‹ Trois mois au pouvoirChapitre 7 sur 9 · HH · texte numérisé non relu

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OU si quelques personnes au-dessous ne reconnaissaient pas que ces paroles renferment tout à la fois la dignité et la prudence du patriotisme républicain, je les reporterais à deux ou trois événements qui ont fîiussé involontairement ces principes chez nous, et qui ont amené des conséquences que l'on déplorait si légitimement tout à l'heure à cette tribune. Je vous rappellerais les différentes invasions tentées par le Gouvernement provisoire à qui la guerre échappait pour ainsi dire à travers les doigts dans le déniunent de force armée où il se trouvait dans les premiers jours. Je vous rappellerais cette invasion de quelques Belges accompagnés malheureusement de quelques Français qu'ils avaient entraînés sur le territoire belge, et les conséquences d'irritation, de désaffection, de répulsion qui en ont été immédiatement la suite en Belgique.

Je vous rappellerais l'invasion faite par quelques Savoisiens de Lyon avec quelques Français en Savoie, et les conséquences de même nature qui ont à l'instant puni cette erreur politique qui n'était pas, je vous l'assure. Terreur d'aucun des membres du gouvernement, ni du gouvernement tout entier, l'erreur d'une passion irréfléchie que nous n'avions ni la force ni le temps de contenir.

Je vous rappellerais le mî^me fait beaucoup plus grave, celui qui conlriste aujourd'hui tous nos cœurs, qui établit un fatal malentendu , malentendu que nous devons nous liAter de faire disparaître entre rAllemagnc et nous , celte invasion Ji plus grandes

proportions des réfugiés allemands réunis momentanément, malgré nous, quoique nous les ayons dissous plusieurs fois, réunis à Strasbourg, à Huningue, abusant du territoire de 1 hospitalité pour en faire un point d'invasion contre leur propre pays.

Qu'ont produit ces résultats? Vous l'avfz su; à l'instant, l'irritation, la légitime colère des populations allemandes , emportées par leur première sympathie v( rs nous, mais repoussées à l'instant par l'apparence de nos baïonnettes, car les fusi's des réfugiés allemands qui faisaient invasion chez eux leur paraissaient chargés avec nos idées. Voilà ce qui a mis dan^ nos affaires étrangères, et surtout dans la question polonaise, le plus de difficullés, le plus d'aigreur, et ce qui, je le répète, était si justement déploré tout à l'heure à cette tribune.

Je reviens aux interpellations faites l'autre jour par le citoyen d'Aragon, à la seconde question politique, celle de l'Italie. Je ne me servirai pas de l'indulgence ou du silence que me proposait tout à l'heure le citoyen d'Aragon. J'accepterai la moitié de sa prudence.

Il y a des choses à dire sur l'Italie que la parole ne doit pas dire et que les événements seuls doivent proférer ici; pour ces choses-là, je demande que vous laissiez la parole aux événements.

Quant aux autres, je puis les dire à l'instant même.

Non, il n'est pas vrai, comme on l'a répandu, qu'il y ait eu, à l'égard de l'Italie la moindre entente contre la liberté italienne, la moindre intelligence, même

confidentielle, entre le ministre des afifaires étrangères de la République française et TAutriche. C'est là une de ces calomnies dont on a cherché à flétrir la politique du Gouvernement provisoire.

Mais quand le voile tout entier pourra être déchiré, vous verrez que cette calomnie tombera avec tant d'autres, et rendra leur véritable caractère aux actes que nous avons accomplis, roq^fj.)

L'ancien gouvernement avait, il est vrai, une j)olitique semblable envers l'Italie, et vous en savez les motifs; l'ancien gouvernement, obligé, à cause de ses liens impoliliques et récents avec l'Espagne, de caresser par des complaisances l'omnipotence autrichienne en Italie, avait abandonné ces populations, avait étouflé par ses conseils, par ses acies, par son abandon, autant qu'il était en lui, le germe de l'indépendance italienne qui ne demandait qu'à éclore.

Mais à la minute même où la politique étrangère de la France a été entre les mains de la République, cotte politique a complètement changé.

Cette politique, vous en avez vu à l'instant les effets. Vous n'aviez encore en Italie qu'un essai très^ faible, très-incomplet d'un système constilutionnel iuiptjrfait dans le royaume de Naples. A la minute, etapràs cette déclaration d'appui moral et matériel donné à la nationalité italienne, vous avez vu le royaume de Naples entrer jour par jour, en plein, dans l'élément démocratique; vous avez vu Kome, que la parole [>ieuse de Pie IX avait ébranlée il y a déjà plus d'une année, arriver jusqu'à la plénitude de sali-

berté et toucher à la limite de la république ; vous avez vu la Toscane entraînée dans le même mouvement, Parme, Plaisance, Modène, tous les duchés rejeter leurs anciens gouvernements absolus, se constituer en gouvernements provisoires, et tendre la main à Tunité italienne. Enfin, vous avez vu successivement à Turin, d'abord la déclaration constitulionnelle; enfin, par Tentralnement naturel de la liberté, qui veut l'indépendance pour être complète, vous avez vu Charles-Albert forcé par le génie de son peuple à déclarer la guerre à l'Autriche, et à accomplir la libération presque totale du royaume lombardo-vénilien. L'Italie, dans ce moment-ci, est presque entièrement délivrée. Que lui avons-nous dit , et je réponds ici aux paroles du citoyen Sarrans, si flatteuses et si honorables du reste pour notre politique?

Avons-nous mis un sceau sur nos lèvres ? avonsnous caché nos sentiments à l'Europe à l'égard de l'Italie? désavoué en quoi que ce soit nos principes de liberté, ou nos désirs, ou notre volonté d'indépendance pour elle? Non ; vous savez ce que nous avons dit : le respect des nationalités, nos principes, le droit et en même temps la volonté des peuples nous empêcheront d'aller faire nous-mêmes la liberté des autres peuples. Pour leur gloire, pour leur honneur, pour la solidité même de leurs institutions , il faut que ces peuples les achètent et les cimentent avec leur propre sang.

Voilà la vérité. Mais si ces peuples étaient trop faibles dans leurs droits légitimes, dans ce droit de re-

naissance des nationalités italiennes qui est aussi légitime, permettez-moi de le dire, qu'une série de siècles, et que toutes les pages de l'histoire attestent ; si cette indépendance , si ce droit, étaient attaqués, la France est là, elle est au pied des Alpes, elle est armée ; elle vous déclare tout haut , à vous ses îimis, à vous ses ennemis , qu'à votre premier signal elle franchira les Alpes et viendra vous tendre cette fois ci la main libératrice de la France. Comme à un autre temps qu'elle déplore, mais dont nous avons eu le courage et la gloire de nous repentir, elle avait tenté de vous enchaîner à la gloire, la France aujourd'hui vous tend la main, mais pour vous enchaînera la liberté.

Si vous en doutez, comme quelques paroles de l'honorable M. d'Aragon, l'autre jour, me nuisaient craindre qu'on en doutât sur ces bancs, je vous demanderai, bien que cela prolonge un peu la discussion, je vous demanderai la permission de vous lire quelques témoignages de lopinion, ou plutôt de la vérité contraire.

Mais vous disiez qu'on nous appelait en Italie; vous disiez que, par une lAche condescendance pour le repos de l'Europe, pour les premiers jours de la République française, pour la faiblesse de nos institutions naissantes, nous n'osions pas déclarer franchement nos sentiments, nous cachions des actes timides de- Vîmt des paroles douteuses ; que l'Italie ne cessait de nous appeler , et (jue nous traitions avec l'Autriche pour empêcher l'unité italienne. Eh bien, vous allez voir!

Dès les premiers jours nous avons fait communiquer aux puissances italiennes la volonté ferme d'intervenir au premier appel qui nous serait fait, et, par un acte conforme à cette déclaration, nous avons réuni à l'instant, au pied des Alpes, d'abord une armée de 30,000 hommes, puis une armée qu'en peu de jours nous pouvons porter à 60,000 combattants, et elle y est encore. Nous avons attendu un appel de l'Italie; nous l'avons attendu, et, sachez-le bien, malgré notre profond respect pour l'Assemblée nationîile, si ce cri eût traversé les Alpes, nous n'aurions pas attendu votre aveu, nous aurions cru accomplir d'avance votre volonté, vos prescriptions, en nous portant au secours des nationalités italiennes.

Mais voici quelques lignes de correspondance avec différentes cours ou avec les représentants des dittérentps nationalités insurgées, dans leur droit, en Italie, qui vous prouveront que non-seulement nous n'avons pas été appelés, que non-seulement ce cri de détresse et d'appel aux armes françaises n'a pas été poussé au delà des Alpes, mais qu'au contiaire nous avons reçu de toutes parts des meilleurs patriotes italiens.... et si je ne craignais pas de commettre des indis(!rétions en les nommant à cette tribune, vous vous inclineriez vous-mèuïes devant l'autorité de ces noms républicains....; nous avons reçu le conseil, que dis-je? la supplication de ne pas faire intervenir un soldat français avant l'heure, avant le moment, avant l'appel dans la cause de la résurrection italienne dont ils vonlaionl légitimement avoir tout l'honneiu',

et dôttt holis, nous aurions été glorieux d'avoir le danger.

Voici une première lettre de Tainbassadeur de Sardaigne :

Turin, le 7 avril 1848 « Monsieur le ministre,

« L'émotion pénible causée ici par les événements de (ihambéry a fait place à la joie dès qu'on a su que la garde nationale avait suffi pour repousser les insurgés savoisiens. Les ministres et le public sont maintenant bien convaincus que le gouvernement de la République française n'a pas excité ce mouvement, et que, s'il avait voulu intervenir, même indirectement, la lulte aurait été bien autrement sérieuse. »

Vous voyez (|ue, loin de nous a[)peler, on ne parlait de rien moins que de nous recevoir avec des armes.

« J'ai insisté avec force pour ([u'on n'abusât pas de ce succès, pour qu'il n'y eût ni réaction, ni persécution contre les gens qui ont pris part au mouvement, pour qu'on facilitât leur enrôlement ou qu'on leur l'ournît du travail. J'ai la conviction que ces conseils seront suivis. »

« Le caractère essentiel, dit plus loin le ministre de Turin, du mouvement qui agite l'Italie, ce qui la distingue prolondément de tous les mouvements antérieurs, c'est qu'il est et qu'il veut rester, avant tout, italien.

« (Chaque parti croit seul être appelé à le diriger,

à concentrer dans un effort suprême les efforts épars qui , abandonnés à eux-mêmes , seraient stériles ; mais personne n'a l'idée de substituer la France à l'Autriche.

« Il faut qu'on le sache bien en France ; si l'armée de la République passe les Alpes sans être appelée ici par les événements, les intérêts et les cœurs, c'en egt fait, pour bien longtemps, de l'influence de la France et des idées françaises en Italie.

« Dans toute l'Italie du nord, comme à Florence, comme à Kome et à Naples, partoul, si ce n'est peutêtre dans quelques clubs de Milan, on ne veut de l'appui militaire de la France que le jour où il aura été bien constaté par une défaite éclatante que l'Italie seule est impuissante à rejeter les Autrichiens au delà des Alpes. Jusque là on se flatte que l'armée sarde, soutenue par dos contingents de Uome et de Naples et par les volontaires toscans et lonibards suflira à conquérir et reconstituer l'Italie.

« Si la France intervient avant l'heure marquée par l'effroi public, on criera dans toute T Italie :

« La France, dont nous n'avions pas besoin, est venue uniquement pour donner satisfaction à l'esprit militaire qui déborde chez elle ; elle ne vient pas faire nos aflaires, mais les siennes. Elle avait dit dans son programme qu'elle ne voulait ()as de conquête, elle a menti; elle veut l'héritage de l'Autriche. Voilà sa vieille politique qui reparaît, la politique insensée qu'elle a répudiée dans ses njauifestes, qu'elle poursuit dans les faits.

« Voilà ce qu'on dira partout, à coup svir, et ce qui soulèvera dans tous les cœurs une haine implacable, une haine d'Italie. »

Encore quelques preuves de même nature, messieurs.

« Je ne puis pas m'expliquer , je l'avoue , écrit l'ambassadeur deSardaigne, quels sont les motifs qui ont pu porter quelques personnes à penser et à proclamer que la sûreté, la gloire, la grandeur de la République française, exigent la marche de ses soldats à la frontière des Alpes. Cette frontière n'est-elle pas celle d'un pays ami, d'un pays complètement inotlensif, d'un pays dont le gouvernement a, l'un des premiers, témoigné à celui de la Képublique française des sentiments d'affection et son désir d'entretenir avec elle des relations del)on voisinage? »

« Les fonctionnaires de la République, ajoute l'ambassadeur, disent que. c'est un honneur pour les troupes de porter en face de l'étranger le drapeau républicain. Oui, sans doute, s'il était question d'un étranger en guerre avec la République. Mais, je h; répète, il s'agit au contraire ici d'un étranger uni au gouvernement français par des liens d'amitié.

0 Pourquoi donc parler de guerre, pourquoi d'entrée en campagne, pourquoi décourage? Contre qui les soldats français auraient-ils à déployer cette vertu militaire? Je dois remarquer en outre, comuïc j'ai déjà été dans le cas de le faire observer de vive voix

à Votre Excellence, que la contiance que le gouvernement (le mon auguste souverain a volontiers placé dans les assurances amicales reçues du Gouvernement provisoire, l'a engagé à retirer des pays voisins de la France une grande partie des troupes qui y étaient stationnées. Or il est évident que la présence, publi- (|uement motivée sur les considérations énoncées par M. Arago, du drapeau républicain et ragglomération d'un corps considérable en proximité de ces pays, pourraient offrir aujourd'hui des inconvénients assez graves. »

Vous voyez que ce que la prudence nous avait commandé à nous, était repoussé par l'Italie ellenième comme une offense.

Encore un mot du même ambassadeur.

« J'ai transmis à mon gouvernement l'assurance de l'intention formelle du Gouvernement provisoire de la Répnl)liqne française, de respecter la souveraineté du roi et l'indépendance de ses États.

« Aujourd'hui, monsieur le ministre, je suis expressément chargé de vous exprimer, de la part de nion gouvernement, le désir que les troupes françaises soient tenues loin de la frontière. Leur trop grande proxiniité, outre les inquiétudes qu'elle entretiendrait constamment en Savoie, pourrait aussi donner lieu à quelques mouvements de la partie turbulente, quoique trés-minime, de la population de ce pays. »

Enfin, voici deux lettres que j'ai reçues ce matin

même, une en montant tout à l'heure à cette tribune, d'un des agents ou plutôt du seul agent accrédité du gouvernement de Milan, dont on avait dit aussi qu'il implorait en vain le secours de la France. Permettez- moi de vous lire ces quelques lignes.

Cl Citoyen ministre des affaires étrangères, des personnes qui ne sauraient produire aucun mandat régulier ont entrepris à Paris des engagements de volontaires pour la formation de légions destinées apparemment à la guerre de Lombardie.

«Notre gouvernement apprécie bien sincèrement leurs intentions généreuses. Toutefois, comme la formation de ces légions pourrait peut-être causer quelques embarras au gouvernement français dans ses relations avec les puissances étrangères, sans pouvoir être d'un secours bien prompt ni bien puissant à la cause de notre chère patrie, je prends la liberté, citoyen ministre, de vous prier de vouloir bien faire connaître à ceux que cela regarde, que le gouvernement de la Lombardie ne peut voir avec plaisir l'organisation de pareils corps auxiliaires.

« Nous nous réservons de faire appel, en cas d'urgence, au courage des volontaires fiançais, sauf l'adhésion pleine et entière de votre gouvernement, et les garanties nécessaires sur le mode de leur organisation.

fi L'envoyé de la Lombardie. ri

En voici une autre :

tt Je vous prie de vouloir bien déclarer demain... »

Cette lettre était écrite hier au soir, sachant que je devais parler aujourd'hui sur les affaires de l'Italie... « Je vous prie de vouloir bien déclarer demain, publiquement, ce qui est vrai, que nous, moi et le représeu^ tant de Venise, nous nous sommes opposés, par sentiment national, à toute intervention française ; que les sympathies de la France étant pour nous, qui avions secoué le joug des Autrichiens, elle serait intervenue, même contre l'avis du roi de Sardaigne, si ^lous l'avions demandé. U est par trop cruel d'avoir agi connne nous l'avons fait, même contre notre opinion, et d'èlre continuellement accusés, nous républicains, d'avoir appelé vainement le secours des étrangers, ainsi que le répètent les feuilles à gage du Piémont et les Albertistes en niiisse.»

Vous voyez que quatre ou cinq des puissances italiennes refusaient également notre concours. J'espère, et nous devons le croire, que l'Italie n'en aura pas besoin , mais que les amis de l'Ilalie se rassurent, si ce cri de détresse dont je vous parlais tout à l'heure venait à se faire entendre, si les circonstances le rendaient nécessaire et légitime, la France interviendrait à son mode et à son heure. Dans aucun cas l'Italie ne retombera sous le joug qu'elle a si glorieusement secoué. Dans aucun cas la France ne manquera à cette fraternité pour '2G millions d'hommes, qui a été sa loi dans le passé et (jui est son devoir pour l'avenir.

Je nç vçux pas m'e.xpliquer davantage aujourd'hui,

j'ai mes raisons pour cela ; les événements vous les diront ; mais il y a un mot que je puis dire avec certitude de n'être démenti par aucun événement et par aucun reproche sorti de l'Assemblée nationale ou du pays; c'est que, soit que la France intervienne, soit qu'elle n'ait heureusement pas à intervenir en Italie, l'Italie sera libre et la sécurité des frontières françaises sera pourvue.

J'arrive à la principale question débattue aujourd'hui à cette tribune, à la question de Pologne. Et bien que celte question paraisse souverainement délicate à des diplomates timides, j'y entre sans aucune de ces précautions oratoires qui servaient autrefois à masquer la volonté d'une nation.

Je dédaigne, et je suis convaincu que le gouvernement républicain doit dédaigner ces rélicences dont on enveloppait autrefois la diplomatie du monde. Je suis convaincu que, s'il y a de la force dans ces prudences, il y en a davantage dans une vérité, quand cette vérité est légitime, quand cette vérité est dite avec fermeté, mais en même temps avec amitié et avec prudence. C'est Ih le langage que, dès les premiers jours, nous avons adopté dans notre politique à l'égard de tous les étrangers; et, j'en suis convaincu, c'est grâce à la franchise de ce langage, qui n'exclut on rien la modération et la prudence, c'est grftce à ce grand jour sur toules les intentions de la llépublique, sur tous les mystères présumés du cabinet français, cjue nous devons l'heureux maintien de ces bonnes relations et de celle paix que nous sommes assez.

heureux pour vous rapporter encore pleine et entière aujourd'hui.

Quant à la Pologne, nous ne nous sommes pas dissimulé que c'était la principale des diffîcuités de la politique française; nous ne l'avons pas abordée comme une chose facile, comme une chose qui peut se trancher en un jour, ni même en une bataille, puisqu'on a parlé de batailles ; nous l'avons abordée conmie la plus grande dilticulté de l'Europe, mais comme une difficulté telle qu'il fallait y toucher; nous avons pensé que si nous n'y touchions pas, la tache qui couvrait la carte de l'Europe s'étendrait de Jour en jour davantage sur la politique des relations étrangères de la République française ; et que si cette question restait sans parole, sans solution au milieu du continent, elle s'élèverait à jamais entre les puissances du Nord et nous, et rendrait presque impossibles toutes les conditions de maintien de paix, de rétablissement d'harmonie, d'intimité et d'alliance qui doivent être dans le cœur de la République comme elles peuvent être dans les vrais intérêts de notre pays.

A cet égard, voulez-vous connaître le texte même des instructions que j'ai données, dès les premiers jours, à tous nos agents près des difl'érentes cours du Nord? Je vais vous les lire, et vous jugerez si vous y reconnaissez votre propre pensée. Voici le texte de nos pensées sur la Pologne.

Instructions à nos agents dans le Aord.

M L'ancien gouvernement permettait à regret et forcément à ses chambres de proclamer tous les ans qu'elles faisaient des vœux pour le rétablissementd'une nationalité polonaise. La République dit plus, et elle le dit elle-même et tout haut : lacaqsedu rétablissement d'une nationalité polonaise dans des proportions à débattre avec ces trois cours successivement est une des causes de la France même, une des causes qu'elle ne désertera ni n'oubliera jamais, une des causes pour lesquelles elle offre son concours diplomatique d'abord, et enfin son concours actif, pour le jour et pour l'heure où les événements lui permettront raisonnablement, et avec des combinaisons sensées préparées d'avance, d'intervenir avec des auxiliaires iialurcls dans la cause d'une indépendance de la Pologne. Dites franchement au gouvernement prussien, dites hautement au gouvernernent autrichien, dites sans crainte à la Russie : Nous désirons la paix avec vous, nous rechercherons même l'alliance dans des conditions équitables pour tous, bienfaisantes pour les nations intermédiaires; mais la première condition de la solidité de cette paix, de l'intimité de ces alliances, c'est que la Pologne usurpée, opprinuie, gans nationalité propre, sans indépendance civile, rer ligieuse, ne s'élève pas entre vous et nous ! R(;stituez, émancipez, organisez, de concert avec la Pologno elle-m<^me, de concert avec toutes les puissances intéressées au droit et à la justice, solidaires même et

garantes des traités de 181 î>, une Pologne qui ait sa vie propre et son droit personnel dans le monde. A ce prix tout sera facile, tout deviendra paix et amitié entre la République française et les puissances intéressées. Autrement, tout sera précaire, faux, hostile, semé d'embarras, de guerres et de pièges. Le repos durable du monde est à ce prix. La République ne veut pas commencer par des sacrifices humains ; elle ne veut pas avoir une lâcheté ou un remords dans lés fondements de sa politique de paix avec le monde. »

Messieurs, le langage que nous avons tenu à l'Allemagne, nous l'avons tenu à la Prusse. Permettez-moi de rectifier quelques passages des récits qui vous ont été faits tout h l'heure par l'honorable M. NYolowski.

Voici les faits tels qu'ils se sont passés avant la révolution de Berlin, remarquez la date, très-peu de jours après l'exploî-ion de la République française, quand notre politique s'adressant d'abord à la Prusse, son alliée naturelle, le chef de ses alliances de l'autre cAté du Rhin, disait au roi de Prusse le sens des paroles que vous venez d'entendre ou ces paroles mêmes. Le roi de Prusse, de lui-même, avait déjà pris, je le répète, avant la révolution de Berlin, une partie des engagements qu'il a pris quelques jours plus tard pour la reconstitution du grand-duché de Posen, reconstitution qui, selon nous, et dans d'autres pensées aussi, n'était que l'ébauche, la base d'une plus grande et plus large reconstitution de l'empire polonais.

Voilà ce qui s'était passé sous fempire de cette

inertie apparente de la politique étrangère du Gouvernement provisoire avant l'explosion de la révolution de Berlin ; et peu de jours après la révolution de Berlin, on vous le rappelait tout à Theure, le roi de Prusse, n'improvisant pas sa pensée, fidèle à la pensée qu'ilavait avant la révolution et qu'il conservait après, mais pressé davantage encore par l'émotion générale que le contre-coup de la révolution de Paris et de Berlin avait donné au grand-duché de Posen, déclarait à ses envoyés ce qu'on vous racontait tout à l'heure, les conditions de la reconstitution presque complète dH grand-duché de Posen, de son indépendance relative. Non-seulement il le déclarait, mais il l'accomplissait, mais déjà Posen était libre, mais déjà il y avait une représentation ou une ébauche de représentation, mais déjà les comités polonais s'y réunissaient, mais déjà le roi de Prusse nous avait écrit d'ouvrir nos frontières à ces colonnes polonaises qu'on nous reprochait tout à l'heure de n'avoir pas einégimentées ; il nous annonçait qu'on les recevrait dans le duché de Posen, qu'on les y rallierait et qu'el'es formeraient le noyau de cette indépendance polonaise qui a été dispersée depuis, vous allez voir connnent.

Mais, messieurs, à peine ces événements étaientils accomplis, à peine le grand-duché de Posen rerx)nstituait- il la base de la nationalité polonaise, qu'il est survenu ce que nous devrions nous cacher tous à nous-mêmes dans celte malheureuse cause; il est survenu le développement instanl;ini^ <le ces dissenli-

ments anarchiques, de ces haines de famille à famille, de race à race, de langue à langue, de nationalité à nationalité, qui ont toujours été le fléau de la Pologne, qui ont toujours été la fatalité de T héroïsme de ce grand et généreux peuple.

A l'instant, la confusion s'est mise entre des habitants du duché de Poseu qui sont, comme vous le savez, en partie Allemands et en partie Polonais, lesquels ont fait couler le sang des deux laces. Le roi de Prusse a envoyé alors, non pas, comme on vous Ta dit, dans une intention de conquête, pour revenir sur ses déclarations, sur ses actes, pour reprendre et retirer à lui ces libertés qu'il avait données, cette constitution qui s'établissait déjà ; mais il a envoyé pour s'interposer entre les Polonais et les Allemands, une armée prussienne. Cette armée a été chargée de faire une démarcation entre la partie du duché de Posen, habitée par les Allemands, au nombre d'environ 500,000, et l'autre partie habitée exclusivement par les Polonais, au nombre d'environ 500,000. Dans cfttte démarcation forcée faite au milieu des conflits enire les Allemands et les Polonais, d'autres catastrophes sont survenues ; il y a eu des erreurs dans 1rs délimitations: tel village voulait être réputé polonais, tel autre voulait être réputé allemand ; les forces prussiennes sont intervenues ; de là des excitations de guerre, des surprises, et entin des massacres qui ont arrosé de sang la liberté naissante dans le grandduché de Posen ; mais il fuit espérer qu'ils ne l'y noieront pas tout à fait.

Quant au roi de Prusse, je dois déclarer que, m'étant adressé à son gouvernement pour lui demander verbalement, puis par une dépêche écrite, compte des événements qui se passaient dans le grand-duché de Posen, après les promesses qu'il avait faites à son peuple, au monde et à nous, j'en ai reçu la déclaration officielle et réitérée, que le roi de Prusse n'avait fait intervenir son armée dans le grand-duché d*e Posen que pour apaiser les troubles, que pour dissiper la confusion qui s'y était créée sous l'empire des premières réunions polonaises ; et que, quant à lui, lui qui avait accepté de n'être que le grand-duc de cette partie de la Pologne, il maintiendrait ses promesses après comme avant l'événement, et qu'aussitôt que cette confusion de races serait enfin éclaircie, aussitôt que l'ordre serait rétabli, aussitôt que le sang polonais et le sang allemand auraient cessé de couler, les promesses qu'il avait faites à Berlin, les promesses qu'il avait bien voulu communiquer à la France et à l'Europe, seraient rigoureusement maintenues pour le grand-duché de Posen ; que les Polonais pourraient y rentrer; que les Polonais pourraient y constiluer leur principe et leur base d'indépendance.

Et depuis peu de jours, j'ai reçu en réponse à une dépêche que j'avais adressée, une lettre que je vais avoir l'honneur de vous lire.

Voici d'abord la dépêche que j'avais adressée, moi, pour faire roiniaitre l'étonnement et les réclamations de la France à la Prusse.

- %il -

«Paris, le 7 mai 1848.

« Monsieur, les mesures adoptées en Prusse pour empêcher les Polonais émigrés de rentrer dans le grand-duché de Posen, après la promesse qui leur avait été laite, excitent en France une émotion facile à comprendre. Le gouvernement de la République les a apprises avec d'autant plus d'étonnement et de regret, qu'elles s'accordent moins avec les intentions et les déclarations d'abord exprimées par le roi de Prusse. Je vous charge de rappeler à M. le baron d'Arnim ces premières dispositions si contraires à ce (jui se passe aujourd'hui. Elles laissaient espérer qu'où pourrait voir surgir, à l'ombre d'une politique habile et généreuse de la Prusse, le commencement d'une nationalité polonaise que les événements auraient aidée à grandir et à se développer dans des proportions avantageuses pour l'Allemagne, et sans caractère offensif pour personne. Il eût été noble et beau de la part du roi Frédéric-Guillaume, il eût été digne de sa haute intelligence, de son esprit de droiture et d'humanité, de prendre l'initiative de la réparation d'une iniquité dont les conséquences fatales pèseront sur l'Europe, sur la conscience publique et sur la paix du monde aussi longtemps que la Pologne morcelée et opprimée n'aura pas été rendue à l'indépendance et à la vie politique.

c( Partout, en effet, les sympathies des peuples s'attachent à cette noble cause de la Pologne comme à tout ce qui est juste et sacré, comme à tout ce qui

relève du malheur, comme à tout ce qui fait vibrer au fond des cœurs le sentiment du droit, de la patrie et de la liberté. Mais nulle part et en aucun temps ces sympathies ne se sont produites plus unanimes et plus ardente> qu'aujourd'hui en France. Elles se manifestaient déjà dans ces glorieux combats du peuple de Paris qui ont fondé la République, et le nom de la Pologne souffrante s'y mêlait au cri de la liberté. Elles ont éclaté dans les élections d'où est sortie l'Assemblée nationale ; elles se manifestent au sein de cette grande représentation de la souveraineté du pays, et y font un énergique appel au Gouvernement de la France, à peine constitué, en faveur de la nationalité polonaise.

« Le Gouvernement de la République manquerait à son principe démocratique, à ses convictions, à ses devoirs, s'il ne répondait pas à cet appel. Il n'oublie pas ce que demande aussi la paix du monde, et tiendra toujours grand compte de ce puissant intérêt ; mais il aimerait à voir les autres gouvernements pénétrés des mêmes dispositions ; il serait heureux notamment de voir le cabinet de Rerlin, fidèle à ses premières inspirations, écouter, à l'égard de la Pologne et des Polonais, la voix de la justice et de l'humanité, s'associer aux sympathies si vives de l'opinion, et s'abstenir de rigueurs comme celles qu'il n'a pas craint d'ordonner, malgré ses promesses. De telles mesures, je le répète, produisent le plus mauvais eflet en France, et nous semblent d'autant plus déplorables, qu'en y blessant profondément le sentiment

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national, elles ne pourraient manquer de réagir de la manière la plus fâcheuse sur des relations que nous tenons sincèrement à maintenir essentiellement et cordialement amicales entre la République française et la Prusse.

ff Vous devrez, monsieur, entretenir sans retard M. le baron d'Arnim daps le sens de ces graves considérations, auxquelles vous pourrez d'ailleurs ajouter les développements qui vous paraîtraient nécessaires. »

Voici la réponse de M. le baron d'Arnim, ou plutôt de l'envoyé qui a eu la conférence avec M. le baron d'Arnim.

Berlin, 17 mai 1848.

« Monsieur,

« Conformément à vos ordres, j'ai donné à M. le baron d'Arnim, dans l'entrevue que je viens d'avoir avec lui, communication de votre dépêche du 7 mai. Je me suis borné à la lui lire , car il m'était recommandé de n'en pas fournir de copie ; j'ai ajouté au langage clair et pressant dans lequel cette note est conçue tous les développements que me suggéraient les circonstances d'une négociation suivie depuis bientôt deux mois avec une activité soutenue, et qui me semblaient de nature à produire une impression salutaire sur l'esprit d'un ministre très-pénétré de la grandeur morale et de la puissance matérielle de la France, d'un ministre qui a constamment attaché le

plus grand prix au maintien de relations sincèrement amicales entre son pays et le nôtre.

« Après avoir entendu cette lecture, M. d'Arnin^, me priant de la reprendre, a répondu, à peu près comme il suit, sur chacun des paragraphes de votre dépêche.

« L'intention du cabinet, dont il est un membre et Torgane, n'a jamais été d'autoriser la totalité de l'émigration polonaise à s'établir dans le grandduché de Posen, mais seulement d'y admettre en pleine franchise tous les Polonais originaires de ce territoire. Ceux-ci pouvaient trouver de la place et des moyens d'existence dans les cadres militaires et civils qui doivent être formés comme portion essentielle de la réorganisation dans le sens national. Mais si les émigrés polonais appartenant à ces portions de l'ancienne Pologne qui se trouvent actuellement au pouvoir de la Russie avaient été autorisés à s'assembler dans le grand-duché de Posen, il aurait résulté de ce rassemblement et de ses conséquences inévitables que la Prusse serait pntrée en lutte avec la Russie. Son intention n'a jamais été de s'engager dans cette guerre. Elle est d'ailleurs persuadée que si elle venait à éclater, la Pologne en serait la victime la plus certaine et la plus irrévocablement sacrifiée.

a Sur le second point, M. d'Arnim aflirme que le gouvernement prussien, dans le territoire véritablement polonais que les traités do 1815 lui ont conservé ou rçndu, s'occupe actuellement avec persévérance, vigueur et loyauté, sans se laisser détourner par

l'insurrection dernière, d'accomplir sa promesse du 21 mars, s'occupe, dis-je, par le ministère deM. Afuel, d'effectuer une réorganisation nationale. C'est là tout ce qui dépend de lui ; il ne se reconnaît ni l'obligation ni le droit d'intervenir dans ce qui se passe au delà de ses frontières.

« Quant au troisième article de votre dépêche, M. d'Arnim proteste que le gouvernement prussien, loin d'ordonner ou d'autoriser, au sujet des Polonais, aucune rigueur contraire au droit des gens et à la voix de l'humanité, s'est borné à faire l'application des mesures les plus indispensables pour protéger contre l'insurrection ses propres ressortissants de nationalité allemande, lesquels en ont cruellement souffert; qu'il a traité ses prisonniers avec douceuft non pas comme rebelles, mais comme simples captifs de guerre, ordonné la mise en liberté immédiate de tous ceux qui paraissaient avoir été entraînés sans réflexion dans l'insurrection par l'ascendant des per^r sonnes auxquelles ils avaient l'habitude de céder; que des passe-ports pour la France ont été délivrés à tous les émigrés qui ont demandé à y retourner et aux officiers compris dans les capitulations récemment conclues, qui ont désiré suivre la même destination; qu'entin les Polonais appartenant par leur origine tant à la Gallicie qu'au royaume de Pologne, lesquels se trouvaient, par suite du refus des gouvernements autrichien et russe de les admettre sur leurs territoires, hors d'état d'achever leur voyage, reçoivent aux dépens du trésor prussien, dans les dépôts

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nouvellement établis près du Weser et de l'Elbe, des moyens réguliers de subsistance; aucun d'eux n'est d'ailleurs et ne sera contre son gré retenu dans les États prussiens.

« Passant, en dernier lieu, aux considérations générales et puissantes dont le sommaire est indiqué dans votre dépècbe, M. d'Arnim m'a prié d'observer que la lecture de ce document l'avait trouvé sans préparation spéciale et sans concert avec ses collègues. Il lui a paru nécessaire d'en conférer en conseil; j'ai obtenu de lui la promesse de le faire dans le plus bref délai ; et la réponse nouvelle, qui sera le résultat de la délibération du ministère responsable, vous sera communiquée par moi avec autant d'empressement que de fidélité.

« En me quittant, M. d'Arnim m'a répété qu'il espérait que le gouvernement de la République française prendrait en considération équitable les obligations que le gouvernement prussien se trouve avoir à rtMiiplir tant envers les populations allemandes du grand-duché de Posen et des provinces limitrophes, lesquelles, comme toutes celles de l'Etat entier, ont droit à sa protection, qu'envers la Confédération germanique; les arrêtés de la diète siégeant à Francfort liaient et lient encore la Prusse sur plusieurs questions relatives au voyage des émigrés polonais et à la délimitation des frontières du territoire confédéré. »

Vous voyez donc, citoyens, que rien n'a été négligé

de la pari du ministre des affaires étrangères de la République, de ce qui pouvait intéresser le sort des Polonais dans le grand-duché de Posen.

Vous voyiez que, quant à ce qui concerne la nationalité polonaise du grand-duché de Posen, les reproches adressés à la politique de la République dans la personne du ministre des affaires étrangères, ou même les reproches adressés aux intentions et à la loyauté du gouvernement prussien n'ont aucun fondement; il y a des malheurs pour tout le monde, voilà tout ; mais il n'y a ni tort ni mensonge, ni reirait des concessions qui ont été faites. Il y a promesse et certitude avec un commencement d'exécution d'une nationalité polonaise reconslruite dans son indépendance de ce côté de la Pologne.

Quant à la Pologne autrichienne et à Cracovie, il est difficile de dissiper les nuages que la disîance, la difficulté des communications et les rapports contradictoires des agents des puissances étrangères répandent sur cette question. Ce que l'on sait, c'est que la République de Cracovie, au contre-coup de la révolution française et de la révolution de Vienne, s'était reconstituée, c'est que des comités d'organisation polonaise y étaient créés, c'est. que des colonnes de réfugiés polonais partis de Paris ou d'autres parties de l'Allemagne y arrivaient en grand nombre, lorsque des conflits, dont il est impossible à qui que ce soit de déterminer la nature, ont opéré la catastrophe dont on vous a parlé, et ont laissé pour quelques jours la question cracovienne et gallicienne en sus-

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pens. Mais les événements qui se sont passés depuis en Allemagne, ceux que tous les courriers vous apportent, ceux qui vous arrivaient hier de la Bohême, et qui vous apprenaient que la Bohême, de race slave, comme la Pologne, appelait d'elle-même les Pologais à venir se reconstituer en amitié, en alliance, en confraternité avec elle à Prague, les nouvelles de ee matin, qui vous apprennent un nouvel ébranlemeni; à Vienne, et par conséquent une décomposition croissante de l'empire autrichien, tout en faveur de la Gallicie et de Cracovie, tout annonce, tout promet, tout assure aux amis de la nationalité polonaise qu'elle se reconstituera de ce cùté-là sur une base plus large encore que du côté de la Prusse, et qu'avant très-peu de temps, très-peu de mois peut-être, l'exemple de la Lombardie insurgée et dégagée de ses liens par çon propre héroïsme, l'exemple de la Hongrie relâchant les liens d'unité avec l'Autriche, l'exemple de la Bohême, comme je vous le disais tout à l'heure, se séparant aussi partiellement du centre autrichien, et appelant à elle les rayons de sa nationalité dans la Pologne .tout vous annonce qu'il y a là les fondements d'une reconstitution qui n'attend pour s'accomplir qu'un peu de patience, qu'un peu de prudence, un peu de fermeté de la part de la nation française , et, de la pari des puissances du Nord, un peu de ces grandes pensées, que les grands événements tentent quelquefois , et que rien dans nos rapports diplomatiques ne nous défend d'espérer, Voilà les deux récits de la question polpnaise.

Maintenant on nous adresse des reproches et du dedans et du dehors ; on nous accuse de faiblesse , (le lonj^animité dans notre amitié pour la Pologne. Je vous interroge ici, j'interroge l'esprit de la France tout entière, et je demande que voulait-on que fît le Gouvernement provisoire dans la situation où il était placé, où sa politique étrangère s'accumulait tout à la fois sur ses pensées et sur ses forces? Fallait-il, comme on nous le conseillait si follement il y a peu de jours , oublier toutes les autres relations de la Fronce pour cette seule relation, la plus sainte, je le reconnais , parce qu'elle est la plus malheureuse , mais aussi la plus éloignée, et, sons quelques points, la plus impossible? Fallait-il oublier la Belgique, qui, aux premiers jours de notre révolution, pouvait, par des liens de famille, se détacher de la France et se rattacher à une coalition ? Fallait-il oublier l'Espagne, que d'autres liens de fîimille aussi pouvaient prédisposer contre la République, et qui pouvait menacer d'intervention , de compromissions , d'insinuations dangereuses, une partie de vos frontières du Midi? Fallait-il oublier cette Italie et ces 2(5 millions d'hommes , qui seront désormais le complément de la société démocratique du monde ?

Fallait-il enfin oublier nos propres frontières? Fallait-il oublier de nous couvrir nous-mêmes du cCté (lu Rhin, (levant une coalition qui ne se reformera pas, grâce à l'altitude que nous avons prise, grâce à la sagesse et à l'énergie de la France, grâce aux lumières de la nation autrichienne, grâce aussi àl'etîu-

sion du principe démocratique qui a complètement sapé, ruiné, décomposé pour toujours les bases d'une coalition des gouvernements absolus contre nous? Fallait-il oublier tout cela, et fallait-il oublier nos difficultés intérieures? Fallait-il oublier ces millions d'ouvriers que la cessation du travail livrait spontanément, et pour des temps inconnus, à la misère ou à lu faim, pour ne penser qu'à la question théorique de la reconstitution d'une nationalité polonaise et pour lancer une armée française au delà du Rhin? une armée française en Allemagne? ils en parlent bien à leur aise. Nous pouvons le dire sans danger, aujourd'hui que nous avons reconstitué d'une manière invincible les forces militaires de la France. Mais, quand on nous demandait de nous lancer le lendemain de la révolution, dans la personne d'une armée de 120,000 ou 200,000 hommes à travers l'AUemage, savez-vous quelles étaient nos forces en effectif à ce moment- là? J'en prends à témoin tous mes collègues du Gouvernement provisoire et ces braves généraux, qui nous ont apporté jour et nuit le concours de leurs lumières et de leur patriotisme pour recomposer nos armées; savez-vous ce que nous pouvions mettre en ligne, au moment où on nous reprochait de n'avoir pas marché vers la Pologne? Au moment où nous avions besoin «le couvrir iOO lieues de nos propres frontières, nous avions 88,000 hommes à mettre en ligne dans ce moment-là.

Aujourd'hui nous avons 500,000 honnut s el 80,0lM) chevaux dans pni dr jours. Uen<le/-t>n i!;ràre à l'infa-

tigrtble activité de ce ministre qui tenait dans sa main le double département de la guerre et de la marine ; rendez-en grâce à l'infatigable vigilance de ce Gouvernement, tant calomnié aujourd'hui, parce qu'on a eu quelques jours de sécurité pour oublier les dangers et les labeurs. Et quand nous aurions lancé cette armée de 100 ou de 120,000 Français à travers l'Allemagne, qu'eùt-elie rencontré dans sa route? Toutes les préventions encore ferventes de toutes les nationalités contre le génie des conquêtes, dont on aurait, en nous calomniant, voulu faire le génie de la République, le confondant avec celui de l'empire ; elle aurait trouvé 500,000 Allemands sur ses deux flancs de droite et de gauche avant d'arriver en Pologne ; et quand elle y fût arrivée, elle trouvait 250,000 Russes et une Pologne anéantie sous ses pieds ; c'est-à-dire qu'on nous reproche de n'avoir pas envoyé 100 ou 120,000 de nos enfants à une véritable boucherie.

Que ceux qui parlent ainsi en prennent la responsabilité devant l'histoire, devant le monde, devant leur patrie, devant l'humanité. Quant à nous , nous ne l'accepterons jamais.

1! ne me reste presque plus rien à dire. Grâce, comme je le disais en commençant cette réponse, à l'admirable instinct politique qui caractérise une assemblée française, la vérité est arrivée à l'état de proverbe en France. Le génie politique, c'est un lieu commun pour nous dans cette Assemblée; il n'y a pas un des hommes qui sont montés tout à l'heure à cette tribune, qui n'ait professé, sur les ?euls moyens de

reconstituer la nationalité polonaise, les véritables axiomes, les vraies maximes du gouvernement. Tous, ils ont senti qu'une guerre, qu'une marche insensée, qu'une seconde campagne de Moscou , de Varsovie , faite à travers l'Allemagne, violée dans son sol , dans sa dignité, dans son orgueil, dans son sentiment national, avec deux armées de 400 ou de 500,000 hommes sur nos flancs , en avant 250,000 Russes, tous ont compris que ce n'était pas un acte de patriotisme, mais un acte de démence. Tous ont compris qu'il s'élèverait de la dernière chaumière de France un cri unanime de réprobation contre un gouvernement assez complaisant à la popularité, contre un gouvernement assez faible de principe et de conviction pour se livrer à des entraînements pareils , qui ne sont pardonnables que parce qu'ils sont irréfléchis, parce qu'ils sont ignorants, mais que, sur des questions pareilles, il est impossible d'avoir un dissentiment , à moins qu'on n'ait jamais combiné la marche d'une armée, un plan politique, à moins qu'on n'ait jamais jeté les yeux sur une carte ni mesuré la distance qui sépare la Vistule du Rhm.

On vous l'a dit, le seul moyen, c'est l'Allemagne; la seule politique delà France aujourd'hui, de la France républicaine, sa politique si admirablement servie par là-propos, par los contre-coups, par les bonnes fortunes du génie de la démocratie moderne, qui vient de se caractériser et qui se caractérise de jour pu jour davantage par tant de chutes, par tant de décomposi» lions, par tant de recompositions dans le sens de la

France : c'est là le grand moyen de parvenir à la grande solution que vous cherchez tous, et de relever la Pologne, non plus par un acte insensé qui ne la relèverait que pour la faire immoler tout entière, mais de la relever solide, digne, permanente, par la main des grandes puissances, par la main de la France, de l'Angleterre , et surtout par la main de l'Allemagne , intéressée comme nous à la résurrection, à la rpconstitution de cette grande avant-garde de la civilisation de l'Occident. Tous l'ont senli.

J'abrège et je supprime tout ce que j'avais l'intention de vous dire à cet égard. J'arrive tout de suite à la conclusion, h la proposition qui nous est faite.

Mais je n'ai éprouvé à cet égard, à l'égurd de la proposition faite par le citoyen Wolowski, aucun embarras. Si les sentiments du gouvernement eussent été différents de ceux du peuple ou de l'Assemblée nationale, ah ! ma situation eût été pénible à cette tribune ; obligé de masquer des affections réelles sous des paroles de sympathie apparente, le mensonge aurait perpétut llement jailli malgré moi de mes lèvres. Mais nous avons le bonheur, je parle ici au nom de tous mes collègues comme au mien, d'ôlre en complète sympathie, quant au fond, sur les sentiments exprimés dans ladresse qui vous a été lue tout à l'heure; je n'ai qu'une seule objection à y faire, et c'est une objection de forme que la sagesse de l'Assemblée comprendra, je n'^n doute pas; la voici : Comme gouvernement, comme ministre des affaires étrangères, je suis bien loin, nous sommes bien loin

de nous opposer à lu inanil'e.slutiun du sentiiuenl français en faveur de la nationalité polonaise, telle ou à peu près telle qu'elle est exprimée dans l'adresse du citoyen Wolowski ou du citoyen Vavin; mais je prierai les deux honorables collègues auxquels je fais allusion, de m' accorder de leur côté quelque chose dans la forme, et ce quelque chose le voici : L'Assemblée a le droit, a souvent le devoir, de proclamer sous toutes les formes qui lui conviennent, car elle est omnipotente, sa pensée, ses sympathies, sa volonté. Elle peut donc faire une prochimation au peuple français, proclamation qui contienne tous les sentimentsde sympathie pour l'Allemagne, dont l'adresse proposée est remplie et ne sera jamais aussi remplie que le sont nos cœurs.

Aujourd'hui, elle est utile, cette adresse, non pas seulement à la Pologne, elle est utile à la France, elle est utile à l'Allemagne. Ces fata'es invasions de réfugiés allemands, dont je vous parlais tout à l'heure, ont jeté entre l'Allemagne et nous des ombrages qu'il est important que nous dissipions par une parole de l'Assemblée nationale; je me féliciterai de l'occasion que vous avez su trouver, de faire jaillir cette parole de votre politiquii et de votre sagesse; et, quant à moi, non-seulement conune représentant de mon pays, mais comme ayant eu l'honneur de manier les affaires étrangères, j'y joindrai mon adhésion la plus complète.

Non, il n'y a pas un sentiment exprimé dans cette adresse, avec lequel la politique du Gouvernement

provisoire ïif se soit et ne soit encore coniplètemenl identifiée.

J'ai déploré plus que personne, et je déplorerai éternellement ce qui s'est passé dans la fatale séance de lundi dernier ; je voudrais que l'histoire jetât un crêpe sur cetle triste journée ; je voudrais qu'on effaçât le mot de la Pologne de ce programme attentatoire à toutes les libertés du pays, qui a souillé un moment cette tribune. Oui, je regretterai éternellement que ce nom glorieux de Pologne, cher à la France, sacré pour l'Europe, ait été, une minute, un cri séditieux dans cette enceinte. Cependant, ne vous y trompez pas, les démonstrations, non pas celle-là, mais les démonstrations spontanées, honorables, généreuses, du peuple français en faveur de la Pologne, ne seront jamais une faiblesse ni un embarras pour nous. Nous ne les repousserons jamais par un vote préalable; au contraire, l'admirable spectacle d'un grand peuple comme la France, qui, dans une des plus grandes crises de son histoire, dans une de ces crises qui mettent souvent en jeu l'existence même d'un pays, et qui, grâces en soient rendues au Ciel et à vous, ne mettent ici en jeu que notre prospérité et notre gloire, que, dans une crise pareille, le sentiment d'un peuple qui oublie ses propres périls, ses propres misères, sa propre faim, pour venir offrir ses bras, son sang désintéressé à la cause de frères qu'il ne connaît que de nom, c'est là une grandeur, et par cela même que c'est une grandeur, c'est une force ; c'est une force pour la France, que cette générosité et

ce désîntérpssement, c'est une forcepour votre diplomatie ; c'est là une grande note du peuple, permettezmoi ce mot, plus forte que toutes les notes diplomatiques, et que j'accppte avec tout ce qu'il y a de noble et d'énergique, comme une arme puissante de négociation,

11 fallait rectifier sur ces deux points, comme je suis prêt à les rectifier sur tous les autres, et je provoque ici toutes les interpellations sans les craindre, il fallait rectifier, sinon ces calomnies, du moins ces imputations, ces erreurs répandues sur la politique d'un gouvernement, qui, pour avoir été faible par le nombre, n'a pas été faible de cœur.

Il fallait restituer la vérité à ce Gouvernement provisoire qui n'a eu d'autre gloire que de personnifier quelques jours la France trop grande et trop forte pour lui, mais sur les actes duquel la justice un moment éclipsée ne tardera pas à revenir.

Eh bien I songez que ce gouvernement n'a eu qu'une pensée : vous remettre la France telle que vous deviez la trouver, en paix avec le monde; vous remettre la paix, non pas seulement dans l'intérêt de votre politique, non pas dans Tintérêt des classes supérieures, des classes riches de la France, mais surtout dans l'intérêt de ce peuple au nom duquel, par lequel et pour lequel la révolution a été faite, dans l'intérêt de ce peuple qui vit de quoi? de pain, et le pain n'est produit que par le sahiire; le salaire n'est produit lui-môme que par le travail, le travail n'est alimenté que par l'industrie et le commerce ; et le

salaire, le travail, l'industrie et le commerce ne peuvent être vivifiés que par la paix.

La paix, qui n'était autrefois qu'une théorie, la paix qui n'était que la théorie des sages, la grande pensée, ce qu'on appelait l'utopie des hommes d'État, la paix est devenue aujourd'hui quelque chose qui vous aidera à la maintenir. Sachez-le bien, elle est devenue l'instinct, la nécessité, la vie, le pain de ces masses auxquelles nous avons dévoué notre révolution.

Citoyens, je termine, et je termine par un mol consolant pour la Pologne. On disait autrefois que la victoire n'était que du côté des gros bataillons : cela était vrai sous les gouvernements brutaux de la force, cela était vrai avant que ce principe spiritualiste que nous avons eu la gloire d'évoquer et de proclamer les premiers comme un dogme politique qui a été consacré et adopté par vous eût passé dans nos institutions. A dater de ce jour, la victoire n'est plus du côté des gros bataillons, la victoire est du côté de la justice, du côté de la faiblesse, du côté du droit imprescriptible des nations, qui peut bien sommeiller quelques jours, mais qui ne meurt jamais !

La République lui fera appel, sachez-le bien ; mais elle lui fera appel sans rompre, nous l'espérons, la paix du continent, la paix des peuples ! Oui, citoyens, nous avons plus d'un moyen pour arriver à la reconstitutioîi d'une nationalité polonaise. F^a monarchie de Louis XV a perdu par une lâcheté la Pologne ; la République la sauvera !

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Réponse à la proposition faite par MM. Vavin et Marrast, d'une adresse de l'Assemblée nationale au peuple de l'Allemagne en faveur du rétablissement de la nationalité polonaise.

Citoyens, après les sentiments que j'ai exprimés moi-même, je n'ai rien à objecter, dans le fond, aux sentiments si parfaitement exprimés par l'une ou l'autre des adresses ou proclamations qui ont été proposées.

Cependant, comme ancien ministre des affaires étrangères, et au nom du ministre actuel, qui m'a provoqué à le faire, j'ai une observation essentielle sur la forme à vous adresser.

Que voulez-vous? Oue le sentiment français jaillisse du cœur de la France dans toute sa liberté, dans toute sa légitimité, en même temps dans toute sa sagesse, dans toute sa réserve diplomatique, dans toute la prudence qui vous est commandée par votre vigilance pour la paix.

Il n'y a rien dans les termes de ces deux adresses, de l'une ou de l'autre, que j'aie à repousser comme ancien ministre des affaires étrangères; mais il y aurait quelque chose dans la forme, à quoi je vous prie de prendre garde en ce moment.

De quoi s'agit-il? D'une proclamation ou adresse de l'Assemblée nationale à la diète de Francfort. Quelle sera la forme que vous emploierez pour envoyer cette adresse h la diète ? Sera-t-elle envoyée fur-

tiveinent? Mais aloi;;. ce serait honteux pour l'expression même de vos sentiments.

Sera-t elle portée aux députés d'Allemagne, à Francfort, par des membres de l'Assemblé enationale? Ce serait là la forme qui paraîtrait indiquée par la grandeur et la spontanéité de l'acte que vous voulez accomplir.

Mais il y a là de graves inconvénients diplomatiques, auxquels je vous prie d'appliquer une minute votre attention.

Francfort appartient à une des puissances c-o-intéressées.

La police de Francfort, les passeports pour traverser les États de l'Allemagne appartiennent à ces pouvoirs exécutifs, à ces puissances. Je ne veux pas le présumer et je ne le présume pas; mais enfin, quand il s'agit d'actes internationaux, il faut tout prévoir; s'il arrivait que, par la malveillance d'un ministre ou d'un agent subalterne de la police de ces États allemands que vous auriez à traverser, avec ce caractère officiel et national dans la main, vous fussiez interrompus, arrêtés, repoussés dans cette manifestation, ne voyezvous pas le danger extrême de faire rejaillir sur la France, sur un des actes de l'Assemblée nationale la souillure delà main d'un agent subalterne d'une puissance étrangère! Ne serait-ce pas le comble des imprudences auxquelles vous exposeraient les propositions auxquelles on vous convie, qui exposeraient la paix dans vos personnes; car une injure pareille, ne l'oubliez pas, nous serions obligés de la venger.

L'enverriez-voiis par l'organe du pouvoir exécutif français?

II y a d'autres inconvénients ; nous avons des agents naturels, ordinaires, diplomatiques à Francfort; c'est par eux que passent nos actes, non pas encore à la diète de Francfort, qui n'est pas constituée en gouvernement, ni en pouvoir exécutif; qui n'est qu'une tribune comme la nôtre, et les tribunes ne négocient pas jusqu'ici dans le droit des gens; il y aurait donc là quelque chose de confus, d'anormal, de dangereux dans la forme de vos rapports avec l'étranger. Or, ne l'oubliez pas, pendant que vous avez l'admirable sagesse, mêlée à l'admirable énergie de faire à la fois de la politique républicaine et de la politique populaire et pacifique, n'allez pas, par une vaine forme, compromettre le fond de nos pensées.

Dans ces trois périls que ces trois combinaisons offrent à la pensée du ministre, il ne reste, selon moi, qu'un de ces deux termes sur lesquels je prie la Chambre d'apporter son attention.

La Chambre est souveraine, elle est souveraine en France, ne l'oubliez pas ; dans le sein de la Uépubliquc elle peut dire ce qu'elle veut, elle peut donner à ses paroles la forme, la portée qui lui convient ; rien ne s'oppose donc au mode d'une proclamation de rAssemblce naticmale, mais restant dans les limites de la République, et n'en sortant que par cette grande voie de la publicité qui vient saisir toutes vos pensées à cette trihune pour les distiibuer, soyez-en sfirs, par tout l'univers, ou bien la forme que j'indiquais d'un

geste tout k l'ehure à un des honorables préopinants, la forme naturelle, traditionnelle, de Tordre du jour motivé, adopté par M. Vavin lui-même.

C'est une de ces deux formes que je prie la Chambre de vouloir bien adopter.

-<5— ^ 25 Mai. ^— ^

Réponse à, ^l'adresse des habitants de la ville de Magdebourg.

Habitants de Magdebourg !

Dès le premier jour de la révolution, la France a proclamé son respect pour les nationalités et son désir d'alliance intime avec l'Allemagne. Ce Uhin, tant de fois traversé par les conquérants ou par les guerriers des deux pays, ne le sera plus désormais que par les vœux sympathiques, par le commerce, par la civilisation des deux peuples. L'adresse que vous voulez bien me faire parvenir pour me féliciter personnellement d'avoir marché le 15 contre les factions anarchistes en est une preuve de plus. Je la conserverai comme une médaille frappée au coin du génie libéral et profondément sensé de l'Allemagne. Il n'y a pas un des citoyens de Paris qui n'ait mérité aussi bien que moi cette adresse. Mon nom n'a que la gloire de les avoir personnifiés, et c'est à ce litre seulement que j'ose re-

cevoir vos éloges pour les reporter tous à mes conci*toyens.

Recevez, habitants de Magdebourg, l'expression de ma reconnaissance et de mon respect.

-§-*^ 30 Mai. |>»-|-

Réponse i la proposition d'un ûraender..ent, d\. projet de décret sur les relations de l' Assemblée (Jénéra'.e avec la CoEûmission executive, soutenue par MM. Billaui et Dufaure, tendant i, laisser au président de l'Assemblée nationale le droit, dans les cas extraordinaires et d'urgenoe, de prendre des dispositions militaires extérieures peur la sécurité de l'Assemblée.

Je ne prolongerai pas plus que les deux honorables préopinants la discussion. Je vais dire à la Chambre le vrai de la situation en deux mots.

J'écarte d'abord ce qui. selon moi, aurait dû être complètement écarté du débat, ces récrinunations mutuelles que nous avons vues s'élever hier à propos des malheureux événements du 15 mai.

La vérité sur cette atlaire, c'est que le malheur, la douleur qui ont affligé cette Cliambre et le pays tout entier, ne sont pas la faute du pouvoir exécutif, ne sont pas davantage la faute de l'Assemblée ni de son président.

C'est un malheur qui a frappé sur tout le monde ù la fois ; c'est la non-exécution des ordres qui avaient été donnés avec In plus gran«le sollicitude et avec la

plus grande précision des deux parts... Je dis que l'événement du i 5 mai n'est le tort de personne dans cette enceinte. Je dis que c'est un malheur qui a pesé également et sur l'esprit de la commission executive et sur l'esprit de l'Assemblée et du président de cette Assemblée. Nous avions pris, chacun dans la sphère de nos attributions, toutes les mesures que la prudence et que la prévoyance nous recommandaient de prendre.

Le malheur est tout dans l'exécution, messieurs; la justice est saisie delà recherche des causes de cette journée de scandale et d'indignation pour la représentation du pays.

Il ne nous appartient pas d'en déchirer le voile, et il nous est permis d'espérer (|ue, quand la justice aura soulevé ce voile, elle y trouvera plus d'indécision, plus d'incertitude, plus d'hésitation, qu'elle n'aura à y découvrir de crimes : c'est là au moins le vœu de tout généreux citoyen.

Maintenant, permettez-moi décarter une autre préoccupation qui m'a paru dominer hier et ce matin le débat, et qui n'a pas plus de fondement dans les faits.

Certes, il a été bien loin de la pensée de la commission executive, et je parle ici au nom de l'unanimité de ses membres, d'élever aucune espèce de conllit, qui eût été souverainement puéril de notre part, avec l'Assemblée nationale, dans la définition de celte attribution dangereuse que nous voulons vous laisser tout entière, en ne retenant, et pour vousmêmes et pour la France, et pour la dignité et la sûreté de sa représentation, que la partie qui est indis-

pensable à nos propres attributions. El quelle prétention de conflit pourrait être la nôtre avec vous? Mais le jour où vous vous levez, nous n'existons plus! Nous émanons de vous sous la forme la plus fugitive et la plusabsorbable! A toute heure, à toute minute, vous pouvez nous rappeler dans votre sein ! D'où pourrait venir la pensée à cinq membres nommés hier, destituables à tout instant par assis et levé, d'affecter au-dessus de l'Assemblée un pouvoir souverain que nous reconnaissons seulement et uniquement en vous, et dont nous n'avons que l'honneur d'être les exécuteurs un moment pour vous en rendre compte le lendemain avec toute notre responsabilité? Non, c'est calomnier notre bon sens.

Nous avons eu une autre pensée ; nous avons eu la pensée qui a surgi naturellement dans notre esprit après l'événement qui nous préoccupe; nous avons pensé que, dans ce sentiment capital, le premier de nos sentiments et de n is devoirs, de couvrir l'Assemblée nationale et d'empêcher que le malheur de la journée du 15 se renouvelle jamais pour la France, il fallait que nous sussions parfaitement et mutuellement de quelle part précise d autorité et de responsabilité nous étions investis, pour ne pas nous entrechoquer dans l'exécution. Nous n avons eu qu'une seule préoccupation, défendre mieux, couvrir davantage, avec plus d'infaillibilité, avec une inviolabilité plus parfaite, l'Assemblée nationale. Nous avons craint la confusion, non entre les pouvoirs (vous les avei t«us), mais entre les deux actions mal combinées;

peut-être, dans la rédaction de notre article k, avonsnous trop oublié un autre article de votre règlement, qui, nous vous le déclarons, nous avait échappé, par suite de cette impossibilité physique des membres de la commission executive d'assister à voa délibérations et entre autres à celles de votre règlement.

Nous avons pensé que vous aviez réservé à votre président le droit d'appeler la garde nationale et la force armée, et à l'instant nous avons érrit que le droit de faire battre le rappel, c'est-à-dire d'appeler la force armée au secours de l'Assemblée nationale, si elle était menacée, serait la première des attributions du président ; nous avons reconnu, et devant la commission et tous les jours, que le droit de propre conservation, s'il appartenait au dernier citoyen de la nation, appartenait à plus forte raison à la nation tout entière, personnifiée dans sa représentation unanime et émanée du suffrage universel des citoyens.

Et nous l'avons écrit comme vous. Quand nous avons ensuite vu surgir la première rédaction de votre con)mission, enlevant entièrement la direction de la force armée an pouvoir exécutif, nous avons été émus, non d'une question d'attribution pour nous, mais d'une question de sfireté pour vous-mêmes. Car il ne s'agit pas. sachez-le bien encore une fois, de notre honneur de commission executive, nous le mettons tous les jours sous les pieds de notre patriotisme, nous le confondons dans l'honneur de l'Assemblée nationale.

Mais nous nous sommes dit ce que l'honorable M. Du-

fauresp disait tout à Tlieure : Ne pourra-l-il pas arriver qu'un jour les deux ordres cotitradictoires du pouvoir exécutif et du président se rencontrent, et, en se rencontrant, se heurtent et s'annulent 1 que, pendant que la commission executive, instruite d'avance d'un projet à grandes proportions, pourvoira, sur différents points de la capitale, à la sécurité du pays, à la défense de i'Assenfiblée, le président, averti, par un ordje soudain, d'un danger plus spécial, plus local, ne puisse, en vertu de cette attribution non suftisamment définie, appeler au secours de l'Assemblée nationale des forces que le ministre de la guerre aurait disposées pour un autre usage, dégarnir ainsi l'Assemblée nationale elle-même des forces qui lui avaient été attribuées par le pouvoir exécutif?

Dans ce conflit, nous avons vu la possibilité que l'Assemblée nationale fût un seul moment découverte; et, dans ce péril éventuel, nous avons voulu, autant qu'il était possible à une rédaction ditiicilo , prévenir un malheur qui compromettrait doux resp insabilités à lu fois, et le prévenir, non pas d'une manière précise, littérale, judaïque, mais d'une manière que toute intelligence loyale et sensée put comprendre, dans cet article qui délimite, en les reconnaissant, les attributions de la commission executive et les attributions de votre président.

Kh bien, lorsque la commission, dont on vous faisait tout à l'heure l'historique, historique que je ne veux pas achever moi-même ; lorsque, pour ne pas mêler une question politique h une question de mots,

quand cette commission nous a appelés, nous lui avons parlé avec la loyauté que j'apporte en ce moment à cette tribune, nous lui avons dit : Il n'y a là nulle question d'amour-propre, nulle question de rédaction, nulle question de susceptibilité, qui serait souverainement déplacée dans la commission du pouvoir exécutif vis-à-vis du pouvoir souverain. Il y a une prévoyance, une prudence, un devoir pour nous. Ce devoir, c'est de couvrir à tout prix la nation, personnifiée dans l'Assemblée nationale, qui est le résumé de la nation entière. Cherchons de concert, trouvez une meilleure rédîiction; définissez mieux, délimitez mieux ; tout ce qui écrira votre sécurité et notre devoir sera consenti, et nous sommes en eflfet tombés d'accord tout à l'heure sur la nouvelle rédaction qui renferme les deux pensées, la vôtre, la nôtre, ou plutôt une seule pensée.

Un mot a soulevé tout à l'heure un nouveau dissentiment, murmuré entre l'Assemblée et nous. C'est qu'il n'a pas été compris; c'est un malentendu encore. On a supposé que nous nous opposerions à ce qu'on ajoutât à la rédaction ces mots : dotit le président &era juge.

Messieurs, jamais cette difficulté ne s'est élevée entre nous et la commission. Quel homme de bon sens aurait pu comprendre que, quand un président de l'Assemblée aura le droit, dans les cas extraordinaires et d'urgence, de convoquer la force armée, il le fit autrement qu'en vertu de son propre jugement? Ce mot surabondant était inutile, selon moi, à écrire ;

nous n'avons pas même délibéré sur cela, il n'en a pas été fait mention dans la commission en noire présence. Je n'ai, certes, pas besoin d'interroger mes collègues pour déclarer ce que je prnso à cet égard, car je le ptnse au nom du sens commun. Comment jugerait-on sans jugement? Que la commission introduise donc ces mots de plus. Pas d'objection de notre part, s'il se peut, en conservant la part de chacun, satisfaire ici des susceptibilités.

-f-*^ 12 Juin. |^-*|—

Discours sur le projet de décret destiné à ouvrir un crédit de 100,000 ft". par mois à 1î Commission executive, prononcé à li suite d'une opinion favorable exprimée par le général Bedeau.

Messieurs, au milieu de l'anxiété qui pèse évidemment depuis quelques jours sur cotte Assemblée et .sur le pays, je ne m'étonne pas. je me félicite de l'applaudi.ssement unanime qu'ont inspiré tout à l'heure les paroles du préopinant; et nous aussi nous sentons que cette anxiété pénible, que cette pression sur l'imagination publique, sur les plus grands intén''Is, sur les attaires les plus urgentes de la fortune et de Inviedu peuple, doivent (^tre dissipées. Kt nous aussi nous sentons que ce qui manque h la Commission exé< cutive, ce n'est pas tant la force que vous lui avez

toujours, nous le reconnaissons, surabondamment donnée; ce qui lui manque, ce qui manque à l'Assemblée nationale, ce qui manque au pays tout entier, en ce moment, je le répète, ce n'est pas la force, c'est la lumière.

La nécessité, c'est de faire tomber le plus tôt possible ces malentendus qui existent fatalement entre le pays et nous, messieurs, chargés par vous d'administrer, dans des circonstances difficiles, neroubliez pas, les plus grands intérêts moraux et les plus grands intérêts matériels de la République. Nous nous félicitons, bien loin de la décliner, de cf tte occasion qui nous est offeitepar les honorables préopinants, par le rapport même apporté tout à l'heure à cette tribune.

Messieurs, nous avons répondu hier avec la loyauté, avec l'intimité, si je puis m'exprimer ainsi, que je transporterai jusque dans cette enceinte, à toutes les interrogations qui nous ont été adressées en votre nom par votre commission. Nous sommes prêts à y répondre encore. Je dirai peu de chose des discours qui ont été prononcés tout à l'heure ici. Mais je vais essayer de retrouver votre pensée h vous tous dans les questions mêmes qui nous ont été adressées hier par votre commission et d'y répondre avec la même netteté, avec la même sincérité que l'on a bien voulu reconnaître hier dans nos paroles.

On nous a demandé d'abord, messieurs, ce qui a longtemps couvé sourdement sous les rumeurs et les chuchottements publics, et ce qui enfin a éclaté hier et tout à l'heure ici à cette tribune.

Est-il vrai que voussoyfizdivisés de tendances entre vous depuis l'origine du Gouvernement intérimaire? Est-il vrai qu'il y ait une pression de certaines opinions contre d'autres opinions dans le sein du pouvoir, de nature à empêcher les opinions libres, les opinions gouvernementales quelconques défaire librement, entièrement, avec courage, comme avec modération, tous les actes que le salut de la République commande ou inspire à de bons citoyens?

Nous avons répondu non, et nous avons répondu même que la demande pouvait paraître, jusqu'à un certain point, injurieuse à des hommes d'honneur. Comment, ai-je dit aux membres de la commission, pouve/-vous supposer que, s'il existait en ce moment de ces dissentiments graves qui commandent à des hommes d'honneur de se séparer, afin de ne pas annuler réciproquement une action nécessaire à tous, comment pouvez-vous penser que ces houmies hésitassent un moment à se séparer, en effet, à rentrer dans le sein de l'Assemblée nationale, et à venir déposer dans vos mains leur responsabilité en reprenant tous les droits de leur opinion individuelle?

Je comprends, ai-je ajouté, que, pendant l'existence du Gouvernement provisoire, le gouvernement de la nécessité, le gouvernement du salut public, quoiqu'il n'en portât pas le nom, on put supposer, on pût admettre que des hommes qui, sans délibération, sans concert, sans entente préalable, avaient été portés ensemble, sans se connaître, au foyer du pouvoir révolutionnaire, que des honunes pareils eussent des

concessions de volonté, des complaisances de nécessité, d'opinions à se faire sur certaines questions, afin de sauver la question des questions, la République, la France, l'Assemblée nationale. Si, dans un pareil moment, des dissentiments s'étaient révélés d'une nature assez radicale pour nous forcer à nous dissoudre, ne sentions-nous pas, messieurs, que nous étions forcément reliés entre nous par le faisceau le plus invincible, par le faisceau de la nécessité, et qu'en nous retirant les uns ou les autres, nous ne donnions pas passage à de nouvelles pensées, à de nouveaux collègues, nous donnions passage à l'anarchie; nous laissions derrière nous un pays sans gouvernement, une Assemblée nationale future sans hommes pour préparer son avènement ici, pour la faire venir et pour la défendre ; nous livrions le peuple lui-même au iléau et à la vengeance des révolutions, à une tempête qui serait retombée sur nous?

Mais, je le répète, depuis l'installation du gouvernement intérimaire, que peut-on supposer de semblable? où serait le danger, pour ces hommes d'honneur, de se séparer aujourd'hui? Quelles sont les circonstances assez graves, assez impérieuses, assez menaçantes pour nous convaincre, malgré notre trop juste modestie, qu'aucun de nous soit nécessaire au pouvoir, et qu'il y aurait une lacune d'un jour ou d'une heure dans la souveraineté de l'Assemblée nationale, si elle se donnait d'autres représentants?

Non, messieurs, aucun de ces dangers n'existe. S'il y avait entre nous ces divisions que l'on suppose, peut-

être pour les faire naître, pour affaiblir ainsi le gouvernement qui, quoique modéré, doit rester fort, pour protéger le pays et l'Assemblée nationale qui Ta investi (lésa puissance; s il y avait un tel dissentiment, soyez sûrs que nous nous empresserions de l'apporter tout de suite à cette tribune, et de déposer le dissentiment, en déposant la responsabilité, sans danger pour vous et avec honneur pour nous.

Voilà ce que j'ai répondu à la commission.

Mon Dieu ! messieurs, ces reproches, ce défaut de confiance, ces rumeurs ne m'ont pas étonné, elles n'ont étonné, je pense, aucun de mes collègues. Quant à moi, je n'ai pas cessé, depuis le commencement du Gouvernement provisoire, depuis le jour où il nous a été permis d'entrevoir au travers et au delà de la grîinde confusion que la révolution a fait naître, l'Assemblée nationale venant prendre son siège et son autorité dans Paris, il n'y a pas eu un jour où je n'aie prévu le danser, pour les membres du Gouvernement provisoire, à entrer immédiatement dans le Gouvernement intérimaire.

Nous avons été un gouvernement d'acclamation, un gouvernement néressai rement «rbitraire, et, passez-moi le mot, quoiquil soit trop siipi rbe pour nos noms, un gouvernement de dictature. 11 devait y avoir eu, dans ce gouvernement, bien des anomalies, bien des irrégularités, bien des mystères qui s'écliirriront, soyez-en sûrs, sans entacher personne, à mesure qu'on Ici. apportera en accusations contre nous. Mais, enfla, l'Assemblée nationale no pouvait pas

connaître la gravité ni l'urgence de toutes les circonstances ; elle ne pojivait pas entrer dans tous les motifs qui nous déterminaient sans cesse à prendre des mesures qui étaient toutes vitales dans un pareil moment ; il devait rester, il doit rester, je ne m'en plains pas, et mes collègues, je n'en doute pas, ne s'en plaindront pas davantage, certaines susceptibilités, certains doutes, certaines inquiétudes, certains outrages dans l'esprit de l'Assemblée nationale, entre des hommes qui descendaient d'un pareil pouvoir. J'irai môme plus loin, j'en dirai davantage. Si je sors de cette enceinte et que je considère les partis dans leurs organes, dans leurs calomnies, dans leurs ntensonges, je me rends compte parfaitement du mobile qui les fait, depuis quelques jours, couvrir d'ignominie ces hommes que l'histoire approuvera un jour, et qui se sont dévoués quand la place était vacante, et quand le pouvoir suprême n'était que le suprême danger.

Citoyens, ces partis ne pardonnent et ne pardonneront pas de longtemps aux honmies qui ont eu le glorieux malheur de présider à ce gouvernement; ces partis nous accuseront longtemps, les uns parce que nous avons fondé la République, parce que nous avons eu le courage, l'audace d'éciirece cri du peuple que vous avez ratifié vous-mêmes si unanimement et si glorieusement le premier jour où vous avez pris possession de la patrie tout entière.

Pour les uns, citoyens, c'était un tort qu'ils ne nous pardonneront jamais, un crime peut-être, et pour d'autres, c'était trop de bonheur et trop de gloire;

Ainsi, pour les «niieinis de la Hépublique connue pour ses envieux, nous devons être l'objet éternel, ou du moins nous devons être longtemps l'objet des calomnies, des incriminations, des suspicions et des injures. Nous nous y sommes dévoués connue nous nous y dévouons modestement et humblement ici, devant vous, nos juges, nos juges favorables même : car vous nous serez favorables dans le jugement que vous porterez, pièces en main, sur tous les actes que nous avons accomplis.

On nous dit : Mais qu'importe que vous soyez unis, si vous n'avez aucune pensée politique, si vous ne pouvez apporter aucun programme qui rassure le pays, qui affermisse le sol sous les pas de l'Assemblée nationale.

Messieurs, il est bien commode de jeter tous les jours, du haut de cette tribune, ces reproches à un gouvernement à tjui les heures manquent pour parler, mais ne manquent pas pour agir ; vous le verrez tout à l'heure, il est bien facile de lui dire : Vous n'avez pas de pensée, vous vous êtes lancés présomptueusement, témérairement, le jour où le pouvoir avait cessé d'exister, pour en occuper la place, et vous n'avez fait dans cette grande ruine aucun des actes reconslitutifs d'un gouvernement sérieux.

I/Europe est plus juste que vous, permettez-moi de le dire, elle est plus juste que ceux qui nous font ce reproche d'avoir manqué de pensée politique. Tous les jours j'entends les tribunes de l'Europe, je lis dans les journaux, je reçois des adresses au gouver-

iienient actuel de la Hépublique, et là, certes, on ne nous reproche pas d'avoir manqué d'une grande pensée directrice à la fois ferme, démocratique et modérée, telle que celle qui sortait de l'esprit même de la révolution, telle que celle que, je le reconnais à votre langage, vous avez adoptée pour votre pensée, et reconnue pour la pensée, la vraie pensée de la France républicaine. Cette pensée, quelle est-elle? Nous sommes arrivés sans conspiration, nous sommes arrivés inopinément, nous sommes arrivés malgré nous à cette brèche, car c'était une brèche alors que ce qu'on appelait le pouvoir. Eh bien ! quelle a été notre première pensée? Notre première pensée a été de comprendre le grand mouvement des esprits qui venait de se révéler par une telle catastrophe, de nous interroger :

S'il fallait, pour le salut de la liberté du pays, reconstruire je ne sais quel gouvernement précaire et démantelé qui n'eût été qu'une prolongation de malaise, d'agonie pour la politique de ce pays, et qui, trop faible, trop étroit dans sa base, aurait inévitablement succombé à ces difficultés populaires qui vous ont assailli depuis trois mois, et dont nous allons bientôt, je l'espère, traverser la dernière forme dans cette espèce d(; dictature improvisée sur un souvenir que nolis n'acceptons pas plus que les honorables généraux qui sont venus protester au nom de la dignité de l'armée et de la gloire, comme nous protestons au nom de la patrie et de la liberté.

Nous nous sommes dit : « Faut- il reconstruire un

fiiiWe simulacre de monarchie? faut-il proclamer la République? « Nous avons proclamé la République, et vous l'avez raiifiée. Donc nous ne nous étions pas trompés dans le pressentiment de toutes les opinions loyales, fermes et conservatrices du pays; car ne croyez pas que nous n'ayons proclamé la République que dans un intérêt de liberté. Non! nous serions des hommes à vue courte si nous avions agi ainsi.

Nous avons proclamé la République, nous avons voulu organiser celle forme de gouvernement, parce qu'en envisageant précisément les immenses diflicultés de tous les gouvernements modernes, parce qu'en contemplant les chutes successives, réitérées, inopinées de tous les formes de monarchies despotique, glorieuse, pacifique, constitutionnelle, dont les débris sont encore à vos pieds, nous avons reconnu, avec IVspoir qu'on le reconnaîtra comme nous, que cette forme, quoiqu'elle fût en apparence la plus unitaire, n'était pas au fond la plus solide, la plus permanente et la plus capable de pourvoir, avec la force la plus énergique, à tous les dangers, non*seulement du gouvernement, mais de l'ordre social. Les doctrines sacrées de la famille, de l'État, de la propriété, pouvaient être menacées tous les jours; il fallait rallier l'universalité des forces sociales dans le faisceau du gouvernement : voilà pourquoi nous avons étendu les limites do la Uépid)liqud aussi loin quf les limites de la population ; voilà pourquoi nous avons fait entrer, avec lout son droit, avec toute sa moralité et avec toute sa raison, mûrie par cinquante années de discus-

sion et de travail d'esprit, ce peuple qui s'en montre aujourd'hui plus digue que vous ne savez, et dont vous verrez bientôt les symptômes qui vous attesteront en lui de véritables capacités au règne, à la protection, à la défense et à l'organisation de la liberté tout entière. Voilà ce que nous avons fait. Eh bien 1 ose-t-on nous accuser aujourd'hui d'avoir rallié cette force incommensurable autour du faisceau social, et d'avoir fait porter le fardeau, passez-moi l'expression, d'une société croulante, non pas sur une faible oligarchie, non pas sur un pouvoir dynastique, contesté par d'autres dynasties, mais sur la force immense de chaque citoyen qui compose la patrie, et qui, par là môme qu'il a le devoir de la défendre, a la raison de l'aimer, et a la responsabilité ou de son salut ou de sa perte. Voilà encore une fois ce que nous avons fait.

Et quel caractère (c'est ici que je louche à une des argumentations qui ont, non pas attaqué de face, mais qui ont effleuré les intentions du Gouvernement dont je m'honore de faire partie), quel caractère avonsnous doimé à cette République? Je réponds ici à M. Bedeau.

Avons-nous, comme il en accuse, peut-être avec raison, certains organes éloignés, désavoués, incompréhensibles de la politique du gouvernement, avonsnous }>roclamé cette république extrônie, cette république violente des proscriptions, des expulsions, des échafauds, dont le sinistre souvenir était précisément le premier ennemi que nous rencontrions pour foDder la deuxième République.

Avons-nous confondu celte deuxième République, et je dis deuxième avec intention: l'avons- nous confondue avec la première ? Vous le savez, la première était un combat; nous avons voulu que la seconde ffit une institution; la première avait à lutter avec toutes les forces nationales, avec l'énergie surabondante et quelquefois égarée des forces du pays contre des dangers qui, grâce à la Providence et grâce à l'unité et à la sagesse de la nation, actuellement ne se représentent plus devant nous, car nous ne voulons pas nous glorifier misérablement d'avoir à vaincre des difficultés qui n'existent pas. La première, je le répète, était un combat, une lutte à mort entre les vieilles institutions et les institutions nouvelles. Elle avait à combattre la coalition des rois sur toutes ses frontières; elle avait à combattre la coalition des aristocraties au dedans ; elle avait à combattre l'émigration même, une partie même de la population franchissant les frontières pour venir attaquer l'autre partie avec un drapeau encore frais de la royauté, opposé au drapeau encore récent de la liberté. On comprend une pareille république, on l'excuse, du moins, ou on l'explique. Si on ne l'excuse pas, on comprend les excès, les rigueurs, on comprend les funestes proscriptions de cette époque, et Ton se félicite de n'avoir rien de pareil à déplorer. Non, messieurs, ce n'est pas là le sens que nous avons donné, que nous avons dû donner à notre Képublique.

Souvenez-vous d'un grand jour pour nous, que

— 28:i — nous serons élernellement fiers d'avoir à opposer à ceux qui calomnieront, qui dénatureront nos intentions dans la fondation de la République. Souvenezvous de ce jour où, au milieu des émotions encore palpitantes de l'hôtel de ville, quand la fumée de la poudre couvrait encore la place de (irève : une partie de cette population égarée, égarée par des souvenirs que l'unanimité de la population refoula bientôt, vint nous présenter le drapeau rouge, le drapeau rouge, sj^mbole de cette république que nous n'avons pas voulue, que la France ne voudra jamais; nous l'écartâmes, et nous l'écartâmes avec indignation, pour faire place à votre drapeau, à notre drapeau, au drapeau de la liberté, au drapeau de la gloire, au drapeau de la France, à celui dont la République s'était enveloppée comme d'un lange dans son berceau, et dont, je n'en doute pas, si jamais elle devait périr, elle s'envelopperait encore comme d'un linceul à ses derniers moments.

Voilà, citoyens, quelle est la République qu'a voulue le Gouvernement provisoire, et quelle est la République que veut le Gouvernement intérimaire; et cette République, ce n'est pas seulement dans ses actes éclatants qu'il la dessine ainsi aux yeux de la nation et aux yeux de l'étranger ; il la dessine et il la dessinera dans tous ses actes d'administration intérieure.

Ainsi, s'il y a eu des fautes, s'il y a eu des paroles mal comprises, mal prononcées peut-être, à certaines époques ; s'il y a eu des agents défiworables et

désavoués, qui ont voulu présenter la République comme une république épuratoire à vos populations, qui ont voulu trouver au droit de républicanisme des membres de cette Assemblée ou du dernier des citoyens du pays une autre date que la date de son patriotisme, que la date du jour où sa raison lui a dit : « Acceptons la République, » nous les avons désavoués, et nous les désavouons d'avance. 11 n'y a d'autre date pour nous que le sentiment réfléchi qui a fait accepter par patriotisme à tous les citoyens cette forme magnifique et populaire de gouvernement que nous ferons triompher, avec votre assistance, de tous les dangers dont elle serait menacée.

Toute autre république serait désavouée par moi comme par mes collègues ; ce ne serait pas une république de sang-froid, une république de justice; ce serait une république de colère déplacée, ce serait une république de menaces. Au lieu de faire de la France et par la France un grand prosélytisme de sentiments républicains et populaires, elle ti altérait la France en pays conquis.

Messieurs, la France a trop de dignité, de juste orgueil, elle a trop le sentiment de son patriotisme, pour le souffrir, elle ne le souIVrirait pas, et le gouvernement qui prétendrait lui imposer la vérité n»éme, par l'oppression, par l'inquisition, ce gouvernement, désavoué par vous, le serait le lendemain par le pays tout entier.

Voilà nos sentiments quant à l'administration inté* rieure.

Et maintenant on nous dit : Mais vous êtes inertes! mais vous n'agissez pas! mais vous semblez un pouvoir assoupi dans un temps paisible et qui laisse s'accumuler \es événements sans leur trouver aucun dérivatif, sans leur chercher aucune solution eflicace ou énergique !

Messimirs, je vous supplierai de reporter votre pensée un moment, non pas aux jours qui viennent de s'écouler, mais aux trois mois qui viennent de passer devant vous, chargés d'une telle multitude d'événements, qu'en vérité on est excusable d'en avoir perdu jusqu'à un certain point la mémoire. Daignez cependant recomposer dans votre pensée l'état dans lequel la patrie, la République, la France se trouvait le lendemain de la victoire du peuple, au 24 février, devant un trône renversé, devant une armée momentanément éloignée de Paris, pendant que le peuple était désarmé, devant une garde nationale que la nécessité d'ime nouvelle réorganisation, pour y faire entrer le peuple tout entier, avait contrainte de se dissoudre, qui n'avait ni cadres ni officiers, devant une administration qui avait disparu, au souffle de la population, de tous nos départements, devant des finances chargées de 800 millions de payements, dans les premiers mois de la révolution, et devant l'Europe enfin qui, ne sachant pas encore quelle hignitication la République prétendait donner à son avènement dans le monde, devant l'Europe qui n'avait pas encore subi la décomposition, la dislocation que la sagesse de vos principes et de vos déclaratioQs

a certes concouru à élargir davantage, pouvait, devait peut-êlre, au premier moment, se relier en un seul faisceau de coalition renoué par la crainte d'une république conquérante.

Voilà où vous en étiez le 24 février, et je craindrais d'exalter trop moi-même, d'une manière peut-être inconvenante, les faibles services, mais au moins les actes courageux et utiles du Gouvernement que vous avez devant les yeux, si je vous rappelais une à une toutes ces forces reconquises, toutes ces reconstructions ébauchées, toutes ces finances qui ont suffi à payer les trois mois exceptionnels que vous avez traversés, recomposées bientôt, grâce à l'adoption de vos prochains décrets, do manière à suffire, non pas à trois mois, mais à deux années tout entières, et à attendre le moment où la renaissance du crédit vous rendra disponible notre fortune et la fortune du peuple tout entière dans les mains de la France ; je vous montrerais cette paix, à laquelle personne n'a cru un seul moment, que M. de Laussat nous reprochait sans doute d'avoir trop négligée dans nos conseils ; je vous montrerais cette paix, si menacée la veille, s'assurant de jour en jour davantage, décomposant, par la puissance des principes d'amitié démocratique, les gouvernements dont vous pouviez craindre la réunion contre vous, et plaçant la France, sans lutte, sans victoire, sans avoir dépensé ni une goutte de son sang ni une goutte de sang de l'Europe, plus haut, je ne crains pas de l'affirmer, plus haut dans les influences durables, enten<lez-le bien, plus haut dans les in-

fliiences légitimes, dans les sympathies du monde et dans la grandeur de sa diplomatie, que les victoires, dont un nom glorieux nous rappelait tout à l'heure le souvenir, n'avaient pu la placer après les triomphes du consulat et de l'empire.

Voilà ce que j'oserais rappeler en démenti aux allégations apportées contre le défaut de pensée et de politique dont on accuse le Gouvernement d'avoir couvert son impuissance, sa nullité et sa responsabilité.

Messieurs, encore une fois, mesurez jour par jour, heure par heure, la recomposition de toutes ces forces sociales; voyez l'armée rentrée fidèle, rentrée, fière d'elle-même, dans Paris, appelée par le peuple luimême; voyez la garde mobile constituée, voyez la garde mobile organisée; voyez la garde nationale, qui a élargi ses rangs pour y laisser entrer le peuple tout entier; voyez ces baïonnettes innombrables deslinées à couvrir non-seulement les dogmes sacrés et impérissablesde l'ordre social, mais à défendre, comme gouvernement inaliénable , comme légitimité du peuple, l'Assemblée nationale, qu'elles sont venues saluer de leurs acclamations , et que l'Assemblée nationale retrouvera toujours, soit dans les jours de gloire, soit dans les jours de félicitations, soit dans les jours de danger.

Voilà la recomposition politique, administrative, matérielle , financière , diplomatique et militaire de ton tes ces forces que vous nous accusez d'avoir oubliées. Voilà l'emploi de toutes ces heures que vous nous accusez de livrer à l'indolence, à l'inertie et au sommeil.

{La séance est reprise après une suspension d'une heure.)

Citoyens représentants, une circonstance fatale vient d'interrompre le discours que j'avais l'honneur d'adresser à cette Assemblée. Pendant que je parlais des conditions de reconstitution de l'ordre et des garanties que nous étions tous disposés à donner tous les jours au raffermissement de l'autorité et de la moralité publique dans toutes les facultés données par la révolution à la nation, un coup de feu, plusieurs coups de fusil, dit-on, étaient tirés, l'un près le commandant de la garde nationale de Paris, l'autre sur un des braves officiers de l'armée, un troisième enfin, assure-t-on, sur la poitrine d'un ofticii r de la garde nationale. Ces coups de fusil étaient tirés aux cris de Vive l'empereur!

Messieurs , c'est la première goutte de sang qui ait taché la révolution éternellement pure et glorieuse du 24 février. Gloire à la population, gloire aux différents partis de la République ! Du moins ce sang n'a pas été versé par leurs mains; il a coulé, non pas au nom de la liberté , mais au nom du fanatisme des souvenirs militaires et d'une opinion naturellement , quoique involontairement peut-être, ennemie invétérée de toute république.

Citoyens, en déplorant avec vous le malheur qui vient d'arriver, le gouvernement n'a pas eu le tort de ne s'être pas armé autant qu'il était en lui contre ces éventualités, (^e matin même , une hciu-e avant la séance, nous avons signé d'une main unanime une

déclaration que nous nous proposions de vous lire à la fin de la séance^ et que cette circonstance me force à vous lire à l'instant même. Lorsque Taudace des factions est prise en flagrant délit et prise la main dans le sang français , la loi doit être appliquée d'acclamation.

La déclaration que je vais avoir l'honneur de lire à l'Assemblée ne comporte autre chose que l'exécution de la loi existante , recommandée par le gouvernement intérimaire au ministre de la justice. Il était nécessaire , pour la vérification des pouvoirs qui peut avoir lieu demain, il était indispensable, pour que les esprits fussent préparés à la délibération d'une autre proposition faite sur le môme sujet, et qui devait être disculée demain ou après-demain aussi, il était nécessaire, dis-je, que l'Assemblée nationale connût les intentions de laconunission executive à l'égard de Charles- Louis Bonaparte.

Voici le texte du décret que nous vous proposons :

« La commission du pouvoir exécutif, vu l'art. 5 de la loi du 13 janvier 1816 ainsi conçu: ...»

Je passe la loi.

« Considérant que Charles^Louis-Napoléon Bonaparte est compris dans la loi de 1832, qui exile du territoire français les membres de la famille Bonaparte ;

« Considérant que, s'il a été dérogé de fait à cette loi par le vole ('e l'Assemblée nationale qui a admis trois membres de cette famille ù faire partie de l'Assemblée, ces dérogations tout individuelles ne s'é-

tendent ni de droit ni de fait aux autres membres de la même famille ;

« Considérant que la France veut fonder en paix et en ordre le gouvernement républicain et populaire, sans être troublée dans son œuvre par les prétentions ou les ambitions dynastiques de nature à former des partis ou des factions dans l'Etat , et par suite à fomenter, même involontairement, des guerres civiles;

« Considérant que Charles-Louis Bonaparte a fait deux fois acte de prétendant en revendiquant une république avec un empereur, c'est-à-dire une république dérisoire, au nom du sénatus- consulte de l'an 13;

« Considérant que des agitations attentatoires à la République populaire que nous voulons fonder, compromettantes pour la sûreté des institutions et pour la paix publique, se sont déjà révélées au nom de Charles-Louis-Napoléon Bonaparte ( et nous parlions avant le fatal incident ) ;

« Considérant que ces agitations, symptôme de manœuvres coupables, pourraient créer une ditliculté dangereuse à l'établissement pacifique de la Uépublique, si elles étaient autorisées par la négligence ou par la faiblesse du (iouverneniont ;

« Considérant que le Gouvernement ne pont accepter la responsabilité des dangers que courrait la forme républicaine des institutions et la paix publique, s'il manquait au premier de ses devoirs , en n'exécutant pas une loi existante justifiée plus que jamais, pen-

liant un temps indéterminé, par la raison d'Etat et le salut public.

Déclare qu'il fera exécuter ce qui concerne dans Louis Bonaparte la loi de 1832, jusqu'au jour où l'Assemblée nationale en aura autrement décidé. »

Vous sentez, citoyens, que l'émotion bien légitime produite dans cette enceinte par l'événement qui vient d'avoir lieu, m'oblige d'interrompre et de supprimer la plus grande partie de la discussion que je désirais ouvrir avec l'Assemblée nationale. J'arrive tout de suite aux dernières considérations que cet événement suscite dans ma pensée.

D'après la déclaration que vous venez de lire, d'après le décret précédent, d'après ceux qui arriveront avec autant de mesure et de modération que de fermeté, pour faire rentrer toutes les factions, s'il y en avait, tous les désordres, dans la limite de la légalité, de l'ordre républicain, vous n'accuserez pas, je lespère, le gouvernement ntérimaire de fiiiblesse ou de négligence de ses devoirs. Quel que soit le nom glorieux dont se couvre une faction dans la République, nous f aurons déchirer le voile, pour ne voir derrière le nom que la faction, s'il en existe.

La France a pris la République au sérieux ; elle la veut, elle la défendra contre tous.

Nous l'avons prise au sérieux, nous la défendrons de tous les périls qui pourraient lui être suscités, je le répète, au nom même des souvenirs les plus glorieux et les plus légitimes : nous ne laisserons jamais la France s'avilir, cl elle ne s'avilira pas jusqu'à per-

mettre, comme dans ces temps malheureux du Bas- Empire, qu'on achète la République, sous un nom quelconque, des mains de quelques vociférateurs ! Voilà la résolution de T Assemblée nationale, voilà le sens de la déclaration, voilà le sens de tous les actes qui suivront, pour prévenir non-seulement cette faction, s'il en existait une sous ce nom, mais toutes factions qui se couvriraient même du nom abusif des libertés les plus légitimes du peuple.

Citoyens, il vous reste un seul et dernier problème à résoudre, de tous ceux que nous avons essayé de dénouer ou de trancher, et dont la plupart ne sont, en effet, qu'à demi résolus ; il vous reste le plus grand de ces problèmes, il vous reste le problème du peuple lui-même qui a concouru, avec tant de dévouement, avec tant d'énergie, avec une patience si méritoire, et dont moi, plus qu'un autre, j'ai été témoin tous les jours avec attendrissement, dans ces glorieuses journées de l'hôtel de ville. Là, citoyens, nous voyions des corporations tout entières nous apporter successivement l'offrande de leurs sueiu's, leurs demi-journées de travail, les gouttes de leur sueur quotidienne pour les besoins et le salut de la République, et descendre dans la rue le lendemain pour venir passer ces revues triomphales de l'ordre, où, non pas seulement les hommes qui ont à sauver dans la propriété un intérêt , mais ceux qui ont à sauver dans la propriété un principe, se dévouaient, au prix de leur temps, de leur journée, à défendre ces biens mômes qu'ils ne possédaient pas.

Il ne faut pas avoir vu ce peuple comme nous, il faut avoir embrassé ces multitudes comme je l'ai fait deux mois, homme par homme ; il faut l'avoir entendu parler, l'avoir vu sentir, pour se faire une juste idée du désintéressement el de la grandeur de la nation française quand elle est émue par les grandes choses, par la liberté, par la pairie, par la fraternité ! Oh ! quel peuple ! citoyens ; nous lui ferons une république assez belle, si nous lui faisons la République à son image !

Sachez seulement le connaître et l'aimer. Souvenons-nous des promesses que la révolution de Février lui a faites, et dont il saura attendre aussi l'accomplissement réfléchi et graduel ! Ne lui faisons jamais dire, en retardant involontairement les lois nécessaires à son instruction, à sa moralité, à son armement, à son travail surtout, que la République n'est qu'un mot de déception et de mensonge de plus dans la langue politique, et qu'après s'être servi de ses mains pour l'inaugurer, nous le rejetons en arrière, et nous oublions ses intérêts nombreux et sacrés pour nous occuper exclusivement des intérêts moins urgents et moins généreux. La première constitution, c'est le bonheur de ce peuple ; la première politique, ce sont des luis populaires et pratiques. Nous vous en avons apporté, nous vous en apporterons tous les jours encore; votre sage initiative en augmentera le nombre. Nous comblerons, avec des lois d'utilité populaire, avec des lois dâ travail, avec des lois émancipatrices de prolétariat, avec des lois de propriété multipliée,

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croissante dans les mains de lous; nous comblerons de vérités et de bienfaits cet abîme que certaines utopies ont comblé, dans son imagination, de fallacieuses promesses, de mensonges et d'erreurs.

Maintenant je termine par un mot qui m'est personnel ; je demande, en finissant, la permission à l'Assemblée de faire un rapide retour sur moi-môme, puisque nous avons si rarement, dans notre situation d'isolement forcé, l'occasion de nous entretenir cœur à cœur avec l'iVssemblée nationale.

Ce mot, le voici :

Maintenant, citoyens, que la plupart des grosses difficultés sont traversées, et que, j'espère, la dernière, celle qui obsè<le en ce moment l'imagination de tous, sera bientôt énergiquement et légalement traversée aussi, il est naturel qu'on oublie les trois mois qui viennent de s'écouler; il est naturel qu'on nous accuse, non pas de nos fautes personnelles, mais aussi des fautes des circonstances et du temps, et qu'en un mot, nous portions aux yeux de l'Assemblée nationale, la responsabilité la plus terrible à porter trois mois après une révolution, la responsabilité du temps! Nous acceptons ce malheur; ce sera peut-iMre un jour, non pas une gloire, mais un souvenir satisfaisant des jours que nous avons passés au service de notre pays. Ainsi ces accusations se multiplient non pas ici seulement, mais surtout, et je pourrais dire uniquement ailleurs, sous toutes les formes; ainsi, non seulement nous sommes divisés entre nous, mais nous nous sommes unis aux conspirateurs ; nous avons touché la main

des hommes qui sont venus violer la légitimité nationale dans cette enceinte. Moi, par exemple, je me vois tous les jours, dans des journaux, accusé d'avoir conspiré avec ceux que vous aurez bientôt à juger pour ce crime du 15 mai; je conspire avec Blanqui, avec Sobrier.

La meilleure réponse aux calomnies de la presse, qui les fait circuler de main en main, sans qu'on puisse les repousser, c'est la tribune; ainsi laissez-moi achever ce que j'ai à dire à cet égard, afin, si je le puis, de ne pas perdre le temps de la République à réfuter ces calomnies; du moins du haut de cette tribune et par occasion , en passant , que je les confonde de mon mépris et, je l'espère, du mépris de l'Assemblée nationale. On dit, je le répète, que j'ai touché la mam aux hommes dangereux; que j'ai conspiré avec eux je ne sais quel misérable plan de faction dont j'aurais été non pas seulement la première victime, mais la première honte et la première infamie. Eh oui, sans doute... Quand l'histoire vous révélera ce que nous avons fait, ce que j'ai fait, mol, et ce que je me glorifie d'avoir fait pendant le Gouvernement provisoire, on verra que j'ai élé mêlé, que j'ai dû, pour l'avènement même de l'Assemblée nationale, pour faire prévaloir par la persuasion la liberté régulière et légale dans mon pays, que j'ai dû voir des hommes qui exerçaient alors une certaine influence sur l'opinion des masses, des masses qui n'avaient pas alors ce centre souverain de l'Assemblée nationale pour se diriger, s'affermir et se régulariser.

Eh oui! sans doute, j'ai conspiré avec ces hommes, j'ai conspiré avec Sobrier, j'ai conspiré avec Blanqui, j'ai conspiré avec plusieurs autres. Savez-vous comment j'ai conspiré? J'ai conspiré comme le paratonnerre conspire avec la foudre pour en dégager l'électricité, pour persuader à ces hommes ce que j'ai souvent eu le bonheur de leur persuader sans peine : qu'il fallait se prémunir contre le danger de proclamer je ne sais quelle dictature arbitraire et violente de l'opinion exclusive d'une partie du peuple de Paris contre l'opinion légalement constituée de la France ; qu'il fallait évoquer l'esprit, le sens, l'Ame, la légitimité de la nation tout entière dans l'Assemblée nationale, et s'en remettre à son droit et h sa sagesse pour la discussion des grandes questions populaires qu'ils essayaient tour à tour de faire prévaloir chacun selon son système. J'y ai réussi souvent, grâce au bon sens du moment, je le dis à leur décharge. Et maintenant je méprise ces accusations; que dis-je? je m'en félicite.

C'est la récompense historique de tous hommes qui, dans des circonstances plus grandes qu'eux-mêmes, ont eu le bonheur, et quelquefois le malheur de rendre les plus immenses services à la société et à leur pays! il manque quelque chose à la satisfaction de leur conscience, il manque quelque chose à leur mémoire tant que le sceau de la calomnie, de l'ingratitude et de l'injustice n'est pas posé sur les humbles services qu'ils ont rendus!

Je reprends et j'achève : il y a souvent entre nous, je dis entre nous et l'Assemblée, non des dissent!-

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ments, mais des malentendus comme ceux qui s'expliquent aujourd'hui. Savez-vous pourquoi? Parce que nous ne nous expliquons pas assez mutuellement avec les mômes pensées au fond du cœur. La lumière ne se fait pas, nous ne demandons qu'à la faire; nous ne demandons, j'en appelle à votre commission d'hier, qu'à apporter nos cœurs sur la tribune, et à lui dire franchement, sincèrement, intimement tout ce qui peut intéresser le salut public. Eh bien î le salut public, dans ma conviction, dans ma certitude même, malgré la faiblesse que nous admettons tous sans fausse modestie, non-seulement dans les personnes, mais dans la situation surtout de la commission exéculive, le salut public est assuré. Vous triompherez, n'en doutez pas, des dernières diftîcultés qui restent encore sous les pas de la république honnête, de la république nationale, de la république du droit universel, sans exception, sans catégorie, sans préférences, sans exclusion d'aucun des citoyens, la République de la nation tout entière.

La République, elle triomphera; dans ma pensée, elle a déjà triomphé ; il ne nous manque plus encore, à nous, à vous, au commerce, à l'industrie, au travail du peuple, à ses institutions, qu'un seul élément qu'il n'appartient ni à vous, ni à nous, ni au commerce, ni à l'industrie, ni au peuple de se donner à lui-même; cet élément, c'est le temps. N'a-t-il pas fait déjà beaucoup en trois mois ? Mesurez l'échelle des forces sociales reconstituées et des forces subversives décomposées! Oui, soyez-en convaincus, toutes les fois

qu'une discussion de cette nature viendra déchirer le voile, soi-disant mystérieux, qui cache le Gouvernement à l'Assemblée nationale, et TAssemblée nationale au Gouvernement, le pays s'en trouvera bien, la lumière fera descendre sur lui la conviction et la confiance qui descendent de jour en jour davantage sur vous ; et après quelques mois, pendant lesquels nous aurons vu renaître, s'affermir l'ordre public, nous arriverons à la fondation solide de cette République d'honnêteté, de bienfaisance, de paix et de grandeur surtout, dont le peuple, auquel nous avons été tant mêlés, nous eût donné l'inspiration, si nous ne l'avions pas trouvée en vous et en nous-mêuies.

Qu'y a-t-il à faire pour cela? rien que de faciles sacrifices! Ces sacrifices, en ce qui nous concerne, nous les avions compris, nous savions ce qui nous attendait, nous savions que nos noms seraient pulvérisés en peu de jours pour servir de ciment aux premières assises de la République.

Nous l'avons voulu, nous avons consenti à nous perdre dans la reconstitution de cette sainte, grande, unique popularité de l'Assemblée nationale. Voilà le patriotisme !

Nous y avons volontairement, glorieusement, pour longtemps, peut-être pour toujours, ssxorifié, jeté, immolé nos misérables renonnnées et nos popularités passagères! et nous ne nous repontons pas, nous sommes prêts à faire davantage. Faites aussi de voire côté quoique chose dans le même sens. Pendant que nous sacrifions celte popularité dont nous ne sommes

pas jaloux, sacrifiez un peu de ces détiances, de ces doutes, de ces ombrages qu'on cherche à répandre entre vous et nous; donnez-nous confiance, comme nous vous donnons une pleine et entière abnégation de nous-mêmes.

Oui, faisons tous, citoyens, faisons tous, au besoin, pour cela quelques sacrifices, nous de renommée, vous d'impatience !

Et ne sommes-nous pas trop heureux qu'au lieu de ces sacrifices suprêmes de fortunes, de proscriptions, de banqueroute, de vies et de sang que la j)remière République demandait aux fondateurs de la liberté, la deuxième, la vraie République, ne nous demande, à nous, en définitive, que des sacrifices de temps, de popularité, de rancunes et d'impatiences pour conquérir à jamais la démocratie régulière, le droit de tous, le bonheur du peuple, la grandeur de la patrie au dehors et l'ordre républicain au dedans?

De notre part, citoyens, ce n'est pas un mérite, c'est un devoir! il convient que les hommes qui ont été comme nous les premiers h proclamer la République populaire, morale et pacifique, au nom du peuple, la République démocratique dans le grand et bon sens du mot : il convient que ces mêmes hommes soient les derniers à la défendre et à la servir à tous les rangs, si jamais elle avait à courir, soit du côté des factions, soit du cùté de l'anarchie, soit de la part des ambitions monarchiques, des dangers au devant desquels elle trouvera toujours nos poitrines ou nos bras!

-I—»^ 13 Juin. |^-|>-

Réponse au représentant Raspail neveu, réclamant contre î'omisBion , dane le compte-rendu de la séance de la veille, publié dans le Moniteur, du nom de son oncle qui avait été prononcé par M. Lamartine avec ceux de Blanqui et Sobrier , affirmant que le citoyen Raspail n'a jamais eu aucune relation avec le citoyen Lamartine, et qj'il n'a jamais pu conspirer avec lui.

Citoyens, je regrette de retarder de quelques minutes l'objet de vos délibérations ; mais l'honorable préopinant me fait une loi de rendre justice à la réclamation qu'il m'a faite hier, et de rendre témoignage à un accusé. Il est très-vrai qu'en descendant de la tribune, hier, l'honorable préopinant s'approcha de moi, et qu'ayant mal compris le sens, la portée et surtout le ton de la phrase dans laquelle je disais que j'avais conspiré avec tels et tels citoyens, il s'inquiétait que cette accusation, tout ironique, ne parût une accusation sérieuse contre son parent.

J'ai l'honneur d'affirmer à l'Assemblée et à l'honorable préopinant qu'il n'y avait, dans ce que j'ai dit hier, aucune espèce d'inculpation qui pût peser de celte tribune sur le nom de M. Raspail : il est évident que je n'accusais pas sérieusement dos hommes dont je me déclarais le complice ; il était clair, au contraire, que le mot conspiration était là dans le sens dérisoire et ironique, et que l'Assemblée tout entière Ta corn-

pris ainsi. Cependant j'avais eft'acé ce nom au Moniteur pour satisfaire une honorable susceptibilité.

Au reste, l'honorable préopinant commet une erreur en disant que je n'ai jamais eu de relations avec le citoyen Raspail. Le citoyen Raspail m'a fait l'honneur de s'entretenir longuement avec moi dans les premiers temps de la révolution, et provoqué en cela par moi-môme ; il n'y a pas eu plus de conspiration dans ses paroles que dans les miennes. Il s'est entretenu avec moi des grands intérêts philosophiques de la société dont il est préoccupé, et rien dans ses paroles n'était de nature à motiver le soupçon seulement de pensées coupables contre la République.

— ^-«^ 23 Juin. ^-*|-

Réponse à la proposition faite par le représentant Boryean, à l'AsEemblée nationale, de nommer un certain nombre de scE membres pour marcher avec les troupes et dans les rangs de la garde nationale.

Citoyens, je ne viens pas, soyez-en sûrs, prolonger cette délibération ; car personne n'est plus convaincu que moi que ce n'est pas le moment de délibérer, mais celui d'agir, surtout pour le Gouvernement.

Néanmoins, un mot du précédent orateur m'appelle à cette tribune. Je l'en remercie d'abord, et j'en remercie le sentiment spontané, irréfléchi, unanime,

de cette Assemblée, qui ne demanderait qu à se por:er entre la France et l'insurrection. Mais n'oubliez pas que ces premiers élans de courage, (ju'on est si naturellement appelé à attendre d'une assemblée qui, depuis qu'elle existe, a été en face des agitations les plus terribles, et qui a montré tous les jours un courage égal au danger, ce n'est pas le moment, ce n'est pas la forme pour elle de s'y liver.

Laissez au pouvoir exécutif le soin de faire son œu- \re, et il le fait mieux qu'on" ne dit; la soirée de ce jour et la matinée de demain vous en fourniront des preuves certaines. Alors on connaîtra les faits, alors on pourra discuter toutes nos mesures. Nous serons prêts à accepter tous les bills d'indemnité ou tous les blâmes qui pourront remonter à nos poitrines. Nous ne reculerons pas devant notre responsabilité. Mais, ce soir, en présence des dangers qui s'éloignent, mais qtii peuvent grandir encore, et auxquels nous ne devons pas laisser la nuit pour grossir, permettez-nous de vous conjurer de rester ici, à cette place, d'y rester tous, entendez-vous, pour qu'il n'y ait pas de rivalité d'intrépidité dans la France.

On sait que tous les cœurs sont au même niveau ; mais restez ici pour que la France, personnitiée dans l'élite de ses représentants sortis du suffrage universel, pour que la France tout entière, unanimement respectée, conserve la place que ses mandataires lui ont assignée, et nuintre en elle la patrie iuébianlable et impérissable, pendant que nous, nous irons oii le devoir, où votre mandat, où la gloire nous appelle, au

danger qui suit encore nos malheureux concitoyens de la garde nationale; et si nous n'avons pas pu étancher d'avance les gouttes de sang qui ont été versées si noblement par cette garde nationale, aujourd'hui nous serions heureux au moins de pouvoir y mêler quelques gouttes du nôtre.

— i— e^ Juillet. |^— |—

Discours prononaô au Comité des affaires étrangères en réponse à MM. Mauguin et Napoléon Bonaparte. Le discourt de M. Mauguin, embrassant l'ensemble de nos relations extérieures, reprochait à l'ancien ministre dïs affaires étrangères d'avoir proclamé, par son manifeste du mois de mars, une politique contradictoire, rassurante etmena^ cante à la fois pour les gouvernements étrangers.

Messieurs, il n'y a rien de plus charmant et en même temps de plus difficile que de répondre à un discours de M. Mauguin sur les affaires étrangères; il a dr's formes bienveillantes de controverse; il élève et il élargit la discussion à la hauteur de sou intelligence et à l'horizon de la mappemonde; mais en môme temps il a des points de vue si excentriques et si personnels ; il a des assertions quelquefois si hasardées, que l'on craint, en repoussant une erreur, de combattre en même temps une vérité. 11 emprunte, pour me servir de son expression, un peu de ma poé-

sie pour sa politique ; je voudrais lui emprunter lin peu de son bon sens, de sa science et de sa langue pour le réfuter.

Il a accusé franchement la situation prise par la diplomatie française et mon manifeste du mois de février; c'est, disait-il, une politique contradictoire, rassurante et menaçante à la fois pour les gouvernements étrangers. Que Thonorable M. Mauguin relise cette déclaration politique du 24 février, et il reconnaîtra son erreur. Ce manifeste disait- il que la France doit au hasard souftïer le feu du républicanisme et appuyer toutes les tentatives démocratiques dans tout l'univers? P»ic;i de semblable; il disait le contraire. Il disait que la liberté, pour être durable, devait être une plante indigène du sol; qu'avant d'être proclamée dans les institutions, qui ne sont que la dernière expression des mœurs des peuples, elle devait exister d'abord dans les mœurs ; que la France ne ferait aucune propagande incendiaire, agitatrice, encore moins perfide; qu'elle reconnaissait la compatibilité de tous 1rs gouvernements avancés ou retardataires dans le monde; qu'elle n'avancerait l'heure de personne. Il ajoutait seulement qu'après que des nationalités ou des démocraties se seraient produites, reconquises ou organisées autour d'elle, à la portée de sa main ou c'e son geste, si ces démocraties ou ces nationalités faisaient appel îl son appui, en vertu de la conformité de principes, elle se croirait en droit de leur prêter cet appui ; voilà ce qu'a dit le manifesie, et voilà ce qu'a fait le ministre depuis quatre mois. Je soutiens que le

manifeste no pouvait pas dire et que le gouvernement ne pouvait pas faire autre chose pour la République.

En effet, celte république était-elle une république de désorganisation ou de conquête ? Non, c'était uhô république d'ordre, de paix et de fraternité avec les nations. Que lui fallait-il? Le temps défaire reconnaître sa nature à l'Europe, afin de prévenir contre elle, dans sa faiblesse et dans son berceau, les irritations et les malentendus de tous les cabinets, qui auraient recomposé à l'instant même contre elle, au nom de la terreur qu'elle eût inspirée, la ligue de 1813. Et est-il vrai, comme le prétendait M. Mauguin, fidèle en cela à ses souvenirs de 1831, que cette politique ait été une duperie poiu' la France; qu'une propagande armée eût été plus sûre, et que nous soyons aujourd'hui plus menacés de coalition qu'au lendemain du 24 février 1 Je vais parcourir avec lui, royaume par royautne, la carte de la mer et du continent, et lui montrer par les faits que cette politique a porté ses fruits, sauvé de I^ guerre universelle et placé la République dans une des pins libres et des plus belles situations diplomatiques où la France se soit jamais rencontrée. Je n'en fais pas honneur à ma misérable habileté ; j'en renvoie l'honneur à qui il est dû, aux événements, et je vous répète le mot que je vous disais hier : C'e.st la Providence qui a été, depuis quatre mois, le ministre dos affaires étrangères de la République.

Commençons par l'Angleterre, le mobile puissant de toutes les guerres, le nœud de toutes les coalitions du continent. Depuis cinquante-quatre ans, que devait

vouloir la Hépublique bien dirigée, bien éclairée ? De bons rapports continués avec l'Angleterre, puisque c'est sur ces bons rapports que repose principalement l'harmonie du continent. La France et l'Angleterre, se divisant enlacent inévitablement de leurs divisions le monde. Or, permettez-moi, messieurs, de vous dire à quel prix une diplomatie française intelligente et honnête peut maintenir, malgré les préjugés anti-nationaux et en domptant ces préjugés, la concorde entre l'Angleterre et la France. Le voici : Quand on a à traiter avec l'Angleterre, quand on veut faire une œuvre commune avec elle, ce n'est pas seulement, ce n'est pas surtout avec le gouvernement anglais qu'il faut négocier; il y a quelque chose en Angleterre de plus puissant que ces gouvernements et que ces ministres : c'est l'opinion. Or, il y a en Angleterre deux opinions organiques, séculaires, traditionnelles, les whigs et les torys ; l'opinion aristocratique dans les torys, et dans les whigs l'opinion démocratique, telle du moins que les institutions et les mœurs de l'Angleterre en comportent le développement.

Chacune de ces deux opinions fait constamment le contrepoids de l'une à l'autre, et, selon que l'une s'abaisse el que l'autre l'emporte, le pouvoir tombe entre les mains des whigs ou entre les mains des torys. Or, le grand bonheur de la révolution de Février a été de rencontrer un ministère whig ou libéral en Angleterre. Car l'opinion mémeque ce ministère représcnlc ne lui eût pas perniis, sans mentir à sa naluie, de se déclarer en hostililé, ipso facto, contre la République

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française, pas plus qii'en d792, l'Angleterre ne contesta notre première République. Les excès de la République, après 92, poussèrent l'Angleterie à une coalition contre la France ; j'espère et j'ai la confiance que la modération, la sagesse, la loyauté de la République de 1848 n'amènera pas de longtemps une pareille scission entre les deux grands peuples.

Cette attitude inotïensive et même bienveillante de l'Angleterre envers la République du 24 février dissolvait d'avance toute possibilité de coalition du continent contre nous. Cela donnait du temps à la réflexion de l'Europe, du temps à la réflexion de la France elle-même. Voyons comment ce temps a été employé; voyons s'il est vrai, comme le prétendent M. iMauguin et M. Napoléon Ronaparte, que la coalition nous enserre; que nous n'avons point de politique appréciable et que les jours n'ont fait qu'accumuler nos dangers.

Je ne dirai rien delà Russie; nos rapports avec elle ne sont pas encore définis ; mais rien n'indique la nécessité d'un choc entre ces deux grandes puissances destinées à se faire contrepoids plus qu'à se heurter aux deux extrémités du continent.

Quelle est la puissance qui pouvait nous alarmer davantage le lendemain du 24 février, et servir d'avantgarde à la Russie < t de corps expéditionnaire à l'Allemagne? C'était la Prusse. Avec sa puissance militaire immense et toujours debout, elle pouvait entreprendre l'invasion et atteindre noire flanc gauche pendant que r Autriche eût envahi notre flanc droit. Ses

400,000 hommes, grossis par des corps auxiliaires russes, étaient un poids terrible à supporter dans les éventualités d'une guerre. La généreuse pensée du roi de Prusse ne nous a pas permis longtemps de rien redouter de semblable; nos rapports avec lui, noués par un agent français, souverainement habile et injustement calomnié, M. de Gircourt, nous ont rassuré dès le premier moment : les événements de Berlin, ce premier contre-coup de la politique du 24 février, n'ont pas tardé à nous rassurer davantage de ce côté. Que pourrait aujourd'hui une intervention prussienne contre nous? Que M. Mauguin réponde lui-même, s'il le peut, au dilemme que je vais lui poser : « Le roi de Prusse, presque obligé de s'exiler de sa capitale à Postdam, au milieu de ses troupes, n'est plus, pour ainsi dire, que le roi de son armée. Eh bien! de deux choses l'une, ou le roi de Prusse se rejettera dans le sein de son peuple et fera alliance avec le peuple libéral et démocratique le plus avancé de l'Allemagne, ou il se séparera de son peuple, restera entouré de son armée fidèle et s'alliera avec la Russie. »

Si le roi de Prusse se rejette dans le sein de son peuple, les sympathies démocratiques de son peuple l'entraîneront forcément vers nous, et notre alliance naturelle est consommée. Ou le roi de Prusse restera au milieu de son armée, et fera alliance avec l'armée russe pour reconquérir son propre pays, et alors que peut un souverain oblige de prendre des Husses pour auxiliaires, et de reconquérir son trône et sa nation par le bras des étrangers? Nous n'avons donc rien à

redouter dans l'une ou l'autre hypothèse du côté de la Prusse. Les douze ou quinze révolutions démocratiques qui se sont opérées dans le centre et dans le nord de l'Allemagne à la suite de la révolution de Berlin, et que je ne vous nommerai pas ici, ont produit partout le même résultat. Partout, par une attraction naturelle, et dont l'attitude pacifique de la France a été le signal, les peuples se sont détachés du priU" cipe absolutiste de leurs gouvernements pour se rejeter de tout le poids de cette attraction vers le peuple Français, et par là vers l'alliance nécessaire avec la France. M. Guizot avait pour formule la paix à tout prix ; j'ai pris et je voudrais pouvoir donner à mon pays cette autre formule : l'union de la France et do l'Allemagne à tout prix.

Mais ce n'est pas tout. Voyez dans cette citadelle mémo du vieux principe absolutiste en Europe, à Vienne, ce que vous avez à espérer ou à craindre relativement au Hhin et relativement à l'Italie, de la cour d'Autriche. Que peut en ce moment une cour dont le souverain a été obligé de fuir sa capitale, et d'aller chercher un asile à Inspruck, dans les gorges du Tyrol ? Que peut une cour dont l'Italie se détache en repoussant de Milan, de Venise, de tout le sol italien l'armée autrichienne? Que peut une cour dont la Hongrie ne reconnaît plus qu'à peine la suzeraineté nominale, et se crée jusqu'à une armée à part et jusc|u'à un ministre des ati'aires étrangères pour surveiller ses intérêts séparés des intérêts autrichiens? Une Hongrie qui vient, au moment même où je vous parle, de proclamer une levée de

200,000 hommes, non pour les jeter à la merci de rAulriche, mais pour en faire le rempart de sa propre indépendance? Une Hongrie qui vient de déclarer, je l'ai appris ce matin même, que pas un soldat hongrois ne passerait la frontière pour aller desservir les Italiens? Que peut une cour enfin où la Bohême se déchire en race slave et en race teutonique, et où le général de l'empire est obligé de foudroyer Prague, une des capitales de l'empereur? Mais j'irai plus loin, et je dirai : Que peut une cour dont la main de la diète de Francfort vient de détacher pour ainsi dire la couronne du front de l'empereur d'Autriche pour la changer en couronne impériale de 1" Allemagne sur le front de l'archiduc Jean ?

Est-ce une cour ainsi menacée qui peut vous menacer vous-mêmes aujourd'hui, soit d'une participation bien etlicace à une coalition contre vous sur le Rhin, soit d'une résistance bien prolongée et bien tiiomphante à l'indépendance de l'Italie? Non, évidemment non.

Ceci me ramène naturellement à la question même de l'Italie, posée, précisée davantage par M. Napoléon Honaparte. Mais, avant, ma mémoire me rappelle deux considérations de M. Mauguin , que j'allais omettre, et que je veux toucher en passant; car je ne veux rien laisser d'obscur, rien laisser sans réponse. M. Mauguin vous a dit : « Mais, avant de vous occuper de rilali»;, avez-vous pensé à deux puissances menaçantes attachées à vos flancs, et qu'il fallait avant tout prévenir ou dissoudre pour avoir la liberté de vos mou-

vements en cas d'intervention en Italie?» Ces deux puissances, selon M. Mauguin, c'est d'une part la Belgique, c'est de l'autre rF2spagne. Disons-en deux mots : mon Dieu, messieurs, tout le monde sait, et je ne veux le dissimuler à personne, pas même à la Belgique, que si la révolution du 24 février eût voulu porter toute sa puissance insurrectionnelle et toute son armée du Nord, de 30,000 hommes en Belgique, dans le premier mois qui a suivi la révolution du 24 février, la Belgique pouvait tomber dans nos mains ou être effacée momentanément de la carte. Nous ne l'avons pas voulu, je ne l'ai pas voulu, et je me glorifie, pour ma part, de ne l'avoir pas voulu ; et c'est pour cela que le gouvernement n'a trempé en rien, sachez-le bien, quoi qu'on en dise, dans la tentative doublement coupable contre la Belgique , coupable contre la France, que des démocrates belges et des démocrates français ont essayé de faire prévaloir malgré nous dans cette expédilion malheureuse dont on parlait tout à l'heure sur les frontières belges.

Nous n'avons pas votdu que la BtMgique se révolutioimât au moment même où la France élait en révolution et la paix en problème, et nous avons bien fait. Nous nous sommes dit, en hommes prudents et prévoyants : Si la Belgique se révolutionne, deux partis vont à l'instant surgir dans son propre sein : l'un qui voudra rester indépendant, l'autre qui voudra se donner à la France. Que fera la France? Si elle combat son propre piuMi en Belgique, et si elle refuse de s'incorporer au pays (jui voudra se donner à elle, elle en-

courra, auprès des républicains français le reproche de lâcheté ou de trahison du principe démocratique en Belgique; si elle s'incorpore la Belgique, elle fera acte d'ambition et de conqutMe; elle sera à l'instant en guerre avec la Hollande et avec l'Angleterre, etavecla Prusse par l'Angleterre et la Hollande, en guerre avec laBussie, avec le continent tout entier. Voilà pourquoi nous ne l'avons pas voulu. Nous pouvons le dire loyalement à nos amis et à nos ennemis. H ne faut pas se vanter, mais il ne faut pas rougir de sa propre pnw dence.

Quant à l'Espagne, je diffère complètement et de fait et de principes de la politique énoncée par M. Mauguin à l'égard de ce grand pays. Depuis Louis XIV jusqu'à Napoléon et jusqu'à Louis-Philippe, toutes les tentatives de la France sur l'Espagne ont toiu-né h la ruine de notre diplomatie. Nos traités, nos alliances, nos armées n'en sont jamais revenus qu'en débris ou en tronçons. L'Espagne n'est la route de rien de grand pour la France dans le monde ; elle ne peut nous donner aucun auxiliaire sur les mers, puisqu'elle n'a que des ports vides, des arsenaux déserts et quelques frégates démâtées à Carthagène ; elle ne peut nous fournir aucun auxiliaire etlicace sur la terre, car ce n'est jamais du cùlé des Pyrénées que la vilalilé même de la France peut être attaquée. Diplomatiquement parlant, nous ne pouvons et nous ne devons y voir qu'une seule action, l'action d'une puissance bienvediantc, amie, mais ne s'immisçant en rien dans son^çouvcriiement ou dans ses factions intérieures ; toute autre

diplomatie en Espagne n'est qu'un procès de dupe où l'on peut beaucoup perdre, et où l'on n'a rien à gagner, et une occasion de froissements inutiles et dangereux pour des rivalités d'influence avec l'Angleterre.

Voulez -vous la preuve que cette diplomatie est la meilleure, même pour nos influences, si nous voulions regarder ce qui s'est passé? J'ai donné pour instruction à nos agents en Espagne la politique que je vous dis là : je leur ai recommandé de retirer leurs mains de toute manœuvre, de toute intrigue ; en Espagne ou à Madrid j'ai abandonné les choses à ellesmêmes. Qu'en estil résulté ? qu'au bout de trois mois l'Angleterre y a perdu tout le terrain qu'elle croyait y avoir conquis, et que, malgré les sympathies dynastiques qui s'étaient déclarées d'abord contre la République française, la faveur du Gouvernement et de la nation est revenue d'elle-même à la justice, à la confiance et aux bonnes relations avec nous.

Je reviens enlin à l'Italie, et je réponds ici uniquement à l'argumentation de M. Napoléon Bonaparte. L'Italie, messieurs, n'était pas pour nous, au lendemain du '24 février, une question de diplomatie théorique; c'était une question urgente, immédiate, question de décision et d'action. Si vous ne rendez pas justice à l'habileté de la conduite de nos affaires* pendant le Gouvernement provisoire, rendez au moins justice à la puissance de la révolution de Février. N'oubliez pas que le lendemain de Février, l'Italie tout entière était asservie ou occupée, et qu'aujourd'hui,

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