CHAPITRE I
NÉGOCIATIONS ET ACTES DIPLOMATIQUES
Août 1915.
Dans les Balkans. — Les négociations de V Entente avec la Bulgarie se poursuivent. — En voici l'historique jusqu'à cette date :
Le 29 août 1914, les puissances de la Triple-Entente proposèrent à la Serbie d'abandonner certains territoires à la Bulgarie et d'accepter des compensations aux dépens de l'Autriche- Hongrie. Ces propositions furent agréées en principe trois jours plus tard.
Dans le milieu d'octobre, des offres concrètes furent faites à la Bulgarie en échange de son appui contre la Turquie. Elle répondit qu'elle préférait conserver une stricte neutralité.
Vers le commencement de décembre, la Bulgarie fut prévenue par les puissances de l'Entente qu'elles garantiraient la Serbie et la Grèce contre toute attaque de sa part. En même temps, elle était informée que, pour prix de sa neutralité effective, elle recevrait à la fin de la guerre des agrandissements territoriaux en Macédoine et en Thrace jusqu'à la ligne Enos-Midia.
En janvier dernier, l'Entente discuta une proposition russe ayant pour objet de garantir à la Bulgarie, comme prix de son adhésion, ce qu'on appelait la zone contestée en Macédoine, et de promettre à la Serbie une compensation aux dépens de l'Autriche et un large accès à l'Adriatique. Cette proposition fut cependant retirée plus tard, en raison de la froideur avec laquelle elle avait été accueillie à Nich et de l'insistance de la Bulgarie sur son désir de conserver une attitude expectante.
Le 39 mai, après l'intervention de l'Italie, les quatre alliées firent les propositions suivantes à la Bulgarie, sous condition de l'active coopération de toutes ses forces :
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i° Annexion immédiate à la Bulgarie de la Thrace jusqu'à la ligne Enos-Midia;
2° Garantie à la Bulgarie, pour la fin de la guerre, de la partie de la Macédoine limitée par la ligne Egri-Palanka-Sopot-Ochrida et comprenant les villes d'Egri-Palanka, Kepriylia, Ochrida et Monastir;
3° Assistance financière.
Le i5 juin, la Bulgarie demanda, sur quelques points de la note, des éclaircissements qui lui furent donnés le 4 août. En même temps, les alliés lui garantissaient la zone incontestée conformément au traité de 191 2 et s'engageaient à ce que la Serbie ne reçût d'agrandissements après la guerre que dans le cas où elle consentirait à cette concession.
Etats-Unis. — Les États-Unis et la France. — La saisie du Dacia et la déclaration de la cour des prises française soulève peu de commentaires. On reconnaît que la France a toujours déclaré que la transformation d'un bateau de commerce belligérant en bateau neutre devait précéder la guerre de trente jours pour être valable. Washington prévoit un échange de notes sans complication.
Les Etats-Unis et l'Angleterre. — Une question de droit maritime. — Le vapeur américain Neches, allant de Rotterdam, port neutre, aux États-Unis, pays neutre, transportait dans sa cargaison des marchandises provenant d'un pays ennemi. La Grande-Bretagne a arrêté le Neches en se conformant à la procédure du droit des gens en pareil cas, et elle a déféré le Neches au tribunal des prises.
Les États-Unis ont avancé cette thèse que la cargaison était bien de la contrebande de guerre, mais que le Neches, ne contrevenait pas au blocus puisque Rotterdam, port neutre, n'était pas en état de blocus et que la saisie du navire avait été faite en conformité des décisions particulières du gouvernement britannique, qui modifient et restreignent les droits garantis aux citoyens américains par les principes et les règles du droit des gens, lesquels régissaient jusqu'ici le commerce neutre.
De là un litige terminé par une note de Sir Edward Grey, qui donne satisfaction au cabinet de Washington.
D'autre part, M. Gérard, ambassadeur des États-Unis à Berlin, a reçu le 8 août pour instruction de protester contre la décision du tribunal des prises allemand, qui a approuvé le torpillage du vapeur britannique Indian Prince.
Ce vapeur avait une cargaison de café appartenant à des
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Américains, il fut coulé par le croiseur allemand Prince- Eitel-Friedrich, dans la partie sud de l'Atlantique, 1 hiver dernier
Le département d'Etat estime que la destruction du vapeur et de la cargaison constitue une violation flagrante du traité américano-prussien de 1828 et des principes de la loi internationale.
Le 19 août, torpillage du paquebot Y Arabie par un sousmarin allemand. L'Arabie portait des passagers américains. Le 20, M. Wiison déclare vouloir étudier cette affaire a loisir.' On affirme dans les milieux gouvernementaux qu'il désire avoir le témoignage des sujets américains se trouvant à bord. L'indignation est vive aux Etats-Unis, on observe que le Gouvernement allemand n'a pas encore répondu a la note américaine du 21 juillet relative à la Lusitania; un mois après cette note, c'est par la torpille qui a coulé Y Arabie, que sa réponse est arrivée. Le sentiment général est de plus en plus qu'un pareil défi ne saurait passer sans être relevé.
Le 23, devant deux cents leaders du parti démocrate, M. Tumulty, secrétaire du Président, parlant de la situation, a dit qu'elle était extrêmement grave. Il ajouta :
A cette heure solennelle, notre Président apparaît comme le défenseur, le conservateur et le porte-parole des droits inaliénables des Américains sur terre et sur mer. Devant le monde entier, il représente la majesté, l'intégrité, la souveraineté d'un grand peuple, qui ne s'est jamais attaché à une besogne injuste, mais qui s'est passionné pour affirmer et maintenir à tout prix les principes vitaux des règlements internationaux et des lois d'humanité.
A cette heure de grande crise internationale, nos espérances sont avec notre bien-aimé Président; si la nécessité le commande, nous donnerons nos vies.
Le 25, sur instructions venues de Berlin, le comte Bernstorff, ambassadeur d'Allemagne aux États-Unis, a fait une démarche de dernière heure auprès du secrétariat d'Etat. La communication qu'il a présentée dit que jusqu'à présent à Berlin on n'a aucune information officielle concernant le coulage de Y Arabie. Le Gouvernement allemand espère que le gouvernement américain ne prendra pas de décision définitive à la suite d'affirmations unilatérales qui, estime le Gouvernement impérial, ne peuvent être conformes aux faits, mais qu'il donnera à l'Allemagne l'occasion de plaider sa cause.
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Le même jour, la note allemande arrive enfin au sujet de la Lusitania. Elle se résume ainsi :
L'Allemagne offrira de verser une juste indemnité pour les pertes qu'elle a causées en coulant la Lusitania-, l'incident s'arrangera en outre par d'autres moyens que l'Allemagne espère devoir être satisfaisants pour les États-Unis. L'Allemagne continuera à donner aux commandants des sous-marins l'ordre de ne pas attaquer sans avis préalable les vaisseaux portant des passagers. Peut-être se conformera-t-elle aux règlements qui imposent la visite des navires marchands. D'une manière générale, elle exprimera sa satisfaction de la déclaration des États-Unis, que ceux-ci luttent pour la liberté des mers et elle attendra du cabinet de Washington des démarches pour mettre en pratique son offre de rendre cette liberté praticable entre les belligérants eux-mêmes.
L'opinion moyenne aux États-Unis précise le plan allemand :
i° Gagner du temps en révoquant en doute les informations anglaises; T faire sentir aux États-Unis que l'Allemagne ne clôturera la guerre sous-manne actuelle que si le Gouvernement américain met l'embargo sur l'exportation d'armes aux alliés; 3# proclamer hautement que l'Allemagne, innocente et pacifique, offre son amitié aux États-Unis qui, eux, veulent la guerre.
De plus, à la date du 3i août, dans le but de bien faire ressortir le désir qu'a l'Angleterre de montrer envers les neutres tous les égards possibles dans l'application du blocus, sir Cecil Spring-Rice, ambassadeur de Grande-Bretagne, a informé le département d'État que son Gouvernement permet la livraison en Amérique des marchandises qui furent commandées en Autriche et en Allemagne avant la guerre.
Il y met comme condition qu'il sera démontré que lesdites marchandises ont été payées et que la preuve de l'achat sera fournie.
Les importateurs américains se sont plaints que l'absence des marchandises en question allait ruiner leurs affaires de Noël.
Les États-Unis et V Autriche. — L'Autriche ayant cru devoir, à l'exemple de son alliée, se plaindre officiellement le 12 août des fournitures de guerre faites par les États-Unis à la Triple Entente, M. Lansing, secrétaire d'État, réplique en substance à la communication de Vienne :
Le Gouvernement des États-Unis ne juge pas nécessaire à l'heure actuelle d'accorder à la communication du Gouvernement
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austro-hongrois une considération plus large. Les principes du droit des gens, la pratique des nations, la sécurité nationale des États-Unis et d'autres nations sans grands établissements militaires ou navals, l'adoption des méthodes pacifiques pour le règlement des différends internationaux et enfin la neutralité ellemême s'opposent à l'interdiction par une nation neutre de l'exportation des armes aux puissances belligérantes au cours de la guerre.
La note relève ensuite qu'en dehors de la question de principe les États-Unis ont le devoir de maintenir le droit des neutres de fournir des munitions pendant la guerre, parce que, n'étant pas eux-mêmes en état de préparation contre une attaque possible de la part d'un ennemi puissant, il leur faudrait, s'ils étaient attaqués, se procurer les armes et les munitions dont ils auraient besoin dans les pays neutres; ainsi, ils ne pourraient pas dénier aux autres ce qu'ils réclament pour eux-mêmes.
L'Autriche ayant cru devoir maintenir sa protestation, l'ambassadeur des Etats-Unis à Vienne remet le 27 août à la Chancellerie de Vienne une note où le président Wilson dit qu'il a examiné avec soin l'exposé du Gouvernement impérial et royal concernant l'exportation des armes et des munitions des États-Unis dans les pays se trouvant en guerre avec l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Il ajoute que le Gouvernement des États-Unis est étonné que le Gouvernement impérial et royal laisse entendre que le Gouvernement des États-Unis devra outrepasser les règles admises depuis longtemps au sujet du commerce des neutres et prendre des mesures afin d'observer une attitude strictement égale visà-vis des deux partis en guerre, puis il poursuit :
Le Gouvernement des États-Unis ne peut souscrire à cette affirmation tendant à l'obliger à modifier les usages internationaux. En reconnaissant de telles obligations, d'ailleurs reconnues dans la pratique internationale, chaque Etat neutre aurait le devoir de se faire juge de la tournure prise par la guerre et de borner ses relations commerciales à celui des belligérants dont les succès navals empêchent les relations des neutres avec l'ennemi.
Le point de vue du Gouvernement impérial et royal paraît être que les avantages dévolus à un des belligérants, grâce à sa supériorité sur mer, doivent être compensés par les puissances neutres, au moins dans l'institution d'un système de non-échange avec le vainqueur.
Le belligérant qui possède la maîtrise des mers, peut avoir une
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abondante provision d'armes et de munitions, mais manquer de denrées alimentaires et d'effets d'habillements; selon le nouveau principe qu'une balance égale est le devoir de la neutralité, les nations neutres seraient obligées d'interdire de tels articles parce que l'un des belligérants ne pourrait les obtenir par la voie commerciale.
Mais si le principe affirmé si hautement par le gouvernement impérial et royal devait être admis, en ce qui concerne la supériorité d'un des belligérants supérieur sur terre, si l'on appliquait cette théorie de l'équilibre, il devrait être permis aux belligérants qui manquent des munitions nécessaires pour combattre avec succès sur mer, d'acheter celles-ci aux autres, tandis que le belligérant possédant un excédent de matériel de guerre ou en état de le produire, devrait être exclu par le Gouvernement impérial et royal; cela entraînerait les nations neutres dans de folles complications.
Le Gouvernement des États-Unis attire l'attention du Gouvernement impérial et royal sur le fait que l'Autriche-Hongrie et particulièrement l'Allemagne ont produit, au cours des années qui ont précédé la guerre actuelle, un excédent important d'armes et de munitions qui ont été vendues dans le monde entier et spécialement à des belligérants.
Ici le Président cite la fourniture de munitions et canons faite aux Anglais par les Au stro- Allemands au cours de la guerre contre les Boërs.
Si, à cette époque, l'Autriche-Hongrie et son alliée actuelle, l'Allemagne, s'étaient refusées à vendre des armes et des munitions à l'Angleterre parce que ce procédé était contraire à l'esprit de la neutralité absolue, le Gouvernement impérial et royal pourrait soutenir le point de vue actuel avec plus de logique et plus de force.
Puis le Président Wilson dît le précédent des armes et munitions fournies à la Russie par les fabricants prussiens lors de la guerre de Crimée et les fournitures d'armes et de munitions faites par l'Allemagne à la Turquie lors de la guerre italo-turque.
La note conclut :
D'ailleurs, le Gouvernement des États-Unis considère comme inutile pour le moment de prolonger la discussion des revendications du Gouvernement austro-hongrois.
Les principes du droit des gens, la pratique des nations, la sécurité nationale des États-Unis et des autres nations sans grande préparation militaire et maritime, le danger d'augmentation des armées et des flottes, le désir de voir employer des méthodes amicales dans le règlement des difficultés internatio-
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nales et enfin la neutralité elle-même s'opposent à ce que l'on interdise l'exportation des armes et des munitions et autres approvisionnements de guerre par une nation neutre aux puissances belligérantes pendant la durée de la guerre.
Les manœuvres pro-germaines. — Depuis la chute de Varsovie la campagne des pro-germains se manifeste très active, elle dénonce la politique présidentielle et gouvernementale, fait appel « à tous ceux dont les sources d'inspiration ne sont pas exclusivement à Londres », met la nation en garde contre la guerre, prend position pour les prochaines élections politiques, attaque le Président et les membres du Gouvernement, les sénateurs, les députés et M. Roosevelt, prêche enfin la paix à tout prix et affirme que les États-Unis ne peuvent pas faire la guerre à une grande nation sans se faire la guerre à eux-mêmes.
Elle s'est assuré des points d'appui sinon chez les cotonniers que l'arrangement proposé par l'Angleterre désarme au moins provisoirement, du moins chez les détenteurs de mines de cuivre et les marchands de conserves de viandes.
Septembre 1915.
Dans les Balkans. — Dans les premiers jours du mois, Guillaume II envoie auprès du tsar de Bulgarie, le prince de Hohenlohe et le prince Jean-Albert de Mecklembourg, avec mission de préparer un accord avec la Turquie. Le 14, la Quadruple-Entente fait remettre la déclaration suivante à M. Radoslavof :
« Les quatre États sont prêts à garantir à la Bulgarie « que la Serbie lui cédera, immédiatement après la conclu- « sion de la guerre, une partie de la Macédoine, jusqu'aux « limites fixées par V accord de iqi 2. Cette garantie est « donnée sous la condition de la promesse de la Bulgarie « qu'elle est prête à conclure prochainement, avec les alliés, « une convention militaire au sujet de son action contre la « Turquie.
« Si une déclaration dans ce sens n'est pas reçue bientôt, « les propositions faites par la présente note seront consi- « dérées comme n'ayant pas été faites. »
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Le 17, les cinq chefs de l'opposition bulgare reçus par le Roi protestent contre la politique de M. Radoslavof, qui, à leurs yeux, penchait trop visiblement vers les Austro-Turco- Allemands, et ils réclamaient la réunion de la Chambre et la constitution d'un cabinet d'entente nationale.
Cette visite au Roi a revêtu un caractère dramatique.
L'audience eut lieu au palais, huit sièges ayant été disposés autour de la table où vinrent s'asseoir le Roi, le Prince héritier, le Secrétaire politique du Roi, et MM. Guéchof, Danef, Malinof, Zanof et Stambuloski. On sait aussi que les leaders de l'opposition, quelques-uns en termes empreints d'une grande franchise et d'une grande vivacité, exposèrent au souverain la déplorable répercussion que les décisions de M. Radoslavof auraient sur la tranquillité du pays et la nécessité de convoquer le Sobranié, si l'on voulait éviter une catastrophe dont, cette fois, le Roi seul serait rendu responsable.
Le Roi ayant simplement enregistré les doléances des divers orateurs et promis de les transmettre au président du conseil, se promena un instant dans la salle, nerveux et pensif.
S'adressant enfin à M. Zanof, qui s'était montré particulièrement sévère, le Roi lui demanda des nouvelles des récoltes :
Majesté, répliqua M. Zanof, nous ne sommes pas venus ici pour parler des récoltes, mais de quelque chose de plus intéressant, de plus grave, je veux dire de la politique du gouvernement, qui est en train de perdre le pays. A aucun prix, nous ne supporterons une politique non approuvée par la Russie. Si la Couronne et M. Radoslavof continuent une telle politique, nous ne répondrons plus des conséquences.
Nous n'avons pas voulu rechercher les coupables de la catastrophe de iqj3, parce que d'autres événements graves se sont produits. Mais ce fut un acte désastreux, dû à une folie criminelle. Il ne doit pas se répéter. Une attaque de la Bulgarie contre la Serbie, comme celle que médite M. Radoslavof avec l'approbation de Votre Majesté, serait un crime prémédité.
Après un instant d'hésitation le roi Ferdinand serra la main de M. Zanof, puis posa sa même question relative aux récoltes à M. Stambuloski. Celui-ci commença par répondre, mais bientôt il s'arrêta, disant :
Et, pourtant, ce n'est pas le moment de parler de récoltes. Je le répète à Votre Majesté, le pays ne veut pas d'une politique
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d'aventure, qui lui a coûté si cher en içi3. Vous avez profité de toutes les ficelles de la Constitution pour diriger le pays à votre guise; vos ministres ne sont rien, seul vous êtes l'auteur de cette politique, et seul vous en avez la responsabilité.
Le Roi répliqua froidement :
La politique que je me suis décidé à suivre est celle que j'estime le plus profitable aux intérêts du pays.
— C'est une politique qui n'apportera que des malheurs, répéta le leader agrarien, une politique qui conduira à une nouvelle catastrophe et qui compromettra non seulement l'avenir du pays, mais votre dynastie, et qui pourra vous coûter votre tête.
Dévisageant celui qui parlait ainsi, le Roi lui dit: « Ne vous occupez pas de ma tête, qui est déjà vieille. Pensez plutôt à la vôtre. »
Et M. Stambuloski de faire remarquer: « Peu m'importe ma tête, Sire, je ne pense qu'à celle de mon pays ! »
Après ces paroles, le roi Ferdinand prit à part MM. Danef . et Guéchof pendant quelques instants : les deux leaders insistèrent auprès de lui pour la convocation du Sobriané, expliquant que la situation parlementaire actuelle indiquait que M. Radoslavof n'avait pas la majorité. Tous deux montrèrent de nouveau l'agitation que les récentes déclarations de M. Radoslavof avaient provoquée dans le pays.
Le Roi eut un geste énigmatique et dit : « Je le savais. »
Il se retira alors, accompagné du Prince héritier, dans ses appartements.
Déclarations de M. Radoslavof. — Télégramme adressé de Sofia, le 18 septembre, au représentant roumain de Y Associated Press de New- York, où se trouvent consignées les déclarations suivantes de M. Radoslavof :
Les garanties que nous désirons sont réelles et concrètes; nous ne nous contentons pas de promesses sur le papier. S'il ne nous est pas possible de reprendre tous les territoires qui devraient nous appartenir de droit, il faut que les compensations pour l'intervention de notre armée, dont on connaît la valeur, soient proportionnées à nos sacrifices.
La Quadruple-Entente nous demande d'entrer en scène; l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Turquie ne désirent que notre neutralité. Nous pouvons la maintenir pendant un temps plus ou moins long.
Notre but suprême est de faire l'union de toute la nation bul- , 95 1
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gare. Pour réaliser une telle union, il faut qu'on nous donne la \ Macédoine. ,
La Turquie est forte, plus forte qu'on ne le croit en Europe ; mais nous sommes prêts à toute éventualité. Nous ne sommes pas contraires à une nouvelle alliance balkanique, pourvu qu'on nous accorde la Macédoine qui se trouve aujourd'hui entre les mains de la Serbie et de la Grèce. A cette condition seule, la Bulgarie pourra entrer en action ; autrement non.
Le même jour, le consulat de Bulgarie à Budapest publie l'avis suivant:
Tous les Bulgares de Macédoine, âgés de dix-sept à quarantecinq ans, qui séjournent en Hongrie et qui ont servi volontairement dans la landwehr de Macédoine, doivent immédiatement rejoindre leurs régiments pour accomplir trois semaines d'exercices .
Les Bulgares macédoniens, âgés de dix-huit à quarante-cinq ans, qui n'ont pas encore été soldats, doivent accomplir une période d'instruction de quarante-quatre jours, à partir du 17 septembre. Tous les Bulgares macédoniens doivent se présenter au consulat général pour obtenir leurs passeports.
La mobilisation. — La mobilisation générale se poursuit avec hâte dans toute la Bulgarie ; elle porte sur 28 classes et sera entièrement terminée le 25 septembre.
Tous les Bulgares sont astreints au service dans l'armée active et dans les diverses catégories de la réserve, de leur vingtième à leur quarante-sixième année. La mobilisation de 28 classes signifierait donc que toutes les réserves, ainsi que les recrues de cette année et de l'année prochaine, ont été appelées. Le contingent 1913 était de 38ooo hommes.
Tous les bâtiments de guerre bulgares se sont réfugiés dans le petit golfe qui se trouve près de Varna et dont l'entrée a été protégée par des lignes de mines.
Toutes les succursales de la Banque nationale bulgare, notamment celles de Bourgas, Varna, Philippopoh, ont expédié leurs caisses et documents à Sofia.
La mise en état de défense des ports de la mer Noire et de la mer Egée s'effectue rapidement.
La Gazette de Francfort publie une dépêche de Budapest suivant laquelle M. Radoslavof, président du conseil bulgare a exprimé ses regrets aux représentants de la Quadruple-Entente. Il aurait déclaré que la mobilisation n'est pas dirigée contre la Quadruple-Entente, mais qu'elle a été
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nécessitée par la remise à Nich, par le Gouvernement serbe, au Ministre de Bulgarie, d'une note déclarant zone de guerre le territoire serbe à proximité de la frontière bulgare. M. Radoslavof affirme que la mobilisation signifie la neutralité armée.
États-Unis. — Les États-Unis et V Allemagne. — Trois violations du droit des gens commises par la marine allemande préoccupent vivement l'opinion aux États-Unis, les torpillages de YHesperian, de Y Arabie et de la Lusitania.
Au sujet de YHesperian, coulé le 4 septembre, le bureau de la presse de Londres a communiqué la note suivante, le i5 septembre:
Des journaux ont publié dernièrement une déclaration officieuse de Berlin démentant que le vapeur Hesperian ait été coulé par un sous-marin allemand, parce que le 4 septembre, aucun d'eux ne se trouvait à l'endroit où l'accident s'est produit et qu'en outre une information de source anglaise tendait à prouver que le naufrage était dû à une mine.
Des preuves irréfutables existent que le sous-marin allemand se trouvait réellement à l'endroit où YHesperian fut attaqué et que des bâtiments ont été coulés, à la fois au nord et au sud de cet endroit, les 4 et 5 septembre.
L'explosion a été absolument identique à celles causées par les torpilles, ce qui, de plus, est prouvé par un gros fragment de torpille, maintenant entre les mains de l'Amirauté, fragment qui a été ramassé sur le pont du bâtiment avant le naufrage.
Au sujet de Y Arabie, M, de Jagow, secrétaire d'État à l'Office des affaires étrangères d'Allemagne, fait cette déclaration :
Les navires transportant des passagers ennemis ne seront pas attaqués sans avertissement, pourvu qu'ils respectent le Code maritime; ils ne seraient coulés que lorsque toutes les mesures auront été prises pour la sécurité des passagers et de l'équipage.
Des instructions très précises ont été données à ce sujet aux commandants des sous-marins allemands. Les navires marchands neutres, y compris les américains, n'auront pas à craindre une intervention des sous-marins, s'ils ne transportent pas de contrebande. Dans le cas contraire, ils seront détruits.
M. de Jagow exprime en outre l'espoir que les États-Unis ne s'opposeront pas à ce que la question de Y Arabie soit portée devant le tribunal de La Haye.
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
DIPLOMATIE ET POLITIQUE
Sur le point de fait, la note déclare que le commandant du sous-marin a torpillé Y Arabie parce qu'il s'estimait en état de défense. Il n'y a pas lieu pour l'Allemagne de payer une indemnité même dans le cas où le commandant se serait trompé sur l'intention qu'il prêta à V Arabie de l'attaquer.
En réalité, l'Allemagne s'efforce de réduire le débat aux proportions d'un cas particulier, alors que c'est le problème du droit des gens et des règles généralement admises dans la guerre sur mer qui se pose dans toute son ampleur, comme le président Wilson n'a cessé de l'affirmer.
Cette note est considérée comme inacceptable par toute la presse américaine non pro-germaine.
Après les conférences du 12 septembre, entre le président Wilson et M. Lansing d'une part, et entre M. Lansing et le comte Bernstorff d'autre part, la situation se présente comme suit :
i° M. Lansing a communiqué au comte Bernstorff les témoignages unanimes des officiers survivants de Y Arabie, lesquels déclarent tous que le paquebot poursuivait sa route paisiblement, lorsqu'il fut torpillé sans avertissement. M. Lansing a informé le comte Bernstorff que les États-Unis désiraient que l'Allemagne désavouât l'attaque de Y Arabie et accordât des réparations pour les pertes de vies américaines ;
20 Le comte Bernstorff s'est engagé à envoyer copie de ces témoignages au Ministère des Affaires étrangères de Berlin qui n'en a pas eu connaissance jusqu'ici;
3° Les États-Unis, qui possèdent tous les renseignements relatifs à cette affaire, sont prêts à prendre une décision, mais leur action sera peut-être retardée pour attendre que le comte Bernstorff ait eu le temps de communiquer avec Berlin;
4° Les États-Unis, bien que ne consentant pas à accepter le principe de l'arbitrage pour ce qui concerne la sécurité des nationaux américains, acceptent l'assurance de l'Allemagne que les paquebots ne seront pas torpillés sans avertissement, et ils acceptent aussi, si l'Allemagne le désire, l'arbitrage pour ce qui concerne le montant de l'indemnité. Les États-Unis accepteraient peut-être aussi de soumettre à l'arbitrage la question d'établir si Y Arabie tenta en effet d'attaquer le sous-marin ou si son action justifia la croyance du commandant allemand qu'il allait être attaqué.
Les États-Unis et V Autriche- Hongrie. — L'ambassadeur Dumba a maintenu son droit d'avertir les sujets autrichiens et hongrois des peines qu'ils encourraient dans leur pays s'ils aidaient à la fabrication des munitions pour les alliés. Il
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assura qu'il n'avait jamais eu l'intention de commettre une violation de la loi américaine ou d'attenter à la neutralité. Le secrétaire d'État Lansing l'écouta dans un complet silence et s'abstint de tout commentaire. Le Président, qui a tous les documents en main et qui connaît tous les précédents diplomatiques en l'espèce, décidera, mais on ne prévoit pas une solution immédiate.
En réalité l'opinion générale aux États-Unis est que l'ambassade d'Autriche s'est prêtée à la propagation de mouvements grévistes. Elle s'est livrée à un assaut contre la dignité des États-Unis et a incité à la guerre civile. Elle a abusé de l'hospitalité américaine en prenant pour base la trahison à un point sans précédent dans les annales de la diplomatie. Le docteur Dumba peut trouver des raisons, officielles ou autres, pour prolonger son séjour à Washington, mais il est impossible qu'à l'avenir un Américain quelconque puisse le considérer comme ambassadeur acceptable près d'une puissance qui professe des sentiments amicaux. Pourquoi, dès lors, ne recevrait-il pas ses passeports et ne serait-il pas renvoyé chez lui?
Ce dernier a avoué avoir donné à Archibald, correspondant de guerre américain qui fut détenu dernièrement à Falmouth, où il était arrivé à bord du paquebot Rotterdam, une lettre adressée au baron Burian, dans laquelle il suggérait certaines mesures pour entraver la fabrication des munitions en Amérique pour les puissances de l'Entente.
M. Dumba déclare qu'il possédait le droit de proclamer la grève des ouvriers austro-hongrois travaillant l'acier dans les usines ; il y a, en effet, quelques milliers d'Austro-Hongrois travaillant l'acier dont le travail actuel constitue un crime contre leur patrie. Son devoir est donc de faire son possible pour les empêcher de commettre ce crime, et le seul moyen de faire son devoir c'est de provoquer des grèves dans les usines où travaillent de tels ouvriers.
L'ensemble de la presse réclame qu'on remette ses passeports à l'ambassadeur, considérant que la protection de ses nationaux ne peut aller jusqu'à une ingérence dans la vie publique, économique ou politique du pays où il réside.
D'après les dernières informations, le Gouvernement de Washington a demandé le rappel du docteur Dumba.
Nouvelle note de l'Autriche. — Lne nouvelle note de l'Autriche au Gouvernement des États-Unis en date du 26 sep-
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tembre répète que l'exportation excessive des munitions pour les alliés constitue une violation de la neutralité.
Cette note dit que le fait de l'Allemagne et de l'Autriche d'avoir transporté des munitions durant la guerre du Transvaal ne peut pas être comparé au cas présent, car la Grande-Bretagne n'avait pas décrété le blocus commercial du Sud-Afrique.
Octobre 1915.
Dans les Balkans: Grèce, — Les premières manifestations de l'hostilité bulgare ont leur contrecoup immédiat en Grèce.
Les troupes franco-anglaises débarquent à Salonique. — Le ministre de France adresse à M. Venizelos la lettre suivante :
Par ordre de mon Gouvernement, j'ai l'honneur d'annoncer à V. E. le débarquement à Salonique d'un premier détachement de troupes françaises et de déclarer en même temps que la France et l'Angleterre alliées de la Serbie envoient leurs troupes au secours de cette dernière pour maintenir leurs communications avec elle. Les deux puissances comptent sur la Grèce, qui n'a donné jusqu'à présent que des preuves d'amitiés, pour qu'elle ne s'oppose pas à la mesure prise dans l'intérêt de la Serbie à laquelle la Grèce est aussi alliée.
M. Venizelos a répondu :
En réponse à votre lettre, j'ai l'honneur de déclarer à V. E. que le Gouvernement royal, étant neutre dans la guerre européenne, ne peut autoriser l'action entreprise parce qu'elle porte à la neutralité de la Grèce un coup d'autant plus sérieux qu'elle a été entreprise par deux grandes nations belligérantes. Le Gouvernement hellénique éprouve le besoin de protester contre le passage de troupes étrangères à travers le territoire grec.
La raison que les troupes sont destinées uniquement à venir en aide aux Serbes alliés des Grecs ne change rien à la situation juridique du Gouvernement, car au point de vue balkanique également il ne saurait être porté un préjudice à la neutralité hellénique avant la réalisation du casus fœderis par le danger que court actuellement la Serbie et qui provoque l'envoi des troupes internationales de secours.
A la Chambre grecque. — La séance de la Chambre, le
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4 octobre, commencée à 5 heures du soir, a duré toute la nuit et a pris fin à 5 heures du matin.
Interpellé sur la politique extérieure, M. Venizelos a exposé les vues du Gouvernement :
Je considère les obligations de l'alliance envers la Serbie comme toujours valables et je les respecterai tant que j'aurai l'honneur et la charge de gouverner le pays.
Pour la représentation nationale et pour le pays, il est impossible de juger exactement la situation sans connaître les clauses du traité d'alliance.
Je viens de demander au Gouvernement de Serbie l'autorisation de publier le texte du traité. J'espère pouvoir en donner communication à la Chambre dans la prochaine séance.
Cependant, je puis informer la Chambre que, suivant le traité, les deux nations doivent se défendre mutuellement contre toute attaque d'un tiers.
Je considérerais la violation du traité d'alliance comme un acte déshonorant.
D'ailleurs, pour sa propre sauvegarde, la Grèce est tenue de respecter le traité gréco-serbe.
Je ne dis pas que nous devons nous battre contre l'Allemagne et l'Autriche, mais si la fatalité nous amène en face d'autres nations que la Bulgarie, nous ferons à nouveau ce que l'honneur commande.
Telle est la politique du Gouvernement, politique approuvée par la nation aux dernières élections.
Le président du Conseil affirme ensuite que l'écrasement de la Serbie signifierait l'écrasement de la Grèce. Il donne lecture des lettres échangées entre le ministre de France et le Gouvernement au sujet du débarquement de troupes alliées à Salonique, et conclut :
11 est inutile d'ajouter que le Gouvernement, outre la protestation qu'il a formulée, ne compte pas prendre de mesures matérielles pour s'opposer au passage de l'armée anglo-française qui accourt à l'aide de nos alliés serbes menacés par les Bulgares.
De telles mesures, dans les conjonctures que crée actuellement la guerre européenne dépasseraient celles que nous imposent les obligations de la neutralité appréciée avec bonne foi.
Indépendamment du point de vue de la neutralité, il est nécessaire d'examiner si le passage des troupes anglo-françaises par le territoire hellénique ne pourrait pas porter finalement préjudice aux intérêts de la Grèce. Cette crainte disparaît à la suite des déclarations officielles qui nous ont été faites et disant que les propositions de l'Entente à la Bulgarie relatives à des cessions
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territoriales sont devenues caduques depuis la mobilisation bulgare.
Le scrutin est ensuite ouvert sur un ordre du jour de confiance; celui-ci est voté par 182 voix contre 102 et i3 abstentions. Parmi les abstentionnistes se trouvent les membres du cabinet.
La démission de M. Venizelos. — Athènes, 5 octobre, 23 h. 20. — Le cabinet Venizelos ne pouvant pas compter sur une majorité stable donne sa démission.
M. Zaïmis est nommé président du Conseil. Il s'explique, le 11, sur la situation internationale, et déclare que son Gouvernement pratiquera la neutralité armée.
M. Venizelos monte à la tribune :
L'évolution suivie par nos affaires politiques depuis sept mois, dit-il, montre que nous nous trouvons hors des bases de notre régime parlementaire. En effet, si on reconnaît encore à la souveraineté nationale le droit de gérer les questions intérieures de l'État, en ce qui concerne ses relations extérieures et l'orientation de sa politique nationale, nous nous trouvons devant une méconnaissance du vote et de la représentation nationale et du verdict prononcé par le peuple grec lors des élections (applaudissements) ; mais je ne m'arrêterai pas sur ce sujet.
La situation, comme j'ai eu l'honneur de la développer il y a huit jours à la Chambre, est la plus critique peut-être de toutes celles que la nation a dû envisager depuis la renaissance de la Grèce; l'apparition du nouveau cabinet devant la Chambre, après le vote que celle-ci a émis huit jours avant, fait que ce corps a cessé en réalité d'exister en tant que représentation de la souveraineté nationale.
Il n'est plus aujourd'hui qu'une simple réunion, un groupe, pourrai-je dire, de notables du peuple grec; néanmoins, messieurs, je crois remplir un devoir suprême envers la nation en développant toutes les hésitations et les craintes que je ressens pour le cas où la politique du Gouvernement s'éloignerait essentiellement des bases sur lesquelles repose mon point de vue politique.
Dans ses déclarations, le Gouvernement n'a pas parlé du traité d'alliance avec la Serbie. Je suis obligé, à mon tour, de ne pas toucher à cette question. Peut-on douter, même un instant, que la base de notre politique étrangère doit être le maintien à tout prix de l'équilibre établi par le traité de Bucarest? Pouvons-nous permettre l'écrasement de la Serbie par la Bulgarie, qui prendra ainsi une place prépondérante dans les Balkans? Nous savons que la Bulgarie dirige surtout ses revendications vers nos frontières,
I NÉGOCIATIONS ET ACTES DIPLOMATIQUES
parce que nos contrées de Macédoine sont plus riches que celles des autres peuples des Balkans.
Je demande donc, quand nous avons un pareil voisin, pouvonsnous croire que la guerre avec lui peut être évitée ? Poser la question est la résoudre ; par conséquent, devons-nous attendre que la Serbie soit écrasée pour que notre principal rival puisse nous écraser à notre tour, lorsque nous nous trouverons sans alliés, sans amis?
Ce qui arrête ceux qui ne partagent pas mon opinion, c'est que la Bulgarie coopère actuellement avec les Austro-Allemands.
M. Venizelos reconnaît que dans certains cercles militaires grecs parmi les plus compétents, il est vrai, mais qui ont fait leurs études en Allemagne, on est pénétré de l'idée que l'issue de la guerre sera en faveur de ce pays :
Cependant, il n'est pas nécessaire d'être militaire pour juger la question dans ses grandes lignes et j'estime que, puisque malgré l'admirable organisation allemande, des résultats décisifs n'ont pu être obtenus dès le début, l'issue finale de la guerre est tout à fait incertaine pour le groupe auquel appartient le colosse allemand.
En effet, l'autre groupe européen puise ses forces en hommes et ses forces économiques à un réservoir doublement plus grand que celui où puise le groupe allemand. Plus le temps passe et plus le premier groupe a l'occasion de compléter sa préparation insuffisante du début.
M. Venizelos fait ressortir le concours que la Grèce pourrait donner aux puissances de l'Entente sur le théâtre oriental de la guerre, et les avantages qu'elle pourrait retirer, en participant au congrès de la paix, appuyée par les quatre grandes puissances :
Il est incontestable, dit-il, que les intérêts de la Grèce se trouvent aux côtés de l'Entente. La défaite du groupement dans lequel est la Bulgarie signifierait l'enterrement définitif des vues et des prétentions de la Bulgarie à l'hégémonie balkanique. Elle signifierait aussi l'extension de la Grèce dans la péninsule balkanique et en Asie Mineure.
On assure que l'Allemagne nous garantit notre intégrité et une petite extension dans l'Albanie méridionale. Une personne irresponsable me dit que l'on nous promettait aussi Monastir, le Dodécanèse et Chypre. Mais laissons les naïfs croire qu'un changement dans le statu quo insulaire serait possible contre la volonté des puissances qui possèdent la maîtrise des mers.
Je serais fort heureux si, en suivant une autre politique que celle que je préconise, nous arrivions, non à prendre de nouvelles
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DIPLOMATIE ET POLITIQUE
îles, mais à préserver de tout danger celles qui nous appartiennent aujourd'hui.
Quand la Serbie aura disparu, quand la Bulgarie sera démesurément agrandie, quelle sera la situation de la Grèce? Nous aurons alors la guerre que nous voulons éviter et nous serons privés de nos alliés. Nous ne posséderons pas un seul ami !
M. Venizelos explique que, si le Gouvernement persistait à vouloir maintenir jusqu'à la fin une neutralité armée, même en déclarant cette neutralité bienveillante pour l'Entente, elle serait seulement profitable au groupe adverse. Par conséquent, il serait juste que ce service soit récompensé par des compensations analogues.
Une proclamation du roi Ferdinand. — Après avoir affirmé que la défaite de la Quadruple-Entente et la victoire austro-allemande sont certaines, le roi Ferdinand et ses ministres disent en substance :
Les puissances de l'Europe centrale nous ont promis une partie de la Serbie qui nous assurera une frontière commune avec la Hongrie, ce qui nous est absolument nécessaire pour être indépendants des Serbes que la folie a atteints. N'attachez pas foi aux promesses de la Quadruple-Entente, car l'Italie fait partie de cette coalition, l'Italie qui a rompu traîtreusement un traité qui la liait depuis trente-trois ans. Nous avons foi dans l'Allemagne, qui lutte contre le monde entier pour remplir les obligations du traité qui la lie à l'Autriche-Hongrie. La Bulgarie doit combattre aux côtés du vainqueur. Les Allemands et les Austro-Hongrois sont victorieux sur tous les fronts. Bientôt, la Russie sera entièrement à terre. Puis viendra le tour de la France, de l'Italie et de la Serbie. La Bulgarie commettrait un suicide si elle ne combattait pas aux côtés des puissances de l'Europe centrale, qui lui offrent la seule possibilité de réaliser l'union de toute la nation bulgare.
Le i5, le Tsar a adressé au peuple russe la proclamation suivante :
Nous faisons savoir à tous nos fidèles sujets la trahison de la Bulgarie à la cause slave.
Préparée avec perfidie, elle s'est accomplie, bien que paraissant impossible. Les troupes bulgares ont attaqué notre fidèle alliée la Serbie, ensanglantée par la lutte contre un ennemi plus fort.
La Russie et les grandes puissances, nos alliées, ont cherché à détourner le gouvernement de Ferdinand de Cobourg de ce pas fatal.
La réalisation des anciennes aspirations du peuple bulgare, l'annexion de la Macédoine était assurée à la Bulgarie par une
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autre voie conforme aux intérêts du slavisme. Mais les calculs secrets inspirés par les Allemands et la haine fratricide des Serbes ont triomphé.
La Bulgarie, notre coreligionnaire, depuis peu affranchie de l'esclavage turc par le fraternel amour et le sang du peuple russe, s'est rangée ouvertement du côté des ennemis delà foi chrétienne, du slavisme et de la Russie.
Le peuple russe voit avec douleur la trahison de la Bulgarie, si rapprochée de lui jusqu'en ces derniers jours, et, le cœur saignant, tire son épée contre elle en remettant le sort des traîtres à la cause slave en la juste punition de Dieu.
Déclaration de Sir Edward Grey aux Communes. — Sir Edward Grey fait, le 14 octobre, cette déclaration sur les Balkans à la Chambre des Communes :
Au commencement, nous désirions que la guerre ne s'étendît pas, et, en commun avec nos alliés, nous avons assuré à la Turquie que, si elle restait neutre, elle et ses territoires, ne souffriraient pas. La situation a été modifiée par l'entrée de la Turquie dans la guerre, et toutes les obligations de la part des alliés ont alors cessé.
Nous avons concerté nos efforts pour obtenir une entente parmi les États balkaniques. Malheureusement, le sentiment des Balkans n'était pas l'union, mais la division. Il était clair que, seule, une victoire décisive des alliés nous aurait permis d'arriver à une politique d'union. On nous a fait entendre que, sauf en ce qui concerne la Thrace,fles puissances centrales ont offert à la Bulgarie, pour obtenir sa neutralité, plus que les alliés ne pouvaient donner avec justice. Nous sommes restés en relations amicales avec la Roumanie, qui a favorisé la politique d'union balkanique.
Sir Edward Grey fait l'éloge de l'habileté et du courage avec lesquels la Serbie a fait face à ses ennemis et les a chassés de son territoire. Cette habileté et ce courage, ditil, constituent une page saillante de l'histoire de la guerre. La Serbie subit aujourd'hui une nouvelle crise. L'entrée en ligne de la Bulgarie modifie considérablement la situation.
Sir Edward Grey ajoute qu'il est maintenant clair que les intérêts de la Serbie et de la Grèce ne font qu'un. A la longue, la Grèce et la Serbie doivent rester debout ou tomber ensemble.
Ce n'est qu'en passant sur le territoire grec que l'on peut faire parvenir des secours à la Serbie, et la réception faite aux troupes alliées prouve suffisamment que ces secours sont les bienvenus. Etant donné le traité gréco-serbe, la Grèce ne pouvait pas avoir une autre attitude à l'égard des secours
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DIPLOMATIE ET POLITIQUE
envoyés à la Serbie. En passant par son territoire pour toutes les mesures prises, nous avons agi en coopération la plus étroite avec la France, et la coopération des troupes russes nous est promise, aussitôt que ces troupes seront disponibles.
Les mesures militaires' appropriées aux besoins de la nouvelle situation font, de façon continue, l'objet de l'attention des autorités militaires des alliés. Elles seront prises en étroit accord entre eux.
Sir Ed. Grey termine ainsi :
Il ne m'appartient pas de faire connaître au public les projets militaires. Je peux seulement dire qu'ils me paraissent reposer sur les principes d'une stratégie bien comprise. La Serbie combat pour son existence nationale, et la lutte est pour elle aujourd'hui intense et aiguë, mais sur quelque front que des combats aient lieu, la lutte et son issue sont indivisibles.
La Grèce entre ses intérêts et son roi. — Enfin, le 20 octobre, le Gouvernement britannique a offert officiellement au roi de Grèce l'île de Chypre, laquelle serait remise immédiatement au Gouvernement hellène, si les Grecs consentent à entrer en campagne aux côtés des puissances de l'Entente.
La compensation offerte par l'Angleterre donnerait satisfaction à Tune des principales revendications helléniques. L'île de Chypre est colonie anglaise depuis 1878. Elle compte près de 3oo 000 habitants, presque tous Grecs, et elle constituerait la première étape vers la domination de ses territoires hellènes de l'Asie Mineure que la Grèce espère s'assurer un jour. Sa possession a été désirée par le peuple grec presque aussi ardemment que celle de la Crète.
Les intrigues bulgaro-turques. — Les ministres de Bulgarie et de Turquie ont eu, le 26 octobre, des conversations avec M. Zaïmis. Ils lui ont fait entendre que la présence des troupes étrangères en Macédoine portait atteinte à la neutralité de la Grèce et mettait dans une situation difficile les troupes bulgares opérant en Macédoine.
M. Zaïmis a rappelé la protestation que la Grèce a adressée aux puissances dès le premier débarquement des alliés.
Après cette réponse du Gouvernement grec, la question n'a plus été débattue. 11 est cependant probable que les Gouvernements bulgare et turc reviendront sur ce sujet aussitôt que les troupes auront évacué la Macédoine.