IO TROIS MOIS D ENSEIGNEMENT
Etats-Unis, je vois, je devine, dans les Facultés de philosophie et dans les bihliothèqiieSj bien des leçons à recueillir pour nous. Pour l'organisation et l'outillage de l'enseignement, pour le renouvellement hardi du matériel et des méthodes, pour l'art de dépenser utilement, sans ladrerie et sans gaspillage, pour l'art de porter hommes et choses au maximum de rendement, pour le dosage et la répartition de Fautorité et de la liberté, pour l'art d'honorer le passé sans en gêner le présent, les Etats-Unis peuvent nous donner d'utiles conseils et d'excellents modèles.
Plus d'un maître aussi peut nous ofïrir des livres bons à lire, des cours bons à entendre. Nos étudiants auront avantaofe à écouter d'autres voix que les nôtres, pour leur découvrir d'autres méthodes, mais aussi parfois pour leur recommander les mêmes.
Outre le mérite très disting^ué ou réellement supérieur de certains hommes (nous en avons reçu plusieurs parmi nous en
ces derniers temps), bien des questions, si passionnément agitées chez nous qu'il y a des moments où Ton n'y voit plus rien ^ — questions littéraires et questions pédagogiques — , se clarifient à les regarder dans Tatmosphère rassérénée d'un enseignement étranger : sur le xviii'^ siècle, sur le romantisme, sur les méthodes de l'histoire et de la critique littéraire, il y a pour nous un profit certain à recueillir les conclusions éclairées et impartiales des professeurs américains.
Mais le gain le plus considérable d'un commerce étroit avec Télite universitaire des Etats-Unis, serait de nous déshabituer de certaines polémiques où nous nous complaisons, de nous détromper de certaines antinomies verbales que nous aimons à faire sonner. Où nous promulguons des incompatibilités, là-bas on cherche l'accord. On ne fait pas consister l'idéalisme à excommunier l'utilitarisme ; mais on s'efforce d'insinuer de ridéalisme dans les esprits utilitaires. On fait leur place et leur part aux
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iiilérùls iiiaLériels de la nation cl dus individus : mais on se rappelle qu'il y a d'autres intérêts, qui ne sont pas moins vitaux, pour les individus comme pour la nation. On ne s'en va pas en guerre contre les nécessités invincibles de la civilisation moderne; mais on tâche, en s'y pliant, d'y acclimater la fine culture intellectuelle et la haute culture morale. Un idéalisme sans chimère, un utilitarisme sans bassesse, une large vue, distincte et synthétique, de tous les besoins de riiumanité actuelle, avec un jugement sain des valeurs relatives et une appréciation fine des possibilités, une énergie positive qui préfère un peu de bien réalisé à beau- (îoup de bien prêché, voilà ce que le commerce de l'élite américaine peut nous recommander. Spéculativement, ce ne sont pas là peut-être des idées très nouvelles pour nous : mais c'est autre chose de concevoir les idées, autre chose de les vr.ir cxi-Uiet vivre ((uelque part.
Il n'y a peut-être pas dans le monde deux nations qui présentent à la fois tant de
diiierences et lant trai'Onités que la leur et la nôtre. Assez d'affinités pour rendre le commerce aisé, assez de différences pour rendre le commerce utile. Analogie des instilutions, communauté de grands et do cliers souvenirs, aucun héritage historique de haine et de division, aucun conflit sérieux d'intérêts, aucun antagonisme de croyances et de traditions : tout ce qui peut créer la sympathie entre deux peuples, se rencontre ici. Dans la vie sociale, économique, intellectuelle, le développement des deux nations a été tel que, dans bien des cas, chacune a ce qui manque à l'autre, et doit, pour faire des progrès, acquérir ce que l'autre possède : de sorte que, souvent, c'est en marchant en sens opposé l'une vers l'autre qu'elles atteindront le point heureux de Téquilibre parfait. Et dans ce mouvement, chacune profitera des exemples, des expériences, des mécomptes même comme des réussites de l'autre.
gUELQUES MOTS SUR L'ÉTUDE