‹ Trois mois á la cour de Frédéric; lettres inédites de d'AlembertChapitre 10 sur 11 · La lettre manque · texte numérisé non relu

La lettre manque

vingt quatre heures; pour moi, je n'en ai nul besoin, car je ne suis pas même fatigué, mais je leur dois cette attention pour Futilité dont ils m'ont été dans cet abominable pays, où je ne connais ni la langue ni les monnaies, et où, sans eux, j'aurais été volé au centuple, quoiqu'ils n'aient pu empêcher que nous ne l'ayons été en commun par les maîtres de poste et les aubergistes, qui nous ont souvent gités bien chèrement et encore plus mal. Je suis ici bien logé pour la première fois et je compte me promener aujourd'hui dans la ville, qui est marchande et peuplée, et partir demain; mais de vous dire le jour précis de mon arrivée cela est impossible. Je prévois seulement que ce sera tout au plus tôt le 12 et peut-être plus tard, surtout si j 'étais obligé de passer à Saverne et de m*y arrêter, ce qui me contrarierait beaucoup; car j'ai une grande impatience d'arriver.

(( Voici le détail de mes adieux au Roi : Ce prince me fît appeler le 25 au soir et me dit qu'il voulait encore causer un moment avec moi, qu'il me regrettait infiniment, qu'il espérait pourlant me revoir encore, et qu'il me priait de lui en donner ma parole ; qu'il me priait aussi de vouloir bien recevoir cette marque de son amitié et de son estime (en me présentant une boîte d'or garnie de son portrait), qu'il en avait infiniment pour moi et encore plus pour mon caractère que pour mes talents, que j'emportais les regrets de tout le monde, etc. Les larmes me vinrent aux yeux, je n'eus

que la force dédire au Hoi à quel point j*étais pénétré, je me baissai selon l'usage pour baiser le bas de son habit, il me releva, me serra entre ses bras, et m*embrassa; ensuite il me parla de mon voyage d*ltalie, et m'offrit de nouveau tout Targent dont j'aurais besoin pour le faire; je lui dis que je profiterais de ses bontés, si je me trouvais dans le cas d'en avoir besoin, et puis il me parla de la France avec laquelle je puis vous assurer qu'il serait charmé d'être bien, et puis de ses propres affaires, qu'il gouverne avec tant de gloire et de modestie. 11 venait encore de donner le matin dix millions pour empêcher plusieurs négociants de Berlin de faire banqueroute. En vérité, ce prince mérite bien qu'on le chérisse et qu'on l'admire, surtout quand on a autant de raisons que moi de lui être attaché. J'oublie de vous dire qu'après la conversation, je soupai avec le Roi et quelques personnes, que le souper fut assez triste et qu'en se levant de table, le Roi me témoigna encore en présence de ses généraux son estime et ses regrets; que tousses généraux en firent autant et m'embrassèrent plusieurs fois, me disant qu'ils n'avaient point vu de Français qui me ressemblât; j'ai encore le cœur serré en vous écrivant, quelque plaisir que j'aie d'un autre côté à penser que je vais revoir mes amis et qu'ils partageront ma satisfaction de les revoir après un si heureux et si agréable voyage. »

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