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Sur une autre carte, nous avons essayé de représenter ce que nous savons de {la constitution géologique de la région étudiée. Les données sur lesquelles nous nous appuyons sont puisées en grande partie dans l’« Atlas Marocain » de M. P. Schnell, dont le chapitre VI est une étude critique admirable des itinéraires de Lemprière, Ali Bey, Washington, Beaumier, Hooker, von Fritsch, Lenz, Crema, Le Vallois, de Foucauld, Erckmann, Thomson, etc. dans les hautes plaines qui s'étendent entre le Grand Atlas et l'Océan. Ici encore, nous avons trouvé de nombreux et précieux renseignements dans l'ouvrage de M. Fischer. Nous y avons ajouté le résultat de nos observations personnelles.
Sur une cinquième carte, nous avons figuré la distribution approximative des terrains cultivés, des steppes et des régions boisées.
Et, enfin, sur une sixième carte, nous indiquerons les différentes tribus qui habitent la région étudiée, en tant qu’elles nous sont connues, c’est-à-dire d’une façon encore incomplète. | |
Quant aux profils panoramiques joints à cet essai : l’un représente la région qui s'étend au sud de la kasba des Beni-Meskin et du Morbêa; l’autre, la partie méridionale et occidentale du Grand Atlas vue d’une colline située entre le lac Zyma et le Tensift et correspondant à peu près au point où notre carte indique une altitude de 268 mètres. Ces points sont marqués d’une croix sur la carte des itinéraires.
JL — OROGRAPHIE
La région dont nous nous occupons se divise en quatre zones bien distinctes, que nous nommerons le sahel, la terrasse inférieure, la terrasse supérieure et le haut plateau subatlantique. La délimitation de ces différents étages ne nous a été possible qu'à l’ouest de l’Oued El- Kantra; à l’est de ce cours d’eau, le pays est trop raviné et trop peu accessible.
$ 1. — Le Sahel. |
Le sahel est une bande de terrain accidentée, côtoyant l’Atlantique et allant en s’élargissant de l’est à l’ouest. Sa largeur, qui n'est que de 15 kilomètres entre Casablanca et Kt Mediouna, atteint plus du double à l’ouest du Morbêa.
A l'est de ce fleuve, le sahel est caractérisé par une série de côtes, parallèles entre elles et suivant une ligne courbe du nord-est au sud-ouest, de plus en: plus élevées vers l’intérieur et séparées par des dépressions peu profondes. Il y a cinq de ces côtes entre Casablanca et Kt Mediouna; d’autres, se détachant de différents points de la côte, viennent s’y ajouter, de sorte qu'entre Dar Ber-Rechid et Azemmour on trouve leur nombre doublé.
À l’ouest du Morbêa, le plissement du terrain est moins accentué. On y remarque cependant trois chaïi-
Kasbat Ayer
nes de hauteurs assez nettement accusées. La première forme la côte entre Mazagan et le cap Blanc, puis se retire à une petite distance du bord de la mer, qu'elle suit en prenant souvent la forme d’une falaise rocheuse. Au delà de Kt Ayer, elle se rapproche de nouveau de la mer qu'elle atteint au cap Cantin. L'espace qui reste entre elle et la grève bordée de dunes et de récifs est occupé par un long sillon de terres sableuses, El-Oüûlja. parsemé de lagunes, dont la plus grande, celle d'Oualidiya, communique avec la mer par trois trouées séparées par des îlots rocheux.
La deuxième côte commence au bord du Morbéa.
près de son embouchure, s'éloigne de la côte, puis s’en rapproche de nouveau et se termine par les rochers escarpés qui forment la pointe de Safi. Elle divise le sahel dans le sens de sa longueur en deux
Lagune d'Oualidiya
bandes de terrains irrégulièrement accidentés, dont la seconde atteint la mer entre Safi et le Tensift.
La troisième chaîne de hauteurs et la dernière des côtes à l’est du Morhêa forment ensemble la liimite méridionale du sahel. Cette limite passe au nord de Kt Mediouna et de Zt En-Nouacer avec une pente raide vers le sud, puis s’infléchit vers le sud-ouest en devenant de moins en moins accentuée. Sur la rive gauche du Morbêa, nous la retrouvons dans une chaîne de hauteurs au nord de Souk El-Had, puis à Souk El-Arbaâ, situé dans un cirque -rocheux découpé dans son versant septentrional. Là déjà, vue du sud, elle est moins apparente. Elle s’efface encore davantage, croise le 11Me méridien à la hauteur du cap Cantin environ et doit aboutir à la rive droïte du Tensift en face du contrefort sepientrional du Djebel Hadid.
& 2. — La Terrasse inférieure.
C'est une plaine presque absolue, d’une trentaine de kilomètres de largeur moyenne, à peine ondulée et parsemée de quelques renflements plats et bas. Inclinée en pente douce du sud au nord, l'altitude de son bord septentrional est d’environ 150 mètres, celle de son bord méridional de 250 mètres.
Elle est séparée de la terrasse supérieure par un talus nettement tracé, suivant une ligne ondulée du N-E au S-O, entre M’gartou et le Djebel Ighout.
M'gartou, sur la rive gauche de l’Oued Zabern et à 60 kilomètres environ de son embouchure, est un massif rocheux isolé, dont nous estimons la hauteur à près de 600 mètres. A l’ouest de ce massif, une brèche de 8 à 10 kilomètres permet de monter insensiblement vers les régions plus élevées. Au delà, le talus commence par El-Kidar, hauteur de 520 mètres à pente raide vers le nord, et court vers l’ouest-sud-ouest. Deux cônes tronqués reliés par un col, Si Nader ou Nouider, dont le plus élevé doit atteindre environ 500 môtres, se dressent dans la plaine en avant du talus. La rampe s’abaisse à 400 mètres, puis à 300 mètres, à l’ouest du 10° méridien, et décrit une courbe brusque vers le sud-sud-ouest. Le Morbêa y fait une entaille large et profonde à environ 60 kilomètres de son embouchure. Au delà du fleuve, le talus se relève graduellement. Après le défilé de M'tal, il se confond avec une véritable chaîne de montagnes, qui s'étend au sud-ouest, jusqu’à une vingtaine de kilomètres de la vallée du Tensift.
Cette chaîne, dont les maillons principaux sont le Dj. Ighout, le Di. Fathnassa, le Dj. Akhdar et le Di. Kharro, part du point d’intersection du 11° de longitude O. et de 32° de latitude N. et atteint le 10° méridien par 3230’ de latitude environ.
Le Di. Ighout, que nous évaluons à 600 mètres, se continue par les hauteurs moins élevées d’El-Mouisat (400 à 500 mètres). Celles-ci sont séparées du Di. Fathnassa (500 mètres) par une large brèche établissant une communication entre les deux terrasses. A l’est du défilé de M'tal, des hauteurs de 400 à 500 mètres rattachent le Di. Fathnassa au Dj. Akhdar.
Le Di. Akhdar se présente sous forme d’un massif conique s’élevant bien au-dessus des hauteurs voisines, en arrière du talus de la terrasse supérieure, Son sommet doit avoir près de 1.000 mètres d'altitude. A l’est du Dj. Akhdar, séparé de lui par une distance de 5 à 6 lieues, de base à base, se dresse un autre massif distinct, le Di. Kharro, qui, vu du nord, présente l’aspect d’une crête rocheuse déchiquetée pouvant avoir 750 mètres de hauteur et 10 à 12 kilomètres de longueur. La région peu connue entre les deux massifs semble avoir de 5°"à 600 mètres.
$ 3. — La Terrasse supérieure.
C'est un plateau accidenté, s’inclinant et se rétrécissant de 70 à 30 kilomètres, de l’est à l’ouest. Sa limite orientale est formée par les montagnes de l’Achach et des Beni Khiran, dernières ramifications d’une chaîne se détachant du Moyen Atlas à la lisière septentrionale du haut plateau subatlantique.
La partie la plus élevée de la terrasse semble se rattacher à cette chaîne à Sokhrat ed-Djeja (905 mètres : Le Vallois). Nous y avons relevé des altitudes de 692 et de 740 mètres, à Dar Ben Khamlich et à Dar Si Sgheïr; mais les points culminants doivent se trouver entre &00 et 900 mètres. Cette région élevée, El-Aâloua, est un petit plateau vallonné superposé à la terrasse, s étendant à l’ouest jusqu'aux environs de Settat et de Kt Ouled Si Ben-Daoud et auquel on accède par des pentes au nord et au sud, par des gradins à l’ouest. Vers le Morbêa, la terrasse s'abaisse jusqu’à ne plus être qu'à 300 m au bord de la vallée.
Cependant, entre Kt Ouled Si Ben-Daoud et M: Ben- KhakHou, on trouve encore une chaîne de hauteurs étroite, orientée de l’est-nord-est à l’ouest-sud-ouest. dont l’extension nous est inconnue. C’est le Diebel Ftatin, chaîne de collines aux sommets arrondis ressemblant à des dunes solidifiées et pouvant avoir de 550 à 600 mètres de hauteur. Au sud du Dj. Ftatin, le terrain dévale rapidement vers le fleuve.
A l’ouest du Morbêa, la terrasse reprend avec des altitudes supérieures à celles de la rive droite, puis remonte vers le sud, où — de Kt Beni Meskin — nous avons aperçu un plateau élevé qui nous a été désigné sous le nom de Gâda Si Bou-Yahia. Nous avons déjà mentionné le Dj. Akhdar et le Di. Kharro qui se dressent à 1.000 et à 750 mètres, environ, dans cette partie de la terrasse.
Plus loin, le terrain s’abaisse de nouveau, formant un vaste bassin qui communique avec la ter-
OROGRAPIHE 471
rasse inférieure par la trouée entre les hauteurs d’El- Mouisat et le Di. Fathnassa et dont l'altitude moyenne doit être de 300 mètres environ. Au delà de cette dépression, la terrasse remonte à plus de 400 mètres, puis redescend en pente douce jusqu’au Tensift. Plusieurs petites chaînes de collines traversent cette dernière partie du sud-est au nord-ouest.
La limite méridionale de la terrasse supérieure ne nous est connue qu'entre le Morbêa et le Tensift. Le premier la franchit en aval du point où il se réunit au Teçaout, à près de 130 kilomètres de la côte; le second, près de Si Chiker, à 80 kilomètres environ:de la mer. La ligne réunissant ces deux points est formée, en son milieu, par la côte rocheuse d’El-Gentour, par laquelle on monte, en une heure, de la plaine de Smira à celle, plus élevée de 150 mètres, d’El-Bheïra. Vers l’ouest, El-Gentour semble se rattacher aux montagnes des Rahamna, que Beaumier et Thomson trouvèrent à une vingtaine de kilomètres du lac Zyma et qui, vues du nord-ouest, présentent l’aspect d’une crête rocheuse déchiquetée. Vers l’est, la côte d’'El-Gentour s’efface et finit par tomber au niveau de la plaine, pour ne reparaître, semble-t-il, que dans les hauteurs franchies par Lenz et Crema au sud du Morbéa.
$ 4. — Le haut plateau subatlantique.
Notre carte n’en représente que la partie moyenne, traversée dans presque toute sa largeur par un massif montagneux d'environ 100 kilom. de longueur, plus large à l’est qu’à l’ouest et dont l’arête principale est formée par la chaîne des Diebilat.
Le Dijerf El-1houdy
UROGRAPHIE 473
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Carte hypsométrique de la région parcourue
La grande route de Mazagan à Marrakech traverse cette chaîne en son milieu, en passant par le défilé de Souinia. Ce défilé, long de 10 à 12 kilomètres, large et au col peu élevé (600 mètres environ). divise les Diebilat en une aile orientale et une aile occidentale. La première, plus élevée (900 à 1.000 mètres), court au nord-est. puis à l’est, et se termine près d’El-Klaâ par les hauteurs moins considérables du Dj. Minjel. L'aile occidentale (700 à 800 mètres) suit une direction est-ouest et semble se rattacher aux montagnes des Rahamna. |
Au sud des Diebilat, le Bremran et le Bou-Kerkour atteignent de 600 à 700 mètres : le premier à l’ouest, le second à l’est de la route Mazagan-Marrakech. Le Bou-Kerkour doit son nom (Kerkour : tas de pierres) aux monticules rocheux isolés dont il est couvert, et dont la série se continue, au sud du Tensift et à l’ouest de Marrakech, par le Di. Gilis et les Koudiat Ardhouz.
Au sud du massif montagneux s’étend la vaste plaine de Marrakech, d’une altitude moyenne de 500 mètres environ; au nord, celle d'El-Bheïra qui se continue, à l'est, par celle des Zraghna (altitude moyenne 450 mètres). Les deux grandes plaines sont reliées par une bande étroite, entre l'extrémité orientale du Bou-Kerkour et les avant-monts de l'Atlas. C’est cette bande de terrain, dont l'altitude atteint environ ‘00 mètres au pied des avant-monts, qui forme la ligne de partage entre Îles bassins du Morbêa et du Tensift.
$ 1. — Côtes.
La région dont nous nous occupons est limitée au nord, sur une étendue d'environ 220 kilomètres, par la côte de l'Atlantique, qui suit ici une direction générale E. 35 N.—0. 35 $.
Sur la rive gauche du Bou-Regreg, la côte commence par un massif rocheux de 20 à 30 mètres d’élévation et court, en une ligne peu accidentée et presque droite, jusqu'à la pointe d'Azemmour. Toute cette partie du littoral cest relativement basse, bordée de récifs ou de dunes et de plages sablonneuses. Les rochers dominerit entre le Bou-Regreg et Casablanca, les säbles, entre Casablanca et le Morbêa. On n’y trouve que deux baies pouvant servir de mouillage, toutes deux exposées aux vents du nord. La première, plus petite, est celle de Fedala. Elle s’ouvre entre les hauteurs qui s’avancent dans la mer, à droite de l’embouchure du Neffifikh, et la presqu'île rocheuse connue sous le nom de cap Fedala. Cette anse est aujourd'hui condamnée comme point d'atterrissage. La baie de Casablanca, plus spacieuse, est protégée contre les vents d'ouest par le promontoire rocheux d’El-Ank, dont la base se prolonge au nord par des écueils dangereux.
À la pointe d'Azemmour, la côte s’infléchit vers l'embouchure du Morhéa, puis décrit une courbe con-
— RES de — a — en —— —————— a ———————————— — ———————
cave bordée de plages jusqu’à la pointe rocheuse et basse du cap Mazagan, formant la rade vaste, mais très ouverte, de la ville du même nom.
Au delà du cap Mazagan, la côte, hérissée de récifs, s'élève peu à peu et atteint environ 50 mètres à la falaise à pic du cap Blanc; puis elle forme un angle
rentrant très accentué Vers le sud-est et reprend sa direction vers le sud-ouest en une ligne presque droite jusqu’au cap Cantin.
$ 2. — Cours d’eau.
Voici, du nord au sud, les cours d’eau qui se jettent à la mer, de Rabat au 32me parallèle : l’oued Bou-Regreg, l’oued Ykem, l’oued Cherrat, l’oued Bou- Znika, l’oued Mansouria, l’oued Neffifikh, l’oued El- Kantra, l’oued Dar El-Beïda, l’oued Ouled Jerar, l’oued El-Houera, l’oued Morbêa (Oum Er-Rebia) et l’oued Tensift, sans compter un certain nombre de ruisselets et de chaâb (plur. de chaâba: ravin ne charriant que des eaux de pluie) que l’on trouve. presque tous, entre Rabat et Casablanca.
L’oued Bou-Regreg naît dans la région montagneuse des Zaïan, où il porte successivement les noms d’oued JTfran et d’oued Ksiksou. Son cours, dont la longueur peut être estimée à 200 kilomètres, n’a été reconnu qu'en trois ou quatre points par le commandant Le Vallois et le vicomte de Foucauld. Partout ailleurs, jusqu'à une très faible distance de son embouchure, il coule en pays inexploré et à peu près inaccessible, formant la limite entre les territoires des tribus indépendantes des Zaïr et des Zemmour. Ses
Embouchure du Bou-Regreg
principaux affluents sont : à gauche, l’oued Grou et l’oued Korifla; à droite, l’oued Ourijelim. Les deux villes de Rabat et de Salé (Sla) sont établies aux deux
côtés de son embouchure, la première à gauche, sur la pente d’un plateau rocheux, la seconde à droite, sur une grève sablonneuse large et basse, s’avançant en pointe de façon à rétrécir considérablement l’em bouchure du fleuve. Celle-ci est obstruée par une barre de sable, praticable pendant soixante à soixantedix jours sur cent et seulement pour des embarcations de très faible tonnage. Derrière la barre, la rivière, large et profonde, pourrait être transformée en un port excellent. Les steamers qui fréquentent Rabat mouillent à 2 ou 3 milles de terre. Le chargement et le déchar-
gement s’opèrent à l’aide de solides gabarres montées
par une vingtaine de rameurs. Mais fréquemment, en hiver principalement, toute communication reste interrompue pendant des périodes pouvant s'étendre à plus de quinze jours. D’autres embarcations font la navette entre Rabat et Salé, transportant gens, bêtes et marchandises d’une rive à l’autre. |
L’oued Ykem se jette dans la mer à une vingtaine de kilomètres de Rabat. Il parcourt le territoire inexploré des Zaïr et, sortant d’une gorge rocheusce aux parois escarpées, s'élargit en une petite lagune reliée à la mer par un goulet court et étroit. La route côtière traverse ce goulet, dont le passage présente quelquefois des difficultés au moment des crues et de la marée haute.
L'’oued Cherrat naît également dans le territoire des Zaïr, puis forme la limite entre ceux-ci et les Chaouïa. Il atteint la mer à une douzaine de kilomètres du précédent et se termine, comme lui, par une lagune et un ‘goulet que nous avons toujours trouvé facilement guéable.
Trois kilomètres plus loin, au fond d’un ravin pierreux, la route traverse l’oued Bou-Znika, puis une série de chaâb et de ruisseaux, dont le plus important est l’oued Mansouria, qui passe au pied de la kasba du même nom.
À 28 kilomètres de Casablanca, la route côtière traverse l’oued Neffifikh près de son embouchure. Le passage, très facile à marée basse, reste impraticable et immobilise les caravanes pendant plusieurs heures au moment du flux. La source du Neffifikh se trouve
vraisemblablement dans les montagnes de l’Achach ou des Beni-Khiran et son cours a 70 à 80 kilomètres de longueur. Îl reçoit, notamment de droite, plusieurs petits affluents, dont les principaux sont l’oued El-Fokra, l’oued Koubbib et l’oued Tafrou.
Plus loin, à 2 kilomètres à l’ouest de l'edala et à une vingtaine de kilomètres de Casablanca, la route franchit l’oued El-Kantra sur un vieux pont délabré. Cette rivière, longue de 120 kilomètres environ, naîl dans les montagnes des Beni-Khiran, à une altitude d’environ 900 mètres, et, après avoir longé les crêtes rocheuses de Sokhrat-ed-Dijeja vers le sud, se dirige au nord-nord-ouest en suivant la base du versant occidental des montagnes de l’Achach. Elle prend successivement les noms d’oued En-Nedja, d’oued Zabern, d’oued El-Mellah et d’oued El-Kantra, et se jette dans la mer à l’ouest du cap Fedala. Elle reçoit de nombreux tributaires, dont les principaux sont : à droite, l’oued El-Atich; à gauche, l’oued El-Haçar. Ce dernier, dont le cours supérieur semble être l’oued Zéou, qui prend sa source près des ruines de Dar Si Cherki, suit, à un niveau plus élevé, une direction parallèle à celle de l’oued El-Kantra, puis, formant la chute d’une vingtaine de mètres d’El-Mizab, se précipite dans une petite vallée latérale s’ouvrant dans celle de l’oued EIl-Kantra à 7 kilomètres de la côte.
Toutes ces rivières : Ykem, Cherrat, Bou-Znika, Neffifikh et oued El-Kantra, présentent certains caractères communs. Elles naissent toutes dans le pays accidenté qui fait suite, à l’est, à la zone des terrasses
—— ee
et suivent une direction générale $S.S. E.—N. N. CO. Minces filets d’eau en été, elles se transforment en torrents impétueux pendant les pluies. Leurs vallées sont étroites et profondes, et leurs embouchures sont toutes plus ou moins ensablées.
Vient ensuite le ruisseau de Casablanca, qui se jette dans une petite crique rocheuse, à l’est de la ville. Sa source principale se trouve au sud-est et à 5 kilomètres environ de son embouchure. Il coule d’abord à l’ouest, jusqu’à sa réunion à l’oued Bou-Zkoura, puis au nord-est. L’oued Bou-Zkoura, beaucoup plus long que lui, est à sec pendant la majeure partie de l’année. Sa source se trouve à 16 kilomètres, environ, au sud du confluent, au pied du versant septentrional de la dernière côte du Sahel.
Au delà de Casablanca, les cours d’eau se font de plus en plus rares. Entre cette ville et le Morbéa, nous n’en avons relevé que trois, dont l’oued Ouled Jerar et l’oued El-Houera. Ce ne sont que de petits ruisseaux appartenant exclusivement au Sahel.
Nous arrivons au Morbêa (Oum Er-Rebia), au grand fleuve de la région, l’une des plus importantes — sinon la plus importante — des artères du Maroc.
Le Morbêa prend sa source dans le Diebel Ayan. près du point d'intersection du 33° de latitude N. et du 7 de longitude O. de Paris, où naissent également la Moulouia et le Sebou. Il a une longueur totale d’environ 350 kilomètres, qui peut se diviser en deux sections : un cours supérieur, de 200 kilomètres, depuis la source jusqu'au point où le fleuve s'engage dans
Rs = = = ne. =
Vallée du Morbèa à Bouläouan
la région des terrasses, et un cours inférieur, de 150 kilomètres, depuis ce point jusqu’à la mer.
Le cours supérieur est relativement peu connu. Il descend du Djebel Ayan dans le haut plateau subatlantique, qu’il parcourt à l’ouest-sud-ouest, puis à l’ouest. Il reçoit un grand nombre de tributaires, surtout de gauche, dont les plus importants, l’oued El- Abid et le Teçaout lui viennent du Grand Atlas.
C’est à son confluent avec ce dernier qu'il entre dans la région des terrasses et dans le cadre de notre carte. Sa vallée, large jusque là, devient étroite et va en se rétrécissant de plus en plus. Après une trentaine de kilomètres, venant se heurter au Diebel Kharro, il oblique vers le nord-ouest et parcourt ainsi la terrasse supérieure dans une vallée profondément
encaissée. À Boulâouan, arrivé au bord septentrional de la terrasse, il descend par une série de rapides à l’étage inférieur. Puis il se dirige au nord, décrivant d'innombrables méandres dans une vallée toujours profonde et étroite. Au delà de Si Saïd Ben-Maâchou, il reprend sa direction vers le nord-ouest. Sa vallée si-
nueuse s’élargit par moments, puis s aplanit subitement à Azemmour. Le fleuve passe au pied des murs de la ville, édifiée sur sa rive gauche, el se jette dans la mer 4 kilomètres plus loin. Son embouchure, comme celle du Bou-Regreg, est obstruée ei rendue imprati-
cable par une barre de sable.
Le cours inférieur du Morbêa ne reçoit que des tributaires peu importants, presque tous desséchés en été. Ce sont, à droite : l’oued Giser renforcé par les eaux d'Aïn ‘Tmasin, la source de Dar Ould Tounsa; l’oued Tahachit, l’oued Hanina, l’oued Bris, identique probablement à l’oued Bou Mousa qui, venant des ruines de Dar Si Ahmed Bou-Azouz, passe par Settat, puis suit la base du talus de la terrasse supérieure vers le Morbêa; l’oued Et-Targa, l’oued Bou-Nkheïla. l'oued Tiourghat, l’oued Er-Rouidat et l’oued El-Ksiba. Les affluents de gauche, au moins ceux de la région côtière et de la terrasse inférieure, se réduisent à quelques chaâb et ruisselets sans importance. Nous ne connaissons pas la rive gauche du Morbêa en amont de Boulâouan. Quant à l’oued Gaïno, qui, d’après Crema, prend sa source à l'extrémité orientale des Diebilat, s’il atteint le Morbêa, ce doit être à l’est du Diebel Kharro.
HYDROGRAPHHIE 133
Le Morbéa à Mechra Ech-Chaïr
Aucun pont ne franchit le cours inférieur du Morbêa. Des bacs n'existent qu'à Azemmour, où passe la route côtière, et à M2 Ben-Khallou, où la route de Rabat et de Casablanca à Marrakech croise le fleuve. Partout ailleurs, le passage se fait à gué ou au moyen d’une madia, radeau composé de quelques outres gonflées, de quelques bâtons et de cordages en feuilles de palmier nain. Il existe une trentaine de ces passages entre l’embouchure du Teçaout et la mer.
En voici les principaux :
Bab Ej-Jiaf, bac d'Azemmour: - - Largeur du fleuve 200 m. Altitude 2 m. Mechra Mhéoula, gué et madia e s 80 , ” 27.
. Si M'hbarek, , . ï 3 à 60 ,, A 56 ,, ï Es-Sefsafa, ., S à :, s 50 ,, " 74 ,, ; EI-Kerma, ,, ä : . ÿ 50 .… Fe 114 ; Ech-Chaïr, # . FU 60 , " 174 ; Ei-Kharifa - + - : . - . . : . ” 70 ,, . 252 » Bou-Hassina - + . : + . . me EE oi ee ï — s St Ali Ben En-Nouiti: : : . Le és 60 ,, . 276 ,,
» Ben Khallou, bac et gué : » »” 10 —
La pente moyenne de la vallée inférieure du Morbêa, en ne tenant pas compte de ses méandres, est de plus de 2 mètres par kilomètre. Le fleuve est donc très rapide; nous le croyons cependant navigable, au moins pendant une bonne partie de l’année. Aucune chute, aucun seuil infranchissable ne barre son cours: et la profondeur des eaux, même aux gués réputés les plus faciles, serait suffisante pour des embarcations d'un faible tirant d’eau.
Du Morbëa au Tensift, c’est-à-dire pendant près de 200 kilomètres, la route côtière ne traverse aucun cours d’eau digne d’être mentionné. On n'y trouve que des gouttières creusées par les pluies et quelques sources sur le littoral même.
Le Tensift, dont le cours moyen figure sur notre carte, prend sa source dans le Grand Atlas, au sudest de Marrakech. Sa longueur totale est d'environ 240 kilomètres. Son cours supérieur, l’oued Redat, coule au nord-nord-ouest pendant 50 à 60 kilomètres, puis, sorti des avant-monts de l’Atlas, il prend le nom de Tensift et se dirige à l’ouest en longeant la base méridionale du Bou-Kerkour et du Bremran, puis de l'aile occidentale des Dijebilat. Près de Si Chiker, à 80 kilomètres environ de son embouchure, le Tensift quitte le haut plateau et pénètre dans la région des terrasses, qu’il parcourt en une vallée profonde et sinueuse vers l’ouest-nord-ouest. À l'exception du ruisseau de Ras El-Aïn et de quelques chaâb, dont la plus importante semble être l’oued Séous (?) dont le sillon sépare le Bou-Kerkour et le Bremran des Dije-
Estuaire du Tensift
bilat, le Tensift reçoit tous ses affluents du sud. Ce sont, de l’est à l’ouest : l’oued El-Hadijar, l’oued Louidat (?), l’oued M'sfioua, l’oued El-Mellah, l’oued Ourika, l’oued Issil, l’oued Nfis, l’oued Ratmi (?), l’oued Boulakhres (ou Bou El-Kherras), l’oued Chechaoua et l’oued Mramer. D’après M. Fischer, le Tensift se trouve à environ 650 mètres d'altitude au point de son changement de direction vers l’ouest, à 440 mètres au grand pont qui le franchit au nord de Marrakech et à 250 mètres près de Si Chiker. Sa pente est donc de 4 mètres par kilomètre dans le haut plateau subatlantique et de 3 mètres dans la région des terrasses et du sahel. Son embouchure, à 32 ou 33 kilomètres au sud de Safi, est bloquée par une barre guéable à marée basse pendant presque toute l’année. Un autre pas-
sage important se trouve %$ ou 4 kilomètres plus haut. en face de Zt R’tnana, un troisième, à Si Aïssa Bou- Khabia, à 16 kilomètres environ de la côte. Tous ces gués présentent des difficultés considérables au moment des hautes eaux de l'hiver et des crues qui suivent la fonte des neiges de l’Atlas en mai. En amont de Si Aïssa Bou Khabia, les gués sont nombreux et
généralement faciles.
À ces cours d’eau nous devons en ajouter quelques autres, qui naissent dans la terrasse supérieure, d’où ils descendent dans la terrasse inférieure pour s’y perdre après un trajet plus ou moins long.
A l’est du Morbêa, ce sont l’oued Mils et ses affluents, le ruisseau d’Aïn El-Fert et quelques autres plus petits.
À l’ouest du Morbêa, nous avons relevé quelques ruisseaux semblables, dont celui de M'tal et l’oued Fargh, qui semblent descendre des flancs du Di. Akhdar.
Le plus important de ces cours d’eau est l’oued Bou-Chan. Il descend de la Gâda Si Bou-Yahia dans la dépression de la terrasse supérieure signalée plus haut, puis décrit une courbe vers le nord-ouest et descend dans la terrasse inférieure par la trouée entre le Di. Fathnassa et les collines d’El-Mouisat. Il court ensuite par le nord au nord-est et semble aboutir à un bassin situé à quelques kilomètres vers l’ouest de Dar Bel-Mahdi. Ce bassin, dont nous n’avons apercu que les talus, de 5 à { kilomètres de distance, nous
a été désigné par les indigènes sous le nom d’Ouerar. L’oued Bou-Chan est une chaâñba. Quand nous le traversâmes avec la m'halla en mars 1898, après les fortes pluies des journées précédentes, il charriait un volume d’eau considérable. Trois mois après, nous le trouvâmes absolument à sec. Son lit sablonneux, creusé presque au ras de la plaine, y avait 15 à 20 mètres de largeur et environ 1 mètre de profondeur. Dans la terrasse inférieure, sa largeur n'est plus que de 8 à 10 mètres. Nous l’y avons trouvé complètement desséché en mars 1901. Mentionnons encore l’oued Grando et l’oued Smira, affluents du Bou-Chan, qui semblent alimentés par des sources.
$ 3. — Bassins lacustres.
Dans le sahel et dans la terrasse inférieure, nous avons relevé un assez grand nombre d'étangs (daya), dont les plus étendus nous ont semblé être ceux de Deïdia et de Sid El-Hattab. Ce ne sont que des dépressions peu profondes, circulaires ou ovales, qui recueillent les pluies et se dessèchent plus ou moins complètement en été.
Les marécages (merdja) que l’on trouve près de la côte, à l’est et à l’ouest de Casablanca notamment, sont alimentés par des sources et les pluies, quelquesuns par l'irruption de la mer pendant des marées exceptionnelles.
Nous avons mentionné déjà les lagunes de l’Ykem et du Cherrat et celles de l’Oûlja, à l’ouest du cap Blanc. Il y en a d’autres le long du littoral rocheux entre l’Ykem et Rabat.
Dans toute la terrasse supérieure, nous ne connaissons qu’un seul bassin lacustre, le plus étendu de toute la région. C’est le lac salé (sebkha) de Zyma, bassin sans écoulement de 3 à 4 kilomètres de longueur, de 1 à 2 kilomètres de largeur et orienté du sudest au nord-ouest. Suivant les indigènes, il est alimenté par des sources qui jaillissent de son fond même. Son eau est une solution saturée de chlorure de sodium. Le sel se dépose et ne demande qu'à être ramassé et emporté. Une charge d'âne se paye 25 cen-
times et une charge de chameau 50 centimes. En été, il se forme à la surface une croûte solide et épaisse,
au-dessous de laquelle s'amasse une nappe d’eau provenant des sources du fond et protégée de l’évaporation par la cuirasse qui ia recouvre.
Le noyau du vorla nd de l'Atlas est formé par des terrains schisteux paléozoïques, dont les strates redressées, souvent presque verticalement, témoignent de perturbations puissantes à une époque géologique reculée. Ces terrains rocheux ne seraient, d’après M. Th. Fischer, que les assises d’un massif montagneux plus ancien que l’Atlas même. La mer qui les a usés y a déposé des hancs puissants de terrains plus récents, qui ont conservé leur position horizontale. Ceuxci, usés à leur tour par l’eau et le vent, ont laissé reparaître à leur surface les parties culminantes des roches anciennes, celles qui avaient le mieux résisté à l'érosion marine. Ces affleurements, nous les trouvons sous forme de montagnes et de crêtes déchiquetées émergeant du plateau des sédiments récents ou de déserts rocheux au ras de la plaine. Nous les trouvons encore dans les vallées et les ravins, où ils ont été mis à nu par l'érosion puissante des cours d’eau. Ils forment le massif des Diebilat, du Bou-Kerkour et du Bremran, les montagnes des Rahamna, la côte d’El- Gentour et le sous-sol du plateau d’El-Bheïra qui relie toutes ces montagnes et en fait une grande île triangulaire s'étendant, au nord, jusqu’à la limite septentrionale du haut plateau subatlantique, au sud, jusqu’au Tensift et, à l’est, jusqu’à la plaine des Zraghna.
Dans le haut plateau subatlantique, la roche ancienne reparaît encore dans le Di. Gilis, les Koudiat Ardhouz, les affleurements signalés par M. Fischer près de l'oued Boulakhres et sur la rive droite du Te- “aout et dans la petite chaîné rocheuse traversée par Lenz et Crema entre le Morbéa et Dar Allal Cherkaouï.
Dans les terrasses et au sahel, on trouve des roches anciennes entre le lac Zyma et le Tensift et probablement au Di. Ighout, puis au Di. Fathnassa et dans le défilé de M'tal, au Dj. Akhdar et au Di. Kharro, dans la vallée du Morbêa et de ses affluents et dans celles de l’oued El-Kantra, du Neffifikh, du Bou-Znika, du Cherrat et de l’Ykem. Elles forment une série d’arêtes et de plateaux rocheux disposés en une large bande orientée du nord-nord-est au sud-sudouest. entre la côte près de Casablanca et le Morbêa près de Boulâouan. Les rochers de Skhirat (près de la kasba de ce nom), ceux de Deïdia (sur la rive gauche du Bou-Znika) et ceux d’Aïn Setti Meriem (au pied de Mgartou) appartiennent également aux terrains anciens. Quant à la crête rocheuse de Sokhrat ed-Dijeja, ainsi que nous l'avons fait observer plus haut, elle semble appartenir à une branche du Moyen Atlas.
On remarquera que, dans la région que nous considérons comme faisant partie du haut plateau subatlantique, les terrains anciens occupent un espace bien plus étendu que dans les terrasses et le sahel. C’est que là, au moins dans la partie du plateau dont nous
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Falaises de la rive gauche de l'Oued Chechaoua
nous occupons — il n’en est pas de même à l’ouest de l’oued Chechaoua — les terrains crétacés (?) et tertiaires semhlent avoir été emportés par les nombreux cours d’eau qui descendent de l’Atlas et remplacés par des dépôts plus récents et encore relativement peu puissants de sédiments diluviens et post-diluviens. M. Th. Fischer insiste sur la faible profondeur à laquelle on trouve les couches imperméabhles dans la plaine de Marrakech : si le dattier y prospère sans irrigation artificielle, c’est que ses racines atteignent la nappe d’eau souterraine.
On remarquera aussi que les affleurements de terrains anciens, quoique beaucoup moins élevés que ceux du Dj. Akhdar et du Dj. Kharro, sont bien plus nombreux à l’est du Morbêa qu’à l’ouest. Les couches ho-
rizontales récentes y sont moins épaisses : les puits y sont nombreux et peu profonds (6 à 10 mètres en moyenne; ce n'est qu’au sud du Dj. Ftatin, à Kt Beni Meskin, que nous en avons trouvé un de 30 à 40 mètres.)
A l’ouest du Morbôa, ainsi que le fait remarquer M. Doutté, les puits ont communément de 15 à 30 môtres de profondeur. [Le capitaine Fawcett dit qu'il n'est pas rarc d’en voir atteindre 90 mètres (nous en avons vu un de 60 mètres à Dar Msaddek), et la carte de M. de Flotte-Roquevaire en porte un de 110 mètres à Dar Bel-Mahdi. Aussi y sont-ils relativement rares : ils sont souvent remplacés par des citernes creusées dans des plis du terrain de façon à recueillir l’eau de pluie qui découle des pentes. Les couches imperméables se trouvent à une profondeur moins considérable dans le pays d’Ahmar et notamment dans la dépression de Smira.
Voyons maintenant les données géologiques que nous possédons sur les différentes zones du vorland. $ 1. — La Côte.
Ce sont surtout des formations modernes qui conslituent la ligne côtière : des sables meubles et des sables agglutinés. Ceux-ci forment des bancs horizontaux de urès calcaire gris ou jaunâtre, contenant des débris de coquilles appartenant à des espèces encore existantes. Maw signale de ces bancs de 20 mètres d’épaisseur à Tanger, à Safi et à Mogador. M. Fischer, qui les a étudiés à Rabat, émet l’opinion que la transformation très active des dunes en grès calcaires doit être sur-
tout attribuée à la quantité de matière agglutinante, c’est-à-dire de carbonate de chaux, contenue dans les eaux du Bou-Regreg et, par conséquent, dans la mer près de son embouchure. Cela nous explique la grande place que tiennent les grès calcaires entre Rabat et Casablanca. où les cours d’eau sont très nombreux, ct la petite place qu'ils tiennent entre Casablanca et le Morbêa, le long d’une partie de la côte où l’on ne trouve que de rares et insignifiants ruisseaux.
Les terrains anciens atteignent la côte en plusieurs points. Von Fritsch signale, entre Fedala et Casablanca, «des schistes à grauwacke dirigés presque exactement nord-sud, avec un pendage de 35° vers l’ouest, et qui sont riches par places en feuillets de mica ». D'après Lenz, on y trouve aussi des quartzites mis à nu par l'érosion. A Casablanca, des couches peu puissantes de formation moderne, un agglomérat jaunâtre de grains et de petits galets quartzeux, reposent sur des couches redressées de grès rouge schisteux ancien (Fischer). Ces couches, orientées au N.200E.. font à Casablanca une frange rocheuse plissée, large de 100 à 150 mètres à marée basse et en grande partie recouverte à marée haute, où s'ouvre un petit havre qui sert de port aux chalands. Au promontoire d’El-Ank, les roches anciennes s’avancent dans la mer sous forme de récifs et d’écueils.
La formation de terrains nouveaux ne fournit pas une explication suffisante de certains phénomènes que l’on observe sur la côte du Maroc. Le cours ralenti des rivières près de leur embouchure, l’ensablement
progressif de celles-ci. la formation de lagunes. l’élévation des terrains quaternaires au-dessus du niveau de la mer. la distance de la côte à laquelle on trouve d'anciennes falaises, sont autant de preuves d'un soulèvement du littoral à une époque géologique récente. Entre l'Ykem et Rabat, à 2 ou ) métres de Ja mer. on trouve des bancs calcaires horizontaux portant des traces évidentes de l'action dez vagues. Au sud du Cap Blanc, l'ancienne falaise est aujourd'hui séparée de la mer par l'Oûlja. dont les lasunes attestent l’origine. Et dans le nord du Maroc. en allant d Agila à Tétouan, nous avons trouvé. à 12 kilomètres de la côte. sur les bords du Merdi el-Kuiar., de: roches erensées et polies absolument pareilles à celles que l’on trouve sur la côte actuelle à Azila.
A ces preuves géologiques viennent s’en ajouter d'autres, historiques. qui nous permettent de penser que le soulèvement s’est poursuivi jusqu'aux temps modernes. C’est ainsi que les anciennes colonies phéniciennes de Lixus. près de Larache, et de Sala (Chella), près de Rabat, se trouvent aujourd'hui à plusieurs Kilomètres des embouchures du Lekkous et du Bou-Regreg. À Casablanca, au cours de travaux de terrassement, on a trouvé une vieille ancre dans l'intérieur de la ville; et, à Mazagan, l’ancienne porte de la marine a été supprimée parce qu’elle ne donne plus accès à la mer.
Ce n’est que dans les derniers temps que la mer semble reprendre le dessus. M. Fischer signale l’effet des vagues sur les formations quatcrnaires : les
Le Djerf El-lhoudy crevasses, les « marmites de géant » observées à Rabat.
à Casablanca et à Mogador.
$ 2. — Le Sahel.
On trouve dans le sahel des terrains presque entièrement sableux (rmel}), des terres végétales gréseuses (bled m’remla), des terres argileuses rouges (hamri) et des îlots de terre noirâtre (bled m'tirsa) s’approchant du tirs que nous trouverons plus loin, dans la région des terrasses. La couche de terre végétale y est généralement peu profonde, et en beaucoup d’endroiïts on trouve le squelette rocheux à nu (m’kart). Aïlleurs, de vastes terrains sont couverts de ses débris (bled harcha). Le sous-sol est formé presque partout de bancs calcaires horizontaux. Lenz ct Fischer les signalent à
l’est du Morbêa, Badia et d’autres, à l’ouest de ec fleuve. Nous les avons vus souvent crevassés ou creusés de trous ronds ou de formes irrégulières. A la hauteur du cap Cantin, ces trous sont si nombreux qu'ils entravent sérieusement la marche; ils ne sont séparés par endroits que par des arêtes minces et tranchantes : on dirait marcher sur des pots de fleurs à moitié enfouis. Thomson, qui a traversé le sahel plus au sud, en allant de Safi à Marrakech, regarde sa configuration comme le résultat de l’érosion marine et le considère comme un fond de mer tertiaire soulevé qui atteint l’océan avec les rochers du Dierf El-Ihoudy.
Les affleurements de terrains anciens ne sont pas très nombreux dans le sahel. Nous avons cité plus haut les arêtes rocheuses de Skhirat et de Deïdia et les couches schisteuses mises à nu par l'érosion dans les vallées des cours d’eau. Dans celle du Morbêa, nous avons trouvé des alluvions, des agglomérats de galets, des grès. des schistes. Au sud de Casablanca, dans les dernières côtes du gahel. M. Fischer mentionne des couches redressées de grès calcaires et argileux; et sur les routes de Dar Ber-Rechid à Azemmour et à Dar Ould El-Haj Kacem. à l’ouest du 10me de longitude, nous avons trouvé plusieurs affleurements de terrains anciens dont les strates redressées sont orientées du nord-nord-est au sud-sud-ouest.
Quant aux richesses minérales du sahel, comme de celles du Maroc en général, nous n’en savons que fort peu de chose. Il y a des terrains ferrugineux, autrefois exploités, sur les bords du Neffifikh, à une
quinzaine de kilomètres de son embouchure. Non loin de là, paraît-il, on trouverait aussi des minerais de cuivre. À la chute de l’oued El-Haçar, au pied des bancs horizontaux puissants de grès rouge reposant sur des couches calcaires, on trouve des excavations avec des stalactites et des dépôts de terre à foulon. $ 3. — La Terrasse inférieure.
C’est par excellence la région du tirs. «Ce mot — dit M. Doutté — sert à désigner, dans l'Afrique du Nord, les terres argileuses qui se crevassent en se desséchant. » C’est une terre brune ou noire, très ténue, capable d'emmagasiner une grande quantité d’eau et d’une fécondité remarquable. M. Fischer considère le tirs comme une formation éolienne dont la coloration est due aux matières organiques qu'elle contient : un dépôt de poussières enlevées par le vent aux steppes arides de l’intérieur et retenues dans cette zone voisine de la mer par l'humidité du sol. La couche de tirs n’est pas tout unie. On y trouve, principalement au sommet des ondulations du sol, des îlots de terrains semblables à ceux du sahel: et des deux côtés du Morbêa. où la terrasse s'incline vers le fleuve et où, par conséquent, les éléments légers du tirs sont facilement entraînés par les eaux, on ne trouve guère que des terrains gréseux et pierreux. Le tirs s’arrête aussi à une certaine distance, par places à plusieurs kilomètres, du talus de l’étage supérieur.
Dans la terrasse inférieure, surtout dans les Doukkala, la couche de terre végétale est généralement plus profonde qu’au sahel, et l’on y rencontre moins sou-
Sokhrat El-Mgron
vent le sous-sol rocheux à nu. Ici encore, ce sont des couches calcaires horizontales (crétacées ?), quelquefois dures et résistantes, mais plus souvent tendres et friables. Les terrains pierreux n'y sont pas aussi fréquents qu'au sahel, et, dans la région du tirs proprement dit, on peut parcourir des kilomètres sans voir une seule pierre.
Quant aux terrains anciens, nous n’en connaissons aucun affleurement à l’ouest du Morbêa. A l’est cu fleuve, nous avons trouvé des débris schisteux sur la rive droite de l’oued Bris ct dans la vallée du Bou- Nkheïla. À Sokhrat el-Mgron, nous avons vu la vallée de l’oued Et-Targa barrée par une énorme lame de quartzite dirigée du N.100E. au $.10°0., légèrement inclinée vers l’ouest et trouée d’une brèche d’une ving-
Vallée du Morbêa à Boulâouan
taine de mètres de largeur par laquelle s'échappe le ruisseau. On trouve plusieurs crêtes rocheuses parallèles, orientées du nord-nord-est au sud-sud-oucest, près de Souk El-Jâma et des affleurements de couches anciennes près de Sid El-Hattab. M. Fischer signale des grès argileux et calcaires redressés dans la vallée de l’oued Bou-Mousa, entre Kt Ouled Saïd et Dar Ber- Rechid, des conglomérats. des grès et des schistes dans la vallée du Tensift. On trouve les mêmes terraïins dans celle du Morbéa.
$ 4. — [La Terrasse supéricure.
Le tirs ne s’y trouve plus qu'à l’est du Morbéa, dans les Chaouïa, où, alternant avec des terres argileuses et gréseuses, il forme encore une portion considérable du sol, jusqu’à 80 ou 90 kilomètres de la
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côte. Plus loin, le terrain se couvre de débris calcaires et devient de plus en plus aride, jusqu’à ne plus être qu'un vaste désert pierreux au sud du Diebel Ftatin. À l’ouest du Morbêa, nous ne savons que fort peu de choses concernant la région voisine du fleuve. Lemprière, qui l’a parcourue en se rendant de Marrakech à la côte par Kt Boulâouan, la décrit seulement comme une série ininterrompue de landes sauvages et incultes. Entre le Dj. Fathnassa et la côte d’El-Gentour, nous avons trouvé des terrains sableux et argileux stériles. Plus loin, entre le lac Zyma et les montagnes des Rahamna, on trouve des terres rouges, très fertiles lorsque les pluies tombent en abondance.
Le talus qui sépare les deux terrasses est généralement pierreux ou rocheux. Lenz mentionne des bancs calcaires horizontaux dans les collines de Settat, c’est-à-dire à l'entrée de la terrasse supérieure, qu'il regarde comme le reste d’un plateau érodé qui s’étendait autrefois jusqu’à la mer. En effet, les monticules coniques ou tabulaires que l’on trouve en avant de ses bords : M’gartou, Si Nader ou Nouider, d’autres sur les bords du Morbêa et du Tensift et les hauteurs composées de couches calcaires horizontales franchies par M. Fischer dans l’angle du Morbéêa et du Teçaout, sont autant de témoins d’une extension autrefois plus considérable, tant au nord qu’au sud. On trouve encore les bancs calcaires à nu en plusieurs points de la terrasse supérieure, notamment à Giser et au sud de Kt Beni Meskin, où ils sont fortement érodés. Les parois de la vallée du Morbêa, en aval de sa
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réunion au Teçaout et jusqu'au delà de M* El-Khalifa, sont formées de couches horizontales de grès et de conglomérats; plus loin, de strates gréseuses et argileuses plissées sur lesquelles reposent d’épaisses couches calcaires (Fischer). A M2 Ech-Chaïr, le fleuve coule dans des formations récentes, puis pénètre dans une vallée profondément encaissée, aux pentes abruptes de grès et de schistes argileux et de grauwacke. Ces roches sont dénudées jusqu’à une distance assez considérable du fleuve et se retrouvent dans les vallons latéraux, par exemple près de Dar Ould Tounsa.
Le Djebel Kharro n’a pas été visité; mais l’aspect déchiqueté de la crête qui forme son sommet indique suffisamment qu'il est composé de couches redressées anciennes. Quant au Diebel Akhdar, les données que nous possédons sur sa constitution géologique datent d’un siècle. À son entrée dans la terrasse supérieure (probablement par, la vallée de l’oued Fargh), Ali Bey trouva le sol composé de sable quartzeux et de feldspath rouge-brique, d’où il conclut que la montagne voisine, le Dj. Akhdar, doit être granitique. Plus loin, sur le flanc même de la montagne, il trouva des schistes argileux, puis, sur le versant méridional et assez loin vers le sud, du granite au feldspath Kkaolinisé par la dénudation. — On rencontre des schistes dans le défilé de M'tal, des roches gypseuses au nord du lac Zyma et dans les collines d’El-Mouisat et des affleurements de grauwacke entre le lac Zyma et le T'ensift. Le sous-sol des terres rouges d'Ahmar est formé de grès rouge.
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Carte géologique de la région parcourue
$ 5. — Le haut plateau subatlantique.
Nous avons mentionné plus haut l’étendue considérable des formations anciennes dans la partie du haut plateau dont nous nous occupons. Les montagnes des Rahamna sont composées de schistes argileux redressés presque verticalement et orientés du sud-sudouest au nord-nord-est (Thomson). La côte d’El-Gentour est formée de la même roche; et la petite chaîne franchie par Lenz, au sud du Morbêa et à l’ouest du Teçaout, est composée de schistes argilcux verticaux bleu clair, avec des intercalations de quartzites blancs et de calcaires cristallins. — Le sous-sol de la plaine d'El-Bheïra est formé de schistes argileux anciens. Sa surface, parfois sableuse, est parsemée de débris schisteux et de morceaux de quartz cristallin avec des agates (Washington). — La partie centrale des Diebilat est composée de micaschistes et de schistes argileux avee de nombreuses et puissantes veines de quartz. (Badia, Washington, Fischer). — Dans le Di. Minjel Lenz trouva des schistes argileux, des quartzites, des grès; et dans la plaine à l’est de cette montagne, sur la rive droite du Teçaout, M. Fischer mentionne des couches redressées de grès rouge ancien. — Dans le Di. Bou-Kerkour, Lenz relève, du nord au sud : des pics isolés de basalte noir, une série de collines plates de granite blanc et des couches de schistes sableux neutres colorés de rouge sombre ou de noir. — Crema mentionne les puissantes masses de granite du Bou- Kerkour. Entre celui-ci et le Di. Bremran, du pont du Tensift au défilé de Souinia, s’étend une plaine dont
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la constitution géologique est la même que celle des Dijebilat (Fischer). Le Dj. Bremran est composé des mêmes roches. M. Fischer signale encore des affleurements de terrains analogues : schistes argileux, grauwacke et intercalations quartzeuses au sud du Tensift. à l’ouest de l’oued Boulakhres. — Les Koudiat Ardhouz sont composées de blocs puissants de calcaire corallien paléozoïque (von Fritsch); et Hodgkin y trouva du marbre brun. — Enfin, le Dj. Gilis est formé de deux rangées de collines rocheuses de 2 kilomètres de longueur et dirigées du sud-ouest au nordest, dont la plus orientale est composée de bancs très redressés d’un calcaire gris-bleu très dur (Fischer). Von Fritsch y avait trouvé un calcaire sans fossiles et des schistes argileux sombres. | Quant aux vastes plaines qui s'étendent au sud et à l’est du grand massif schisteux, les plateaux de Marrakech et de Zraghna, leur sol est formé de dépôts détritiques sans cesse accumulés et renouvelés par les nombreux torrents qui descendent de l'Atlas. On y rencontre des débris roulés de toutes les roches de la haute chaîne et de ses .avant-monts : galets et graviers granitiques, schisteux, gréseux, calcaires, et des terrains sableux, argileux, calcaires, produits de leur trituration. Souvent on trouve ces éléments agglomérés et recouverts d’une carapace dure et plus ou moins épaisse de tuf calcaire. Ailleurs, ce sont des fragments anguleux de ce tuf qui couvrent la plaine. Maw explique la formation de la croûte tufacéc par les fortes chaleurs succédant à des pluies violen-
tes : l'eau s'évapore rapidement, et le carbonate de chaux dont elle s'était chargée se dépose. C’est à un phénomène analogue que M. Fischer attribue la transformation des sables en grès calcaire à la côte : ici ce sont les débris vcoquilliers et les cours d’eau qui fournissent la matière agglutinante; 1à, ce sont les dé-
tritus calcaires.
La latitude, le voisinage et les vents de la mer, les alizés notamment, et l’Atlas, dont la haute muraille joue le rôle d’un modérateur très efficace des influences sahariennes, sont les agents principaux du climat subatlantique en général. Mais l'élévation moindre, la proximité plus grande des gradins inférieurs de la mer et la température relativement basse de celle-ci près du littoral, d’une part. l'altitude plus considérable des plateaux de l’intérieur, leur distance de l'océan, les hauteurs qui les séparent des régions côtières et s’opposent plus ou moins à la pénétration des vents marins, d'autre part, ont créé dans le vorland de l'Atlas deux variétés de climats nettement opposées, l’une maritime, l’autre plutôt continentale.
La chaîne Ighout-Fathnassa-Akhdar peut être considérée comme formant la limite entre les deux zones climatériques à l’ouest du Morbêa. A l’est, où le talus relativement peu élevé de la terrasse supérieure ne constitue pas un obstacle insurmontable, les influences marines se font sentir jusqu’à 80 et même 90 kilomètres de la côte, décroissant peu à peu, au fur et à mesure que l'altitude et la distance de la mer augmentent.
Il est bien entendu que nous ne nous occupons toujours que de la région située entre le 9 ct le 11°
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de longitude et les fatitudes de Rabat et de Marrakech.
A Îla côte, la température moyenne de janvier est de 12 à 149, celle de juillet de 22 à 24°. Le thermomètre n’y descend guère au-dessous de + 5° en hiver, et n'excède qu’assez rarement 30° en été. La température moyenne de l’année y est d'environ 18, l'écart entre les températures moyennes de janvier et de juillet de 100, et l'écart entre les températnres extrêmes de 25 à 300.
Dans le haut plateau de Marrakech, la température moyenne de janvier ne doit être que de 10 à 12°, celle de juillet de 30 à 32°. Le thermomètre y descend souvent au-dessous de Zéro. (D’après M. de La Martinière, on observe parfois, à Marrakech, des températures de — 3° et — 4°: et dans l’Aâloua, à 8 ou 900 mâtres d'altitude et entre 80 et 100 kilomètres de la côte, nous avons relevé des gelées blanches le 27 décembre 189%, le 17, le 18 et le 22 janvier 1898.) En été, la température doit y atteindre et même dépasser 459 à l’ombre. (Nous avons relevé 44°, à Meknès, le 16 septembre 1898). La température moyenne de lannée y serait donc de 21° environ, les écarts entre les températures moyennes de janvier et de juillet de 200 et entre les maxima et les minima absolus de 50°, c'est-à-dire doubles de ce qu'ils sont à la côte.
Mais ces températures relativement élevées et basses dans l’intérieur du vorland sont rendues très supportables par l’état hygrométrique de l’atmosphère. Tandis que l’air de la région côtière est généralement
très chargé, souvent saturé de vapeurs d’eau, celui des hautes plaines est très sec, surtout en été. M. Fischer, dans son étude approfondie de la climatologie du Maroc, compare la sécheresse atmosphérique de l’intérieur du vorland à celle des déserts. (En juin 1900, voyageant dans le pays des Beni Meskin, par une température voisine de 40°, je fus frappé de la rapidité extrême avec laquelle se desséchaïent des linges imbibés d’eau dont je m'’enveloppais la tête et les épaules).
La grande humidité de l’atmosphère de la zone côtière se manifeste par la fréquence des brouillards et l'abondance de la rosée et des pluies.
Les brouillards ne sont pas rares à la côte, surtout en été: et ils sont souvent tellement épais que le soleil ne parvient pas à les dissiper avant midi, ni même parfois pendant la journée entière.
La rosée et le serein sont extrêmement abondants dans la zone côtière, où ils sont d’une importance capitale pour l’agriculture. Ils deviennent de plus en plus rares vers l’intérieur et finissent par manquer presque complètement dans les hauts plateaux.
A la côte, la saison pluvieuse, interrompue par de longues séries de beaux jours, dure d'octobre en avril. Les périodes où il tombe le plus d’eau semblent être celles qui s'étendent de mi-novembre à mi-janvier et de mi-février à mi-mars. |
D'après M. G. H. Fernau, qui a bien voulu nous communiquer le résultat des observations faites par lui à Casablanca pendant les années 1897-1902, le
nombre des jours de pluie a été. en moyenne. de 66.6 par an. Pendant la même période, la quantité annuelle moyenne d'eau recueillie au pluviomètre a été de 450%m,5 et a oscillé entre 1$2"m3 en 1897-1898 et fi8mm en 1900-1901.
(Sur les 92 jours — du 24 décembre 1897 au 26 mars 1898 — que dura mon voyage de Casablanca à Sokhrat ed-Dieja, le séjour en cet endroït et la marche à Marrakech. il y eut 26 jours de pluie : 13 pendant les derniers jours de décembre (ils avaient été précédés par une série d'autres) et les 12 premiers jours de janvier: les 13 autres, du 18 février au 21 mars. Du 13 janvier au 1S février. pendant 3% jours, il ne tomba pas une goutte d'eau.)
Parfois. il pleut en septembre et en mai, quelquefois même en juin, rarement en juillet et en août; mais ces ondées précoces ou tardives, exceptionnelles à la côte. sont assez fréquentes dans l'intérieur, où les pluies. beaucoup moins abondantes, sont cependant réparties sur une plus grande partie de l’année. (Nous avons eu des pluies, à Marrakech, en mai et juin 1898 et, le 21 septembre de la même année, nous sommes arrivés à Fez par une pluie battante, la première de la saison. qui tomba pendant plus de trois heures et fut suivie d’une série de jours pluvieux.)
La grêle n'est pas bien rare, en hiver, à quelque distance de la côte: quant à la neige, elle est inconnue dans la région qui nous occupe.
Les pluies coïncident avec les vents du Sud-Ouest. Ceux-ci, peu fréquents en été, alternent en hiver avec
les alizés du Nord-Est, qui dominent pendant la majeure partie de l’année. En été, tant qu’ils règnent en maîtres incontestés, le ciel reste bleu et la température agréable. La chaleur ne devient quelque peu accablante que pendant les périodes, assez rares, où ils ne soufflent pas. Encore est-elle atténuée par une brise de la mer qui se fait généralement sentir au milieu du jour. entre dix et quatre heures. Vers le soir, on observe un courant en sens inverse, appréciable surtout dans la vallée des fleuves.
Les tempêtes sont fréquentes en hiver, à l’époque des vents variables. Klles font quelquefois des ravages considérables dans les villes de la côte et parmi les voiliers qui se trouvent à l'ancre dans leurs rades mal abritées. [es steamers restent sous pression et gagnent le large quand le temps se gâte.
De temps à autre, en été, mais très rarement, un vent chaud du Sud-Est, généralement soufflant en ouragan et chargé de poussière, peut amener une température voisine de 500
Un phénomène que l’on observe souvent dans l’intérieur, notamment en été, vers le soir, ce sont des trombes de poussière parcourant la plaine avec une grande rapidité. Ce sont ces tourbillons, d’après M. Fischer, qui seraient les agents de la dénudation des hauts plateaux et de la formation du tirs.
Les orages sont rares à la côte; mais ils sont plutôt communs à quelque distance de celle-ci. (Pendant la marche de Sokhrat ed-Dieja à Marrakech, nous en avons observé cinq, dont un en février, sans pluie;
les quatre autres en mars, tous accompagnés d’averses torrentielles.)
Le mirage est un autre phénomène que l’on observe quelquefois dans les plaines arides et surchauffées de l’intérieur.
En résumé, le vorland de l’Atlas jouit d'un climat agréable et salubre : assez humide, il est vrai, mais tempéré et très égal à la côte; moins constant, mais sec, dans les hautes plaines de l’intérieur.
Flore naturelle. — Les conditions climatériques que nous venons d’énumérer expliquent la grande différence qui existe entre la végétation de la zone côtière, pays d'agriculture, et celle des hautes plaines de l’intérieur, pays d'élevage.
La zone côtière se distingue par l'abondance relative, la diversité et l’épanouissement des plantes que l’on trouve dans ses landes, dans ses maquis, dans ses forêts et dans ses vastes étendues cultivées; les hautes plaines, par le petit nombre des espèces et le développement maigre ou éphémère des individus qui forment le tapis végétal de leurs steppes, dont la monotonie n'est interrompue que par de rares oasis.
Les steppes du sahel présentent un aspect tout différent de ceux de l’intérieur. La plante la plus caractéristique de ces steppes est le doum (palmier nain : Chamæropshumilis}), qui ne se trouve guère que là, puis, mais en quantité bien moindre, le long du talus de la terrasse supérieure et au pied de l'Atlas. Malgré la ténacité avec laquelle il s'oppose au défrichement des terres, le doum est une plante d’une grande utilité. Il fournit aux indigènes la matière pour la confection des cordages, des nattes, des paniers, des bâts, des tentes; il sert de combustible, et ses fruits et ses racines se mangent.
Parmi les autres espèces des landes côtières, notons le kKlakh (Ferula tingitana), dont les tiges atteignent de deux à trois mètres de hauteur et s'emploient pour la construction des huttes, le drias (Thapsia garganica), le brouak (asphodèle), le skonm (asperge sauvage), des iris, des narcisses, des crocus, le yerni, une aroïdée dont les rhizomes remplacent en temps de disette les autres amylacées, après avoir été lavés à plusieurs reprises, séchés et moulus; puis, dans les terrains sablenneux, le rtem (Retama monosperma), grand genêt à fleurs blanches très odorantes, l’ansel (Scilla maritima), etc.
Dans les terres noires, on remarque surtout des férules, des fenouils et des chardons : le kherchouf (artichaut sauvage), et le Zz r a ga, une plante qui devient entièrement bleue en été et communique alors cette teinte à de vastes territoires où la plupart des autres espèces ont péri.
Ailleurs, notamment dans la région des terrasses, on trouve des prairies herbeuses fleuries de soucis, de pâquerettes, de camomilles, de mauves, de moutarde sauvage, etc. Ailleurs encore, surtout dans la partie méridionale de la terrasse supérieure, de vastes espaces sont couverts de graminées appartenant surtout au genre Bromus. Tous ces territoires à plantes exclusivement herbacées deviennent en été de véritables déserts.
Dans le haut plateau subatlantique, on trouve également des steppes à graminées, puis d’autres où
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