S TROIS MOIS
Si d'AIembert parlit enthousiasmé de son hôte et ravi de Tempressement que tous n'avaient cessé de lui témoigner, il faut reconnaître que ces sentiments étaient réciproques, et qu'il ne laissa pas derrière lui des impressions moins favorables. De Catt a donné sur le séjour du philosophe français en Prusse quelques détails qui montrent à quel point Frédéric et son entourage surent apprécier la science, les sentiments et l'esprit de d'AIembert :
« Quand M. d'AIembert arriva à Potsdam, écrit de Catl, plusieurs personnes le craignirent à cause de sa grande réputation; mais quand le général Bork, gouverneur du prince de Prusse, qui avait voyagé avec lui, dit que ce grand M. d'AIembert, si fameux par ses talents, était un homme sociable, dont le cœur et les sentiments étaient excellents, tous les esprits furent rassurés ; on le vit avec empressement ; chacun trouva que le général Bork avait parlé vrai. Tous ses discours auprès du Roi furent sages, et tendant à servir les honnêtes gens, les gens de lettres : aussi Sa Majesté lui a-t-elle rendu le témoignage d'un homme de génie, modeste, doux, à qui il n'est échappé aucun mot de satire, de plaisanterie. On a porté à Berlin le même témoignage, et moi qui l'ai vu souvent et de près, j'ai
trouvé qu'il méritait tous ces éloges. Je lui ai reconnu rame la plus belle, la plus humaine, la plus tendre, la plus portée à obliger, même des g«is dont il avait lieu de se plaindre ; et j ai souvent dit dans mon cœur : f Si tous les gens de lettres pensaient comme lui, l'empire littéraire serait le meilleur et le plus beau de tous les empires. » Je Tai mis souvent sur le chapitre de la France; je lui ai marqué ma surprise de ce qu*on n*y faisait rien pour lui ; la façon dont il m'a répondu a mis le comble à l'idée que j'avais conçue de son cœur, de sa probité et de sa modestie ^ »
Quand Voltaire apprit le retour à Paris de son ami, il lui écrivit :
ff J'apprends que Platon est revenu de chez Denys de Syracuse ; ce n*est pas que je ne vous croie au-dessus de Platon, et l'autre au-dessus de Denvs. mais les vieux noms font un merveilleux effet. Vous avez pardevers vous deux traits de philosophie dont nul Grec n'a approché : vous avez refusé une présidence et un grand gouvernement*. Tous les gens de lettres doivent TOUS montrer au doigt, comme un homme qui leur apprend à vivre. Pour moi, mon illustre et incompa-