et voici pourquoi.
La veille au soir, le capitaine du Poste avait été averti que le Père LeCaron, le desservant de la petite colonie, arriverait Je lendemain pour y Passer quelques jours; et cette bonne nouvelle avait réjoui tous les coeurs.
Le Père Récollet, de par son double titre de missionnaire et d’ami intime de M. de Champlain, était en grande vénération parmi eux.
Simple avec les petits, humble sans cesser d’être digne avec les grands, l’éminent religieux était encore, selon les circonstances, jovial ou austère, mais paternellement bon pour tous et toujours. C’est pourquoi sa visite, toujours trop rare, prenait, avec l’importance et la solennité d’une fête religieuse, la douceur d’une réunion de famille.
Marguerite était donc allée dans les champs d’alentours leur dérober leurs humbles richesses pour en fleurir la pauvre chapelle, afin que la fête qui s’annonçait si belle pour les coeurs ]: fût un peu aussi Pour les yeux. Sa cueillette ter-
minée, la jeune fille revenait joyeuse de cette joie faite surtout de celle des autres, et qui im- Primait sur son visage une expresssion de bonheur détaché telle que doivent prendre les anges lorsqu’ils sourient aux choses de la terre.
Soudain, à l’entrée d’une petite anse, parut un canot monté par un seul homme qui, sans poser les rames, regardait souvent en arrière comme s’il était poursuivi. A sa silhouette robuste, à ges mouvements énergiques se découpant sombres sur les eaux pâles, Marguerite reconnut immédiatement le sieur Foucher, Commandant du Poste.
Il était sans coiffure, les vêtements en désordre, tandis qu’à son bras gauche, visible dans sa manche en lambeaux, pPparaissait une plaie sanglante. Les traits contractés du Capitaine, ses Mouvements précipités, tout disait à la jeune fille qu’il était survenu quelque chose de grave à l'habitation.
Dès que Foucher, qui avançait toujours, eut aperçu Marguerite, i] Jui fit, avec un geste d’épouvante, signe de rebrousser chemin. Intimidée Par la dureté de son regard ect surprise de ja
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ne
brusquerie de ce geste, si contraire aux habitudes polies du capitaine, la jeune fille obéit machinalement et retourna sur ses pas ; lorsqu'ils furent assez près l’un de l’autre pour s’entendre, Foucher dit d’une voix étranglée: “Ne vas pas plus loin, Marguerite, les maudits huguenots massacrent tout là-bas; heureux sommes-nous si nous n’en aVOns pas quelques-uns à nos trousses! Pourtant je t’assure que ma hache ne m’a pas été inutile malgré cette égratignure qu’ils me laissent en ex-voto ces s...acripants !”
Le capitaine se tut, et fouilla du rega:d et de l’ouïe les buissons qui couraient le long du rivage ; ne voyant ni n’entendant rien de suspect, il fit a Marguerite un bref récit du carnage dont le Poste était le théâtre et termina en disant que madame Pivert et Thérèse avaient été faites prisonnières et emmenées par les bandits.
Marguerite, immobile, les yeux fixés sur le capitaine et ne semblant pas le voir, l'avait écouté jusqu’alors en silence; mais en entendant ses derniéres paroles, elle jeta un cri d’angoisse et, lais-
me
sant tomber sa gerbe de fleurs, se couvrit la figure de ses mains et éclata en sanglots.
Foucher, un instant ému par des larmes si vraies, ‘ais vite ramené à l’imminence du péril et aux ;: :yens de le fuir, reprit:
—“Ecoute, petite; tes larmes ne nous sauverong pas, et demeurer ici peut nous être fatal; il faut partir, et tout de suite, ou nous sommes perdus.
—“Mais Thérèse ? hasarda timidernent Marguerite entre deux sanglots.
—“Ma pauvre enfant, nous ne :“uVons rier.
Pour ces femmes: nos ennemis sont nombreux et bien armés, les démons! Vouloir secourir ces malheureuses, ce serait nous livrer inévitablement, tu as bien compris ? i-né-vi-ta-ble-ment au même sort. Partons d’ici où nous sommes encore très près des traîtres: allons-nous-en !
—“Je vous suis, capitaine,” répondit la jeune fille docile,
Foucher se trouva alors bien perplexe entre les deux seules voies qui s’offraient à eux, car elles n'étaient exemptes de danger ni l’une ni l’autre. “La fuite par les bois, dit-il, n’est pas très sûre,
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il est vrai; si, comme Henry et Dumoulin l’autre été, nous rencontrons nous aussi des rôdeurs malfaisants, ce bras-]à, sac-à-papier, me gênera bien un peu pour vous défendre.
—“Par le fleuve alors, insinua Marguerite.
—“Par le fleuve, oui! mais les huguenots, ces suppôts de satan, ont leurs damnées chaloupes en bas du Cap, et si ceux qui les gardent nous aper- Goivent, ma petite... hum!... nous pourrions souper ailleurs qu'ici ce soir. Et Pourtant il n’y & pas à lambiner et à attendre midi à quatorze heures, il faut partir...”
Marguerite, qui voyait l’indécision peser péniblement sur les nerfs du capitaine, reprit, après quelques instants de silence :
—"T] reste encore un moyen de choisir pour le mieux et auquel on aurait dû penser tout d’abord : c'est de demander conseil au Ciel; prions Notre Dame, voulez-vous ?
—“Prie, toi; tout le monde disait que tu avais été créée et mise au monde exprès pour cela.
—"Tenez, sieur Foucher, si ce n’est pas le temps de pleurer, ce ne serait peut-être pas à moi
à vous rappeler que c’est encore moins celui de rire. Puisque vous ne voulez pas, je prierai, moi, Pour nous trois, en pansant cette vilaine plaie; la souffrance vous tiendra lieu de prière, et malgré Vous, vous ferez la meilleure; cependant je vais tâcher de ne pas abuser de votre dévotion: pendant ce temps l'inspiration viendra, vous verrez.”
Moitié bourru moitié plaisant, Foucher répondit en tendant eon bras blessé: “Allons! fais vite !”
Marguerite courut tremper son mouchoir dans l’eau du fleuve, lava la plaie qui heureusement était plus large que profonde. Elle y appliqua ensuite des feuilles fraîches, puis, déchirant son tablier, elle en fit une bande dont elle enserra le bras du capitaine.
—“Voilà qui est fait, dit-elle, et l'inspiration ?
—“L’inspiration ? c’est toi qui dois lavoir eue, car moi, sac-à-papier ! je vois du Pour et du contre partout; et pourtant il faut partir...
—“Tci, par le fleuve, là, par la forêt; la morr nous guette, n’est-ce pas ?
—“Comme tu dis, ma petite.
mm 84 TROIS LÉGENDES FRANCISCAINES remonte me
—"Nous sommes donc entre les mains de Dieu qui seul peut nous tirer de ce mauvais pas. Faison, un voeu pour obtenir le secours de Notre-Dame.
—“Quel voeu? Je ne suis plus une jeunesse Comme toi, pour faire des voeux; c’est sacré cela, et il faut les accomplir. Mais dis toujours ; et si le pauvre Foucher sort ses os de cette vilaine aventure, tu peux croire qu’il sera archi-heureux de tenir sa promesse, quelle qu’elle soit.
—“Promettez à Notre-Dame de lui bâtir une petite chapelle dans l'endroit où elle nous conduira en sûreté, et partons avec confiance; pour ma Part, puisque je suis seule maintenant dans le monde, je fais voeu d’être la gardienne de ce sanctuaire jusqu’à la mort.”
Foucher réfléchit un instant; puis, levant la main droite à la hauteur de son front, d’une voix plus émue qu’il n’aurait voulu le laisser paraître, il prononça, dans le crépuscule qui commençait à descendre, les paroles solennelles : Je le promets!
Des bruits de Portes qu'on enfonce, des cris du douleur suivis d’éclats de rire sinistre, des coups de fusils, des beuglements d'animaux qu’on abat, Parvenaient jusqu’à nos fugitifs ; ils jugèrent que les huguenots ainsi enivrés de leurs succès, tout à la rage de mettre le Poste à feu et à sang, négligeraient de surveiller le fleuve, D’ailleurs la brunante ne venait-elle Pas offrir aux fugitifs l’heure propice à l’accomplissement de leur dessein ?
—“Où allons-nous? dit Marguerite.
—“Embarquons, répondit laconiquement Fou cher.
—“T1 ne faut pas songer à abandonner l’innocente, u’est-ce pas ?
——“Non, non; puissent ses anges nous protéger, mais embarquons, sac-à-papier, la petite la première, si tu veux: mais embarquons !”
Ils montèrent vivement dans le canot et partirent. Foucher à l'avant ramait de manière à éviter tout bruit; Marguerite à l'arrière, munie d’un éclat de bois trouvé sur la grève, dirigeait Pembarcatior: au milieu, Minohya était assise :
elle n’avait pas quitté sa gerbe d’iris et de verges d’or.
C'était l’heure où les ombres insinuantes enlèvent leurs couleurs aux choses qu’elles enveloppent, prennent la couleur des choses qu’elles estompent et adoucissent les lignes des silhouettes qu’elles déréalisent,
Dans cette poussière de nuit, le mont géant paraissait sombre comme la douleur, haut comme la prière avec, à ses pieds, la forêt brune descendant jusqu’au rivage, monotone et désert comme une journée d’exil.
Sur les eaux limpides et accueillantes du beau fleuve, le canot, suivant la courbe de la baie, disparaissait dans la pénombre projetée sur l’eau par les arbustes des bords. Les fugitifs sortirent ainsi de l’anse, dans le temps que la nuit, comme un voile diaphane, s’abaissait avec une molle lenteur sur les flots pour couvrir leur fuite.
Toutefois, avant de prendre le large, Foucher voulant s’assurer qu’ils n’étaient pas suivis, cessa un instant de ramer; mais il n’eut pas plutôt jeté lee regards en arrière, qu’il frémit d’indignation
et, brandissant sa rame dans Ja direction du Cap, il s’écria, mordant ses paroles comme si elles eussent été des huguenots: “La satanée canaille d'enfer! tiens, regarde !”
Marguerite se retourna vivement et poussa un cri de douleur. Sur l'écran tout noir de la montagne, elle voyait des serpents de fumée, avec leurs langues ardentes de flammes étreindre l’ha. bitation et les dépendances du Poste, tandis qu’au sommet de l’immense bûcher, au-dessus de la chapelle brasillante, la petite croix du campanile vacillait et allait s’abîmer dans une apothéose d’étincelles. “Mon Dieu, dit-elle, avec un soupir navré, que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel !”?
Foucher n’en était Pas encore, lui, à ce degré de résignation: il contenait à peine sa colère et de grosses larmes coulaient sur ses joues brunies. “Brûlez cette chapelle, hérétiques de malheur! dit-il, la voix tremblante d'émotion, vous n’y gagnerez rien, car je vais en bâtir une autre !” Et il se remit, sans plus une parole, à ramer comme de rage.
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La vue de l'incendie qui anéantissait tant de sacrifices et de travaux; les incertitudes de Ja situation présente; la pensée des êtres chers dont ils soupçonnaient (Top justement le triste sort ; tout portait d’ailleurs les fugitifs à ce silence où la générosité Prépare ses forces pour l’héroïsme.
Soudain Marguerite, se penchant vers la droite de l'embarcation, dit d'un air surpris: “Vovez- Vous, Capitaine ?
—“Hein ? qu'est-ce que tu dis? un canot? où?
—“Non, non, Pas cela; regardez ]à — et 1n jeune fille désignait un point sur le fleuve.
—“ C’est peut-être que ma vue baisse, mais je ne vois rien.”
Ils continuèrent d'avancer pendant quelques minutes; mais bientôt Marguerite, prenant des mains de Minohya nne longue tige d’iris, touchait les eaux avec la fleur: “Tenez ! là, monsieur Foucher, voyez-vous maintenant ?
--“Je vois, dit le Capitaine un peu impatienté, je vois, oui, qu’il fait noir comme dans la conscience d’un huguenot: je distingue aussi, à peu près, comme un Papillon qui bat des ailes au bout
de ta baguette de fée; mais c’est tout, foi de capitaine, oui, c’est tout ce que je vois.”
Marguerite, comme prise de dépit, frappait les petites houles clapoteuses avec sa tige d’iris en Murmurant quelques paroles à voix basse,
“Qu'est-ce que tu dis encore?” demanda Foucher. La jeune fille ne Parut pas avoir entendu la question, et après quelque: minutes de silence. regardant toujours le fleuve de plus en plus sombre, elle reprit: “Voyez encore ici, capitaine ; vrai, Vous ne voyez rien ? regardez bien !”
Pour le coup Foucher envoya les rames au fond du canot, se frotta les yeux vigoureusement et, se penchant sur les eaux jusqu’à faire passer la crête d’une petite lame par-dessus le bord, il dit d’un ton irrité: “Sac-à-papier, non, je ne vois rien. Ou bien tu as la berlue, ou bien tu rêves: dans les deux cas tu pourrais bien, sans remords de conscience, me dire ce que tu vois.” Puie il ajouta à mi-vVoix, en regardant Marguerite à Ja dérobée : “Serait-il Tien nossible qu'elle soit devenue folle... de peur... ou de peine... Seigneur !”
Au lieu de répondre à la vive apostrophe du
Capitaine, la jeune fille fit lever Minohya et, sans une parole, lui désigna le fleuve. L’innocente regarda l’eau noire un Moment, puis les étoiles qui Commençaient à briller et enfin Marguerite, un ravissement au fond des veux. La jeune fille entendit le langage muet de Sa protégée, mais Foucher, qui ne comprenait rien, lui, agacé par tout ce Mystère, reprit d’un ton de plus en plus bourru :
—“Ce serait quatorze fois plus simple de me dire tout bellement ce que Vous voyez toutes deux : vous n’auriez pas l’air plus sorcières, va!
—“Si vous voulez, Capitaine, nous allons faire un marché, dit Marguerite,
—“Un marché?... Ah bien! par exemple, tu n’y vas pas de main morte, toi; après un voeu et dans la même journée, s’il vous plaît; excusez du Peu, journée qui, à Part cela, pourra prendre rang dans le cortège de...
—“Quand je dirai l’Ave Maria, interrompit la jeune fille, vous répondrez Sancta Maria, et vous serez bien honnête.
—“Sancta Maria, Sancta Maria, tout ça c’est
SE mm à
beau et bon, mais c’est peut-être un raccourci un peu allongé pour ne pas me dire ce que tu vois Où ce que tu crois voir.
—“Nous verrons cela après.
—“Nous VeITONS, nous verrons, mais sac-àpapier! en attendant je ne vois toujours rien.
—“C’est compris, n’est-ce pas ?
—“Pour ça que j'ai déjà une promesse sur la conscience et je puis bien dire sur les bras... Enfin, un Sancta Maria n’a jamais fait mourir Personne que je sache! Et puis, tiens, j’y pense, comme ça se trouve, hein! j'allais oublier de faire ma prière du soir.
—“Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur...
—“Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous...”
Et à intervalles égaux, durant un quart d’heure, pradant que la frêle embarcation Ccoupait le courant des eaux, la prière angélique, rythmée par la cadence des rames, s’éleva comme un poème d’espoir vers l'Etoile du matin à laquelle semblaient sourire toutes les étoiles du soir.
Il faisait nuit depuis longtemps lorsque nos fugitifs virent se dresser devant eux la masse boisée de la rive sud. Peu après l’avant du canot s’enfonçait dans le sable et, Sautant de l’embarcation, ils tombaient à &eDOUX pour remercier Notre- Dame de les avoir protégés, tandis que la Jun: Montante leur souriait derrière les arbres comme à travers ses doigts, et fleurissait les buissons pour leur souhaiter Ja bienvenue,
La plage, s’avançant en pente douce sur une profondeur de deux ou trois perches, rencontrait la forêt hautaine et jalouse derrière un rempart d’arbres déracinés ou TOMmpus sur lequel des bonleaux veillaient comme des sentinelles.
Laissant Marguerite et ça protégée près du canot, Foucher courut vers la forêt et, après quelques minutes de marche, il trouva à un arpent du fleuve — comme le lui avait fait pré- Sumer la hauteur d’un bouquet de sapins — nn
écran de roc assez élevé, à la base duquel il] ré. solut d’iLstaller ses COMpagnes., Armé de sa hache, il coupa des branches de Sapin et en joncha Je sol; puis revenant au rivage, il prit la petite Montagnaise dans ses bras, et précéda Marguerite vers Ce qu'il appelait en souriant “l’hôtellerie du Frais-Air”
“Voilà, dit-il à la jeune fille en arrivant, tout ce que je puis vous offrir Pour ce soir. La brise vient de l’ouest et le rocher vous abrite; la nuit
Après avoir remercié le capitaine qui s’éloignait, la jeune fille s’agenouilla Pour se mettre sous Ja Protection de Marie, puis elle s’étendit sur le sapin odorant, à côté de Minohya, et brisée par les fatigues et les émotions de Ja journée, ell: s’endormit.
Foucher alla s'asseoir au pied d’un arbre à quelques verges plus loin. I] commença par sonder Consciencienusement toutes ses poches dans
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l’espoir d'y découvrir sa pipe; il avait compté Sur son éloquence embrasée pour rompre la monotonie de ses heures de veille. Mais, par malchance, soit en £e défendant, soit dans sa fuite, il l'avait perdue. I] inventa mille ruses pour ge tenir éveillé; mais malgré ses résistances héroïques, secondées par le concours empressé des maringuoins et des brûlots, il succomba à l’engourdissement et dormit, lui aussi... des deux yeux.
L'aurore pâlissait la nappe moirée du fleuve lorsqu'il s’éveilla. D'’avoir échappé à la honte d’une captivité pire que la mort et sans doute à Ja mort elle-même; de se retrouver libre dans la paisible fraîcheur de ce matin joyeux, lui remplit l’âme d’une joie intense, douce comme la liberté elle-même, fervente comme Ja vie. Le Pater qui jaillit de son coeur comme l'expression de sa gratitude lui révéla des choses qu’il 1avait jamais Soupçonnées en Jui prouvant que, surtout envers Dieu, la reconnaissance attire de nouvesux bienfaits.
Dans le but de chercher des herbes ou des
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fruits sauvages pour ses Compagnes, Foucher parcourut les environs et, lorsqu'il revint vers elles, il les trouva à Seloux; le sonore “Madame est servie” qu’il leur lança de loin changea leur prière
framboises que Foucher leur Présentait sur les plateaux dentelés des feuilles d’érables. La jeune fille se fit alors Taconter en détail toutes les péri- Péties du drame horrible de Ja veille, depuis l'atterrissage de leur Chaloupe que les huguenots avaient obtenu par la ruse et lhypocrisie, jusqu’au moment où, voyant ses COMpagnons morts ou pri- Sonniers, le Capitaine, blessé lui-même, avait pris la fuite au Péril de sa vie. Foucher dut répondre d’une manière ou d’une autre, ne Pouvant d’ailleurs fournir aucun renseignement exact, À cent questions de Marguerite, qui émettait toutes les suppositions imaginables sur le sort des Ccaptives,
À son tour Je Capitaine voulnt avoir le mot du mystère de leur sauvetage. —“Arvec tout cela, dit-
il, tu ne m'as toujours pas dit, Marguerite, ce que tu voyais sur l'eau hier soir.
—“C'est vrai, Capitaine, et pourtant j'ai le devoir de vous le dire comme vous avez le droit de le savoir, Lorsque je vous demandai au départ d'emmener Minohya, vous m’avez répondu: “Les anges de cette innocente nous protégeront.” Je suis assuré que votre foi nous a sauvés d’abord, puis ensuite, notre promesse,
—“Je trouve ton prélude un peu embrouillé, et je n’y vois guère plus clair qu’hier soir, tu sais.
—“ Voici maintenant qui vous intéressera da vantage. A une aune du canot, comme je vous l'ai désigné à plusieurs reprises, j’apercevais des..., je distinguais un..., je voyais du... Mon Dieu! je ne trouve pas de termes pour dire ce que je voyais.
—“Dis tout de même, comme ça vient; on fera de la littérature ensuite.
—“C’étaient comme des étoiles qui se seraient dissoutes dans l’eau, laissant sur le fleuve des grandes taches d’or pâle et liquide. Ces choses indescriptibles que nous avons salué par des Ave,
apparaissaient à la tête du canot pour disparaîtra à l’arrière lorsqu'une autre à l’avant commençait à être visible; cela faisait un tracé lumineux que j'ai fait suivre à l’embarcation. Si vous avez compté les Ave, i] ÿ en avait soixante-douze.
—"Compter les Ave, moi? jamais de la vie!
D'ailleurs, Pourquoi pas soixante-quinze ou tout simplement cinquante, comme dans notre beau chapelet de France ?
—“Ces soixante-douze 4e forment encore 1 Chapelet que les Récollets ont coutume de faire réciter avant leurs prédications.
—“Drôle de coutume.
—“Quand c’est une coutume, ce n’est jamais drôle, Les Pères désignent ce chapelet sous le nom des “Alléoresses de Notre-Dame”, et nous devons remercier cette bonne Mère de nous avoir signalé cette pratique de dévotion comme lui étant agréable et pour nous engeger à accomplir nos promesses le plus tôt possible. Si vous voulez, ajouta Marguerite en se levant, nous irons à la recherche de lendroit où doit s'élever votre cathédrale.”
Foucher approuva d’un signe de tête et suivit