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ne fpra payer par aucune espèce d'injustice pour les uns la justice et les avantages qu'elle conférera à d'autres, et qu'elle ne niettra jamais en balance la restitution d'un grand droit aux uns contre l'indemnité due aux autres : voilà quelle est notre pensée.
Réponse à une dépuiation de diverses loges de Francô- Maçons venant saluer le gouvernenRent républicain qui a ioFcrit sur la bannière de la France la devise LIBERTE, EGALITE. FRATERNITÉ, qui fut toujours celle de la Maçonnerie.
Je n'ai pas l'honneur de savoir la langue particulière que vous parlez ; je ne suis pas franc-maçon, je n'ai jamais eu dans ma vie l'occasion d'être affilié à aucune loge. Je vous parlerai donc pour ainsi dire une langue étrangère en vous remerciant. Cependant j'en sais assez de l'histoire de la franc-maçonnerie, pour être convaincu que c'est du fond de vos loges que sont émanés d'abord dans l'ombre, puis dans le demi-jour et enfin en pleine lumière, les sentiments qui ont tini par faire la sublime explosion dont nous avons été témoins en 1790, cl dont le peuple de Paris vient de donner au uionde la seconde et j'espère la dernière représentation il y a peu de jours.
Ces sentiments de fraternité, de liberté, d égalité qui sont l'évangile de la raison humaine, ont été
laborieusement, quelquefois courageusement scrutés, propagés, professés par vous dans les enceintes particulières où vous renfermiez jusqu'ici votre philosophie sublime. Ces sentiments, qui avaient dû se cacher, peuvent maintenant se proclamer au grand jour; leur propagation sera d'autant plus puissante qu'ils se répandront de toutes les bouches et qu'ils se répandront sur la nation tout entière sans qu'on ait besoin de les dissimtiler sous des symboles quelconques. La raison n'a plus besoin de symboles, elle est aujourd'hui le soleil sans nuages; nos yeux sont assez forts pour le tixer, et si vous gardez encore quelques années ces drapeaux, ces signes de liberté, d'égalité, de travail, avec lesquels vous vous présentez devant nous, vous ne les garderez plus comme une nécessité, vous les garderez comme un fidèle et glorieux souvenir des travaux que la franc-maçonnerie a supportés dans des temps difficiles, et dont elle présente main* tenant le témoignage au genre humai u.
Encore un seul mot, messieurs.
Je disais tout à fheure que je ne savais pas parler le langage de lu franc- mavonnerie, mais je tais parler comme vous cette grande langue du peuple que le peuple a si noblement parlée pour nous tous pendant trois jours.
Je vous remercie, non pas au nom du Gouvernement provisoire de la République , qui n'est rien qu'une émanation passagère, fugitive, et désintéressée, qui n'est qu'une acclamation du peuple, qui n'a d'autre droit que celui de son dévouement et de la
circonstance pour vous parler comme Gouvernement ; mais je vous remercie, au nom de ce grand peuple qui a rendu la France et le monde témoins des vertus, du courage, de la modérati<tn et de l'humanité qu'il a puisés dans vos principes, devenus ceux de la République française.
J\.<^ponse àladeputation des Démoorate.sde Londres, venant exprimer la joie qu'a éprouvée tout le peuple anglais en apprenant que la France a détruit le gouvernement monarchique, pour fonder la République sur les basesde la Liberté, de l'Egaliiéei de la Fraterniié.
C'est en qualité de ministre des affaires (Ir.n^ores du Gouvernement provisoire de la République, qnf\ dans l'absence de notre vénérable président, je suis chargé de répondre à l'honorable députation que vous avez introduite. Mais je n'ai pas besoin de ce titre de ministre des afliiires étrangères, car, d'après le magnifique et religieux langage contenu dans l'adresse que nous venons d'entendre, il n'y a plus d'autre ministre des aff'aires étrangères entre les deux peuples que la synjpathie des deux nations.
Elles sont gouvernées désormais par leur propre esprit, et c'est parce qu'elles sont gouvernées par leur propre esprit, par leur propre sagesse, par leur propre amour de l'humanilé, que la paix du monde est assurée. La Royauté, que le peuple a abolie avec tant
de gloire et de courage, a emporté dans sa chute tous les préjugés qui séparaient les deux nations.
Au nombre de ces préjugés, celui qui atlligeait le plus les cœurs fraternels de la France et de l'Angleterre, celui qui affligeait le plus les sentiments de religion et d'humanité générale qui doivent être désormais la grande politique des peuples, c'était ce préjugé international qui nous forçait, pour ainsi dire, à haïr offlciellement des hommes pour lesquels, dans l'intérieur de nos cœurs, nous avions les plus pures et les plus ardentes sympathies. Ce préjugé n'existera plus sous la République.
Les rois ont des jalousies, les rois ont des ambitions, les rois se disputent et font disputer avec le sang de leurs peuples des lambeaux de territoire pour accroître l'éclat de leur couronne. Les peuples ont une autre ambition , et cette ambition ne coûte ni une goutte de sang, ni une larme aux hommes. C'est celle-là désormais dans laquelle les deux peuples que nous avons la gloire de représenter en ce moment veulent rivaliser. A dater du jour où la République a reçu de la nation anglaise la plus touchante et la plus spontanée des reconnaissances, rien ne s'oppose à ce que la grande pensée de la révolution française à son origine, k ce que la pensée qui a surgi en France toutes Ifts fois et à la même heure que nous avons vu surgir la liberté politique, rien ne s'oppose à ce que cette pensée soit accomplie. Cette pensée, vous la connaissez comme nous, c'est Talliance digne, honorable et indissoluble des deux nations les plus civilisées du
globe, pour assurer l'harmonie du continent et pour arrêter l'effusion du sang (jui a fait la gloire de certains hommes, mais rpii fait la honte de l'humanité tout entière.
Je vous remercie, non-seulement au nom du jieuple franc lis, mais au nom de l'humanité, des sentiments dont cette adresse est remplie. Nous la ferons connaître par la traduction et la publicité à tous nos concitoyens et à tous les citoyens du globe, et nous la conserverons dans les archives de la République parmi les litres de naissance qu'il sera le plus glorieux pour elle de montrer un jour à nos descendants.
Les noms des délégués des grandes villes de TAngleterre qui ont bien voulu joindre leur signature à cette adresse sont une garantie pour nous des sympathies du peuple anglais.
Nous aurions cru conquérir une liberté égoïste, une liberté coupable, si nous en avions gardé les bienfaits pour nous seuls. Nous nous sommes donc hâtés de proclauH'r la liberté pour tous nos frères, et nous nous félicitons d'être, à cet égard, en harmonie avec les nobles sentiments de l'Ang'eterrc, qui a depuis si longtemps alfranchi la race noire dans ses colonies.
Aussitôt que l'Assemblée; nationale sera réunie, elle proclamera les principes que nous avons nous-mêmes proclamés le lendemain de notre glorieuse révolution. Nous n'avons (piune question réservée, c'est celle de 1 indemnité.
— lui — --1—»^ 15 Mars. |*-*|—
Rapport du minislre des affaires étrangères au Gouvernement provisoire sur les titres à donner aux agents diplomatiques de la République.
Les gouvernements républicains et démocratiques n'ont pas besoin, pour leurs relations diplomatiques avec les puissances étrangères, du prestige des titres, du luxe, de la représentation, de la prééminence du rang dans les cours. I/aulorité morale de leurs agents au dehors est dans le nom de la nation qu'ils représentent ; leur luxe est dans leur simplicité ; leur rang est dans leur titre; leur dignité est dans le respect qu'ils inspirent et dans le respect qu'ils témoignent aux gouvernements et aux peuples auprès desquels ils sont envoyés.
La République française ne saurait ramener trop tôt à ces sentiments et à ces principes le système de la représentation diplomatique. La simpliticalion uniforme des titres de fes agents doit être à la fois un signe caracléristique de la nature républicaine et une mesure d'économie pour la réduction des traitements alfectés à ces hautes superfluilés de la hiérarchie diplomatique. Un petit nombre de titres uniformes, manifestes, clairs, significatifs, des quatre ordres de fonctions de nos agents au dehors, voilà pour la caractérisation de notre diplomatie. Des traitements sutiisants, mais bornés aux nécessités et aux convenances, voilà pour
l'économie. Le chiffre de ces traitements, dont s'établissent en ce moment les bases, sera combiné de manière à réduire le budget des affaires étrangères, sans nuire au service de la «République. Mais si un gouvernement populaire doit être économe, un gouvernement démocratique ne doit pas accepter de services gratuits, car il ferait ainsi des fondions les plus politiques de la République le monopole de Taristocratie de fortune. La République veut être servie et représentée au dehors par tous les citoyens dignes de la personnifier et capables de la servir sans acception de rang, de profession ou de fortune ; sous un gouvernement démocratique, toute carrière est ouverte à tous.
En conséquence, le titre d'ambassadeur est supprimé, sauf les cas exceptionnels où il conviendrait à la République de donner à son représentant un caractère plus général et plus solennel, comme, par exemple, pour la signature d'un traité européen, ou pour représenter la République dans un congrès.
Les agents extérieurs de la République seront désormais :
i^ Les envoyés extraordinaires, minisires plénipotentiaires de la République ;
2" Les chargés d'affaires ;
5" Les secrétaires de légations ;
4° Enfin les aspirants diplomatiques, qui remplaceront les attachés, les attachés payés et les attachés indenmisés actuels.
Cette classe de jeunes élèves diplomatiques recevra
un traitement d'encouragement de TÉtat, pour aider seulement les familles qui destinent leurs fils à la diplomatie, et pour donner à tous los emplois diplomatiques une accessibilité véritable à la démocratie républicaine que nous fondons sur l'égalité.
Réponse à une députation dss 11* et 12 bataillons de la garde mobile demandant l'ajournement de l'élaotion de leur chef-de-baiaillon à trois mois du jour de leur oi^
êanisaiion.
Citoyens, vous avez été la première pensée de la République. A l'instant même où elle a surgi de la glorieuse victoire du peuple dont vous faisiez la principale partie et l'avant-garde, elle a pensé à vous confier un double service, et, nous en sommes certains, une double gloire. Elle a pensé qu'il fallait créer en vous une armée qui avait des devoirs différents de l'armée qui défend les frontières et de l'armée qui défend l'ordre dans la capitale et dans nos villes. Elle vous a créés pour remplir un double devoir, celui de .défendre avec vos concitoyens, et sous le commandement d'officiers élus par vous-mêmes, cet ordre public qui est la première nécessité et la première garantie de la durée des institutions populaires. Elle a pensé, en outre, que ce devoir ne suffirait pas peutêtre, au jour du danger, à votre patriotisme, et que, si la création de la République, étonnant les peuples,
ébranlant l'apathie des nations voisines, venait à exciter sur nos frontières des inquiétudes et des rassemblements, et à motiver le ralliement des enfants de la France sous le drapeau, elle vous enverrait défendre le foyer sacré de la patrie et l'intégrité de notre territoire. Elle ne sera pas trompée, j'en suis sur (et votre présence nous en est un garant), ni sur l'une ni sur l'autre de ces espérances qu'elle a placées en vous
Tandis que des hommes nouveaux, fanatisés souvent par leur situation nouvelle, excités par une ambition précoce, réclament l'exercice de droits auxquels ils ne sont pas encore complètement préparés, vous, vous venez avec une abnégation sublime renoncer, pour ainsi dire, entre nos mains, à un droit que nous vous avions conféré, en demandant de ne l'exercer qu'après l'avoir mérité sur le champ de bataille. Je reporterai vos nobles paroles et le fait de votre présence au Gouvernement provisoire, et je puis vous assurer d'avance qu'il reconnaîtra en vous les enfants dévoués qu'il a évoqués le premier jour pour être les défenseurs de la sécurité intérieure, et les soutiens de notre territoire, si notre territoire était menacé.
Réponse à unô dépuialion des Offioiers de l'ancienne armée en traitement de réforme, demandant que les anciens «rQoiere reçoivent désormais la totalité de leur traitement.
Messieurs, le (îouvernement provisoire, dont je suis l'organe , es( vivement touché de la démarche que
— lori —
vous avez bien voulu faire auprès de lui ; mais il n'en est pas surpris. 11 est bien naturel que les vétérans de la liberté soient des premiers à venir entourer la République. L'honorable orateur qui vous représente, je le vois à ses cheveux blanchis par les travaux, de la guerre, doit se rappeler l'époque où la République fut proclamée pour la première fois, et il doit être doux à sa vieillesse de voir cette seconde République, qui n'aura ni les mêmes dangers, ni les mômes difticultés, ni les mêmes crises à traverser pour déployer sur le monde ce glorieux drapeau que vous avez vousmêmes arboré sur les capitales de toutes les nations.
Quant aux demandes que vous nous adressez, je puis vous déclarer que le Gouvernement provisoire s'est déjà préoccupé du sort des vétérans que vous représentez. Soyez assurés que l'une des premières pensées de la liberté renaissante sera d'oH'rir aux hommes qui ont passé la plus grande partie de leur vie sous les drapeaux, (jui ont versé leur sang, nonseulement pour la défense du sol, mais pour le développement des idées libérales, sera , dis-je, de leur donner les témoignages de sympathie et de munificence que la patrie leur doit.
Nous n'aurons pas besoin, vous le reconnaîtrez avec nous, nous n'aurons pas besoin de solliciter beaucoup en votre faveur le général Subervie; son âge, qui touche au vôtre, et qui ne l'empêche pas de rendre de si infatigables services à la reconstruction de l'armée et à son amélioration, vous est une garantie des sentiments que vous demandez de lui.
Réponse aux déléêués du j^ataillon de garde nationale de Belleville venant réclamer contre la suppression des ccmpagnieB de grenadiers et de voltigeurB.
Une mesure qui a dû coûter aux membres du Gouvernement provisoire et au ministre de l'intérieur, c'est certainement celle qui a dépouillé les vétérans de l'ordre public et de la liberté, comme les grenadiers et les voltigeurs de la garde nationale, des insignes qu'ils avaient si glorieusement portés depuis tant d'années; mais vous devez comprendre que chaque époque a ses devoirs, et que ce qu'il y a de pénible dans ces devoirs doit être porté non-seulement par ceux qui les imposent, mais par ceux qui ont à les subir.
Le Gouvernement provisoire a pensé qu'élargissant immensément les cadres de la garde nationale de Paris et de la France entière ; que, voulant supprimer de la capitale, du centre du gouvernement toute force militaire régulière qui pouvait peser trop par sa présence sur la liberté heureusement reconquise, il était nécessaire de faire subir à la garde nationale, dans un double intérêt, celui de l'égalité et de l'uniformité dans les rangs des compagnies, et celui d'une élection plus large, plus générale et plus populaire encore, les modifications dont vous êtes si légitimement affectés. J'ignore si le Gouvernement provisoire, informé des plaintes que vous nous apportez et (juc vous nous annoncez pour demain, ne trouvera
pas un moyen de concilier les deux nécessités de sa situation avec le désir de reconnaître et de récompenser de longs services, et avec le désir plus ardent encore de vous conserver avec tout votre zèle, toute votre vigilance, toute votre intrépidité, dans la crise difficile que la République traverse avec la liberté, et que, je puis vous le dire en face, elle ne traverserait pas sans vous.
Comprenez donc les difficultés du Gouvernement provisoire; ne pressez pas trop la solution que vous nous demandez dans ce moment. Je serai demain l'organe de votre réclamation auprès de lui , il l'examinera certainement avec l'attention qu'il apporte à toutes les aff'aires, surtout à celles de la garde nationale. Je ne dois pas préjuger sa décision, mais je puis vous dire, sans crainte de me tromper, qu'il n'est pas entré dans son esprit la moindre pensée d'abaisser, de contrister ce qui fait la force et la gloire de la France, et ce qui sera dans l'avenir la liberté.
Réponse à la députation du Club républicain pour la liberté des élecliors , venant exprimer le« craintes qu'a fait naîtra la ciraulaira de M, le ministre de l'intérieur.
Il ne m'appartient pas, dans une question aussi générale, aussi grave, de prendre l'initiative sur l'opinion de tous mes collègues réunis. Néanmoins je puis vous
dire qu'ils seront profondément touchés, profondément reconnaissants de la démarche que vous venez de faire et des paroles que vous venez de prononcer.
Le Gouvernement provisoire n'a chargé personne de parler en son nom à la nation, et surtout de parler un langage supérieur aux lois. Ce droit, il ne l'a donné à personne, car il n'a pas voulu le prendre pour lui-même au moment où il sortait comme une acclamation du peuple pour remplir momentanément la place pénible qu'il occupe. Il ne l'a pas voulu ; il ne l'a pas fait ; il ne le fera jamais. Croyez-en les noms des hommes qui le composent.
Soyez certains qu'avant peu de jours, le Gouvernement provisoire prendra lui-même !a parole, que ce qui a pu, dans les termes , et non certes dans les intentions de ce document, blesser, inquiéter la liberté et la conscience du pays, sera expliqué, commenté, rétabli par la voix même du gouvernement tout entier.
Citoyens ! de tous les dogmes qui ont survécu aux grandes chutes de trônes et d'empires dont nous sommes témoins depuis un demi-siècle, il n'y a qu'un dogme impérissable à nos yeux, c'est celui de la souveraineté nationale, h laquelle nous ne nous permettrons jamais d'attenter nous-mêmes, et à laquelle nous ne permettrons jamais non plus qu'on attente en notre nom ou au vôtre !
Le (Gouvernement provisoire se félicitera, n'en douiez pas, que vous soyez venus comme un pressentiment de l'opinion vraiment républicaine, c'est-à-dire
libre, provoquer une explication de lui sur la conduite qu'il veut tenir dans les élections dont doit sortir librement aussi le gouvernement républicain de la France! Et ici, je ne vous parle plus en mon nom ; il y a peu d'heures que nous nous entretenions, en conseil de gouvernement, de cette question, et qu'à l'unanimité nous déclarions, ce qui est dans la vérité, dans la nature, dans le droit de la souveraineté nationale, dont la souveraineté de la conscience individuelle est la première garantie, nous déclarions, disje, que le Gouvernement ne voulait peser et ne devait peser directement ni indirectement sur les élections; que, comme individus, car aucun de nous n'aurait accepté le gouvernement s'il lui avait fallu renoncer à ses droits de citoyen, que, comme individus, nous recommanderions nos amis, nous inspirerions nos propres opinions, mais que, comme gouvernement, armés d'une parcelle quelconque de la puissance publique, nous rougirions nous-mêmes des reproches que nous avons faits aux gouvernements qui nous ont précédés, si, au lieu de la corruption qui a fait par ses scandales la révolution même d'où la République est sortie, nous employions aujourd'hui cette autre corruption, la pire de toutes les corruptions, la corruption de la crainte et de l'oppression morale des consciences !
Non, c'est d'une source libre et pure que la République doit sortir et qu'elle sortira !
Tranquillisez-vous, citoyens, et reportez ces paroles à vos concitoyens du dehors.
— no —
Je désire, nous désirons tous qu'elles retentissent dans l'opinion publique de Paris et de la France. Nous désirons qu'elles rassurent la République sur le sens mal interprété, de quelques mots qui n'avaient ni le sens ni la portée qu'on a voulu leur donner, en s'alarmant d'expressions qui faussent souvent les pensées dans la multiplicité de signatures et d'affaires dont nos collègues sont accablés dans ce tumulte d'événements qui nous emporte.
Sachez-le, et dites-le bien à ceux qui vous attendent, le Gouvernement de la République tout entier éprouve le besoin de rassurer deux fois la conscience publique, une fois dans ce dialogue que nous avons ensemble, et bientôt par une proclamation à tous les citoyens de la France, proclamation qui contiendra ses principes sur la nature des institutions toutes libérales, toutes morales, toutes conservatrices des droits et des intérêts des citoyens, sans acception.
Vous voulez que la République et la liberté soient un même mot ; autrement la République serait un mensonge, et nous voulons qu'elle soit une vérité !
Nous voulons une République qui se fasse aimer et respecter de tous, qui ne se fasse craindre par personne, excepté par les ennemis de la pati ie ou des institutions.
Nous voulons fonderune République qui soit le modèle des gouvernements modci-nos, et non riniitation des fautes et des malheurs d'un autre temps. Nous en adoptons la gloire, nous en répudions les anarchies et les loris! Aidez-nous à la fonder et à la dé-
fendre! Votez selon vos consciences ; et si, comme je n'en doute pas, ce sont des consciences de bons citoyens, la République se fondera par vos votes, comme elle s'est fondée ici par les bras du peuple de Paris!
Réponse aux délégués de la colonie de Petit-fiourg réclamant une allocation en faveur des enfants admis dans cette colonie, et offrant au gouvernement l'abandon de l'immeuble.
Messieurs, je puis vous répondre avec confiance, au nom du Gouvernement provisoire, qu'il accepte luimême au nom de la République, la tutelle de ces enfants devenus nos enfants.
Vous avez parfaitement fait sentir dans votre discours l'intérêt tout particulier qu'une république qui veut être nouvelle dans le monde, morale, pacifique, éducatrice de tous les enfants de la nation, doit porter à ceux dont tous avez [)ris la direction.
Une république perturbatrice de l'ordre européen, une république dont le principe est la guerre, une république militaire fait des soldats et ne s'occupe que d'élever pour les armes la jeune partie de sa population. Une république comme celle dont l'idéal est dans vos cœurs et dans vos esprits, comme celle qui va et doit sortir des pensées de progrès, des sentiments qui ont grandi dans le peuple français depuis cinquante-
cinq ans, une pareille république, vous l'avez senti, citoyens, doit porter ses premiers regardssur celte partie de la population qui sort pour ainsi dire de la terre et qui doit en être détachée le moins possible; car, comme vous l'avez parfaitement dit aussi, c'est de la terre que sort d'abord le premier travail, mais c'est de la terre aussi que sortent les plus grandes et les plus solides vertus, les mœurs les plus incorruptibles, pour cette portion du peuple que vous élevez.
A tous ces titres, messieurs, la colonie do Petit- Bourg, qui nous était déjà connue par les bienfaits que vous avez répandus sur cette classe de la population, appellera la sollicitude toute particulière du gouvernement.
Vous parlez de nous abandonner la terre que vous avez consacrée par vos sueurs et par celle de ces enfants. Non, messieurs, je trahirais les sentiments du Gouvernement provisoire si je le supposais capable d'accepter un tel sacrifice. La République fera autrement. Elle a été conquise par le peuple, et, à l'ijeure même où elle a été conquise, elle a senti, que dis-je? elle avait senti d'avance qu'elle ne pouvait se légitimer que par toutes les institutions populaires dont vous offrez un exemple dans votre institution. Sa première et plus constante pensée, son premier devoir, devoir (liflicile ù remplir, je le sais, et qu'il faut r«>mplir, non jiar le sentiment mais par la science, ce sera de créer pour toutes les classes de la population, et spécialeuïent pour celle dont vous tirez vos élèves, ces iiistitutiftns d'enseignement, «le travail, de salaire élénien-
taire, de mœurs honnêtes, d'utilité privée dont l'agriculture est le premier moyen pour les nations.
Soyez sûrs qu'à ce titre, aussitôt que le crédit public sera raffermi, et nous avons la confiance que, grâce au dévouement, au patriotisme des citoyens, qui ne s'est peut-être jamais montré à ce point depuis que la France est France, grâce à l'énergie de la garde nationale, grâce à cette garde nationale morale dont chaque citoyen nous offre un soldat, ce crédit public, cette richesse solide et intarissable du sol français aura bientôt repris son niveau et nous permettra, non pas d'accepter les sacrifices, mais d'accorder les subsides, et les subsides heureux dont vous nous parlez; soyez sûrs qu'aussitôt que le gouvernement sera assis, car vous voyez (pi'en ce moment-ci il est debout encore, aussitôt qu'il sera assis et que chacun des ministères pourra prendre connaissance des sommes qui lui sont nécessaires pour favoriser ces entreprises de tout genre dont nous voulons doter principalement les enfants indigents du peuple et de l'ouvrier; soyez sûrs que la demande que vous me remettez en ce moment passera sous les yeux du Gouvernement provisoire, et qu'il ne tardera pas à vous offrir non-seulement le témoignage de sa reconnaissance, mais le témoignage de la générosité de la nation.
Réponse à une députation des Hongrois résidant à Paris.
Si les Hongrois arrivent un peu tard à ce centre du Gouvernement provisoire, que la France vient de créer non pas pour être la terreur, mais pour tâcher d'être Tamour des autres peuples de l'Europe, c'e*t que les Hongrois viennent de plus loin.
Le Gouvernement provisoire sera profondément sensible à cette visite nationale que vous voulez bien faire au peuple français dans ce palais du peuple, si glorieusement reconquis par lui.
Si la France avait besoin d'être éclairée sur les vertus, sur le courage, sur l'esprit de liberté et de fraternité qui anime votre nation, je serais assez heureux pour en porter le témoignage. J'ai traversé votre patrie, j'ai été témoin des vertus pastorales en même temps qu'héroïques de ce grand peuple qui, en entrant dans une grande unité fédérative, n'a jamais perdu le caractère distinctif de sa nationalité primitive. Si vous nous apportez des vœux pour la liberté récente dans notre pays, nous vous reportons nos respects pour la liberté antique et toujours sagement et glorieusement maintenue dans le vôtre. Cette fraternité des deux libertés et des deux peuples s'augmente encore par les sympathies que vous venez nous témoigner.
Quand vous retournerez dans votre belle patrie, dites-lui qu'elle compte en France autant d'amis qu'il y a de citoyens français.
— us -.
Réponse à uns députation des Norwé^iens résidant à Paris, venant présenter leur adhésion à la République française.
Citoyens norwégiens, c'est un bonheur et une gloire pour la République française de recevoir ainsi successivement la visite, permettez- moi de le dire, de toutes les nations qui couvrent le globe, de fraterniser, comme vient de le dire votre orateur , dans ce sentiment de liberté, de sympathie générale, qui est l'esprit de la famille entre les peuples. Recevez nos remercîments pour le témoignage d'adhésion et d'intérêt que vous apportez à la nation française. La nation française et la nation norwégienne, vous le savez, n'ont pas attendu l'heure de cette dernière révolution pour se déclarer mutuellement des sympathies durables et également honorables pour les deux peuples ; de tout temps, sous tous les gouvernements, sous toutes les formes de pouvoir, vos cœurs ont sympathisé avec les cœurs français, et les cœurs français ont sympathisé avec la liberté dont le Nord donnait l'exemple.
Reportez à vos concitoyens les remercîments que le Gouvernement provisoire de la République me charge de vous offrir non-seulement en son nom , mais encore au nom du peuple français tout entier qui connaîtra cette visite et ces hommages. De tout temps, je le répète , nous avons été l'ami du peuple norvvégien et l'ami de son gouvernement ; nous espérons que les circonstances nouvelles, et nous en avons
déjà acquis la certitude, bien loin de relâcher les liens entre les deux gouvernements, les resserreront davantage et deviendront des occasions, des motifs de plus à cette glorieuse sympathie dont vous venez de nous offrir le témoignage.
Réponse à une députation de pêcheurs de la commune de Meudon, organe de quarante pères de famille, venant présenter son adhésion au Gouvernement provisoire et demander la résihation du bail de pêche, en offrant de s'associer pour l'exploiter.
Nous remercions la commune de Meudon de l'adhésion qu elle vient offrir au Gouvernement provisoire. L'esprit de patriotisme qui anime la capitale rayonne naturellement d'abord sur les villes et villages qui entourent Paris ; nous étions bien sûrs, à ce titre, d'avoir avant tout l'adhésion des communes voisines de la capitale , et nous vous prions de reporter à la vôtre notre témoignage de reconnaissance.
Quant à la demande que vous nous adressez sur la résiliation d'un bail de pêche , l'intention du Gouvernement provisoire est de ne porter atteinte à aucune propriété consacrée, car, s'il le faisait pour une, il les saperait toutes. 11 n'y a que deux moyens d'arriver à cette résiliation : un consentement volontaire, ou une indemnité que l'Etat allouerait pour motif d'intérêt public. M. le ministre des finances, qui est spé-
cialement chargé de la direction de cette sorte de contrat, avisera avec sollicitude à la demande que vous nous fiiites; mais il faut qu'elle soit méditée, et et que la question qui s'y rattache soit résolue conformément aux lois et à la justice.
— §*-«^ 17 Mars. ^^-*§—
Réponse à une députation des Irlandais demeurant à Paris, parlant en son nom et au nom des membres du Collège irlandais et venant présenter au Gouvernement una adresse de félicitations.
Veuillez dire, monsieur, aux séminaristes irlandais que si le Gouvernement provisoire n'a pas eu la satisfaction de les entendre, il a eu le plaisir de les apercevoir des fenêtres de l'hôtel de ville. Je vous prie de les remercier et de leur dire que la liherté conquise en Février par le peuple français n'est point hostile à la conscience humaine. La France se glorifie au contraire de trouver dans sa religion la source de sa liberté, et ceux qui viendront fraterniser avec elle dans les sentiments de cette religion seront deux fois ses frères.
Réponse aux délégués de diverses corporations et clubs, venant au nom du peuple demander : 1° l'éloiênement des troupes ; 2" l'ajournement au b avril des élections de la garde nationale; 3° l'ajournement au 31 mai des élections pour l'Assemblée nationale.
Messieurs, j'ai été interpellé par mon nom. Je relève mon nom, et je demande à parler aussi.
Je n'ajoute rien à ce que vous a dit tout à l'heure, avec autant de dignité que de convenance, notre collègue M. Louis Blanc. Vous sentez comme nous, comme nous, en qui le peuple a mis sa confiance et s'est personnifié le jour du combat et de la victoire, qu'il n'y a de gouvernement possible qu'à la condition que vous ayez la confiance et la raison de conférer une autorité morale à ce gouvernement. L'autorité morale de ce gouvernement, qu'est-ce autre chose, non-seulement pour lui, mais pour le peuple, pour le public, pour les départements, pour l'Europe qui nous regarde, qu'est-ce autre chose que son indépendance complète de toute pression extérieure? Voilà l'indépendance du gouvernement, voilà sa dignité, voilà son unique force morale, sachez-le bien. Que sommes-nous ici ? Regardez. Voilà notre vénérable président, chargé du poids et de la gloire de SCS quatre-vingts ans, et qui a voulu consacrer ses dernières forces, à notre tôte, à l'établissement de la République, avec indépendance, avec dignité et liberté, et, certes, en liberté et en indépendance, il n'y
a pas un citoyen français qui puisse démentir le nom de Dupont (de l'Eure). Autour de nous, que voyezvous? Un petit groupe d'hommes sans armes, sans appui matériel, sans soldats, sans gardes, qui n'ont d'autre autorité que celle que le peuple leur maintient en les respectant, qui n'en cherchent pas d'autre, qui se plongent, qui s'immergent tout entiers dans ce peuple dont ils sont sortis, et qui n'ont pris dans la République un rôle aussi énergique et aussi périlleux que pour y être les garants de ces intérêts populaires, sacrifiés jusqu'ici sous les monarchies, sous les aristocraties, sous les oligarchies que nous avons traversées.
Mais pour que ce sentiment ait son effet, pour que ces principes populaires deviennent des applications utiles au bonheur et aux droits du peuple, que faut-il? La continuation paisible en calme, en ordre, de cette confiance que vous nous avez donnée. Que pourrionsnous vous opposer? Rien qu'une seule chose : votre raison même ! cette puissance de la raison générale qui se place seule ici entre vous et nous, qui nous inspire et qui vous arrête devant nous! C'est cette force morale invisible et cependant toute-puissante qui nous rend calmes nous-mêmes, indépendants et dignes en face de cette masse qui entoure ce palais du peuple défendu par sa seule inviolabilité.
Cette dernière barrière de notre indépendance, comme gouvernement et comme hommes, nous la défendrions jusqu'à la mort si la compression de la multitude voulait la franchir ! et ce n'est pas pour
nous, c'est pour vous surtout que nous péririons en la défendant! Que serait un peuple sans gouvernement, et que deviendrait pour le peuple un gouvernement avili ?
J'arrive aux trois questions que vous avez posées. Un délai de dix jours de plus pour les élections de la garde nationale.
Nous avons, à cet égard, dans des délibérations préexistantes, nous avons cru prévenir et les vœux légitimes du peuple et vos propres désirs. On nous avait représenté que cette masse imposante, solide, patriotique, républicaine de la population qui forme l'immense élément populaire de Paris, n'avait pas eu peut-être le temps de se faire inscrire sur les listes et entrer ainsi dans le large cadre patriotique où nous voulons désormais enserrer toute la force publique. Nous avons d'abord ajourné à huit jours; nous avons ensuite ajourné jusqu'au 25 mars. Je ne puis pas me prononcer seul, et je ne le voudrais pas en ce moment, sur les résultats de la nouvelle délibération qui pourra avoir lieu sur ces objets ; mais vous avez quinze jours en tout pour vous inscrire.
Quant aux troupes , j'ai déjà répondu avant-hier à une des associations patriotiques dont vous faites partie : la question n'existe pas. Il n'y a pas de troupes h Paris, si ce n'est peut-être 1,500 ou 2,000 hommes dispersés pour les postes extérieurs, pour la protection des portes et des chemins de fer, et il est fciux que le Gouvernement ait songé à en rapprocher de Paris. Il faudrait qu'il fût insensé, après ce qui
s'est passé, après que la royauté déchue a vu se fondre 80,000 hommes de troupes contre le peuple désarmé de Paris, pour songera lui imposer, avec quelques corps d'armée épars et animés du même républicanisme, des volontés contraires à vos volontés et à votre indépendance! Nous n'y avons pas songé, nous n'y songeons pas, nous n'y songerons jamais. Voilà la vérité, rapportez-la au peuple : sa liberté lui appartient parce qu'il l'a conquise ; elle lui appartient parce qu'il saura la garder de tout désordre ! La République, à l'intérieur, ne veut d'autre défenseur que le peuple armé.
Mais, quoique ceci soît la vérité aujourd'hui, et que nous vous déclarions que nous ne voulons que le peuple armé pour protéger ses institutions, n'en concluez pas que nous consentions jamais à la déchéance des soldats français! n'en concluez pas que nous mettions notre brave armée en suspicion, et que nous nous interdisions de l'appeler môme dans l'intérieur, même à Paris, si des circonstances de guerre commandaient telle ou telle disposition de nos forces pour la sûreté extérieure de la patrie !
Le soldat, qui n'était hier que soldat, est citoyen aujourd'hui comme vous et nous. Nous lui avons donné le droit de concourir par son vote de citoyen à la représentation et à la liberté, qu'il saura défendre aussi complètement que toute autre fraction du peuple !
Quant à la troisième et principale question, celle de la prorogation à un terme éloigné de la convoca-
tion (le l'Assemblée nationale, je ne consentirais pas à engager en rien ni l'opinion de mes collègues, ni surtout la mienne, sur une pareille mesure qui engage trop profondément, selon moi, les droits du pays tout entier. Je ne veux rien préjuger, par respect pour notre indépendance, sur un décret qui tendrait à déclarer à la nation que Paris affecterait le monopole de la liberté et de la République, et qui nous ferait prendre au nom d'une capitale seule, et sous la pression d'une masse bien intentionnée, mais impérative par son nombre même, la dictature de la liberté conquise ici par tout le monde, mais conquise pour la France entière, et non pour quelques citoyens seulement ! Si vous me commandiez de délibérer sous la force, et de prononcer la mise hors la loi de toute la nation, qui n'est pas à Paris, de la déclarer pendant trois mois, six mois, que sais-je, exclue de sa représentation et de sa constitution, je vous dirais ce que je disais à un autre gouvernement, il y a peu de jours : Vous n'arracheriez ce vote de ma poitrine qu'après que les balles l'auraient percée ! Non, destituez-nous mille fois de notre titre, plutôt que de nous destituer de nos opinions libres, de notre dignité, de notre inviolabilité évidente, évidente au dehors, sachez-le bien, autant qu'au dedans! Car, pour qu'un gouvernement soit respecté, il faut qu'un gouvernement ait non-seulement le fait, mais l'apparence aussi de la liberté.
Comprenez donc votre pouvoir dans le nôtre, votre dignité dans la nôtre, votre indépendance d&m la
nôtre, et laissez-nous, dans l'intérêt môme de ce peuple, réfléchir et délibérer de sang-froid, adopter ou repousser les vœux dont vous êtes l'organe auprès de nous. Nous ne vous promettons, je ne vous promets, quant à moi, que de les peser dans notre conscience, sans peur comme sans prévention, et de décider ce qui nous paraîtra, non pas la volonté seulement du peuple de Paris, mais le droit et la volonté de toute la République !
Je suis convaincu que le peuple n'est là que pour appuyer le Gouvernement provisoire, mais la nation pourrait s'y tromper. Prenez garde à des réunions de ce genre, quelque belles qu'elles soient: \e dix-huit brumaire du peuple pourrait amener, contre son gré, le dix-huit brumaire du despotisme, et ni vous ni nous nous n'en voulons.
-<io-*^ 18 Mars. ^— I—
Réponse à la députatlon du Club de la garde nationale, apportant son adhésion à la République.
Citoyens, le Gouvernement provisoire, à qui je vais reporter vos sentiments et vos paroles, en sera d'autant plus profondément touché que je reconnais dans vos idées les idées mômes du Gouvernement. L'égalité, la fraternité, la liberté, pour la défense desquel-
les vous vous instituez en association patriotique, n'ont pas besoin d'être proclamées par le Gouvernement sur le frontispice de son nouveau code ; elles n'ont pas besoin seulement d'avoir une force morale; il leur faut une force visible, palpable, matérielle, aussi énergique que modérée. La République que nous avons proclamée, et que vous venez de consacrer vousmêmes par vos paroles, a besoin d'avoir à la fois en elle la force, la modération et la vigilance que vous souhaitez à ses représentants.
Sous une République pareille, le gouvernement n'appartient pas seulement à ce petit nombre d'hommes que l'acclamation publique a jetés momentanément à la tête du pays; le gouvernement appartient à 35 millions de Français. Le pays tout entier est représentatif; la garde nationale elle-même est représentative de l'ordre, de la moralité, de la sagesse comme de l'énergie d'un bon gouvernement.
Recevez donc par ma bouche, citoyens, les remercîments du Gouvernement provisoire. Il applaudira, je n'en doute pas, à vos sentiments: il se réjouira de voir naître une association publique poiu' propager l'esprit de concorde, de sagesse, le respect de l'opinion, l'inviolabilité de la propriété, celle de la vie des hommes, toutes choses sans lesquelles le mot de République effrayerait le monde au lieu de le rassurer en le consolant.
—1-^ 19 Mars. |^-|—
Réponse à une députation des Vésuviennes demandant que le Gouvernement veuille bien les nourrir momentanément et mettre à leur disposition la prison de Clichy. afin de la convertir en un atelier de confeoiion.
La République n'a pas été faite seulement pour les hommes, bien qu'elle ait été faite par eux et au prix de leur sang. Elle a été faite pour vous-mêmes ; elle a été faite pour cette partie intéressante, laborieuse, soutïVante, et souvent opprimée, de la population féminine à laquelle vous appartenez. Nous espérons, par les bienfaits de la République, par la sollicitude dont elle vous entourera dans toutes les circonstances, dans toutes les misères de votre vie de femmes, nous espérons vous la faire chérir, défendre. Ce que vous nous demandez est depuis quelques jours l'objet de la sollicitude des membres du Gouvernement et des personnes auxquelles il a été délégué une partie des soins en ce qui concerne les femmes. Nous savons que des concurrences ruineuses pour les ouvrières existent en France, et enlèvent à notre intéressante population ce travail de l'aiguille dont vous vivez humblement. Nous avons supprimé deux concurrences qui pesaient inévitablement sur et vous, nous avons ainsi rendu le travail à plus de 80,000 ouvrières.
Si le local que vous nous demandez pour installer
votre association de travailleuses est en ce momeni dans les mains de la République, vous pouvez être assurées que cette semaine il vous sera accordé. Cependant, ne prenez^ pas acte de mes paroles, en ce qui concerne le local de Clichy. Le Gouvernement provisoire vous promet seulement de faire examiner cette question avec le désir ardent de répondre à vos vœux.
Je vous répète que la République, après les glorieux travaux qu'elle a accomplis et qu'il lui reste à accomplir encore, n'aura pas de plus douce satisfaction que celle d'améliorer la situation de la plus touchante et la plus intéressante partie de sa population.
î^éponôe à une députation de la Fraternité, eooiôtô d'assurance mutuelle pour les employés et ouvriers des deux sexes contre les maladies et blessures.
Citoyens , vous avez admirablement compris quel est le vrai sens de la révolution que vous nous avez aidés à conquérir, et que nous travaillons en ce moment à organiser.
Cette révolution n'est pas seulement un changement politique qui emporte et rapporte une dynastie, ou le personnel d'un pouvoir au sonnnct des aflaires pour laisser subsister les mêmes principes. C'est une révolution fondamentale, c'est une révolution fa'te
par le peuple ; elle a pour premier besoin et pour premier devoir de consacrer Tinslitulion populaire que votre charité fraternelle vous a fait devancer. La pensée que vous avez réalisée dans votre institution est précisément la pensée fondamentale qui inspire tous les actes du Gouvernement nouveau, si vous continuez à lui prêter le concours énergique et modéré que vous lui avez prêté jusqu'à ce jour.
Cette pensée de fraternité, nous l'avons inscrite sous un autre nom au frontispice de notre nouvelle République. En effet, les républiques précédentes n'étaient que des républiques de parti ; nous voulons que celle-ci soit la République de la nation tout entière; que, par l'accessibilité à toutes les fonctions publiques, à toutes les puissances, à toutes les lumières de la civilisation, elle appartienne à toutes les classes que vous avez eu pour but de secourir dans votre in« stitution.
C'est là, soyez-en certains, la pensée profonde, la conviction du Gouvernement provisoire dans tous ses membres ; c'est cette seule pensée qui nous donne le courage de rester encore quelques jours à la tête des affaires.
Recevez par mon faible organe le remercîment du Gouvernement provisoire tout entier, non-seulement pour ce que vous avez fait, mais pour ce que vous ferez dans l'avenir. Si les gouvernements précédents ont négligé de convertir en institutions de TElat la belle institution dont vous avez donné le bon exemple, soyez convaincus que le gouvernement nouveau re-
gardera comme un de ses premiers devoirs de consaerpr, d'élargir Tinstitulion bienfaisante dont vous êtes les représentants.
Réponse à une députation des Savoisiens résidant à Paris, venant protester de son dévouement à la République, et lui offrir son concours dans la garde nationale pour maintenir l'ordre et la liberté.
En recevant l'adhésion que vous apportez à la République, le Gouvernement provisoire croit recevoir l'hommage d'une partie même de la nation française, comme l'a si bien dit votre honorable orateur. Les liens de parenté morale, de fraternité nationale, d'union intellectuelle qui subsistent, et dont la langue commune est le signe depuis tant d'années, entre les deux peuples, s'ils n'ont pas effacé entièrement les frontières qui séparent arbitrairement les nations sur la carte, ont effacé depuis longtemps toutes les limites qui peuvent séparer l'esprit des deux peuples.
Le Gouvernement provisoire reçoit avec bonheur le témoignage de sympathie, d'amitié et, pour ainsi dire, de conationalité exprimé dans votre adresse. Quant à moi, en particulier, qui ai l'honneur d'être son organe auprès de vous, citoyens savoisiens, personne en France ne pouvait, j'ose le dire, apprécier davantage votre présence ici et votre adhésion à la République.
J'ai été, pour ainsi dire, élevé dans vos montagnes ; c'est là que j'ai respiré l'air natal de la poésie, qui a commencé ma modeste illustration, auprès de votre jeunesse; c'est là que j'ai eu, pour ainsi dire, une colonie de ma propre famille, et que j'ai été accoutumé, dès mes plus jeunes années, à regarder la Savoie comme ma propre patrie.
C'est là que j'ai connu ces vertus admirables dont votre population offre le modèle à toute l'Europe; c'est là que j'ai admiré ces études sérieuses qui ont fait de vous le peuple le plus littéraire, le plus libéral, le plus intellectuel entre tous les peuples ; c'est là que j'ai contracté et que je conserverai toujours mes plus tendres amitiés.
Vous me permettrez ce retour à des souvenirs personnels, comme une consolation à la vie publique. Quant à l'adhésion que vous exprimez pour la nation française , vous comprenez nos propres sentiments. Si nous la repoussons, nous froissons nos propres cœurs ; si nous l'acceptons, nous rompons la paix et l'alliance avec les peuples et les gouvernements. Or, nous l'avons dit et nous voulons que les paroles de la République soient des paroles de vérité : Nous ne romprons pas la paix du monde. Mais si, indépendamment de nous, la paix du monde venait à se rompre par une atteinte à l'indépendance de l'Ilalie, nous volerions à votre secours, nous délivrerions • l'Italie, nous joindrions notre drapeau au vôtre; et si ensuite la carte de l'Europe venait à être déchirée sans nous et contre nous, soyez convaincus, citoyens savoi-
siens, qu'un fragment de cette carte resterait dans vos mains et dans les nôtres, et que nous metirions le poids de vos cœurs d.ins la balance où l'Europe et votre gouvernement lui-même pèseraient les territoires dont se composerait le nouvel équilibre européen !
Reportez ces paroles dans vos Alpes, non comme des paroles de guerre, mais comme des paroles de parenté, d'amitié et de paix.
Réponse à une députation des Polonais demandant l'appui du Gouvernement pour le rétablissement de la nationalité polonaise.
La République française reçoit comme un heureux augure l'hommage de votre adhésion et de votre reconnaissance pour son hospitalité! Je n'ai pas besoin de vous dire ses sentiments pour les tils de la Pologne. La voix de la France vous les disait, chaque année, même quand cette voix était comprimée par la monarchie. La République a la voix et le geste plus libres et plus sympathiques encore. Elle vous les redira, ces sentiments fraternels. Elle vous les prouvera sous toutes les formes compatibles avec la politique de justice, de modération et de paix qu'elle a proclamée pour le monde.
Oui. depuis vos derniers désastres, depuis que l'épéo a eflacé de la carte des nations ces dernières protestations de votre existence, comme vestige et comme
germe d'une nation, la Pologne n'a pas été seulement le reproche, elle a été un remords vivant debout au niili<'u de l'Europe. La France ne vous doit pas seulement des vœux et des larmes, elle vous doit un appui moral et éventuel en retour de ce sang polonais que vous avez semé, pendant nos grandes guerres, sur tous les champs de bataille de l'Kurope.
La France vous rendra ce qu'elle vous doit, soyezen sûrs ! et rapportez-vous-en au cœur de trente-six millions de Français! Seulement laissez à la France ce qui lui appartient exclusivement, l'heure, le moment, la forme dont la Pi-ovidence déterminera le choix et la convenance, pour vous rendre, sans agression et sans effusion de sang humain, la place qui vous est due au soleil et dans le catalogue des peuples.
Vous connaissez les principes que le Gouvernement provisoire de la République a adoptés invariablement dans sa politique étrangère. Si vous ne les connaissez pas, les voici :
La République est républicaine sans doute ; elle le dit à haute voix au monde ; mais la République n'est en guerre ouverte ni sourde avec aucune des nations, avec aucun des gouvernements existants, tant que ces nations et ces gouvernements ne se déclarent pas eux-mêmes en guerre avec elle! Elle ne fera donc, elle ne permettra volontairement aucun acte d agression et de violence contre les nations germaniques. Elles travaillent en ce moment à modifier d'ellesmêmes leur système intérieur de confédération et à créer l'unité et le droit des peuples qui ont une place
à leur revendiquer dans son sein. II faudrait être insensé ou traître à la liberté du monde pour les troubler dans ce travail par des démonstrations de guerre et pour changer en hostilité, en susceptibilité ou en haine la tendance libératrice qui les pousse de cœur vers nous et vers vous !
Et quel moment nous demandez-vous de choisir pour ce contre-sens du droit, de la politique et de la liberté ? Est-ce que le traité de Pilnitz se trame par hasard contre nous? Est-ce que la coalition des souverains absolus se noue et s'arme sur nos frontières et sur les nôtres? Non. Vous le voyez, chaque courrier nous apporte une acclamation victorieuse des peuples qui se scellent dans notre principe, et qui fortifient notre cause précisément parce que nous avons déclaré que ce principe était le respect du droit, des volontés, des formes de gouvernement, du territoire de tous les peuples ! Les résultats extérieurs de la politique du Gouvernement provisoire sont-ils donc si mauvais, qu'il faille le contraindre violemment à en changer, et nous présenter sur les frontières de nos voisins la baïonnette à la main, au lieu de la liberté et de la paix à la main ?
Non, cette politique à la fois ferme et pacifique réussit trop bien à la République pour que nous voulions la changer avant Iheure où les puissances la changeront elles-mêmes! Regardez la Belgique! regardez la Suisse! regardez Tllalie! regardez l'Allemagne méridionale tout entière! regardez Vieime! regardez Berlin ! que vous faut-il de plus? Les pos-
sesseurs eux-mêmes de vos territoires vous ouvrent la route vers votre patrie et vous appellent à en reconstituer pacifiquement les premières assises! Ne soyez injustes ni envers Dieu, ni envers la République, ni envers nous! Les nations sympathiques de l'Allemagne, le roi de Prusse ouvrant les portes de ses citadelles à vos martyrs, les portes de la Pologne ouvertes, Cracovie affranchie, le grand-duché de Posen redevenu polonais, voilà les armes que nous vous avons données en un mois de politique !
Ne nous en demandez pas d'autres. Le Gouvernement provisoire ne se laissera pas changer sa politique dans la main par une nation étrangère, quelque sympathique qu'elle soit à nos cœurs. Nous aimons la Pologne, nous aimons l'Italie, nous aimons tous les peuples opprimés, mais nous aimons avant tout la France, et nous avons la responsabilité de ses destinées, et peut-être de celles de l'Europe en ce moment! Cette responsabilité, nous ne la remettrons à personne qu'à la nation elle-même ! Fiez-vous à elle, fiez-vous à l'avenir, fiez-vous au passé de ces trente jours qui ont déjà donné à la cause de la démocratie française plus de terrain que trente batailles rangées, et ne troublez ni par les armes, ni par une agitation qui retomberait sur notre cause conuiiune, l'œuvre que la Providence accomplit sans autres armes que les idées pour la régénération des peuples et pour la fraternité du genre humain!
Vous avez admirablement parlé comme Polonais. Quant à nous, notre devoir est de vous parler comme
Français. Les uns et les autres nous devons rester dans notre rôle respectif. Conime Polonais, vous devez ôtre justement impatients de voler sur le sol de vos pères, et de répondre à l'appel qu'une partie de la Pologne déjà libre fait à ses généreux enfants. A ce gentiment, nous ne pouvons qu'applaudir, et fournir, comme vous le désire^, tous les moyens pacifiques qui aideront les Polonais à rentrer dans leur patrie et à se réjouir de son commencement d'indépendance à Posen !
Quant à nous, comme Français, nous n'avons pas seulement la Pologne à considérer ; nous avons l'universalilé de la politique européenne qui correspond à tous les horizons de la France et à tous les intérêts do la liberté dont la République française est la seconde, et, nous l'espérons, la plus glorieuse et la dernière explosion dans l'Europe. L'importance de ces intérêts, la gravité de ces résolutions, font que le Gouvernement provisoire de la République ne peut abdiquer entre les mains d'aucune nationalité partielle, d'aucun parti dans une nation, quelque sacrée que soit la cause de cette nation, la responsabilité et la liberté de ses résolutions.
Si la politique qui nous a été commandée sous la monarchie, vis-à-vis de la Pologne, n'est plus la politique qui nous est commandée sous la République, celle-ci a tenu au monde un langage auquel elle veut être fidèle; elle ne veut pas qu'aucun pouvoir sur la terre puisse lui dire : Vous avez des paroles ici, vous avez des actions là.
La République ne doit pas et ne veut pas avoir des actes en contradiction avec ses paroles : le respect de sa parole est à ce prix; elle ne la décréditera jamais en y manquant. Qu'at-elle dit dans son manifeste aux puissances? Elle a dit en pensant à vous : Le jour où il nous paraîtrait que l'heure providentielle aurait sonné pour la résurrection d'une nationalité injustement etîacée de la carte, nous volerions à son secours. Mais nous nous sommes justement réservé ce qui appartient à la France seule, l'appréciation de l'heure, du moment, de la justice, de la cause et des moyens par lesquels il nous conviendrait d'inter\enir.
Eh bien, ces moyens, jusqu'ici nous les avons choisis et résolus pacifiques I Et voyez, et que la France et l'Europe elle-même voient si ces moyens pacifiques nous ont trompés ou vous ont trompés vous-mêmes?
En trente et un jours les résultats naturels et pacifiques de ce système de paix et de fraternité déclarés aux peuples et aux gouvernements ont valu à la cause de la France, de la liberté et de la Pologne ellemême plus que dix batailles et des flots de sang humain!
Vienne, Berlin, l'Italie, Milan, Gênes, l'Allemagne méridionale, Munich, toutes ces constitutions, toutes ces explosions spontanées, non provoquées, de l'âme des peuples, vos propres frontières enfin ouvertes à vos pas à travers les acclamations de l'Allemagne, qui se renouvelle dans ses formes sous l'inviolabilité dont nous entourons ses gouvernements et ses terri-
toîres ! Voilà les pas qu'a faits la République, gt-âce à ce système de respect de la liberté du sol et du sang des hommes ! Nous ne reculerons pas dans un autre système ! Sachez-le bien, la voie droite nous conduit au but désintéressé que nous voulons atteindre mieux que les voies tortueuses de la diplomatie. Ne teniez pas de nous en faire dévier, même par le sentiment fraternel que nous vous portons. 11 y a quelque chose qui contient et qui éclaire notre passion même pour la Pologne, c'est notre raison. Laissez-nous l'écouter dans la liberté complète de nos pensées, et sachez que ces pensées ne séparent pas les deux peuples dont le sang s'est si souvent mêlé sur les champs de •bataille.
Notre sollicitude pour vous s'étendra, comme notre liospitalité, aussi loin que nos frontières; nos regards vous suivront dans votre patrie. Emportez-y l'espérance de la régénération qui commence pour vous en Prusse même, oh votre drapeau Hotte à Berlin. La France ne demande d'autre prix à l'asile qu'elle vous a donné que l'amélioration de vos destinées nationales et le souvenir que vous emporterez du nom français. N'oubliez pas que c'est à la République que vous devez le premier pas que vous allez faire vers votre patrie !
Réponse à une députation des enfants de Sarrelouis, accoiflpagnes de plusieurs compagnons d'armes du maréchal Ney, demandant la nullité du jugement du 6 décembre 1815.
Nous ne sommes pas étonnés de voir les habitants de Sarrelouis s'unir à tous ces nobles et glorieux débris de la carrière du maréchal Ney, pour venir nous remercier de la réhabilitation partielle que nous avons été impatients de consacrer à sa mémoire. Notre patriotisme, vous le savez, n'a pas heureusement les mêmes limites que les nationalités; il confond tous les peuples qui ont partagé nos combats et notre gloire en une seule et fraternelle nation, et ce n'est pas seulement le patriotisme, voyez ce qui se passe en Europe, la liberté elle-même ne connaît plus de frontières, il n'y a plus qu'une seule fomille dans le genre humain.
Citoyens, quant à la réhabditation que vous venez nous demander d'achever, je n'ai qu'un mot à dire : la plus heureuse de nos signatures, la plus digne du Gouvernement provisoire, c'a été celle que nous avons été assez heureux de consacrer à ce monument qui est la pierre fondamentale de cette réhabilitation. Ne pouvant pas encore le réhabiliter dans la loi, parce que nous n'étions pas le pouvoir législatif, nous l'avons réhabilité dans la gloire...
Nous l'avons réhabilité dans la gloire, et, soyez-en certains, le nom que vous élevez si haut dans vos sentiments, le nom que nous avons élevé nous-mêmes le plus haut possible dans la considération, l'estime
et la mémoire de la patrie, ne redescendra jamais dans l'infamie dont vous l'avez tiré.
Nous serions bien ingrats, en etfet, si nous avions hésité un jour à réhabiliter la mémoire du maréchal. Vous avez été témoins de sa glorieuse carrière, l'histoire en a consigné les titres pour la dernière postérité : il est défendu au patriotisme de l'oublier; car on peut dire qu'il a semé la gloire sur tous les champs de bataille de la patrie et dans tous les sillons de la nationalité.
A de pareils titres, il n'y avait à faire que ce que nous avons fait et ce que l'Assemblée nationale ne tardera pas h compléter.
Vous parliez tout à l'heure de l'assassinat juridique qui avait tenté de flétrir sa mémoire en attentant à une noble vie. Que ce souvenir serve à la génération présente. D'autres vous diraient de l'écarter, je vous dirai de l'élever le plus haut possible aux regards de ce généreux peuple, pour le prévenir contre les passions, contre la honte des réactions politiques. Que ce jugement que vous avez caractérisé, et que le rôle que je remplis m'empêche de caractériser, que ce jugement s'élève comme un phare pour éclairer l'avenir et prévenir à tout jamais le malheur des réactions.
J'étais bien jeune alors; je servais, comme vous serviez vous-mêmes, sous la monarchie, dans une cause qui paraissait opposée h celle du maréchal, et cependant, vous me le rappelez, oui, vous me lappe" lezce jour comme si ce jour était hier. Je me souviens d'avoir ressenti ù cette époque une douleur profonde,
et comme un pressentiment sinistre de la douleur nationale, de la honte et de la réparation qui devait s'accomplir depuis. Combien de fois ne me suis-je pas dit^ que les exécutions politiques portaient toujours inévitablement malheur au parti qui se les permettait, et qu'il arriverait un jour où l'on demanderait compte au nom de la République du sang versé si cruellement par la monarcliie. Ah! je ne soupçonnais pas alors qu'un jour ce bonheur me serait réservé de présenter à la signature du Gouvernement provisoire l'acte de réhabilitation du maréchal Ney. J'en bénis le ciel, et je suis fier, ainsi que tous mes collègues, d'avoir été désigné par la F*rovidence pour contre-signer ce sentiment populaire, pour efl'acer ce remords de la conscience du pays! Il ne manque plus qu'une épilaphe à la mémoire et au monument de ce grand soldat, et cette épitaphe vous la faites vous-mêmes en ce moment. Sa famille y gravera vos noms, vos paroles, vos larmes, et sa grande ombre sera vengée !
— §— *^ 26 Mars. ^^—5^
Réponse à une députation des ouvriers des raffineries de Paris, offrant à la République une collecte prélevée sur
leur salaire. »
Citoyens, la plus belle et la plus douce fonction du Gouvernement provisoire, depuis quelques jours, c'est
d'être le premier témoin des vertus de ce peuple qui nous en apporte à chaque instant de nouveaux témoignages. Nous ne pouvons répondre avec des paroles aux sentiments que nous inspirent ces actions répétées, successives, ardentes de patriotisme, dont vous êtes vous-mêmes les intermédiaires et les organes en ce moment, ce concours des hommes de travail, cette solde du peuple pour sa liberté.
Voir ainsi l'homme qui vit du salaire du jour, l'apporter en concours à des idées, à un grand et magnifique système, à des institutions dont, au bout du compte, il n'aperçoit pour ainsi dire que la façade extérieure, mais dont les bienfciits qui lui sont destinés ne tombent pas encore sur lui; c'est là je le répète, un admirable spectacle. Je vous remercie, citoyens, au nom du Gouvernement provisoire, du travail auquel vous avez bien voulu vous condamner, et vous pouvez être sûrs que le Gouvernement provisoire en appréciera le mérite et en confiera la mémoire et la reconnaissance à la patrie.
Réponse à une députation des propriétaires et des porteurs d'eau de l'établissement des eaux clarifiées de la Seine apportant une offrande à la République.
f Citoyens, les institutions conquisos par un peuple
ne sont solides et durables que quand ce peuple est
préparé à les comprendre et à les soutenir. Les vertus
les plus nécessaires à toutes les classes d'une population de 35 millions d'hommes pour supporter des institutions véritablement républicaines sont, d'un côté, le courage pour les conquérir, de l'autre, la sagesse, la modération, l'esprit d'ordre, la véritable intelligence des rapports sociaux de tous les hommes entre eux.
Les manifestations semblables à la vôtre, qui se multiplient de jour en jour davantage, caractérisent, dans la France tout entière, dans toutes les intelligences comme dans toutes les professions, cet admirable esprit de sociabilité qui sera la base inébranlable des institutions républicaines que nous travaillons à organiser.
Recevez les remercîments du Gouvernement provisoire et le témoignage de son admiration pour le tribut patriotique que vous venez nous apporter.
Ce qu'il y aura un jour de plus glorieux pour la République, ce ne sera pas d'avoir été fondée par les gouttes de sang de quelques hommes, ce sera d'avoir été élargie et cimentée par ces tributs volontaires qui nous arrivent de toutes parts, qui font que chaque citoyen, chaque profession vient apporter le denier d'airain dans les fondements de la liberté.
Réponse à une députation des égoutiers da Paris offrant au Gouvernement le prix d'une journée de travail.
Citoyens, si on pouvait encore révoquer en doute
le principe d'égalité entre les professions, entre les classes, entre les hommes dont la société se compose, l'exemple que vous donnez en ce moment confondrait les plus incrédules. Il est impossible en elfet de ne pas sentir que toutes les classes de la société ont élevé leur niveau à la hauteur de la plus grande générosité patriotique, à la hauteur de celte République que nous avons fondée en trois jours, mais que nous avons fondée à son heure, et non pas prématurément, comme on Ta dit, puisque toutes les professions, toutes les classes, toutes les fortunes se dévouent avec une si admirable unanimité à sa fondation et à son soutien.
Recevez les témoignages de notre reconnaissance et de notre profonde admiration.
La République ne sera jamais ingrate pour vous, qui la soutenez par votre générosité, après l'avoir fondée par votre courage.
-1-^ 27 Mars. ^•-^—
Réponse è la députation de l'aesociation nationele italienne.
Citoyens de l'association nationale pour la régénération de l'Italie, citoyens, je pense, de toutes les régions de l'Italie...
C'est pour moi un des plus beaux jours des jours de cette République naissante ; c'est pour moi une
des plus glorieuses fondions qu'ait pu me conférer le Gouvernement provisoire de la République, que celle de recevoir l'adhésion que vous voulfz bien apporter en ce moment à ses principes et à ses actes.
Et moi aussi, j'ose le dire, et moi aussi, je suis un enfant, un enfant d'adoption de votre chère Italie...
J'ose le dire, et je le répète avec gloire comme avec amour, je suis un enfant adoptif de ce grand pays.
Votre soleil a échauffé ma jeunesse et presque mon enfance. Votre génie a coloré ma pâle imagination; votre liberté, votre indépendance, ce jour que je vois enfin surgir aujourd'hui, a été, pour moi, votre ami, comme pour vous, le plus beau rêve de mon âge mûr.
Vous devez sentir par ces paroles combien je sens délicieusement l'honneur d'être appelé par la Providence à voir réaliser ici par le contact de ces deux grandes nationalités qui n'ont plus à se combattre, qui n'ont phis qu'à s'aimer, à se fortifier, à se défendre l'une l'autre, de voir se réaliser ce rêve des âmes patriotiques, qui va devenir, avant peu de mois, je n'en doute pas, la plus inattendue de toutes les réalités.
La République, comme vous le pensez bien, n'a pas déplacé mon cœur pour l'Italie ; je l'appelais il y a peu de temps à la tribune, non pas la reine des nations, mais la reine des races humaines.
Elle n'a qu'à reprendre sa place, et l'univers reconnaîtra cette royauté intellectuelle du génie italien sur
ce coin de terre qu'elle a consacré dans d'au 1res siècles.
Le Gouvernement provisoire ne s'étonnera pas de la démarche que les Italiens réunis en si grand nombre autour de ce palais du peuple font aujourd'hui. Votre cause est la nôtre, et vos titres à cette cause, vous les avez admirablement énumérés tout à l'heure ; vos titres, ils n'ont pas besoin d'être rappelésau genre humain ; ils sont écrits en caractères ineffaçables par vos magnifiques débris, par vos impérissables monuments sur votre sol ; ils sont restés écrits aussi éternellement dans vos âmes, et c'est pourquoi il n'a été permis à aucune tyrannie de les effacer s'ils viennent à revivre d'eux-mêmes si légitimement dans l'avenir !
Parmi ces titres, vous avez cité tout à l'heure le plus glorieux peut-être, le plus impérissable de tous, ce sonfles noms de ces grands génies qui ont illustré dans tous les temps la terre d'Italie; tant que ces titres des nations n'ont pas été contre-signes, pour ainsi dire, par des noms immortels, ils n'ont pas le sceau du temps, ils ne sont pas gravés assez profonds, assez éclatants dans l'histoire ! C'est la gloire des grands hommes qui constitue la nationalité des peuples.
Parmi ces noms glorieux que vous venez de citer, il y en a un seul que je vous reproche d'avoir rappelé, à cause de la signification qui s'attache communément à ce nom de Machiavel. Kfiacez désormais ce nom de vos titres de gloire, subslilucz-lui le nom plus pur de Washington ; voilà le nom qu'il faut aujour-
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d'hui proclamer, c'est le nom de la liberté moderne. Ce n'est plus le nom d'un politique, ce n'est plus le nom d'un conquérant qu'il faut au monde, c'est le nom de l'homme le plus désintéressé, le plus dévoué au peuple. Voilà l'homme qu'il faut à la liberté. Un Washington européen, voilà le besoin du siècle : le peuple, la paix, la liberté !
Je n'entrerai, vous le sentez bien, avec vous dans aucuns détails sur les diverses questions politiques que votre réunion nationale doit débattre dans la plénitude de son libre arbitre, et à l'abri de toute influence internationale. Nous avons proclamé le dogme du respect des nationalités, des gouvernements et des peuples ; nous ne démentirons jamais ce dogme aussi respectueux pour les peuples et pour les gouvernants que pour nous-mêmes.
L'indépendance des nations dans le choix du régime intérieur qui leur convient, c'est le drapeau de la République française. Nous voulons qu'il flotte des deux côtés des Alpes, des deux côtés des Pyrénées, des deux côtés du Rhin! Ni crainte, ni complaisance, ni sentiment même de prédilection, ne nous fera démentir ce principe. 11 est celui de la dignité des peuples et de la sécurité des gouvernants dans leurs rapports avec nous !
Mais je me reproche de vous entretenir si longtemps. Il fiuit me le pardonner, car je me sens un frère dans tous les tils de la famille italienne. Ce sont des adieux, sans doute, que je vous fais au nom de la France 1 Vous entendez d'ici vos frères de Naples, de Tu-
rin, de Rome, de Florence, de Gênes, qui vous appellent ! Vous allez sans doute les rejoindre et les fortifier bientôt de votre concours dans cette œuvre pacifique et déjà accomplie, je l'espère, des constitutions nouvelles de toute nature que la diversité des États de ritalie fait surgir des mœurs, des besoins, dos intérêts, des formes de ses différents gouvernements !
Eh bien 1 puisque la France et l'Italie ne font qu'un seul nom dans nos sentiments communs pour sa régénération libérale, allez dire à ritalie qu'elle a des enfants aussi de ce côté des Alpes ! Allez lui dire que si elle était attaquée dans son sol ou dans son âme, dans ses limites ou dans ses libertés, que si vos bras ne suffisaient pas à la défendre, ce ne sont plus des vœux seulement, c'est l'épée de la France que nous lui offririons pour la préserver de tout envahissement!
Et ne vous inquiétez pas, ne vous humiliez pas de ce mot, citoyens de l'Italie libre ! Le temps a éclairé la France et lui a donné en raison, en sagesse, en modération, ce qu'elle eut autrefois en impatience de gloire et en soif do conquêtes. Nous ne voulons plus de conquêtes qu'avec vous et pour vous ! les conquêtes pacifiques de l'esprit humain. Nous n'avons plus d'ambition que pour les idées. Nous sommes assez raisonnables et assez généreux sous la République d'aujourd'hui pour nous corriger même d'un vain amour de gloire! Notre amour pour l'Italie est désintéressé, et nous n'avons que Tambilion de la voir aussi impérissable et aussi grande que le sol qu'elle a éternisé de son nom.
— ^o-*^ 2 Avril. ^»-*|^
Réponse à la députation des Espagnols résidant à Paris, offrant à la République l'ancien drapeau des démocrates espagnols.
Il y a longtemps qu'on a dit : II n'y a plus de Pyrénées, et votre démarche sympathique prouve bien que cette vérité reste inscrite dans le cœur des Espagnols comme elle vit toujours dans le cœur des Français. Mais, lorsque cette vérité est émanée de la bouche d'un roi, elle ne se rapportait qu'à des intérêts de territoire et de dynastie. Combien n'a-t-elle pas plus de force aujourd'hui qu'elle n'exprime que le rayonnement de la pensée entre les peuples! Devant elle, les montagnes s'applanissent, les fleuves se comblent, les mers disparaissent : la fraternité humaine ne connaît plus d'obstacles à l'union féconde qu'elle consacre. Rien n'atteste mieux cette fraternité que la démarche que vous venez de faire aujourd'hui auprès du Gouvernement de la République française.
Naguère la France et l'Espagne se combattaient pour des intérêts égoïstes; et le sang de leurs enfants rougissait le sol des deux pays. Votre présence ici prouve que ces luttes sont oubliées et ont fait place à un sentiment de noble rivalité pour tout ce qui concerne la liberté et la civilisation.
Ces germes féconds, la France les a donnés au
monde, et vous les avez noblement développés sur votre sol, où le sentiment de la liberté était depuis longtemps répandu dans les veines et dans les institutions. Espérons que désormais les deux nations vivront en paix : tout les y convie, l'accord des idées et des intérêts. Quant au désir que vous exprimez que la France sympathise avec vos sentiments d'affranchissement, vous ne doutez pas que l'esprit de liberté qu'elle a si énergiquement déployé, il y a un mois, ne s'applique à tout ce qui porte dans son cœur le même sentiment. Mais la France n'impose à personne ni ses désirs ni ses intérêts; elle laisse se développer librement les germes qu'elle a semés. C'est aux nations à réaliser dans leur sein ce qu'elles peuvent porter. La nation espagnole, si grande, si généreuse, si noble, ne sera pas la dernière à marcher dans cette voie : nous la suivrons avec intérêt dans ce développement, et nous désirons vivement la voir puissante, heureuse et libre.
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-<|-^ 3 Avril. ^h^-*|—
Képonse h une députation des citoyens irlandais habitant Dublin , Manchester et Liverpool , demandant la sympathie de la France pour l'indépendance de l'Irlande.
Citoyens de l'Irlande, de Dublin, de Manchester et de Liverpool !
S'il nous fallait une autre preuve de l'influence pa-
citiqiie de la proclanjation du grand principe démocralique, ce christianisme nouveau éclatant à l'heure opportune et séparant le monde, comme autrefois, en monde païen et en monde chrétien, nous la trouverions, cette preuve de l'action toute-puissante d'une idée, dans ces visites que les nations ou les fractions de nations viennent rendre sponlanthnent ici à la France répuhlicaine et à son principe!
Nous ne sonmies pas étonnés d'y voir aujourd'hui une partie de l'Irlande. L'Irlande sait combien ses destinées, ses souft'rances et ses progrès successifs en liberté religieuse, en unité et en égalité constitutionnelle avec les autres parties du royaume-uni ont ému de tout temps le cœur do l'Europe! ÎVous le disions, il y a peu de jours, à une autre députation de vos concitoyens, nous le dirons à tous les enfants de cette glorieuse île d'Erin qui, par le génie naturel de ses habitants, comme par les péripéties de son histoire, est à la fois la poésie et l'héroïsme des nations du Nord.
Sachez donc bien que vous trouvez en France, sous la République, tous les sentiments que vous lui apportez I Dites à vos concitoyens que le nom de l'Irlande et le nom de la liberté courageusement défendue contre le privilège est un même nom pour tout citoyen français! Dites- leur que cette réciprocité qu'ils invoquent, que cette hospitalité dont ils se souviennent, la Uépublique sera glorieuse de s'en souvenir et de les pratiquer toujours avec les Irlandais; dites-leur surtout que In République française
i.SO —
n'est pas et ne sera pas une république aristocratique, oii la liberté masque le privilège, mais une république embrassant le peuple tout entier dans les mêmes droits et dans les mêmes bienfaits.
Quant à d'autres encouragements, il ne serait pas convenable à nous de vous les donner, à vous de les recevoir. Je Tai déjà dit à propos de la Suisse, à propos de l'Allemagne, à propos de la Belgique et de l'Italie. Je le répèle à propos de toute nation qui a des débats intérieurs à vider avec elle-même ou avec son gouvernement. Quand on n'a pas son sang dans les affaires d'un peuple, il n'est pas permis d'y avoir son intervention ni sa main. Nous ne sommes d'aucun parti en Irlande ou ailleurs, que du parti de la justice, de la liberté et du bonheur des peuples ! aucun autre rôle ne nous serait acceptable, en temps de paix, dans les intérêts et dans les passions des nations étrangères! la France veut se réserver libre pour tous les droits.
Nous sommes en paix et nous désirons rester en bons rapports d'égalité, non avec telle ou telle partie de la Grande-Bretagne, mais avec la Grande-Bretagne tout entière ! Nous croyons cette paix utile et honorable non-seulement pour la Grande-Bretagne et la République française, mais pour le genre humain! nous ne ferons aucun acte, nous ne dirons aucune parole, nous n'adresserons aucune insinuation en contradiction avec les principes d'inviolabilité réciproque des peuples, que nous avons proclamés et dont le continent recueille déjà les fruits ! La nionar-
chie déchue avait des traités et des diplomates ! nous avons des peuples pour diplomates et des sympathies pour traités ! nous serions insensés de changer une telle diplomatie au grand jour contre des alliances sourdes et partielles avec les partis même les plus légitimes dans les pays qui nous environnent! nous n'avons qualité ni pour les juger ni pour les préférer les uns aux autres. En nous déclarant amis de ceuxci, nous nous déclarerions ennemis de ceux-là. Nous ne voulons être ennemis d'aucun de vos compatriotes, nous voulons faire tomber au contraire, par la loyauté de la parole républicaine, les préventions et les préjugés qui existeraient entre nos voisins et nous.
Cette conduite nous est inspirée, quelque pénible qu'elle soit, par le droit des gens autant que par nos souvenirs historiques.
Savez-vous ce qui a le plus irrité et le plus désaffectionné la France de l'Angleterre dans la dernière république? C'est la guerre civile recbnnue soldée et servie par M. Pitt dans une pa^ie de notre territoire. Ce sont ces encouragements et ces armes données à des Français héroïques aussi comme vous, mais à des Français combattant d'autres Français ! Ce n'était pas lu la guerre loyale ! c'était la propagande royaliste faite avec le sang français contre la République! Cette conduite n'est pas encore, malgré nos efforts, tout à fait effacée de la mémoire de la nation. Eh bien ! cette cause de ressentiment entre la Grande- Bretagne et nous, nous ne la renouvellerons pas en l'imitant jamais ! Nous recevons avec reconnaissance
les témoignages d'nniitié des différentes nationalités qui forment le grand faisceau britannique ! Nous faisons des vœux pour que la justice fonde et resserre l'unité des peuples, pour que l'égalité en soit de plus en plus la base ; mais eu proclamant avec vous, avec elle et avec tous, le saint dogme de la fraternité, nous ne ferons que des actes fraternels, comme nos principes et comme nos sentiments pour tous les Irlandais.
Réponse à une députalior. des blessés de Février réclamant contre la lenteur apportée dans la distribution des secours
■ et demandant la fondation d'un hôtel des invalides civils, dsns un des châteaux ci-devant royaux.
Les blessés de Février ne pouvaient pas emprunter des paroles plus loyales et en même temps plus éloquentes que celles que vous venez de prononcer en leur nom. Elles m'ont profondément ému. Kn vous écoutant, j'ai compris qu'il y avait ici deux questions. Il y a d'abord une question non pas de munificence, mais de justice et de devoir public pour le Gouvernement provisoire : ceux qui ont eu la gloire et le bonheur de sceller de leur sang les fondations de la République, qui sont les monuments vivants de cette régénération dont vous parlez en si beaux termes, doivent être, dès aujourd'hui, et toujours, pour l'honjieur de la République et pour l'alïermissement de ses
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institutions, la pensée présente, et non pas la pensée morte, mais la pensée active de la République.
La seconde question que vous avez touchée est celle que j'appellerai une question purement administrative.
En quittant cette enceinte, je vais me rendre auprès de mes collègues, et je leur porterai les sentiments et les pensées que vous nous avez apportés vous-mêmes.
Les secours pour les blessés de Février sont surabondants ; nous avons tout de suite décrété des sommes considérables, nous ne nous sommes pas bornés là ; et moi-même, qui me trouve par hasard dans ce moment chargé de l'honneur de vous recevoir, j'ai employé une partie de ma journée à récolter de nouveaux subsides volontaires de la nation en foveur des blessés de Février.
Le trésor ne sera jamais vide pour eux ; et les secours que la reconnaissance individuelle des citoyens de Paris et des déparlements viendra nous apporter, seront plus que sutiisants pour indemniser non-seulement nos malheureux frères des souffrances qu'ils ont subies, mais pour venir au secours de leurs familles. 11 ne s'agit que de trouver le moyen de distribuer ces secours avec équité ; car je dois vous déclarer que vous n'êtes pas les jjremiers qui vous occupez des blessés de Février; il se forme en dehors de vous une foule de commissions qui s'intitulent Commissions de blessés, et qui viennent réclamer des secours pour eux, et quanci nous leur demandons leurs titres, elles disparaissent. Il y a là, vous le sentez, un danger; ce qu'on
donnerait aux faux blessés de Février ou à des hommes qui usurpent la fonction de les représenter, serait perdu.
Je verrais avec bonheur que des hommes honorables comme vous vinssent s'adjoindre à la commission nationale ; vous devriez choisir parmi vous un certain nombre de citoyens connus par leur désintéressement, vous adjoindre quelques médecins qui pussent constater les blessures, et, en apportant ainsi le concours de vos lumières et de vos renseignements, assurer l'équité des distributions. Voilà la prière que je vous adresse au nom du Gouvernement provisoire. Assurez de sa part les blessés de Février qu'ils ont été, qu'ils sont et qu'ils seront toujours la première pensée de la République.
Nous avons considéré que le signe, le drapeau du Gouvernement, c'étaient les Tuileries ; que l'Assemblée nationale aurait besoin de quitter la salle trop étroite de l'ancienne Chambre des députés, dont les souvenirs d'ailleurs ne sont pas en rapport avec la liberté.
Nous avons donc pensé qu'il fallait restituer les Tuileries à leur destination politique, et en faire le monument de la République , le siège du Gouvernement et de ses délibérations, mais qu'il fallait en mi^nie temps accomplir une promesse faite et qui doit ôtre loyalement tenue, de rétablissement des invalides civils. Il nous a paru que le château de Meudoii était, par son isolement et sa salubrité, parfaitement convenable pour recevoir cette destination.
Quant aux sentiments du Gouvernement provisoire, les lumières et le temps peuvent quelquefoi;» lui manquer, mais soyez assurés que le cœur ne lui manquera jamais.
-^1—^ 16 Avril. ^»-*|^
Réponse à une députation des élèves de l'Ecole poljrtechnique offrant leur concours au Gouvernement provisoire.
On avait rêvé, dit-on, d'attaquer le Gouvernement provisoire ; on avait proclamé en sa place un comité de salut public ; on voulait le scinder et jeter l'anarchie dans son sein ainsi que dans l'opinion du pays. Nous ne doutions pas qu'au premier bruit d'un semblable attentat tous les bons citoyens ne se réunissent pour les défendre. Votre seule présence, votre seule démarche est une manifestation bien honorable pour nous, et plus que suifisante pour l'ordre et le gouvernement! Elle sera inutile au reste dans un autre but, grâce à la presque unanimité de la population, qui se range autour du Gouvernement provisoire, afin de lui prêter force et appui jusqu'au moment où il pourra remettre ses pouvoirs entre les mains de l'Assemblée nationale.
Nous vous prions, citoyens, de rester aujourd'hui usqu'à la fin de la journée, et demain, si cela était
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nécessaire, à la disposition du Gouvernement provisoire. Nous n'aurons, nous, pas besoin de vous; mais nous sommes heureux de vous donner, dans cette circonstance, la place d'honneur que vous avez si bien méritée parmi nous.
Réponse à une députation des tailleurs de pierre apportant au Gouvernement provisoire l'assurance de leur dévouoznent.
Le seul aspect de la force publique, le dévouement général qui s'attache au Gouvernement provisoire, sera sa plus grande force et suffira pour prévenir toutes les tentatives de perturbation. Recevez les remercîments de la République. Répandez - vous parmi les groupes, et dites partout que l'anarchie peut tout compromettre , propriété , famille , industrie. Il faut que tous les citoyens courageux comme vous se serrent autour du Gouvernement provisoire, qui luimôme couvre en ce moment de son corps tous les citoyens.
Prenez la devise de la journée, la devise du Gouvernement provisoire lui-même indivisiblement uni pour la défense de la République. Cette devise, c'est le cri de l'unanimité: Vive le Gouvernement provisoire tout entier!
Réponse à une deputation des carriers de Parii et de la banlieue, venant, au nombre de 8,000, faire une manifjstation en faveur du Gouvernement provisoire.
Citoyens, nous n'avions pas besoin d'une manifestation pareille ; mais, puisqu'elle s'est faite avec tant d'élan, nous l'acceptons. Il fallait rassurer Paris, montrer que les perturbateurs trouveraient au besoin même dans la population, un courageux dévouement à la République.
Cette journée n'est pas une journée de bataille pour nous, c'est un triompbe avant la bataille ; grâce à la sagesse de la masse du peuple et à son énergie, il n'y aura pas de bataille, il n'y aura pas de sang versé. Mais la démonstration que vous faites, jointe à celle de la garde nationale, est la plus belle victoire que vous puissiez remporter, car c'est une victoire de la fraternité. Elle prouvera en même temps aux malveillants qu'il n'y a rien à faire contre le sentiment d'ordre et de gouvernement patriotique qui appartient essentiellement à la France ; la France se presse autour du Gouvernement pour l'empêcher d'être ébranlé par aucun parti, par aucune scission.
Allez remercier tous vos camarades, et dites-leur que nous comptons sur eux ; ils peuvent compter sur nous. Dites-leur que nous sommes tous dévoués à la République à la vie, à la mort, et aux doctrines démocratiques, dans toute la largeur d'un mot qui embrasse le peuple tout entier.
Je vous prie, au nom du Gouvernement provisoire, de rester dans la magnifique disposition où vous êtes, de ne faire aucune espèce d'acte offensif, de manifestation contre personne ; mais de répandre dans la capitale, et de là dans le pays, le sentiment d'invincible sécurité qui vous anime, et qui consolidera la République en rétablissant la confiance dans l'unité de tous les membres du Gouvernement, qui se sont dévoués à sa fondation et à son salut.
P.éponse à une dôputation de Lyonnais offrant au Gouvernement provisoire son concours et son appui.
Citoyens de Lyon, il n'y a pas de population en France qui se connaisse mieux en vraie liberté que celle de Lyon, qui a su la conquérir et la défendre si glorieusement à \me autre époque. Si le Gouvernement avait couru l'ombre d'un danger, il se serait confié à votre patriotisme, qui nous est connu.
Nous savons qu'au premier symptôme du péril public, d'im péril impossible (car en face d'une unanimité si belle, il n'y a pas de péril possible pour un gouvernement , il n'y a pas de péril pour un pays), nous aurions pu compter sur vous ; c'est grâce à ces uumift'slalious spontanées, poui' ainsi dire individuelles, qui font de chaque citoyen de Paris un soldat de la République et de l'ordre à la fois, c'est grâce
— 1S9 — à ce concours que vous et vos camarades vous êtes venus nous offrir aujourd'hui contre les bruits des événements qui menaçaient Paris, que ce danger, comme vous le voyez, a disparu, et que ce jour, qui pouvait être un jour de combat, est devenu un jour de triomphe et du plus beau des triomphes, puisqu'il ne coûtera ni une douleur ni une goutte de sang à aucun des citoyens français.
Ce sont là les seuls triomphes que veut le Gouvernement provisoire ; c'est un gouvernement qui , sur le piédestal des barricades, a élevé la statue de la liberté nouvelle, de la liberté désarmée, pacifique, protectrice, pour tous ses enfants, et surtout pour les plus faibles et les plus déshérités. Il gémirait profondément, s'il était forcé de s'armer, non pas pour lui-même : il s'est abandonné lui-même , dès le premier jour, à l'amour et à la protection des citoyens ; celte liberté, dites-le bien à vos amis des départements, cette République que nous voulons défendre avec vous, ce n'est pas seulement la République de la capitale, c'est la République de la France tout entière! c'est la République de Lyon, de Marseille, de Rordeaux, de Lille, de tontes les villes, de tous les villages de la patrie !
Que l'unité de Paris, du peuple, de la garde nationale, de l'armée, soit le symbole de l'unité de la Républiiiue et de l'indivisibilité de tous les membres dont le Gouvernement se composait hier et se composera demain.
Nous n'avons que ce drapeau à vous donner au-
jourd'hui comme toujours, la fraternité de toutes les professions entre elles et la fralernité cordiale et indissoluble jusqu'à r Assemblée nationale des hommes qui défendent d'un môme cœur les droits et les intérêts de leurs concitoyens.
Réponse au citoyen Ch&teaurenaud apportant au G-:;uvernement provisoire l'expression du dévouement d~- gardes nationaux fédentaires et mobiles réunis dans la cour de l'hôtel de ville.
On avait annoncé aujourd'hui au Gouvernement provisoire un jour de danger pour la République; nous étions sûrs d'avance que ce jour de danger serait un jour de triomphe pour la patrie et pour tous ses enfants. Je sais , par une expérience récente , et je puis le reconnaître au visage de plusieurs d'entre vous, à l'énergie à la fois intrépide et modérée qui forme le fond du cœur des citoyens armés de la capitale, que nous n'en aurions pas besoin ; la France, qui se résume momenlanément dans le Gouvernemont, n'a pas besoin d'une autre garde , d'une autre; armée, que de cette armée civile, volontaire, spontanée , (jui se forme d'elle-même , non pas au premier coup de tambour, car vous étiez armés avant le rappel, mais qui se forme d'elle-m«'mo à la première rumeur du dangei' |>our la patrie et pour l'ordre public.
— Kil —
Citoyens, le Gouvernement provisoire loul entier doit être aujonrd hui le mot d'ordre de la population armée et désarmée de Paris , car c'est contre l'intégrité, contre rindivisibilité du Gouvernement provisoire que le mouvement contre lequel vous êtes venus nous former un rempart de vos poitrines avait, dit-on, été conçu. On espérait, au moyen de ces divisions suscitées entre nous, diviser la patrie comme le Gouvernement provisoire. Aucune division possible n'existe entre ses membres. Si quelques différences d'opinions, comme il s'en trouve natiirellonient dans les grands conseils d'un pays , peuvent s'y rencontrer en administration, l'unité existe dans le patriotisme, l'unité existe dans le même amour de la Hépublique , dans le même dévouement qui les anime envers Paris et la France !
Otte union est le symbole de celle de tous les citoyens !
Permettez -moi de vous offrir, non pas en mon nom, mais au nom de l'unanimité de mes collègues, les remercîments , profondément sentis , nos pas du Gouvernement provisoire, mais de la France tout entière, pour qui ce jour eût été un jour de calamité et de guerre civile, si le Gouvernement s'était divisé, et qui, grâce à votre énergie, sera pour elle le jour du triomphe définitif et pacifique de nos nouvelles institutions, que nous voulons remettre inviolées et entières à l'Assemblée nationale, qui sera l'unité suprême de la patrie. Vivo la /{''/iiihfif/tn'!
Gitoyens, encore un mol.
A l'époque de la première République, il y eut un mot fatal qui perdit tout et qui conduisit les meilleurs citoyens à s'entre- déchirer en se méconnaissant les uns les autres! Ce mot, c'était la défiance ! Et cependant elle était expliquée alors par la situation de la patrie menacée par une coalition au dehors et par les ennemis qu'elle avait au dedans.
Aujourd'hui que la seule proclamation de nos principes de démocratie fraternelle et de respect aux nationalités a ouvert dans toute l'Europe l'horizon de la France, et a fait tomber les peuples dans notre amitié au lieu de tomber dans notre sang ; aujourd'hui que la République est acceptée partout sans opposition à l'intérieur et promet à tous propriété, sécurité, liberté, il n'y a qu'un seul mot qui correspond à cette situation , et ce mot c'est la confiance. Inscrivez ce mot sur vos drapeaux et dans vos cœurs 1 Que ce soit le mot d'ordre entre tous les citoyens et entre toutes les parties de l'empire, et la République est sauvée.
Le Gouvernement provisoire vous en donne l'exemple dans la confiance méritée que chacun de nous porte à ses collègues et qu'il reçoit h son tourl II en donne aujourd'hui la preuve en refusant à totit prix de se désunir, de se séparer d'aucun des membres qtii font sa force dans son unité ! L'indivisibilité du Gouvernement provisoire doit être ainsi la conquête civique de cette magnifique et unanime manifestation. Paris et les départements, rassurés sur sa force et sur rattachement que vous lui portez, s'uniront comme nous et comme vous pour le salut de la République, et remet-
tront intact à l'Assemblée nationale le dépôt de la patrie que le peuple du 24 février a remis en ses mains.
Cette confiance que je vous recommande, citoyens, c'est le mot, c'est le sentiment que j'ai entendu sortir les jours du combat ici même , sur cet escalier, dans ces cours, de la bouche des blessés du combat héroïque du peuple ! Oui , je l'ai entendu sortir de la bouche de ceux qui expiraient ici pour la République, et qui semblaient vouloir nous léguer ainsi dans cette recommandation suprême le mot sauveur de la Képubliquo nouvelle et de la patrie.