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grâce à ses efforts et à votre attitude, qui a été un acte sensé, nn acte énergique, l'Italie presque enlière est affranchie, c'est-à-dire que 26 iiiillions d'hommes sont passés dans votre alUance. Devions-nou?, le lendemain de la révolution de Février, franchir prématurément les Alpes et aller en notre propre nom attaquer les Autrichiens dans la Lombardie? Mais oubliezvous que la base de toute notre politique était dans ce principe: respect et amitié en Allemagne, et qu'une aggression aussi personnelle et aussi peu motivée à TAutriche eût été interprétée comme une aggression gratuite à l'Allemagne elle-même, eut tourné contre nous toute l'Allemagne riveraine du Rhin, et eût Ft poussé à l'alliance russe toute l'Allemagne septentrionale, que notre poUtique et la politique de la paix du monde est d'en déiacher. Non, nous ne nous sommes pas posé ainsi la question, nous n'avons point engagé Charles-Albert à intenter la guerre à l'Autriche ; rcntrainement de ses peuples, le cri de l'Italie, sa situation, l'ambition de ses conseils, l'andjiiion personnelle de glo're peut-être, l'ont poussé suHisamment sans nous. Son alliance invétérée, personnelle, avec l'absolutisme autrichien, n'a pas pu tenir contre l'injpulsion de toute rilalie. U a marché.
Du jour où Charles-Albert a marché, nous nous sonmies dit, et nous avons dit tout haut à la tribune, sans réserve et non pas sans audace, (|uoi que vous en disiez, l'Italie est libre ou sera libre. Nous nous soiniiiei dit, de deux choses l'une : ou Charh>s-Albert triomphera seul, a\t'c le concours des auties Italiens,
des armées de Radetzki, et alors ritalie se devra à elle-même sa propre liberté, c'est une condilion pour la mieux défendre; ou Charles-Albert subira des revers, et l'indépendance de ses propres États dans l'Italie septentrionale sera sérieusement menacée par les Autrichiens, et alors nous interviendrons en vertu du droit de la sûreté de la France et des nationalités existantes sur la carte ; et c'est pour cela que le ministre des affaires étrangères du Gouvernement provisoire a exigé comme premier acte de sa diplomatie pacifique, mais éventuellement armée, la formation d'un corps de 52,000 hommes, l'arme au bras, au pied des Alpes. Vous n'exigerez pas, messieurs, que j'entre ici dans de plus grands détails sur la situation actuelle, sur laquelle l'indiscrétion des paroles pourrait compromettre les affaires du pays. L'Italie sera libre, ou la France ira courir elle-même ses dangers. Voilà les seules choses que nous puissions dire en ce moment.
Mais un seul mot en réponse à un reproche qui m'a été au cœur hier, dans les paroles de M. Napoléon Bonaparte. Il nous a dit : la République n'a pas de politique, n'a pas de diplomatie étrangère ; j'aimera's mieux une mauvaise politique que point de politique; il y a des folies politiques qui sont de glorieuses folies, qui sauvent les peuples quelquefois, ou qui honorent du moins les peuples, tout en les privant. Il a rappelé, pour justifier ses paroles, les quatorze armées de la Convention et les grandes guerres héroïqnes de notre époque de crise et de gloire. Messieurs, il a ou-
blié une chose , c'est qu'au milieu de son énergie , la Convention était pleine de sagesse et de mesure envers les nations et les gouvernements qui n'attaquaient pas la France; c'est qu'elle avait et qu'elle gardait des alliés non-seulement parmi les républiques, mais parmi les souverains absolus; c'est qu elle n'intentait pas gratuitement la guerre aux pays qui lui déclaraient la paix; c'est que sa politique des quatorze armées n'a pas été pour elle une politique à système ni une politique de choix, mais une politique de nécessité et de désespoir; et c'est dans ce désespoir et dans cette nécessité seuls que la Convention a trouvé, en se repliant sur la nation même, l'énergie d'enfanter ces quatorze armées et de faire triompher à la fois la République et la nationalité française. Ce n'était pas là la diplomatie de la Convention, c'était son héroïsme, c'était l'héroïsme désespéré de la patrie. Nous n'en sommes pas là , grâce à la sagesse même de la politique que vous accusez; et si nous en étions jamais là, nous retrouverions la même énergie, avec des alliés de plus chez les peuples.
Quant à la diplomatie de Napoléon , j'admire tout de ce nom, messieurs, excepté deux choses : sa pensée d'organisation législative au dedans et sa pensée (Uplomatique au dehors. Quant à sa pensée législative, elle n'a été qu'une réaction sublime, mais inintelligente, selon moi, contre le parti démocratique, qu'il fallait régulariser et contenir, mais qu'il ne fallait pas étouffer. Toutes ses institutions ont été à contre-sens de lu révolution, du siècle et de la liberté.
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Quant à sa diplomatie, il n'a eu d'autre diplomate que le canon; il a déchiré la carte du monde, sans avoir essayé jamais de la recomposer; il a mutilé à coups d'épée toutes les nationalités et toutes les alliances naturelles de la France, sans penser jamais au lendemain. Au jour de la liquidation inévitable de tant de sang et de tant de gloire, que s'est-il trouvé debout pour nous? Rien que son nom.
Quant à la France, lorsqu'elle a regardé autour d'elle, elle s'est trouvée seule, justement abandonnée, redoutée de tous les gouvernements, odieuse à toutes les nationalités; avec la Pologne, dont il avait tenu la liberté dans la main et qu'il laissait plus esclave que jamais; avec l'Italie, qu'il avait occupée dix ans, sans avoir fait autre chose que l'ascoutumer à changer de servitude, et sans y avoir implanté un seul germe vital d'indépendance; avec l'Espagne, animée parles souvenirs d'une guerre atroce contre nous; avec l'Allemagne, violée et usurpée dans tous ses territoires ; avec la Russie, provoquée jusque dans ses déserts; avec l'Europe, enfin, retombant de tout le poids de ses griefs, de ses défaites et de ses ressentiments, sur la France. Qu'on appelle cela delà gloire, j'y consens; mais, si on appelle cela de la diplomatie, c'est une diplomatie que la République, du moins, n'imitera jamais, tant que nous aurons une voix dans ses conseils.
La République du 24 février se vante d'avoir une autre diplomatie que celle de la Convention et de l'Empire, que celle du désespoir ou celle de la con-
quête ; Finfliience conquise en quatre mois par la France, rimpossibililé de voir se reformer contre elle la coalition, à moins qu'elle ne la renouât elle-même de ses propres mains, atteste, quoi qu'en dise M. Napoléon Bonaparte, qu'il y a là une politique aussi démocratique que nationale, une politique aussi ferme que modérée ; c'est cette politique que le gouvernement de Février a inaugurée, et dont le gouvernement actuel suivra, je n'en doute pas, les grandes lignes et les heureuses traditions.