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technique, Normale, Centrale). L'Allemagne était le pays des Universités ; c'était là qu'on allait vivre la vie de l'étudiant, s'initier aux méthodes et aux résultats de la science. Après 1870, le prestige de la victoire militaire a doublé l'autorité scientifique de l'Allemagne.
Cependant un moment est venu où les Américains se sont aperçus, comme d'autres peuples, que l'Allemagne n'était pas tout, ne pouvait pas tout. Ils ont jugé qu'ils avaient tiré de l'Allemagne ce qu'elle pouvait fournir, et qu'il y avait des choses qu'il ne fallait pas lui demander.
Et, à ce même moment, ils ont découvert la France, une France qu'ils ne soupçonnaient pas, réveillée, réorganisée, active, fé(!onde. La restauration de notre enseignement supérieur, le relèvement de la science française s'étaient accomplis. A coté du Collège do France, de l'Ecole des hautes études, du Muséum, s'étaient placées l'Ecole des Sciences politiques et nos Universités renaissantes. Vers hi fin du
xin"* siècle, la France avait repris son rang dans le monde universitaire et scientifique.
Les premiers professeurs américains qui nous visitèrent, notamment à foccasion de l'exposition de 1900, purent confirmer par leurs observations personnelles la bonne impression que, depuis une quinzaine d'années, les livres français parvenus aux Etats- Unis avaient commencé à donner de la science française ^
11 leur apparut bien que la méthode, la critique, l'érudition n'étaient pas des monopoles allemands ; que les Universités de France en étaient capables autant que les Universités de Prusse, de Saxe ou de Bavière ; et que Ton étudiait en philologie, histoire, philosophie ou archéologie, à Paris
1. Ce n'est que parce quils sont venus chez nous — et ont vu — que les Améiicains, comme d'autres peuples, nous demandent d'aller chez eux. Etrange aveuglement de certains patriotes qui vont criant qu'il y a trop d'étrangers à la Sorbonne ! Le jour oii il n'y viendrait plus que des Français, c'en serait fait de notre expansion universitaire au dehors. Et au fond, si nous allons chez eux. n'est-ce pas pour leur inspirer le désir de venir chez nous ? d'y venir recevoir, dans un commerce intime et prolongé, ce qu'il y a de plus subtil, de plus pur, et qui s'exporte le moins dans notre civilisation ?
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OU à Lyon, aussi solidement qu'à Berlin, léna ou Munich.
Et cette opinion fut essentielle. Tant que nous aurions gardé la réputation d'être le pays de la rhétorique brillante, de faire légèrement des livres agréables qui n'apprennent rien, on ne serait pas venu à nous. Avec leur bon sens et leur esprit sérieux, les Américains n'auraient pas renoncé au savoir solide, à la critique exacte, pour le plaisir d'entendre quelques bons mots et quelques couplets éloquents. Il leur fallut d'abord être assurés qu'on pouvait s'instruire chez nous, se munir de fortes connaissances et de bonnes méthodes aussi bien qu'en Allemagne \
Mais ce point établi, on apprécia ce ([ue
I. Les grands savants cl les j^raïuis «-ivulits ne nous ont jamais manqué, de Fauriel el Lamarck à Fustel de Coulanges et Claude Bernard. Mais ce qui importe dans le sujet que je traite ici, c'est le niveau moyen do renseignement supérieur, c'est l'existence de grands centres universitaires, bien outillés, bien organisés, où l'on soit assuré de recevoir une forte culture. C est ce qui nous manquait avant 1880 : nos boni mes supérieurs demeuraient isolés, et leur réputation individuelle ne profitait pas, comme elle aurait dû. à renseignement national ni à l'influence nationale.
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lions ('lions seuls à oftrir. — Ce n'est [)as nion opinion que je donne ici : c'est celle de plusieurs Américains avec lesquels j'ai causé. — Les livres et les cours des professeurs allemands, à considérer la science allemande en général dans sa moyenne de bonne production et abstraction faite de ([uelques ouvrages supérieurs, ne peuvent entrer en comparaison avec les livres et les cours des professeurs français, pour l'ordre de la composition et l'élégance de la rédaction.
L'érudition est considérée par les Français comme un outil, non comme une fin. On ne rencontre guère, chez nous, de travailleur qui, si enfermé qu'il paraisse dans les besognes minutieuses — dépouillement de textes, établissement de statistiques, collation de manuscrits, vérification de dates, recherche de sources — n'ait Tambition d'aboutir à une idée, une idée vraie ou aussi approchée de la vérité que possible, et qui n'estime les méthodes les l)lus aridement exactes par rapport à Taide
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qu'elles peuvent fournir pour le contrôle ou pour la formation des vues générales.
De divers côtés, j'ai entendu dire la même chose : depuis une vingtaine d'années, il vient de France des livres savants, et qui sont suggestifs, qui font penser. Entendez : il en vient plus qu'avant. De façon que la France ne se signale plus seulement de temps à autre par un ouvrage de génie, mais régulièrement par une production incessante de bons livres, bien informés et bien faits. Pour l'économie politique et les sciences sociales, pour l'histoire de la littérature anglaise, pour la philosophie, j'ai recueilli de personnes compétentes les témoignages de cette estime. Il y a dans les ouvrages qui viennent de France, avec autant de science que dans n'importe quels autres, plus d'art et plus de pensée. On peut venir dans nos Universités pour apprendre à employer les matériaux préparés par l'érudition, et à bâtir un livre.
Mais il y a quelque chose de plus.
Les hommes d'Université les plus distin-
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gués que j'ai vus, Présidents, Professeurs, y\vocats, etc., s'accordent à assigner aux Universités un rôle essentiel dans la vie nationale. Aussi ne consentent-ils pas à les regarder uniquement comme des instituts scientifiques.
Chez nous existait une vieille tradition de civilisation, bien antérieure aux Universités (je veux dire à leur réorganisation), qui s'était maintenue sans elles pendant leur léthargie de trois siècles, par l'éducation du monde et par la puissance d'assimilation de l'élite sociale. Cette tradition, et notre enseignement secondaire presque exclusivement orienté vers la culture générale et vers la formation de l'homme du monde, ont permis à nos Universités renaissantes, leur ont fait môme une loi de se considérer comme étant avant tout des établissements scientifiques, ayant pour fonction première d'enseigner les résultats et les méthodes, et de contribuer à l'avancement des connaissances humaines. Si la culture humaine n'y a point été négligée, elle y a été su-
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InM'dumiùe à la culture spéciale. Il a fallu porter la plus grande partie de FelTort du côté oîi il y avait le plus de manque et de faiblesse.
Aux Etats-Unis, la nation n'a pas celte longue tradition de vie sociale qui afline et polit. Dans les conditions où son développement s'est fait, il a fallu d'abord songer à la vie matérielle, à faire des affaires, à gagner de l'argent. La masse a été dressée j)ar la force des choses à vivre sans idéal, occupée de soucis positifs et n'ayant pour fin que la richesse.
L'idéalisme religieux des vieilles colonies anglaises, miné d'ailleurs par le progrès des idées modernes, mais surtout dilué dans le flot des immigrants de toutes races, apparaît de plus en plus affaibli et impuissant.
L'élite mondaine — je n'appelle pas ainsi la cohue fastueuse des parvenus, mais les vieilles familles (jui ont une tradition de délicatesse — n'est (|u'une goutte d'eau dans cet océan de cent millions d'hommes.
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D'où 1 idée d'assigner aux Universités de là-l)as la haute fonction sociale que ni le monde ni renseignement secondaire n'y peuvent exercer. Gomme d'ailleurs elles se sont dès le début organisées à Fallemande, et que l'acquisition du savoir y est toujours solidement assurée, on leur demande instamment d'aller au delà de la culture technique des spécialités : on compte sur elles pour l'aire Tunité de Tâme américaine, pour fabriquer une conscience collective à cette cohue disparate d'immigrés de toutes races et de toutes mentalités, pour élever le niveau, élargir Thorizon de la moralité commune, pour introduire enfin plus d'idéalisme dans la vie intense de cette multitude occupée fiévreusement à gagner de l'argent ou à étaler l'argent gagné.
Dans ce programme généreux, beaucoup nous donnent un rôle, et nous demandent notre concours pour l'exécution.
Nous sommes une nation artiste. Nous n'avons peut-être pas plus de grands artistes cjue d'autres peuples modernes, mais nous
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avons une moyenne meilleure, une tradition plus forte et plus longue. La culture artistique est plus diffuse chez nous, le sens et le goût artistiques plus innés ; notre vie se déroule, si je puis dire, dans une atmosphère d'élégance sobre. Notre art est le plus humain, le plus clair, le plus accessible, le plus vulgarisable. Il ne lasse pas, parce qu'il a ce don si rare, la mesure: seul, il a surpris ce secret des Grecs. C'est chez nous qu'on peut venir s'initier à l'art, faire l'éducation du goût, s'habituer à faire une part, sans pédantisme ni caricature, à la grâce, à la beauté, dans toutes les circonstances de la vie et dans toutes les formes d'activité. On sait là-bas ce que nos arts industriels, notre sculpture, notre architecture peuvent fournir d'utiles enseignements et d'excellents modèles ; et le nouvel Institut Franco-Américain qui s'est fondé l'an dernier, a pour objet visible de relever, à l'aide de la France, le niveau de l'art américain, des arts industriels comme des beaux-arts. Nous sommes une nation idéaliste : nous
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avens une tradition de rationalisme, de libéralisme, d'inquiétudes généreuses et d'enthousiasmes désintéressés, qui nous recommande à tous les peuples, quelles que soient les défaillances de notre conduite et notre acharnement à nous dénigrer nousmêmes. Notre littérature, depuis la Renaissance, a vécu de l'expression des plus hautes idées de progrès, de justice et d'humanité \
Nous parlons la langue des idées claires et des idées universelles. Tout ce qui s'est, en aucun endroit du monde, pensé de vrai, d'utile ou de grand, acquiert, filtré par notre esprit et notre langage, une intelligibilité supérieure qui en accroît la force d'attraction et d'expansion. De là vient la
1. Ceux de nos concitoyens qui nous somment de ne plus aimer la France pour lidéal de justice et d'humanité que nous mettons en elle, et qui n'admettent qu'un amour de la patrie irrationnel, instinctif et brutal, ne pensent pas qu'ils retirent à leur pays sa meilleure recommandation et son plus puissant attrait. Certains peuples s'aiment naïvement, sans avoir besoin de se donner de raisons : d'autres s"aiment orgueilleusement, comme la race supérieure, qui alaforce. La tradition du patriotisme français a toujours recommandé la France à ses enfants comme la servante ou le symbole d'une idée. N'y changeons rien.
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puissaïKîO civilisatrice de notre liLléi'aLiiiHî '. La question du latin existe en Amérique comme chez nous. Elle est, comme chez nous, disputée en deux sens. Beaucoup tiennent au latin par réaction contre l'utilitarisme grossier des gens d'affaires ; ils y voient pour leur nation neuve un moyen de se rattacher à la tradition de la civilisation européenne, et comme un titre de noblesse intellectuelle. Mais d'autres hommes, d'esprit non moins élevé et de vue très fine, comprenant Fimpossibilité de ramener la masse, ou môme la classe supérieure, aux sources antiques, concevant aussi le peu qu'est le latin quand on le sépare du grec, se rendant bien (*ompte enfin de la pauvreté des résultats qu'on obtient aujourd'hui, de la pauvreté de plus en plus grande des résultats à espérer dans l'avenir, se sont demandé si cette entreprise n'était pas inutile autant (ju'impossible , et pourquoi
I. Je dois insislci eiuore sur ce (juc re ne soiil pas mes idées (le noli>e pays que jexprimc. mais celles que j'nî recueillit's in;iiiil«'s fois do la l)i)U«hc de nos amis de là-bas.
A! \ i;rATS UNIS . )
1 on n irait pas chercher dans le irançais j)hilot que dans le latin, le dépôt des idées humaines. Le fond n'est pas moins riche, ni la forme moins belle. Par le fond et par la forme, la littérature française, chose moderne et vivante, est plus ac'cessible, plus attrayante à toutes les jeunesses américaines. Ils en sont donc venus à traiter notre hingue comme la langue par excellence de la culture, celle dont on peut employer l'étude pour achever et dégager Tliomme civilisé d'aujourd'hui'.
On voit assez par ce qui précède ce que ]ios amis des Etats-Unis attendent de nous. Ils ne recevraient pas avec plaisir les Franais qui n'apporteraient chez eux que le ;oùt des dollars, et qui viendraient aux Etats-Unis parce qu'ils ne pourraient rien faire en France. Ils voient clair. Ils se con-
I. C'est parce qu'on a ceUe idée de la France et de son rôle civilisateur que l'élite américaine a fait un accueil si particulier à notre ambassadeur M. Jusserand. Une grande autorité morale lui est venue, en ce pays, d'être un érudit, il) lettré, un écrivain, un artiste. Il paraît n'y pas repré- -onter seulement la politique et les intérêts de notre nation, mais son génie même et sa culture.
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naissent en hommes, et discernent les mérites.
Longtemps le titre de professeur français a été discrédité par l'usurpation qu'on en faisait; nos émigrants, coiffeurs ou cuisiniers, femmes de chambre ou modistes, dès qu'ils étaient sans place, s'improvisaient maîtres de langue française. On se tournait donc vers les Suisses, les Belges et les Allemands, réputés plus sérieux. Grâce à la Société des Professeurs français qui s'est fondée il y a quelques années \ le mal est à peu près réparé : leur corporation a ramené à elle la considération publique, et nos compatriotes ont repris dans leurs mains renseignement de notre langue.
Quelques-uns m'ont dit qu'il restait beaucoup à faire dans l'intérieur du pays, surtout dans l'Ouest et le Far-West, mais môme aussi dans l'Est. « Voici, m'écrivait un professeur français, le texte d'une annonce j)arue dans le Boston Tianscript v\\
1. Et que préside aujoiirdhui M. (îeorges avec tant de distinction et de dévouement.
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octobre dernier : « Jeune homme français '(ésire place de maître cVhôtel ou valet de (hamhre dans une famille privée. Donnerait des leçons. »
Outre les qualités fondamentales de dignité morale et de compétence professionnelle^ il faut qu'un maître de langue française soit capable d'enseigner, en même temps que les mots, le goût, le sens des convenances (^tdes élégances, la délicatesse propre de la vie française.
Pour l'enseignement supérieur, on n'accueillera comme vraiment « désirables » que nos hommes de premier rang.
Les avons-nous toujours servis à leur gré ? Puisque j'en reviens, ce n'est pas à moi de l'aflîrmer. Ce que je puis dire, c'est que, ({uand on ne s'en fait pas accroire et qu'on fait ce qu'on peut pour être utile, leur courtoise sympathie ne vous laisse pas deviner de combien votre offre a été inférieure à leur demande. Mais il ne faudrait pas profiter trop souvent de cette bienveillance : la ' ause française en souffrirait.
■>A)(\ riîOlS MOIS DENSEK.NKMENT
Un voiiL clos litres, agrégation, docloi-al, comme première garantie de valeur. Mais on ne s'éblouit pas des titres : on a vite jugé l'homme.
Le mérite sans titres se fera place : l'un des deux Français qui ont la plus haute situation dans l'enseignement à New-York, n'est qu'un licencié. Et nul ne s'étonne de le voir dans sa place. lia une autorité morale considérable, ^lais naturellement, la voie est plus longue, plus périlleuse. Il faut être prêt à lutter dix ans et à courir bien des chances, si l'on veut aller là-bas avant d'avoir pris en France tous ses grades.
Pendant longtemps M. Colin, professeur à Golumbia, a été seul ou presque seul à représenter dans les Universités l'enseignement du français par un Français. Les Allemands avaient comme monoj)()]isé In pliilnlogie romane.
11 voit maintenant autour de lui, à travers tout le pays, de jeunes hommes fort distingués qui entretiennent le bon renom de notre onscMgnemenI supériiMii* dnu^^ les T^ni-
MX l'/lATS-UMS 'lo'-
versités américaines : M. Hargy au iXornial Collège de New-York, M. Foiilot^ en Galiibrnie, M. AUard à Harvard, M. Terracher à Johns Hopkins. Je pourrais allonger la liste: dans les Universités, dans les collèges de jeunes gens et déjeunes filles, j'ai rencontré nombre déjeunes Français et de jeunes Françaises, agrégés, licenciés, certifiées de renseignement secondaire des jeunes filles, dont la tenue, l'intelligence et Faclivité font peu à peu évanouir beaucoup de préjugés puritains ou germaniques contre nos (compatriotes.
Mais pour conserver et pour fortifier notre position, il faut bien nous dire que nous ne devons exporter, en fait de professeurs, que notre première marque.
Il fautsonger aussiàce que disaitM. Cohn en Sorbonne à son dernier voyage : que Ton ne nous demande pas, quel que soit leur mérite, nos certifiés et nos agrégés d'anglais. On veut des hommes qui se soient armés
1. 11 vient do l'entrer. Un autre Français, M. Cliinard. a hérité de son enseiî.ciifiiiif'i'-
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spécialement pour renseignement de la langue, de la grammaire et de la littérature françaises. Mais il faut qu'en même temps ils puissent parler anglais, qu'ils aient quelque connaissance de la nation où ils viendront vivre, de son esprit et de ses mœurs.
Je ne saurais trop engager nos jeunes camarades, grammairiens et littéraires, de la Sorbonne, de TEcole Normale, des Universités provinciales, s'ils ne reculent pas devant un séjour un peu prolongé aux Etats- Unis, à s'y préparer par une pratique as^;!due de l'anglais.
Gardons-nous, d'ailleurs, de toute illusion et de toute vanité. Ne parlons pas d'influence, mais de concours. Ne pensons pas qu'il s'agisse de franciser l'Amérique du Nord, de faire aux États-Unis ce que l'Italie a fait chez nous au xvi'^ siècle, ce que la France a fait en Allemagne, en Russie, en Suède au xviu'' siècle. Une s'agit pas d'établir l'empire de notre langue, de notre goût et de nos mœurs.
AL.\ ETATS-UNIS jahj
Les temps sont changés, les circonstances ne sont plus les mômes. Nous avons affaire I un grand peuple qui se connaît, qui -estime : il s'agit de l'aider cà atteindre son idéal, à se faire ce qu'il veut être, selon la conception qu'il a de son caractère et de sa destinée. C'est à une œuvre désintéressée de civilisation qu'on nous convie. Acceptons loyalement et simplement le marché qu'on nous offre. Travaillons, comme tout bon maître doit faire, à nous rendre inutiles : plus d'ailleurs nous mettrons de dévouement à préparer le moment où l'on pourra se passer de nous, plus, soyons-en siirs, reculera l'heure où l'on voudra s'en séparer.
Nous trouverons aussi notre bénéfice à resserrer et multiplier les relations entre les deux pays. Sans mettre le pied sur le terrain économique et industriel où je me >ens tout à fait incompétent, et en laissant à M. Leclerc de Pulligny le soin de nous apprendre ce que la mission d'ingénieurs dont il est le chef peut tirer d'un séjour aux