I. Ceci était dit en novembre-décembre niu
sans compromettre sa propre sécurité et ses grands intérêts, le pointa vue de l'Allemagne qui veut grandir, qui cherche des débouchés pour l'activité de ses nationaux. C'est une des marques de Tintelligence de notre peuple, que cette facilité à se placer au point de vue des étrangers, cette capacité de juger avec un désintéressement impartial dans sa propre cause. C'est là, pour le dire en passant, la raison qui a fait que la France, il y a quelques années, a accepté si facilement, et sans en conserver de ressentiment, l'humiliant abandon de Fachoda. La masse de nos concitoyens a vu clairement ce que l'intérêt et le droit de l'Angleterre l'obligeaient alors de vouloir ; elle s'est demandée si nos hommes d'Etat n'avaient pas mis, celte fois-là, les torts du côté de la France ; et sans faux honneur, elle n'a pas persisté à mettre notre dignité où n'était pas notre droit.
Elle était prête encore cette année à prendre en considération les exigences de l'honneur et de Fintérêt allemands. Mais la
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diplomatie allemande, en demandant trop, et d'une manière trop allemande, a fait sentir à toute la France, l'obligation d'en arriver à dire non, un non bien résolu, et de ne rien céder au delà de ce qu'on pouvait accorder sans défaillance.
En général, l'Allemagne — diplomatie, journaux, nation — ne comprend rien à la psychologie du peuple français. Ils rapportent tous nos actes, pour les expliquer, à ixwQ idée fantastique de notre caractère que leur orgueil leur a forgée sur leur victoire de i8jo; et c'est par là qu'ils se sont mépris si lourdement en certaines rencontres dans l'interprétation ou dans la prévision de la conduite de la France.
Dans cette affaire du Maroc, l'Allemagne vient d'avancer la restauration de la volonté française. L'inquiétude que beaucoup d'entre nous pouvaient conserver sur la manière dont notre nation se comporterait dans des circonstances difficiles, a disparu. Nous sommes sûrs maintenant de la force morale du pays comme de sa force maté-
rielle. C'est à rAllemagne que nous devons cette certitude ; et si elle pouvait avoir compris elle-même à quel point ses incartades ont raffermi Fâme de la France, la paix de TEurope serait assurée pour de longues années.