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CHAPITRE II EN FRANCE

Août 1915.

Échange de télégrammes entre George V et M. Poincaré.

— Le Président de la République a reçu de S. M. le roi d'Angleterre le télégramme suivant :

Monsieur le président de la République Française,

Londres, 4 août 1915.

A l'occasion de l'anniversaire du jour où mon pays a été forcé de prendre les armes contre la puissance qui a préféré la guerre à la Conférence et qui a violé de la façon la plus flagrante les traités qu'elle avait signés, Je désire vous exprimer ma ferme conviction que nos efforts unis conduiront au succès, et vous assurer de ma coopération indéfectible et de ma détermination, ainsi que de celle de mon pays, de poursuivre la guerre avec vos vaillantes armées, jusqu'à ce qu'elle puisse se terminer à notre satisfaction et que la paix puisse être garantie.

George R. I.

Le Président de la République a répondu en ces termes :

Sa Majesté le roi George V, roi de Grande-Bretagne et d'Irlande, empereur des Indes. — Londres.

Paris, 4 août 1915.

Je remercie Votre Majesté des assurances qu'Elle veut bien me donner. La France aborde la seconde année de guerre avec la même résolution et la même confiance que l'Angleterre. Elle est déterminée à ne pas déposer les armes avant que la victoire ait couronné ses drapeaux et ceux de ses vaillants alliés et avant que nos ennemis abattus aient cessé d'être une menace pour la paix du monde.

Au Sénat. — L'Émission des Bons du Trésor et des Obligations de la Défense. La question du change. — Le 5 août, le rapporteur général de la Commission du budget ayant demandé au Ministre quel était le montant des Bons du

— DIPLOMATIE ET POLITIQUE

Trésor placés au mois de juillet et s'il n'y avait pas moyen de mettre un terme à certaines manœuvres de spéculation qui tendent à la baisse du change français, M. Ribot a fait la réponse suivante :

Messieurs, je réponds tout de suite à la dernière question que m'a posée l'honorable rapporteur général de la commission des finances : n'y a-t-il pas un moyen d'empêcher la spéculation de s'exercer en matière de change?

Je crains qu'il n'y en ait pas de tout à fait efficace. Nous avons pris toutes les précautions qu'il était possible de prendre. Les banquiers se sont réunis; ils ont décidé qu'il n'y avait pas lieu de monopoliser le change, que c'était d'ailleurs, pratiquement impossible, — les essais de monopolisation tentés dans d'autres pays ont échoué, — mais qu'ils devaient prendre l'engagement de ne fournir le change qu'à ceux qui justifieraient de causes légitimes, c'est-à-dire à ceux qui auraient des traites commerciales à payer et qui ne feraient pas de placements à l'étranger, ni de spéculations.

Tous les banquiers ont pris cet engagement et l'exécutent. Seulement, en matière de change, on est toujours deux : la France et l'Angleterre ou la France et les États-Unis. Il y a toujours deux marchés qui se correspondent et, si l'on refuse le change en France, on va le chercher en Angleterre et alors la baisse du change se produit en Angleterre contre nous, et elle se produit d'autant plus grande qu'on crée plus d'entraves en France à la négociation libre du change. Les étrangers jugent la situation d'un pays quelconque par leur propre marché et non par celui de ce pays.

Il ne faut donc pas se faire d'illusion : il n'y a que deux procédés pour ramener le change au taux normal : c'est exporter, si on le peut, des marchandises ou envoyer de l'or, ou bien se procurer du crédit.

Il ne dépend pas de nous d'obtenir du crédit tel que nous le voudrions. Nous nous en sommes assuré un très large tout au moins en ce qui concerne les dettes de l'Etat.

Depuis plusieurs mois, le Gouvernement ne pèse pas sur le change. Il a ses propres disponibilités ; il en use ; elles sont assurées pour de longs mois.

Si nous pouvons faire un emprunt, soit seuls, soit avec des alliés, nous ne manquerons pas de le faire, j'en puis donner l'assurance à mon honorable ami M. le ïapporteur général.

A la Chambre des députés. — Le 14 août, à propos de la création de deux nouveaux sous-secrétaires d'État à la Guerre (intendance et santé) un débat s'est engagé à la Chambre.

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Le 21, M. Millerand, Ministre de la Guerre, prend la parole en ces termes :

Voici huit jours qu'à propos des crédits additionnels pour les deux sous-secrétariats d'Etat, certains de nos collègues ont, pour reprendre l'expression de l'un d'eux, institué à cette tribune et même, je crois, ailleurs, le procès du Ministre de la Guerre.

Si je les ai bien compris — et je voudrais être sûr de les avoir bien compris — le procès pourrait se résumer à peu près en ces termes : depuis que j'ai le lourd honneur de diriger l'administration de la guerre, on pourrait le caractériser par ces traits : la négligence, l'inertie, l'incurie. On ne saurait d'ailleurs s'en étonner si l'on remarque que, de parti pris, le Ministre de la Guerre couvre ses collaborateurs et qu'il se refuse systématiquement, quelles que soient leurs erreurs ou leurs fautes, à prendre contre eux aucune sanction. Je ne serais pas seulement le prisonnier de mes bureaux, j'aurais — et tout à l'heure encore cette idée était exprimée par l'un des orateurs — j'aurais abdiqué devant le haut commandement l'exercice de mes prérogatives et de mes droits. Enfin — on l'a dit assez clairement à cette tribune — pour achever le tableau, je serais l'ennemi du contrôle parlementaire. Tels sont les griefs dirigés contre le Ministre de la Guerre.

On ne m'accusera, je pense, ni d'en avoir altéré le sens, ni d'en avoir affaibli la force.

Je vais y répondre. Je le ferai avec une extrême modération, avec aussi la fermeté nécessaire, sans rien dire, soyez-en sûrs, qui soit de nature ni à exciter les passions, ni à soulever de légitimes susceptibilités.

Pour garder la sérénité qui convient, je n'ai qu'à avoir présente devant les yeux, comme on nous y invitait l'autre jour, la pensée, qui ne me quitte pas, de ceux qui, en ce moment, luttent, souffrent et meurent pour nous. (Applaudissements sur les bancs de la gauche radicale, des républicains de gauche et sur divers bancs.)

Le Ministre aborde ensuite la question des munitions, des poudres, des approvisionnements :

Je n'ai aujourd'hui, à la date où je parle, qu'un mot à ajouter. La confiance que je manifestais a été plus que justifiée par l'événement. Nous pouvons maintenant parler comme d'un mauvais rêve de cette crise tragique des munitions de 75. Toutes les promesses faites sont tenues pour le matériel.

Sur les bancs du parti socialiste. — Grâce à M. Albert Thomas, pas à vous ! (Protestation sur les bancs de la Fédération républicaine.)

Un membre a gauche. — Grâce à la commission !

Le Ministre de la Guerre. — Notre service des poudres, en collaboration étroite avec nos industriels, continue de réaliser les tours de force dont j'ai déjà parlé. Quelque temps après avoir

DIPLOMATIE ET POLITIQUE

pris possession de ses services et après en avoir fait le tour, mon collaborateur et ami, M. Joseph Thierry, me renouvelait l'assurance, déjà reçue des directeurs qui l'avaient précédé, qu'au point de vue de nos approvisionnements, tant en habillement qu'en vivres, nous n'avions pas d'inquiétude à concevoir.

Assurément, les besoins des armées croissent sans cesse, et surtout il s'en révèle chaque jour de nouveaux. A aucun moment notre vigi ance, notre sollicitude ne doivent s'endormir. Il serait fou, il serait criminel de nous tenir pour satisfaits des résultats acquis. Toujours davantage, toujours mieux, telle doit être notre règle.

Nous avons cependant le droit de constater d abord que nous n'en serions pas au point où nous en sommes si, dès le début des hostilités, tous les services du Ministère de la Guerre ne s'étaient attelés à leur écrasante besogne de toute leur énergie. (Exclamations sur les bancs du parti socialiste. — Applaudissements sur les bancs de la Fédération républicaine et de V Action libérale.)

M. Franklin-Bouillon. — Alors pourquoi avez-vous renvoyé le général Baquet?

Le Ministre de la Guerre. — Messieurs, je suis tout à fait décidé à n'entendre aucune interruption.... (Bruit sur les bancs du parti socialiste) et à laisser à ce débat le caractère que, je crois, nous devrions tous être unanimes à vouloir lui conserver. (Très bien! Très bien! sur divers bancs. — Mouvements divers sur les bancs du parti socialiste.)

Sur les bancs du parti socialiste. — Nous ne pouvons pas laisser dire dépareilles choses!

Le Président. — Vous répondrez; maintenant veuillez garder le silence.

Le Ministre de la Guerre. — La dernière constatation que je veux faire, c'est que le présent justifie la confiance dans l'avenir.

M. Albert Fabre. — Mais pas ea vous. (Exclamations et bruit.)

Le Président. — Je vous prie, monsieur Fabre, de respecter le droit de l'Assemblée et aussi celui de l'orateur. (Très bien! Très bien !)

Le Ministre expose que la guerre trouva notre service de santé en pleine transformation, par suite de la mise en vigueur du nouveau règlement de 1910, supérieur d'ailleurs à celui qu'il remplaçait. Il y eut des erreurs au début ; elles sont réparées ou en voie de réparation. Une des erreurs les plus considérables fut l'affectation des médecins à d'autres emplois qu'à ceux où leur compétence se fût le plus utilement exercée. « Sur les 14500 ou i5ooo médecins dont on avait besoin, il n'y en avait guère qu'un dixième qui fussent du cadre actif. »

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Mais il a été remédié à cette situation. De même, la relève des officiers du service de santé va être assurée dans de meilleures conditions.

Puis le Ministre, au milieu d'une attention profonde d'abord, qui, en un clin d'œil, se transforme en des mouvements prolongés où s'entre-croisent les interruptions, aborde la question du haut commandement :

Messieurs, lorsqu'un pays a la bonne fortune d'avoir à la tête de ses armées un officier général.... (Vives interruptions sur les bancs des partis socialistes et sur les bancs du parti républicain radical et radical-socialiste.)

M. Simyan. — Allons-nous discuter le haut commandement ici? (Mouvements divers.)

Le Président. — Vous avez demandé des explications; permettez au moins qu'on les produise librement.

M. Victor Dalbiez. — Je répète que nous désirons tout entendre. (Applaudissements sur les bancs des partis socialistes, du parti radical-socialiste et du parti radical. — Exclamations ironiques sur les bancs des droites et de V Action libérale.)

Le Président. — Je vous demande à tous, messieurs, de respecter d'abord la liberté de discussion qui est le principe même de la République. (Vifs applaudissements.)

La parole est à M. le Ministre de la Guerre. Je vous supplie de ne plus l'interrompre.

Le Ministre de la Guerre. — Répondant à un grief qui a été apporté à cette tribune même il n'y a pas une heure, je disais que lorsqu'un pays a la bonne fortune d'avoir à la tête de ses armées un officier général d'un loyalisme absolu.... (Vifs applaudissements sur tous les bancs.)

M. Simyan. — C'est le général Joffre que nous applaudissons ! (Applaudissements .)

M. Jules Cels. — Jamais personne ne l'a attaqué. C'est une diversion. (Mouvements divers.)

Le Président. — Veuillez ne pas interrompre.

M. Jules Delahaye. — On les voit ceux qui veulent tout entendre! Les Boches seront contents.

M. Georges Boussenot. — Je demande la parole.

Le Ministre de la Guerre — ... un officier général, dis-je, qui, en possession de la confiance du pays et de l'armée (Applaudissements), a su s'imposer au respect et à l'admiration de , 'ennemi lui-même....

M. Jules Cels. — Mais personne ne le discute !

Le Ministre de la Guerre — ... c'est pour le Ministre de la Guerre un devoir particulièrement étroit de ne rien négliger pour que les relations de tous les jours, de toutes les heures, qui l'unissent au général en chef, soient non seulement confiantes, mais absolument cordiales. (Applaudissements.)

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Cela m'a été d'autant plus aisé que j'avais déjà eu au ministère comme premier collaborateur le général Joffreet que j'avais appris à l'apprécier. Ces relations m'ont rendu plus aisé, loin d'y apporter un obstacle, l'exercice de l'autorité et du contrôle auxquels je ne saurais renoncer sans méconnaître le premier de mes devoirs.

Mais, messieurs, entendons-nous. N'est-ce pas hier qu'on me demandait compte d'un changement dans le commandement des armées

Sur les bancs du parti radical et radical-socialiste. — Qui a dit cela?

Le Ministre de la Guerre — ... auquel je serais coupable de ne m'être pas opposé. {Exclamations et bruit sur les bancs des partis socialistes et du parti républicain radical et radical-socialiste.)

Le Président. — Messieurs, vous ne pouvez pas avoir la prétention de conduire la discussion de l'orateur qui est à la tribune. Ecoutez-le.

Le Ministre de la Guerre — ... et à propos duquel on ne craignait pas de jeter dans le débat des raisons politiques, sans paraître s'apercevoir qu'on créait ainsi le plus redoutable des précédents en s'autorisant, et en temps de guerre! à juger des chefs sur d'autres titres que sur leurs titres militaires. (Vives interruptions sur les bancs du parti républicain radical et radicalsocialiste.)

M. Simyan. — Personne ici n'a prononcé de pareilles paroles* (Mouvements divers.)

Le Ministre de la Guerre. — Je vous renvoie, mon cher collègue, au compte rendu sténographique de la dernière séance. (Interruptions sur les bancs du parti socialiste et du parti radical et radical-socialiste.)

Le Président. — Je prie nos collègues de garder le silence.

M.. Dalbiez. — Vous comprenez notre émotion, monsieur le président. ( Très bien ! Très bien ! sur les bancs du parti socialiste et du parti républicain radical et radical-socialiste.)

Plusieurs membres sur les bancs du parti socialiste. — C'est une provocation!

Le Président. — Je comprends aussi le devoir que vous m'avez imposé, mes chers collègues, et que je tâche de remplir. (Applaudissements.)

M. Dalbiez. — Nous ne disons rien, nous sommes émus seulement.

Le Ministre le la Guerre. — - Mon attitude vis-à-vis du haut commandement, il me suffira, pour la définir, de lire trois lignes que je m'excuse de citer, parce qu'elles sont de moi, mais que je suis heureux pourtant de pouvoir invoquer parce qu'elles n'ont pas été écrites pour les besoins delà cause. Elles datent de 1912.

Ministre de la guerre, à la tribune du Sénat, je répondais au regretté Maxime Lecomte, à propos de l'organisation légale de la défense nationale, et voici en quels termes je m'expliquais :

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« Ce que je tiens à déclarer, parce que cette idée résume et commande tout ce qui a été envisagé en vue de la mobilisation, c'est qu'à ce moment-là tout, absolument tout, devra être subordonné à Vunique pensée qui sera celle de l'unanimité des Français : « A tout prix et par tous les moyens, nous assurer la victoire », et pour l'obtenir, laisser à l'autorité militaire, chargée et responsable des opérations de guerre, sa pleine et entière liberté d'action. » (Applaudissements sur divers bancs.)

Laisser à l'autorité militaire sa pleine et entière liberté d'action, cela n'implique en aucune manière la suppression du contrôle parlementaire.

J'ose dire, messieurs, qu'il est ridicule de prétendre suspecter à cet égard les sentiments d'un républicain qui, dans une carrière déjà longue, n'a jamais séparé la République du régime parlementaire et qui toujours, à son poste modeste, a été au premier rang de ceux qui luttaient contre les tentatives de pouvoir personnel.

Je suis en plein accord avec les déclarations réitérées de M. le président du conseil, pour estimer que le contrôle parlementaire doit, dans l'intérêt du pays, pouvoir s'exercer aussi largement que possible : lorsque seront connues les correspondances échangées à ce sujet entre le Ministre de la Guerre et le grand quartier général, on verra que je n'ai cessé de tâcher d'élargir les facilités de contrôle en conciliant les nécessités de l'action militaire avec l'accomplissement des devoirs parlementaires.

Une autre condition m'a paru s'imposer : c'est qu'à aucun moment aucune confusion ne fût possible à l'armée entre le pouvoir parlementaire, que vous représentez, et l'autorité militaire. (Applaudissements sur divers bancs.)

Les instructions qui ont été arrêtées d'accord avec certaines des commissions parlementaires et avec le Gouvernement, soit en vue de permettre aux délégués des commissions de remplir leur devoir, soit en vue de faciliter la circulation individuelle des parlementaires, s'inspirent de ces préoccupations. Tout l'esprit qui les anime est résumé dans ces quelques lignes, que je contresigne bien volontiers :

« En guerre, les autorités et les responsabilités ne peuvent pas être partagées. Chaque chef militaire contrôle les actes de ses inférieurs et est lui-même responsable de ses actes devant les chefs hiérarchiques. Le général commandant en chef est responsable devant le Gouvernement, qui peut le relever, s'il n'approuve pas ses actes.

* Il ne peut y avoir d'autre contrôle pendant l'action. »

Je ne connais rien de plus net, de plus juste et de plus fort que cette formule du général Joffre. Qu'est-ce à dire, sinon que comme tous les citoyens, les pouvoirs publics doivent savoir en temps de guerre s'imposer une discipline volontaire, qui laisse à

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l'autorité militaire, chargée et responsable des opérations, la liberté indispensable à leur réussite? [Très bien! Très bien!)

Cette discipline, voici un an passé que nous en donnons, que vous en donnez l'exemple.

Nos alliés comptent sur notre sagesse; nos ennemis n'ont d'espoir qu'en nos divisions. {Applaudissements au centre, à droite et plusieurs autres bancs. — Mouvements divers.)

Nous ne tromperons pas, j'en ai la certitude, la confiance de nos alliés. Jusqu'au bout, jusqu'à la victoire finale, nous demeurerons sages et unis. [Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

La proposition de comité secret. — Le 27 août, le président du Conseil a fait à la Chambre ces déclarations :

Il y a quelques mois, un accord tacite était intervenu pour raréfier les séances publiques et faire refluer le travail dans les commissions.

Nous avons apporté aux commissions des explications qui ont donné lieu à des rapports, puis à des contre-rapports ; puis les commissions ont voulu contrôler sur place et, il y a un mois, le Ministre de la Guerre, d'accord avec les commissions, réglait les conditions de ce contrôle : liberté illimitée dans la zone de l'intérieur et liberté qui se rétrécit et s'amincit à mesure que le contrôle se rapproche du front, dans la zone des opérations militaires, où aucun député ou sénateur n'a jamais voulu s'immiscer.

Des députés se sont émus de n'être pas assez renseignés, mais les commissions ne sont pas élues au hasard, elles sont représentatives de tous les partis. Néanmoins, nous avions pensé, dans l'élan de notre bonne foi, à une procédure qui était la réunion plénière des commissions.

Des obstacles matériels se sont élevés contre cette proposition et il a été parlé ici d'une procédure réglée par l'article 54 du règlement; il s'agit de la possibilité pour la Chambre de se réunir en comité secret.

Le Gouvernement a apporté aux commissions tous les renseignements qu'il détenait; il ne pourrait en apporter un document de plus. Il n'a aucune qualité pour recommander ou déconseiller cette procédure, dont la Chambre est juge dans sa souveraineté.

Si la Chambre la croit indispensable, le Gouvernement ne peut se refuser à lui donner les renseignements qu'il a d'ailleurs versés à pleines mains dans les archives des commissions.

Oui, des fautes ont été commises par suite d'improvisations hâtives; je voudrais cependant en finir avec une légende.

La République française a été attachée à la paix, elle a fait à la paix de lourds sacrifices.

La France, sans rien oublier, a porté, pendant 46 ans, à son

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flanc le poids d'une horrible blessure. Tout en se consacrant à des œuvres de paix, qui sont son essence, la République a pourvu militairement à sa propre défense. Je n'en veux d'autre preuve que cette parole de ce généralissime vers lequel se portait à la dernière séance, vos acclamations.

La République peut être fière des armées qu'elle a préparées. Elle a aménagé son armée à l'image des idées modernes. Elle lui a donné la puissance matérielle du nombre et la puissance morale de l'égalité, le culte de la justice, la haine de l'oppression.

Tous les enfants de la France, au jour du danger, se sont réconciliés sous ces hautes idées sans lesquelles il n'y a, sur les champs de bataille, que des mercenaires et non plus des hommes libres.

Je sais que les journaux allemands parlent de vos divisions. Il y a des divergences de pensée et de parole qui sont l'accompagnement de la liberté et la suite des traditions de la Révolution française.

Il y aurait une division fatale s'il y avait, dans quelque oin de la France une collectivité, si petite soit-elle, qui songerait à une paix prématurée. Je ne connais que des Français d'accord sur le but, prêts à renouveler le serment que nous ne cesserons la lutte qu'après avoir assuré le triomphe du droit; après avoir empêché le retour de pareils crimes, après avoir restauré dans son intégrité territoriale l'héroïque Belgique, après avoir repris notre Alsace et notre Lorraine.

Nos adversaires avaient cru notre pays miné par des divisions irréconciliables; ils ont vu tous les hommes de tous les partis, de toutes les confessions, accomplir leur devoir militaire et leur devoir humain : leur devoir militaire en courant à la frontière, leur (devoir humain en :Se ^levant pour le droit et pour la liberté.

Ils verront un Parlement couvrant de son respect son armée héroïque, l'entourant de sa sollicitude, depuis les soldats jusqu'aux chefs suprêmes qui doivent et qui ne demandent qu'à rester en dehors de la politique.

Quant à nous, est-il donc si difficile de régler les rapports du Gouvernement et du Parlement?

Le Parlement puise dans la souveraineté nationale un droit de contrôle; il l'a pleinement exercé. Dans la même souveraineté nationale, le Gouvernement puise son autorité. A qui la demander si ce n'est à vous ?

Mais, à l'heure où nous sommes, il faut que le Parlement témoigne sa confiance au Gouvernement, non par un ordre du jour qui passe, mais par l'adhésion permanente des cœurs et des esprits.

C'est au Parlement à nous donner la force nécessaire. Il faut nous garder ou nous renverser; pas de demi-mesure. Je vous convie à cette conciliation nécessaire pour conduire le pays à la

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victoire ; et je terminerai par cette parole : Continuons à penser au pays et tout nous sera léger.

Après le vote de l'affichage de ce discours, M. Accambray est venu présenter des observations. M. Varenne vint soutenir l'idée de la réunion du comité secret, que combattent MM. Paul Beauregard et Denys Cochin.

Finalement les crédits relatifs aux sous-secrétariats d'État à la Guerre (intendance et services sanitaires) sont votés par 53ç voix contre 1 .

La proposition de résolution de M. Varenne relative au comité secret est alors renvoyée aux commissions du budget et de l'armée pour examen, et la Chambre s'ajourne au 16 septembre.

La question de Vor. — M. Jules Roche écrit :

Le pays le plus riche en or est la France, — les États-Unis seuls l'emportent, sensiblement; — après nous, c'est la Russie; l'Allemagne ne vient qu'au troisième rang en Europe, au quatrième dans le monde. Mais l'essentiel à considérer c'est le groupement tel qu'on l'a vu dans le tableau, c'est-à-dire que nos ennemis ensemble possèdent à peine 7 milliards d'or.

Augmentez, si on veut, ce total, il ne saurait dépasser 8 milliards.

Du côté des Alliés, au contraire, le total dépasse certainement 18 milliards, arrive peut-être à 19; soit, en tout cas, un surplus d'or supérieur à 10 milliards chez les Alliés ; soit un total plus du double, de beaucoup, que celui de nos ennemis ensemble.

Tel est le fait capital, certain, qui se dégage des documents officiels divers les plus autorisés.

Dira-t-on qu'il n'y a rien d'étonnant à cela, à cause de la supériorité de la population des Etats alliés >

A ce point de vue, le calcul n'est pas moins décisif.

La population totale de nos trois ennemis s'élève à i5o millions d'habitants en chiffres ronds; celle des Alliés peut être évaluée à 280 millions d'habitants ; calculez la répartition de For par tête ; elle apparaît à 47 francs par tête pour les Austro-Allemands- Turcs, — mais à près de 67 francs par tête pour les Alliés, — soit 20 francs de plus par tête, représentant 42 pour 100 de plus, ce qui est encore une supériorité énorme !

Mais l'empressement des Français détenteurs d'or à mettre le métal jaune à la disposition du Gouvernement n'en est pas moins intelligemment patriotique. La supériorité dont parle M. Jules Roche diminue forcément d'une façon sensible par suite de nos achats de munitions de guerre à l'étranger.

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M. Raphaël-Georges Lévy dit à ce sujet :

Chacun sait que le Gouvernement a aujourd'hui d'énormes achats à faire pour des besoins militaires, tant en France qu'au delà de nos frontières. Pour les premiers, il se sert de billets ; pour les seconds, il doit faire des remises au dehors, c'est-à-dire, trouver de la monnaie étrangère. Il reçoit des billets de la Banque elle-même qui lui a consenti des avances, des contribuables qui acquittent leurs impôts ; des souscripteurs aux Bons et aux Obligations 5 o/o de la Défense nationale. Ces billets sont ensuite remis en circulation par le Trésor, qui agit comme une pompe aspirante et foulante : il reçoit des milliards et les reverse ensuite dans la circulation : il paie aux agriculteurs leur blé et leur bétail, aux industriels les munitions, les armes, les approvisionnements qu'il leur commande, aux commerçants les marchandises qu'ils mettent à sa disposition.

Ces billets portent directement la signature de la Banque de France, qui est la meilleure du monde, indirectement celle de la nation française, qui représente la communauté économique la plus solide qui soit. Ce papier n'a donc pas besoin d'autre chose pour inspirer la confiance la plus absolue. Mais il n'en est pas moins désirable que la présence réelle du métal jaune, qui, dans l'univers civilisé, sert de base à la monnaie, atteste d'une façon tangible en quelque sorte, l'équivalence entre le papier et l'or. Tous les peuples le désirent; il est bon que, sur ce domaine comme sur d'autres, nous soyons au premier rang.

La situation agricole au 1er août 1915. — Le Ministère de l'Agriculture publie les renseignements suivants :

Les conditions climatériques de juillet ont été moins favorables à l'agriculture que celles du mois précédent. Les pluies et les orages ont été fréquents, et tout en ayant eu, en général, des elîets heureux sur le développement végétatif proprement dit, ils ont rendu difficiles la fin de la fenaison et la moisson. Il n'est guère possible de déterminer, à l'heure présente, en raison même de l'irrégularité de la production, quel sera le rendement des céréales; on est en général satisfait dans les régions de grande culture; la qualité du grain sera bonne. Les plantes sarclées, les cultures fourragères et les prairies sont presque partout en situation excellente. Toutefois, un certain nombre de cultures de pommes de terre ont été éprouvées, souvent même fortement dans quelques régions, par le mildiou. Il en est de même de la vigne dont la production ne sera pas, en raison des maladies cryptogamiques et des dégâts causés par les insectes, celle que l'on avait espérée. Les fruits à cidre sont, par contre, abondants.

Le commerce extérieur de la France en août 1915. — L'Imprimerie nationale vient de mettre sous presse le volume

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des documents statistiques publiés par l'administration des douanes sur le commerce extérieur de la France pendant les huit premiers mois de l'année io,i5.

Les renseignements suivants, extraits de ce volume, donnent la valeur comparée des marchandises importées et exportées durant les huit premiers mois des années 1915 et 1914.

Importations.

Objets d'alimentation.

Matières nécessaires à

l'industrie

Objets fabriqués. . .

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