‹ Trois mois de campagne au MarocChapitre 11 sur 11 · NS UT ORNE · texte numérisé non relu

NS UT ORNE

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Répartition de la végétation dans la région parconrne

dominent des broussailles basses : le chih (Artemisia alba), le gettaf (Atriplex halimus), le harmel (Peganum harmala), le remt (Caroxylon articulatum), le gherteg, etc. |

Il existe des maquis (ghaba) dans le sahel, sur les pentes des vallées, en plusieurs points du talus de la terrasse supérieure et de l’Aâloua, aux flancs

du Dj. Akhdar, du Di. Kharro, des Diebilat. L’espèce :

la plus commune, celle que l’on y trouve presque toujours et que l’on rencontre aussi dans les steppes, c'est le sder (Zizyphus lotus). Son fruit est assez recherché par les indigènes, surtout par les Juifs qui le distillent pour en faire du mahia; ses branches, tordues et hérissées d’épines, servent à faire des clôtures (Zeriba). Le dro (Pistacia lentiseus) ne se trouve que dans les maquis du sahel. Son bois fournit d’excellent charbon; son écorce sert à tanner le cuir, et de ses fruits on extrait une huile employée pour l'éclairage dans certaines parties du Maroc, au Rif notamment. Le rihan (Myrtus communis) produit des baies comestibles: ses feuilles servent en médecine et dans les cérémonies religieuses juives. Le gendoul (Callicotome spinosa) et lazzaz (Daphne gnidium) fournissent, paraît-il, des matières colorantes. Le tirta (2 y g ophyllum cornutum?) sert dans la thérapeutique indigène; ses feuilles sont considérées comme un excellent fourrage pour les chameaux. Le tlah (Acacia gummifera) est assez répandu dans

les maquis et les steppes des abords du cours moyen du Tensift et du Morbêa; on récolte sa gomme au sud du Tensift et chez les Ahmar, et ses fruits fournissent une matière colorante rouge. Le maticha roumia, appelé aussi tfâ el-â ch’k, est un buisson appartenant à la famille des Solanées; les indigènes se servent du suc très astringent de ses fruits pour en badigeonner les blessures produites par le bât chez les bêtes de somme. Le kharroub (caroubier : Ceratonia siliqua) fournit des fruits comestibles et une écorce qui est employée pour le tannage des peaux; il est plus répandu dans le nord du Maroc, où il atteint un développement plus considérable. Il en est de même du zebboudj (Olea oleaster) dont le bois sert à la construction; de son fruit noir, plus petit que l’olive, on tire une huile alimentaire assez estimée. L’argan (Argania sideroxylon) est un arbre que l’on ne trouve qu’au Maroc. On admet communément qu'il n'existe qu’au sud du Tensift; mais M. Fischer a signalé sa présence sur la rive droite du Morbêa, près de Ma Ech-Chaïr, et nous en avons vu un groupe isolé près du cap Blanc et des forêts à partir du Dijerf El-Ihoudy. Son bois est très résistant; les troupeaux, les chèvres surtout, se nourrissent de la pulpe de ses fruits, qui ressemblent à de petites prunes jaunes, et rendent les noyaux dont on extrait une huile d’une saveur âcre, mais dont l'usage est très répandu au Maroc.

Dans les forêts des M’dakra, des Achach et des Beni Khiran, outre certaines essences déjà nommées,

1% APPENTAIN

Argania sijeroxvion et Retama monosperma

on trouve le tachta (Quercus ilex?) et le bellout (Quercus hballota) dont on mange les glande. le ta g. un genévrier dont le bois fournit d'excellent goudron. le snober (Pinus halepensis). l'arar (Callitris quadrivalvis) qui produit la résine sandaraque. et dont le bois, presque imputrescible, d'un brun rosé, d’un joli dessin et d'une odeur balsamique très agréable. est fort prisé pour la construction et l’ébénisterie; dans les bois des Ziaïda et des Zaïr. on trouve surtout le fernan (chêne-liège : Quercus suber).

Le long des cours d’eau croissent le tarfa (Tamarix africana), le defla (laurier rose :

Neriumoleander), le gattilier (Vitex agnus castus), le ricin (Ricinus communis), le

le

Plantation d'oliviers

b'toum (Pistacia atlantica), des peupliers (sefsafa), des palmiers (nekhla: Phœnix dactylifera) solitaires ou par groupes; dans les terrains marécageux et près des eaux stagnantes : des roseaux (kseb), dont on se sert pour la construction des huttes, le berdi (Typha angustifolia), dont on les couvre, et des jones (smar), dont on fait des nattes.

Agriculture. — (Grâce à la nature du sol (tirs et hamri) et à l’abondance des précipitations, une grande partie de la zone côtière se prête admirablement à l'exploitation agricole. C'est, avant tout, la terrasse inférieure, puis, dans la terrasse supérieure, la région septentrionale de cctte terrasse à

l'est du Morbéa et une partie du territoire des Ahmar, région dans laquelle les pluies sont généralement assez abondantes, à cause de l’absence d’une barrière montagneuse entre le Dj. Ighout et le Tensift.

Mais les champs sont loin de couvrir toute la région susceptible d’être cultivée. Il reste encore d’immenses terrains à défricher, surtout dans les terres rouges (hamri), où les récoltes dépendent entièrement de l’abondance des pluies et de leur arrivée au bon moment, l'irrigation artificielle étant généralement difficile. Dans les terres noires (tirs), les résultats sont moins aléatoires. Comme nous l’avons remarqué plus haut, elles sont capables d'emmagasiner une quantité d’eau considérable; elles s’imprègnent des pluies hivernales et, longtemps après la cessation de cellesci, même quand elles ont été relativement peu abondantes, conservent un certain degré d'humidité que les rosées contribuent à entretenir. En été, elles se dessèchent et se crevassent, et les premières pluies de l’automne font couler dans les fentes les couches superficielles délayées, exposant ainsi des terrains toujours nouveaux à la surface. Ces terres ne demandent à être ni irriguées, ni fumées, ni laissées en friche, et produisent cependant en abondance : blé, orge, maïs, millet, fêves, pois chiches, lentilles, lin, coriandre, fenugrec, etc. La moisson de l’orge a lieu aux premiers jours de mai, celle du blé dans la seconde quinzaine de ce mois, celle du maïs au commencement de juin, et celle des légumineuses un peu plus tard. C’est pourquoi ces derniers se cultivent moins dans les

terres rouges et dans les régions éloignées de la mer, dont le sol se dessèche plus rapidement.

Dans toute cette région agricole, les arbres sont très clairsemés; on n’y trouve guère que quelques rares plantations de figuiers et de nopals. Cependant, près de la plupart des agglomérations de quelque importance : villes, kasbas, Zâouias, gottâs, et dans les vallées bien arrosées, on trouve généralement des plantations d’arbres fruitiers et de légumes. Ces plantations sont irriguées au moyen de canaux dérivés des sources ou des cours d’eau, ou de norias, de machines mises en mouvement par un chameau ou une mule et servant à élever les eaux de la nappe souterraine. On y trouve le figuier, le grenadier, l'olivier, l’oranger, le citronnier, le limonier, le cognassier, l’abricotier, le pêcher, la vigne; puis : la carotte, le navet, le radis, la patate, l’aubergine, la tomate, la courge, Île concombre, la pastèque, le melon, le piment, l'oignon, l’ail, le persil, le cumin, la menthe, l’absinthe, le henné, etc. Les agaves et les nopals servent généralement de clôtures à ces jardins, dont les plus beaux se trouvent dans la banlieue de Rabat, à M'héoula. sur le bas Morbéa, et à Settat, dans la vallée de l’oued Bou-Mousa.

Dans toute la zone des hautes plaines, l'irrigation du sol est indispensable à sa mise en valeur agricole. On n’y trouve donc des cultures que dans le voisinage des sources et des cours d’eau. Ce sont de véritables oasis, dont l'irrigation se fait au moyen de canaux à ciel ouvert (saguia) ou d’aqueducs

souterrains (Khtator, au sgl. khattâra), que l'on construit en creusant une série de puits verticaux dont on relie le fond par une galerie horizontale ou plutôt légèrement inclinée. Certains de ces aqueducs sont fort longs: celui aui alimente Marrakech y amène, paraît-il, les eaux d’une source située à deux lieues de la ville; et. d’après Crema. l’oasis d’'EI-Klaâ serait irriguée au moyen d'eaux dérivées du Teçaout.

On trouve de ces oasis dans les vallées du Chechaoua et du Nfis. à Smira, à Dar Allal Cherkaoui, dans la vallée du Tecaout et de ses affluents, à El- Klaâ, à Tamlelt, à Ras El-Aïn. La plus étendue est celle de Marrakech. Elle est formée par la réunion de toutes les cultures arrosées par les nombreux affluents du Tensift, qui occupent ensemble, le long de la rive gauche du fleuve et entre la capitale et Sidi Rehal, une surface que l’on peut évaluer à 30.000 hectares. D'’après M. Fischer, auquel on doit là meilleure étude de cette région, l'oasis de Marrakech aurait 45 kilomètres de longueur sur 5 à 8 kilomètres de largeur. En dehors de la plupart des céréales, des légumineuses, des légumes et des arbres fruitiers déjà cités, on y trouve des müûriers, des amandiers et, surtout, des dattiers, qui forment une véritatle forêt de 10 à 12 kilomètres

de longueur, au nord et à l’est de Marrakech.

Groupe de palmiers-dattiers

La faune du Maroc est, en somme, celle, bien connue, des pays méditerranéens voisins. Nous nous contenterons donc d'en nommer les espèces qui se distinguent par leur nombre, celles qui présentent un intérêt comme animaux domestiques, comme gibier ou à quelque autre titre.

Carnassiers. — Le lion a complètement disparu de la région dont nous nous occupons; mais il joue un grand rôle dans les contes indigènes, qui le représentent comme un animal essentiellement noble -et magnanime. Les Marocains sont absolument persuadés qu’un lion n'attaque jamais ni une femme, ni... un descendant de Jacob, et qu’il épargne même le croyant qui dépose ses armes en sa présence et lui fait sa soumission en l'appelant Sidi (Monseigneur) et en invoquant sa clémence. — Les panthères et les hyènes font encore des apparitions, dit-on, dans les forêts des Zaïr et des Beni Khiran. La chasse à la première est réputée particulièrement dangereuse : plus dangereuse que celle du lion; aussi, quand sa présence est signalée quelque part, les indigènes se contentent-ils le plus souvent de lui dresser des pièges, des fosses recouvertes de branchages. Quant à la hyène, sa forme étrange, ses allures mystérieuses, son invisibilité le jour et les ricanements sinistres par lesquels elle an-

nonce sa présence la nuit, en font pour l’indigène une espèce de vampire ou de loup-garou. On lui attribue le pouvoir de fasciner l’homme, qu'elle entraîne ensuite à sa tanière pour le dévorer.

Le chacal et le renard sont très communs. Les indigènes mangent quelquefois leur chair et surtout leurs intestins, auxquels ils attribuent certaines vertus médicales. Le chat sauvage, la mangouste et la loutre sont plus rares. Le hérisson est très répandu ct très recherché pour sa chair.

Parmi les animaux domestiques appartenant au même groupe, citons le chat, que l’on ne trouve guère que dans les villes, le slougi, qui sert à la chasse à courre, et les roquets qui gardent les douars et les troupeaux ou qui rôdent dans les rues et aux abords des villes, où ils se chargent de la voirie.

Rongeurs. — Le porc-épic creuse de préférence son terrier dans les parois abruptes et boisées des vallées solitaires. Les indigènes le chassent principalement pour sa chair et s’y prennent de la façon suivante : Avant découvert un terrier, ils commencent par s’assurer de l'issue par laquelle son habitant a coutume de le quitter, en plaçant des baguettes en travers de tous les orifices. Puis, la nuit suivante, ils se mettent à l'affût et attendent patiemment la sortie de la bête pour lui envover une balle. Ils le prennent quelquefois vivant, en introduisant dans l'issue du terrier un bout de natte roulé en cône tronqué. Au moment de sortir, le porc-épic s'aperçoit du danger qu’il court et rebrousse chemin à reculons; mais ses piquants pénè-

trent dans la natte et le font prendre. — Le lièvre est très commun. Les Bédouins le chassent de préférence à cheval, avec ou sans chiens et armés de la zerouata, bâton. court terminé par un renflement à l'une de ses extrémités, qu'ils savent lancer avec beaucoup d'adresse. Le lapin, qui pullule dans certaines parties du Maroc septentrional, semble s'arrêter au Bou-Regreg. En tout cas, il est très rare au sud de ce fleuve. Les gerboises abondent dans la vallée du Tensift. et les écureuils dans toutes les régions forestières.

Pachydermes. — Le sanglier est très répandu dans tous les districts boisés et humides: dans les maquis du Sahel et dans les fourrés des bords du Bou-Regreg. de l’Ykem. du Cherrat. du Bou-Znika. du Neffifikh. Il est plus petit. mais non moins féroce que son congénère d'Europe. Les Bédouins. bien qu'ils dédaignent généralement sa chair, le chassent avec ardeur. à l'affût et en battue, à pied et à cheval, pour le laisser ensuite en pâture aux chacals et aux corbeaux. Les riches indigènes élèvent souvent de jeunes sangliers dans leurs écuries pour détourner l'attention des génies malfaisants de leurs chevaux et de leurs mules, autres pachydermes dont nous nous occuperons à propos de l'élevage.

Ruminants. — Les gazelles vivent en troupes nombreuses dans les steppes à graminées des Mzab, Ourdigha. Tedla. Beni-Meskin. Zraghna et Rahamna. Leur chair est excellente. On les chasse en battue ou en s’embusquant près des ruisseaux ou des flaques d’eau où

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elles vont se désaltérer. Quelquefois aussi on les force, en les poursuivant à cheval, avec des lévriers et des faucons qui ralentissent leur course en voltigeant autour de leur tête. Il existe une antilope plus grande dans les régions boisées de l'Est. — Nous trouverons, plus loin, le chameau, le bœuf, le mouton et la chèvre.

Oiseaux. — Parmi les Rapaces, citons les aigles, des vautours à tête blanche, différentes espèces de faucons, des hiboux, des chouettes: parmi les Passereaux particulièrement nombreux : le corbeau, un beau geai au plumage bleu, vert et brun à reflets métalliques, la pie, l’étourneau; les rossignols et les merles, qui abondent dans les jardins. Le tbibit est un passereau ressemblant beaucoup au moiïineau et que l’on ne trouve qu’au sud du Morbêa, surtout à Marrakech, où. il est l'hôte familier de toutes les maisons. Les Gallinacés sont représentés par la poule, l'unique volaille de basse-cour des Bédouins, l’outarde, assez fréquente dans les hautes plaines, la poule de Carthage, la perdrix rouge, le francolin, la caille et une grande variété de pigeons, ramiers, tourterelles, qui nichent dans toutes les vieilles murailles. dans les falaises rocheuses, dans les bois et les vergers. Près des cours d’eau, des étangs, des marécages, on trouve de nombreux Echassiers et Palmipèdes : d'innombrables cigognes, des hérons, des grues, des bécasses, des bécassines, des poules d’eau, des canards, des sarcelles.

Reptiles. — JDans l’ordre des Chéloniens, nous trouvons des tortues d’eau douce, qui pullulent dans tous les ruisseaux et dans tous les étangs, et des tortues

de terre, également très répandues: dans les Sauriens: des lézards, des geckos, des caméléons: dans les Batraciens : des grenouilles, des raïnettes, des crapauds: dans les Ophidiens : des couleuvres qui atteignent deux mètres de longueur. A Marrakech, elles se tiennent fréquemment dans les maisons. qu'elles débarrassent des souris et des rats. On ne les Y inquiète pas: on les accuse. cependant, de téter les vaches et même de se substituer quelquefois au nourrissons, pendant Île sommeil de la mère. Les serpents venimeux sont très rares dans le vorland de l'Atlas. Ceux que les Aïssaoua exhibent dans les souks (le lefâ: Echidna rhinoceros et lebou-nfeha: Najahaje) proviennent généralement du Sud.

Poissons. — Mentionnons surtout l’anguille.

que l'on trouve dans presque tous les ruisseaux. et l’alose, qui remonte le cours des grands fleuves au moment du frai et se prend alors en quantité.

Invertébrés. — Parmi les Insectes, nous citerons seulement l'abeille. à cause de l’apiculture assez répandue dans le pays. les criquets, pour les dégâts considérables qu'ils font pendant leurs incursions périodiques. et la vermine de toute espèce, pour son extrême abondance: parmi les Myriapodes : les scolopendres, dont la piqûre est douloureuse sinon dangereuse; parmi les Arachnides : le scorpion noir et jaune, dont la blessure est souvent mortelle pour les enfants et les animaux devpetite taille; une araignée nommée bo u ceha, dont la piqûre est réputée fatale pour l’homme et même pour le cheval, puis des parasites, tels que

les tiques et le sarcopte de la gale. Parmi les Vers, mentionnons les entozoaires les plus répandus : le lombric, l’oxyure, le ténia inerme; puis, uné petite sangsue noire très commune; énfin, dans les Mollusques, les hélices, qui abondent dans les steppes du vorland. |

Elevage. — Le Bédouin est avant tout pasteur. L'élevage constitue son unique occupation dans la région des steppes et existe partout, à côté de la culture du sol, dans Îles régions agricoles. L'élevage du mouton domine et semble être le plus lucratif. Sa chair est la principale viande de boucherie; il s’en fait une forte consommation pendant toute l’année et surtout à l’aïd el-kKkebir, à l’occasion duquel chaque ménage égorge un ou plusieurs béliers, suivant ses moyens. Le lait de brebis et ses produits jouent un grand rôle dans l'alimentation des Bédouins. La laine est un des principaux articles d'exportation. Une certaine quantité en reste dans le pays, où elle sert à rembourrer les matelas qui tiennent une place prépondérante dans l’ameublement des maisons marocaines, et à la confection de couvertures, de tapis et de certains vêtements indigènes : du haïk, de la jellâ ba, du selh â m. Les peaux sont exportées ou tannées dans le pays pour être converties en babouches, gibecières, etc.

Les chèvres sont moins nombreuses, dans la région que nous étudions, que dans certaines autres parties du Maroe. On les trouve surtout dans les terrains accidentés et rocheux. Leur chair, quoique moins ap-

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préciée que celle du mouton, se mange fréquemment à la campagne et semble moins désagréable au goût que celle des chèvres d'Europe. Les peaux et les poils sont exportés ou utilisés dans le paÿs même.

Le bœuf est généralement petit; il est décharné et de mauvaise apparence en été, mais reprend de l’embonpoint en hiver. Celui de l’hinterland de Rabat, du pays des Zemmour et de Zaïr, est une exception à la règle : il est plus grand et a les cornes plus longues: son bon état, même en été, prouve qu'il existe d’excellents pâturages dans son pays d'origine. On en expédie de grands troupeaux dans les villes du Maroc septentrional et même à Gibraltar et en Algérie. — Ailleurs, le bœuf est élevé comme bête de labour et pour la consommation locale. La vache marocaine est mauvaise laitière : on ne peut guère en tirer qu'un à trois litres de lait, et seulement tant qu'elle allaite. Pour la traire, on laisse d’abord téter le veau pendant un instant, puis on se substitue à lui. S'il vient à mourir, un enfant affublé de sa peau doit le remplacer; autrement — disent les indigènes — la vache retiendrait son lait. On ne tue jamais les veaux pour la consommation. Les peaux sont exportées ou utilisées dans le pays.

Le chameau remplace, au Maroc, le chemin de fer et les voitures. Le transport des marchandises n’est fait que par les caravanes. Le chameau porte en moyenne cinq quintaux; il fournit de longues journées, mais à une allure qui ne dépasse pas quatre kilomètres à l'heure. (Le dromadaire de selle, le heïr i,

qui en fait trois fois autant et plus, ne se trouve qu'au sud de l’Atlas.) Il est inutile de rappeler la s0briété de cet animal; il se nourrit des herbes qu'il parvient à happer le long de la route; à l'étape, on lui donne de la paille ou du fourrage vert et une ration d'orge tous les trois jours. On consomme sa chair et son lait. Son poil sert à la fabrication de tissus. Un chameau ordinaire vaut de 30 à 50 douros.

Nous avons déjà relevé les qualités et les défauts des chevaux marocains. Ceux des Abda sont réputés les plus beaux : ils sont plus grands que ne le sont généralement les chevaux barbes, et leur robe est le plus souvent grise. La castration ne se pratique pas, et on ne monte généralement que les étalons. Au Maroc, le cheval sert surtout de monture, quelquefois de bête de somme. Ses allures sont le pas et le galop; mais on arrive assez facilement à lui enseigner le trot. Les ambleurs sont particulièrement recherchés. Au repos, le cheval est entravé par les pieds en plein air, été comme hiver; on l’ahreuve une fois par jour et on lui sert généralement une ration unique de 4 à 8 litres d'orge et de la paille en quantité suffisante. Au printemps. on a l'habitude de le mettre au fourrage vert sans le monter pendant quelques semaines. Avec ce régime, il est capable de fournir de très bonnes étapes; on lui demande assez couramment de faire 80 à 100 kilomètres de mauvaise route en une journée : la distance de Casablanca à Rabat, par exemple, ou même celle de Casablanca à Mazagan. Le prix d'un kidar (cheval de charge) est de 10 à 20 douros;

celui d'un cheval de selle ordinaire. de 20 à 50 douros. et. au-dessus de ce prix. on a une fort bonne bête. (Dans l'extrême Sud. il existe des chevaux particulièrement rapides. dont on se sert pour la chasse à l'autruche et à la gazelle et que l'on nourrit exclusivement de dattes et de lait de chamelle.)

L'âne est très commun. Il rend. en petit. les services que le chameau rend en grand : il est portefaix et porteur d'eau: il amène les denrées au marché et sert de monture à son propriétaire et. comme ailleurs. il en est récompensé par les traitements les plus barbares.

La mule est le plus répandu des produits hybrides du cheval et de l'âne. Elle sert également de bête de somme, mais surtout pour le transport des menus bagages. dans les déplacements de gens de qualité ou de commerçants. Les indigènes aisés la préfèrent comme monture au cheval. Aussi son prix est-il plus élevé. Une mule de charge se paye de 30 à 50 douros et une belle bête de selle. de 50 à 100 et même 200 douros. Les dignitaires du Makhzen se servent presque toujours de mules de prix pour leurs sorties en ville et en voyage. Le Sultan. seul, ne se montre jamais en publie que monté sur l'animal noble entre tous : le cheval.

Nous croyons pouvoir évaluer la population de la région étudiée à environ un million d’âmes : 200.000 dans les villes, kasbas et Zâouias, et 20 en moyenne, par kilomètre carré, dans les campagnes. M. Th. Fischer estime la densité de la population des régions agricoles des Chaouia à 30-40 habitants par kilomètre carré. Dans les steppes, elle ne doit guère dépasser, ou même ne pas atteindre 10 habitants par kilomètre.

La population rurale ou bédouine est un mélange intime . d'éléments berbères et arabes, avec prédominance des premiers et une proportion peu considérable de sang soudanais. Sa langue est l’arabe maghribin, avec quelques mots espagnols et herbères; sa religion est l’Islâm interprété selon le rite mâlikite, mais se distinguant du mahométisme pur par le culte exagéré voué aux chérifs et autres marabouts. C’est une race vigoureuse et résistante, assez travailleuse, patiente dans l’adversité, âpre au gain et peu scrupuleuse dans le choix de ses moyens, peu véridique et volontiers voleuse, pillarde et homicide. Elle rachète ces derniers défauts par son hospitalité et par certains traits chevaleresques qui la rendent sympathique malgré tout. Le vol et le pillage ne s’exercent généralement qu’au détriment d’ennemis de la tribu ou d'étrangers: ils

sont plutôt considérés comme un sport, une preuve de

hardiesse et d'adresse, et certaines tribus dédaignent de s'y livrer quand elles ne courent personnellement aucun danger : par une nuit sans lune par exemple.

La population bédouine se divise en tribus (Kabaïl, au sgl. Kabila), qui se subdivisent en fractions (fkhad) et en douars. Plusieurs tribus habitant une même province, même lorsqu'elles diffèrent par leur origine, sont souvent désignées par un nom collectif : les Chaouia, les Doukkala, les Abda, les Rahamma, etc.

Ces tribus sont nomades en ce sens que chaque douar possède un territoire — d’autant plus restreint que la région est plus fertile et plus peuplée — dans les limites duquel il se déplace de temps à autre, suivant les exigences de l’agriculture ou de l'élevage, ou quand un campement est devenu inhabitable par suite de l’accumulation des immondices. — Les agglomérations à noyau sédentaire sont les villes, les kasbas, les zâouias et les gottâs dont nous avons eu l’occasion de parler déjà.

À la tête de la tribu se trouve le caïd, généralement un de ses personnages les plus influents investi par le Sultan. Il cumule les fonctions de chef militaire des forces armées de la tribu (caïd), de gouverneur civil (amel), de collecteur des impôts, de juge, etc.; il nomme son lieutenant (Khalifa), ses secrétaires, les chikhs qui représentent lautorité dans les douars et qui lui sont d’habitude proposés par la djemâa (le douar réuni en conseil). Sa résidenee habituelle est une Ka sba, et ses domestiques

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Tribus habitant la région parcourue

et clients lui tiennent lieu de gendarmes. Quelquefois. quand il a été imposé de force à la tribu qu'il doi administrer, le gouvernement lui fournit une petite garde de troupes montées. — En principe, toutes les tribus sont gouvernées ainsi; mais, ‘en réalité, l’autorité des caïds est très variable. Elle est à peine reconnue dans certaines régions, chez les Tedla par exemple, qui obéissent aux chérifs de B'jâäad, ou presque nulle, comme chez les Zaïr et les Beni Khiran, qui ne reconnaissent guère que l'autorité de la djemâa; et nous avons vu combien elle est précaire, même dans les contrées les mieux soumises du bled elmakhzen. En règle générale, chaque tribu est gouvernée par un caïd; mais on voit fréquemment un caïd commander à plusieurs tribus ou des tribus morcelées en plusieurs caïdats.

Dans les villes, le rouage administratif est plus compliqué que dans les campagnes : il comprend le eaïd, gouverneur civil et militaire, qui a aussi quelquefois le titre de bacha; le cadi, directeur spirituel de la communauté musulmane, interprète de la loi koranique (cher â) et, par ce fait, juge; les adoûl, ses assesseurs: le nader, gérant des biens de l’Eglise au nom du Sultan qui en est le chef; le meh tseh, chargé de la police des marchés et des métiers; les oumana (sgl. amîn), administrateurs des finances, percepteurs des droits de porte, de marché, de douane: les chefs de quartier (mokaddem elhoûma), les chefs de corps de métier (amîn elhoûta), Iles moulîn-dor, gardes de nuit, etc.

Au point de vue du nombre, les Bédouins dominent dans toutes les villes de la région étudiée, à l’exception de Rabat. A côté d'eux. on trouve l'élément maure, ‘sraélite, nègre et européen.

Les Bédouins sont souvent attirés dans les villes par l'espoir du gain, ou ils s'v réfugient pour échapper aux exactions des caïds ruraux. Ils v forment la petite bourgeoisie et le prolétariat: ils sont artisans. marchands, manœuvres. portefaix, chameliers, etc. Parmi eux vivent un petit nombre de Berbères purs et de nègres affranchis qui ‘se livrent à des occupations analogues.

Les Maures sont le produit des un'ons des conquérants arabes du Maroc et de l'Espagne avec les peuples de sang ibère, celtique, latin, teuton et berbère qu'ils v trouvèrent, puis avec des Juifs, des Turcs, des captifs onu des renégats chrétiens et des esclaves nègres. Ils constituent la classe dirigeante : ïintelligente, lettrée, polie, élégante, mais généralement efféminée, indolente, intolérante et corrompue. Ils forment le fond de la population de Rabat. mais ne sont représentés, à Marrakech, Casablanca et Mazagan, que par un certain nombre de fonctionnaires et de négociants.

Les nègres sont nombreux dans les villes, surtout à Marrakech, où se tient un important marché d’esclaves. Ce sont généralement des Bambara amenés de Tombouctou par les caravanes ou nés dans le pays. La traite décline depuis l’occupation du Soudan. Le sort de l'esclave, au Maroc, est ininiment préférable

à celui des nègres qui travaillaient dans les plantations et des coolies qui y ont pris leur place. Bien nourri, vêtu, traité avec douceur et presque en membre de la famille, il ne regrette nullement sa liberté. S'il est maltraité, il a recours à la loi qui lui permet de demander à être revendu.

Les Israélites, dont nous évaluons le nombre total à au moins 30.000, dans les villes de Marrakech, Rabat, Casablanca, Azemmour, Mazagan et dans les kasbas, descendent des Juifs établis au Maroc dès le IXme siècle et de ceux qui furent expulsés de l'Espagne et du Portugal au XVme siècle. Dans les villes de la côte, beaucoup d’entre eux parlent l’espagnol; dans l’intérieur, ils parlent l’arabe, qu'ils écrivent en caractères hébreux. Grâce aux écoles de l’Alliance Israélite, dans lesquelles on travaille aussi à leur relèvement moral, les jeunes générations commencent à savoir le français. Ils sont artisans, commerçants, courtiers et souvent usuriers. Ïls n’ont jamais été persécutés ni martyrisés, au Maroc, comme dans l’Europe chrétienne; ils y sont même moins exploités que les sujets musulmans et, dans les ports, grâce à la présence des consuls européens, ils se sont presque complètement émancipés. Mais, dans les villes de l’intérieur, ils sont encore l’objet d’une foule de mesures et de traitements humiliants, qui n’ont pas été sans exercer une influence avilissante sur leur caractère. Intelligents, tenaces, très doués pour le commerce, accessibles à la civilisation européenne, ils sont méfiants, astucieux, peu scrupuleux, obséquieux et deviennent trop facilement arrogants, dès

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Types Marocains

que — par des moyens plus ou moins légaux — ils ont acquis la nationalité de quelque république transatlantique ou qu'ils ont troqué le cafetan et la calotte noire contre un complet européen. Ils bénéficient ainsi du prestige européen, qu'ils amoïindrissent trop souvent par leur manque de tact et de probité commerciale. Nous devons à la vérité de dire que, parmi les Européens, il s'en trouve assez qui ne le leur cèdent en rie) SOUS ce rapport.

Les Européens sont un millier, environ, dans les villes de Casablanca, Mazagan et Rabat; quelques-uns sont établis à Marrakech. Les Espagnols forment le contingent le plus important de cette colonie. Après eux viennent les sujets britanniques, négociants originaires de la Grande-Bretagne ou de Gibraltar. Suivent les Allemands et les Français, avec de petites colonies d'environ 50 et 10 membres, dont l’une augmente sans cesse, tandis que l’autre tend à diminuer; puis l’Italie, le Portugal, etc., représentés par des groupes moins importants.

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