‹ Trois mois de guerre, août-septembre-octobre 1915Chapitre 25 sur 34 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

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Août 1915.

Mort du commandant Xavier Claudot. — Le commandant X. Claudot fut tué glorieusement le 9 mai 1915, dans une charge victorieuse, à la Maison-Blanche, devant Neuville-Saint-Vaast, à la tête d'un des bataillons de la division de fer. Il avait à peine 40 ans.

D'origine lorraine, du pays de Jeanne d'Arc, il était le fils du médecin inspecteur-général Claudot, ancien président du comité de santé des armées, et son grand-père, le Dr Claudot, sénateur des Vosges, fut pendant plus de quarante ans le fidèle représentant du canton de Coussey d'où dépend Domrémy.

Soldat jusqu'aux moelles, le commandant Claudot s'était longuement préparé à la tâche qui incombe à nos officiers dans cette rude guerre. Il avait brillamment servi en Afrique, à Madagascar et au Tonkin et depuis la mobilisation il se dépensait sans compter partout où l'appelait la confiance de ceux qui connaissaient son courage et sa valeur. Deux fois à Mulhouse, puis à Ypres, il s'était toujours fait remarquer au premier rang ; il était adoré de ses hommes qu'il entraînait par son exemple, mais savait aussi les ménager toutes les fois qu'il le pouvait et que cela était compatible avec les nécessités de la situation.

Il n'a cessé d'avoir pleine confiance dans la victoire complète et c'est pour elle qu'il a donné sa vie.

Le 9 mai, à 1 heure du matin, le commandant Claudot se réveillait pour appeler l'aumônier de son bataillon, entendre la messe et communier.

Plein d'ardeur et d'enthousiasme, prêt au sacrifice suprême pour Dieu et pour la France, il conduisait ses hommes à leur poste de combat et s'élançait bientôt à leur tête à l'attaque des positions ennemies. Frappé d'une balle en pleine figure, il payait de sa vie son héroïsme et méritait une brillante citation à l'ordre de l'armée.

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Cités à V ordre de V armée. — Brugère, général, commandant un groupe de divisions territoriales :

A commandé pendant un mois avec la plus grande énergie un groupe de divisions territoriales avec lequel il a combattu en première ligne à côté des corps d'armée actifs, a résisté aux plus violentes attaques de l'ennemi et fait reculer la garde prussienne. Pendant ces dures journées, a constamment fait sentir son action personnelle et a su communiquer à tous la foi qui l'animait et son dévouement absolu au pays.

Le général Brugère a été, on se le rappelle, secrétaire général de la maison militaire du président Carnot, plus tard gouverneur militaire de Paris, puis généralissime.

Le général Brugère était placé dans le cadre de réserve depuis plusieurs années quand la guerre éclata. Malgré ses 73 ans révolus, il demanda à être rappelé.

Un autre général, le général Féraud, commandant une brigade de dragons, est également cité à l'ordre de l'armée pour ses qualités militaires et son courage.

Le sous-lieutenant Dumas, député socialiste unifié du Cher :

Dumas, sous-lieutenant du ier régiment d'artillerie : sous-lieutenant d'artillerie territoriale, n'est venu au front qu'à la suite de son insistance pour y être appelé. Y a fait preuve de courage et de sang-froid. Observateur aux tranchées de première ligne pendant tout le mois de juillet iqj5, y a rendu avec héroïsme les services les plus sérieux.

Les citations à l'ordre de l'armée affichées dans les mairies. — Il a été décidé que le texte des citations à l'ordre de l'armée serait affiché dans les mairies des communes dont sont originaires les militaires qui en sont l'objet.

Les préfets ont été priés d'inviter les municipalités à ne pas manquer de rendre cet hommage à ces derniers, Suivant le désir exprimé par le Ministre de la Guerre, cette publicité s'appliquera à tous ceux, morts ou vivants, que leur courage ou leur dévouement a rendus dignes d'une citation ou d'une distinction.

Le capitaine N.-R. Bazin, fils aîné du membre du l'Académie française, vient d'être cité à l'ordre du jour en ces termes :

Officier qui exerce sur ses hommes un ascendant considérable et qui a fait de sa compagnie de territoriaux une compagnie mo-

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dèle, à laquelle on peut demander les efforts les plus considérables. Dans le courant de juillet, a maintenu sa compagnie au travail sous un bombardement violent. Vient de se signaler tout particulièrement en faisant exécuter, à moins de cinq cents mètres de l'ennemi, un blockhaus en béton armé.

Le 24 août, deux pilotes d'une escadrille, les adjudants Bertin et Boyer, étaient chargés en même temps d'une reconnaissance à l'intérieur des lignes allemandes.

Le village auprès duquel devait atterrir le pilote Bertin était environ à six kilomètres plus loin que le point d'atterrissage indiqué au pilote Boyer. Les deux aviateurs, qui sont camarades d'escadrille et amis intimes, s'entendirent pour partir et voyager ensemble. En traversant les lignes, Bertin était canonné et blessé à la cuisse. Néanmoins, il continuait. Arrivés au premier champ d'atterrissage qui était celui de l'adjudant Boyer, les appareils se quittèrent- L'adjudant Boyer se rapprocha de terre, atterrit et capota. Il mit immédiatement le feu à son appareil et s'apprêta à fuir pour se cacher dans les bois.

Pendant ce temps, l'adjudant Bertin terminait les six kilomètres qui le séparait de son point d'atterrissage.

Au retour, il aperçut à terre l'appareil de son ami qui flambait : malgré le risque et malgré sa blessure, il atterrit, prit l'adjudant Boyer comme passager et rentra dans nos lignes.

L'adjudant Bertin a été cité à l'ordre du jour et a été décoré de la Légion d'honneur.

Voici le texte de sa citation :

Pilote remarquable d'entrain, de courage et de dévouement : le 24 août 1915, chargé d'une mission périlleuse en pays ennemi, a été atteint par un éclat d'obus à 3200 mètres et blessé à la cuisse, a eu son appareil criblé de 98 éclats et un des trois haubans d'aile coupé. Sachant le hauban coupé, a poursuivi sa route et a rempli heureusement sa mission. S'est porté au secours de l'adjudant Boyer, qui avait brûlé son appareil cassé à l'atterrissage, l'a pris comme passager et l'a ramené dans les lignes françaises.

M. Henri Balleyguier, lieutenant observateur, ingénieur des manufactures de l'Etat, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur avec cette mention :

Observateur plein d'entrain et d'énergie. A fait de nombreux réglages d'artillerie depuis le mois de décembre 1914 et a mis toute son intelligence à perfectionner le réglage de l'artillerie par l'ap-

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plication de méthodes nouvelles et l'emploi de projecteurs. A été, le 14 juillet 191 5, pris à partie par un avion ennemi, s'est trouvé à faible hauteur des tranchées ennemies. A essayé d'obturer avec les mains les trous faits par les balles dans le réservoir d'essence : l'appareil ayant pris feu en l'air, a été gravement brûlé et a conservé tout son sang-froid pour porter secours à son pilote grièvement blessé.

Le lieutenant Balleyguier aura droit à la Croix de guerre avec palme.

Son frère, François Balleyguier, sous-lieutenant de réserve au 5ie d'infanterie, élève architecte à l'École des Beaux-Arts, a reçu la croix de la Légion d'honneur, à 24 ans, en novembre dernier. Il a été blessé trois fois, est retourné au front pour la quatrième fois.

Médaille d'honneur des épidémies. — Est décernée :

Une médaille d'honneur des épidémies en argent à Mme E. Barillé, qui a contracté la scarlatine au chevet des malades atteints de cette affection à l'hôpital militaire de Brest.

Un geste du général de Maudliuy. — Il y avait remise par le général de Maud'huy de décorations, de médailles militaires, ou quelque autre cérémonie; je ne sais plus au juste. Quoi qu'il en soit, cette cérémonie avait amené devant le front des troupes cinq ou six braves petits soldats que le général se mit à interroger paternellement. « Et toi, d'où es-tu ? demanda-t-il à l'un d'eux.

— Je suis de X..., mon général.

— Mais c'est, à quelques kilomètres d'ici. Il y a longtemps, sans doute, que tu n'as pas vu les tiens ?

— Pas depuis la guerre, mon général.

— Eh bien ! prends mon automobile et va vite les embrasser. »

Héroïnes russes. — Efimovna Lagareva, est officier dans un régiment de cosaques du Don. Avec plusieurs de ses soldats, elle a été faite prisonnière par les Allemands et enfermée dans une église ; mais elle put s'enfuir avec ses soldats, en passant par une fenêtre, et elle tua, elle-même, avec une pierre, la sentinelle qui les gardait. Le peloton retrouva ses chevaux et revint au camp russe en faisant prisonniers dixhuit uhlans qui portaient des documents de grande valeur. Une Lithuanienne, Olga Jelweiser, connaissait déjà le

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métier des armes quand la guerre éclata : elle avait fait la campagne de Mandchourie sous les ordres du général Renenkampf. Elle a rendu dernièrement de grands services par sa connaissance du pays aux environs de Grodno.

Il y a aussi « Maria la blonde », qui à Sokatever, arracha un drapeau russe aux Allemands. Le porte-drapeau était tombé ; Maria s'en aperçut tandis que ses camarades battaient en retraite ; elle alla seule reprendre le drapeau et tua deux Allemands qui la poursuivaient.

Au conseil de guerre. — Le soldat Pierre Coby, du 174e régiment d'infanterie, qui s'est fait une réputation d'héroïsme méritée, comparaissait le 25 août devant le conseil de guerre de la 8e région. La faute était heureusement légère ; la cause en fut un verre de vin absorbé en trop. Voilà qui justifie les mesures prises contre l'alcoolisme.

Coby, classé dans le service auxiliaire, fit à la déclaration de guerre toutes les démarches en vue de se faire verser dans le service armé; il y réussit.

Depuis son départ pour le front, il ne cessa plus de se signaler par des actions d'éclat. Ses supérieurs le donnent en exemple à tous ses camarades pour son courage, son mépris du danger et de la mort.

Deux fois, il est félicité publiquement devant tout le régiment assemblé sur le front, non loin du canon qui tonne.

Voici quelques-uns des exploits de Coby : Sous une pluie de balles, il a ramené dans nos lignes son capitaine, un lieutenant, un soldat de la compagnie grièvement blessés.

Puis, chargé de porter un ordre, au cours de sa mission, il est grièvement blessé au pied. Ce brave soldat quitte sa chaussure et continue sa route pied nu. Il remet l'ordre dont il était porteur.

Coby est cité trois fois à l'ordre de l'armée et du corps d'armée. Il est proposé pour la Légion d'honneur.

Blessé sérieusement, il fut dirigé sur Nevers.

Convalescent, il allait conduire un parent à la gare, quand, après avoir bu, Coby s'oublia et outragea un agent de police.

Traduit en conseil de guerre, Coby, après l'éloge de son passé par le commissaire du gouvernement, est acquitté.

Un mariage de soldat aveugle. — On a célébré ces joursci, à la mairie du XIe arrondissement, le mariage d'un

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héros, M. Auguste Frimbault, un soldat devenu aveugle sur le champ de bataille, qui est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre.

Au cours d'un engagement sur la Meuse, M. Frimbault, qui appartenait au 100e d'infanterie, vit tomber autour de lui la plupart de ses compagnons. Sommé de se rendre, il refusa héroïquement et fut alors atteint d'une balle qui le priva de de la vue. Rapatrié comme grand blessé, il commença son apprentissage de brosserie, le termina dans l'atelier Valentin-Haûy. Il épouse une gracieuse jeune fille, Mlle Maria Frondelle.

M. Paul du Chayla, vice-président de l'Association Valentin-Haùy, était l'un des témoins.

M. Viel, maire du XIe arrondissement, qui présida au mariage civil, rappela les services rendus à la France par l'héroïque soldat. Puis, le curé de l'église Saint-Ambroise, qui a procédé à la cérémonie religieuse, a dit ce que pouvait promettre de bonheur l'union de deux êtres ennoblis, l'un par son héroïsme, l'autre par son dévouement Un grand nombre de soldats aveugles assistaient à cette cérémonie aussi émouvante que simple.

Le doyen des poilus. — Le doyen de l'armée française se trouve à Troyes, comme engagé volontaire au 470 territorial d'infanterie. Ce vaillant patriote, Alcide Vert, est né en avril 1848, à Rompont (Ardèche) ; il est donc dans sa soixante-treizième année. En 1870, il faisait son service actif. Prisonnier à Sedan, il fut emmené dans un camp de concentration en Silésie. En janvier 191 5, il demanda à reprendre du service pour la durée de la guerre. Depuis il a toujours fait preuve d'un entrain remarquable.

Gilbert à Paris. — Du Journal :

Gilbert n'a sur la poitrine aucune décoration. Nous en faisons la remarque.

« Ce n'est pas par modestie, répond-il, car je suis trop fier de mes trois décorations. »

En même temps, le lieutenant aviateur sort de sa poche un papier de soie dans lequel sont enveloppées une croix de chevalier de la Légion d'honneur, la Médaille militaire et la Croix de guerre avec quatre palmes.

« Oui, ajoute-t-il, en les contemplant, c'étaient les seules choses qui pouvaient me trahir. J'ai sacrifié ma moustache, j'ai laissé là-

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bas des souvenirs chers, mais je n'ai pu me résoudre à abandonner

mes décorations gagnées à la guerre.

— C'est votre trésor de gloire.

— Enfin, me dit-il, me voici arrivé. Je n'ai plus aucune crainte. Je vais recommencer la chasse aux Boches.

— Elle a été déjà fructueuse pour votre part?

— Oui, j'ai eu neuf combats particuliers à soutenir; je suis certain d'avoir abattu cinq avions allemands : quatre aviatiks et un taube. »

Gilbert nous montre sa dernière citation à l'ordre du jour, la quatrième, qui lui a été remise hier matin. Elle date du 17 juin. Il avait abattu un aviatik quelques jours plus tôt,

Comment fut tué Pégoud. — Au cours d'un combat héroïque livré mercredi matin au-dessus de Petit-Croix, le sous-lieutenant Pégoud a trouvé une mort glorieuse.

L'aviateur, qui était seul à bord de son appareil, avait courageusement attaqué un avion allemand et tiré sur lui plusieurs bandes de mitrailleuse, lorsqu'il fut atteint par une balle qui le tua sur le coup.

L'appareil est aussitôt tombé sur le sol à l'intérieur de nos lignes.

Depuis qu'il se livrait à ses extraoïdinaires exploits aériens, Pégoud n'ignorait pas qu'il était particulièrement visé par l'ennemi, désireux de se débarrasser d'un aussi redoutable adversaire.

Dans la chasse aux avions allemands, à laquelle il se livrait chaque jour, Pégoud avait sa méthode. Il savait que du fait de la construction de leurs appareils, les aviateurs allemands ne peuvent pas manœuvrer efficacement la mitrailleuse qu'ils ont à bord pour un tir vertical de haut en bas. Aussi attaquait-il toujours son adversaire en volant au-dessous de lui. S'il ne tuait pas le pilote du taube ou de l'aviatik, il réussissait presque toujours à crever le réservoir à essence, mettant ainsi son rival dans la nécessité de regagner ses lignes au plus vite.

Samedi dernier, Pégoud, qui faisait une reconnaissance au-dessus de Mulhouse, fut attaqué par un avion allemand, .qui tira sur lui plusieurs coups de feu : une balle creva le réservoir à essence de son appareil.

Très habilement, bien qu'ayant coupé l'allumage, pour éviter un incendie, à cause de l'essence qui s'échappait, Pégoud réussit à regagner nos lignes, non sans avoir essuyé le feu nourri des soldats allemands qui, des tranchées de

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première ligne, le voyaient passer à moins de 400 mètres de hauteur.

Rentré à son hangar, Pégoud dit à ses amis :

« Les cochons se sont méfiés du coup. Ils avaient un fusil et ont tiré sur moi comme j'étais au-dessous d'eux. »

On peut supposer maintenant que la réalité est tout autre. Les Allemands reconnaissant leur infériorité dans la tactique employée par Pégoud ont dû spécialement modifier un de leurs appareils, en plaçant la mitrailleuse dans une position permettant un tir vertical de haut en bas.

Pégoud ne réfléchit pas à cela. Mardi matin, un aviatik survolant nos lignes, il prit son vol pour engager la lutte avec lui. D'en bas, nos chasseurs suivaient les péripéties de la chasse ; tout à coup, comme notre aviateur arrivait sous l'appareil ennemi, ils entendirent le crépitement d'une mitrailleuse ; presque aussitôt notre avion piquait droit sur le sol et tombait dans nos lignes. Pégoud avait été tué d'une balle dans la tête.

Une prise d'armes aux Invalides. — Une prise d'armes très émouvante a eu lieu devant une foule considérable, dans la cour d'honneur des Invalides. Le général Parreau, commandant le département de la Seine, présidait cette cérémonie ; les honneurs ont été rendus par des bataillons du 29e territorial et du 4e zouaves et par un détachement de fusiliers marins. Cent trois décorations ont été remises par par le général Parreau, dont quatre croix d'officier de la Légion d'honneur aux officiers suivants: le colonel Thiébault, le lieutenant-colonel Ferrand, neveu de Mistral ; le médecin principal Pereau, le capitaine Thomas du 3e zouaves. Neuf croix de chevalier ont été ensuite distribuées au capitaine Martel et aux lieutenants Rose, Thulerem, Bultez, Laurent, Dagneau, Cicile, Le Tas, Thomas. Parmi les quatrevingt-dix titulaires des médailles militaires qui ont été distribuées, citons le soldat Henri Charlet, qui près deMorhange, reçut sept balles de mitrailleuse à la cuisse gauche et deux autres à la cuisse droite, ainsi qu'un prêtre de Saint-Sulpice, M. Baisné, professeur au grand séminaire de Baltimore, déjà titulaire de la Croix de guerre, et qui fut blessé à l'ambulance de Langenac, le 26 octobre 1914.

Le général Parreau a accompagné chaque remise de décoration d'un mot de sympathie à l'adresse du titulaire, et cette innovation au cérémonial traditionnel a été fort appréciée.

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Un exploit du sous-marin « Papin ». — Est cité à l'ordre du jour de l'armée, le sous-marin Papin avec son commandant, le lieutenant de vaisseau Cochin, et son équipage. Le Papin, étant en mission dans l'Adriatique, rencontra un champ de mines autrichiennes, dont quelques-unes émergeaient. Après les avoir détruites, le Papin a continué sa périlleuse exploration à travers le champ de mines, et ses hommes, plongeant avec une rare audace, sont parvenus à couper ainsi les attaches d'une centaine démines, qui furent détruites.

L'odyssée de trois prisonniers français évadés. — Voici les péripéties de l'évasion d'Allemagne de trois prisonniers de guerre français :

Alexis Bellange, caporal aviateur; F. Gagnau et F. Pissavy, soldats aviateurs avaient été faits prisonniers le 10 septembre 1914, lors de l'occupation de Maubeuge et envoyés à .... Voyant l'impossibilité de s'évader du camp, ils avaient demandé à être employés comme ouvriers agricoles et envoyés à cet effet à ... il y a peu de jours. On les faisait coucher dans une église, à laquelle était adossé un petit bâtiment à usage de cabinets d'aisances éclairé par un vasistas muni de barreaux de fer en forme de croix et de fils de fer barbelés qu'ils ont pu couper avec des tenailles qu'ils avaient pu se procurer.

A g heures du soir ils répondirent encore à l'appel, mais à minuit ils purent avec beaucoup de précautions passer par le vasistas et sauter dans la rue; l'un d'eux qui est assez râblé ayant fait un peu de bruit, un chien se mit à aboyer et l'alarme fut donnée. On se mit à leur poursuite, mais au lieu de se diriger vers la frontière, ils allèrent du côté opposé. Ils avaient eu la précaution de se munir de quelques boîtes de conserves et d'une carte qu'ils avaient dessinée eux-mêmes. Ils ne marchèrent que la nuit, se cachant le jour dans les bois et les blés. Leurs vêtements et leurs chaussures étant mouillés à cause de la traversée de plusieurs ruisseaux, ils ont souffert du froid et aussi de la soif. Enfin, la troisième nuit, ils arrivèrent à une petite rivière qu'ils furent obligés de traverser à la nage après y avoir bu avec avidité.

Ils se remirent en marche et peu après, étant dans un champ de pommes de terre enclavé dans deux champs de blés, ils virent deux hommes qui avaient l'air de les attendre. Ils firent demi-tour et gagnèrent un bois où des chiens aboyèrent. Ils changèrent de direction, et n'entendirent plus rien. Ils se croyaient bien cependant en Hollande et en effet, peu après, ils trouvèrent un journal hollandais. Un peu plus tard, ils en trouvèrent deux et, apercevant des maisons, ils se dirigèrent vers .... Ils purent gagner la France par Rotterdam et l'Angleterre. Ils se déclarent très tou-

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chés de l'accueil qu'on leur a fait en Hollande et disent qu'ils ne l'oublieront jamais. Dès leur arrivée en France, ils se sont présentés à leur dépôt.

Lettre d'un jeune instituteur. — M. Malavielle, lieutenant de réserve et fils d'un instituteur de la Lozère, vient d'être tué d'une balle au front au cours d'une attaque dans les environs de Metzeral. Il a été cité à l'ordre du jour pour sa brillante conduite.

Mon cher père,

C'est pour demain. Demain ma compagnie part pour l'assaut, et comme on ne sait jamais ce qui peut arriver, j'ai voulu vous dire adieu à tous avant de m'élancer dans l'inconnu. Je suis très calme, très confiant même. Je vous ai. au cours de ma campagne, écrit trois ou quatre lettres semblables à celle-ci qui ne sont jamais parties. Mais sait-on jamais?

Le général est venu ce matin. Il a parlé à nos hommes. Contre toute discipline, nos soldats l'ont acclamé : «Bravo, mon général! Nous les aurons! Vous pouvez compter sur nous! » Le général, les yeux mouillés, est parti en balbutiant : « Au revoir, mes enfants! Merci, mes enfants! » J'avais les larmes aux yeux. Oh! c'était grand, c'était beau ! Et je crois qu'il sera content de nous, le général. Nous avons une entière confiance en lui. Et puis l'attaque paraît mûre, bien préparée matériellement, et nos hommes, malgré quarante jours bientôt de grandes fatigues, ont un moral superbe. Nous irons de l'avant d'un seul bond, et le résultat n'est pas douteux. Ce sera un succès.

Père, je suis calme, très calme. Avant l'action je me domine. Je marcherai comme toujours. Si je tombe, tu peux être tranquille : j'aurai eu la mort d'un bon soldat, et vous pourrez tous penser à moi l'âme sereine Si je tombe, je tomberai face à eux, sans plainte, en pleine conscience de ma force, de ma lucidité d'esprit, de ma volonté. La guerre que nous faisons vaut bien que l'on meure ainsi. Et puis je compte sur mes frères Robert et Henri pour me venger.

Lettre d'un soldat de la classe 1915 à. sa mère. —

Mme Lannois, qui habite un faubourg- de Troyes, a reçu de son fils, soldat de la classe de 1915, la belle lettre suivante :

Châteauroux, 24 juillet 191 5.

Chère mère et frère,

Me voilà encore vert pour ma permission, mais ce coup-ci, ce n'est pas une permission de moisson qui m'en empêche, ce couplà c'est plus grave ; je passe au ...e hussard qui est à Verdun, en

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temps de paix, mais c'est pour partir au feu. Nous sommes déjà habillés, mais je ne pars pas à cheval, nous formons un escadron à pied comme soutien pour l'artillerie lourde. Nous serons toujours à 4 ou 5 kilomètres en arrière des lignes de feu ; je ne serai pas beaucoup en danger, il n'y a que les obus, mais pas les balles ni les charges à la baïonnette.

J'ai bien un peu le cœur gros en pensant à vous, mais je t'assure que cela ne me fait pas peur, je suis même content. Et puis, le capitaine commandant m'a dit ce matin qu'il me donnerait un petit galon avant de partir.

Surtout ne te fais pas de bile, je reviendrai sûrement, mais je ne serai pas tout seul et tu seras fière de moi. Mais si des fois, il y avait un « avaro », tu te consoleras en pensant que c'est pour la France, pour toi, pour tous.

Je te jure que je ne ferai pas d'imprudence mais jamais je ne reculerai. Enfin ne te tourmente pas, tâche de ne pas y penser.

Je t'écrirai le plus souvent possible et je penserai toujours à toi, votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur.

Lucien.

Un héros de dix-huit ans. — Du Temps, signé P. R. :

Il venait de terminer brillamment ses études. Il n'avait pas encore dix-huit ans. Au mois de septembre dernier, il s'engagea dans un bataillon de chasseurs alpins, en garnison à Grenoble. A peine instruit, sur sa demande expresse, il part pour le Nord. Du 10 novembre au i5 décembre, il se bat rudement dans la région d'Ypres, puis dans celle du Mont-Saint-Éloi. Sous un feu très vif, dans des conditions très périlleuses, il va chercher un de ses camarades blessé et Pemmène à l'ambulance. Il est blessé lui-même dans le trajet, obligé de quitter le front, ce dont il ne se console pas. Il lui faut des semaines pour se remettre. Sur son lit d'hôpital, il en rage. Enfin, au mois de juin, il est guéri. Il repart comme aspirant et reçoit tout de suite le commandement d'une section. Pendant douze heures, à la tête de ses hommes, qu'il maintient et qu'il encourage énergiquement, il subit un bombardement violent. Il donne à tous l'exemple de la plus belle bravoure, du sang-froid et du sacrifice. A l'attaque d'une tranchée, où il montre la plus magnifique intrépidité, il est tué, le 2 juillet, d'une balle à la tête, en se défendant les armes à la main et au moment où il déchargeait son revolver sur un soldat allemand qui, à la faveur de l'obscurité, cherchait à pénétrer dans nos lignes.

Et ce jeune héros, à qui sa belle conduite en cette journée, après bien d'autres faits glorieux, avait valu la Croix de guerre et la citation à l'ordre du bataillon, avait nom Raymond Pinat. Il était le fils du capitaine d'artillerie Noël Pinat, attaché en ce moment à Pétat-major de la 14e brigade d'artillerie, à Grenoble, à qui nous adressons, ainsi qu'à sa famille, nos plus respectueuses condoléances, en souvenir de leur glorieux enfant.

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Un jeune brave. — Le lieutenant-colonel commandant le dépôt du 46e d'infanterie, à Fontainebleau, a adressé ses félicitations au jeune soldat Dehon, engagé volontaire, à l'âge de dix-sept ans, pour la durée de la guerre. Dehon s'est échappé de son domicile d'Anzin (Nord), occupé par l'ennemi. Il a traversé à pied toute la Belgique, a pu gagner la frontière hollandaise, d'où il a été dirigé sur l'Angleterre et Boulogne, puis sur Fontainebleau. Le lieutenant-colonel a nommé soldat de première classe le jeune Dehon, qui a fait preuve d'initiative, d'intelligence et de sang-froid.

Lettre d'un colonel à un écolier de douze ans.

Mon cher Pierrot,

J'ai reçu ta charmante lettre dans laquelle tu me demandes le nom d'un soldat de mon régiment dont tu serais le parrain, le petit frère. Pour combler tes vœux, voici ce que j'ai fait : J'ai demandé à tous mes capitaines de m'indiquer le nom d'un vaillant soldat n'ayant plus de famille : tu lui en tiendras lieu. Puis, j'ai tiré moi-même au sort. L'heureux élu est le soldat R..., de la 18e Cie du 359% secteur postal 97.

Tu n'auras qu'à lui écrire; il t'aimera bien. Ton bon petit cœur a compris ce qu'il y a de plus triste, pour un soldat, c'est de n'avoir plus de papa, de maman, de frère ou de sœur. Tu veux être le frère d'un de mes soldats; mais tu deviens ainsi mon fils, car tous les hommes de mon régiment sont mes enfants. Je t'adopte d'autant plus volontiers que moi aussi, j'avais un bon et beau fils, que j'aimais comme t'aime ton papa. Les Allemands me l'ont tué à vingt ans. Il est mort mon cher fils, pour l'Alsace et pour la France, comme tu l'aurais fait si tu avais été plus grandi

Je t'embrasse de tout mon cœur.

Lieutenant-Colonel, Buhler.

Un orphelin de 10 ans décoré h la place de son père. —

Les remises de Médailles militaires ou de Croix de guerre sont toujours et partout d'émouvantes cérémonies. Celle qui a eu lieu le i5 août à Blois a eu cependant un caractère plus empoignant encore.

Devant une foule de plusieurs milliers de spectateurs, du milieu de laquelle émergeaient les étendards des Médaillés militaires et coloniaux, des Anciens combattants de 1870, des vétérans, des sociétés de gymnastique, des sections de boy-scouts, le commandant Destenay qu'accompagnaient les

TROIS MOIS DE GUERRE. — III

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colonels Courboulès et Huin, a remis une Médaille militaire

et neuf Croix de guerre.

Parmi les récipiendaires, on remarquait un enfant de 10 ans, Hubert de Montaigu, qui recevait la décoration décernée à son père, le capitaine Louis Tassin de Montaigu, du 7e hussards, tombé glorieusement en chargeant l'ennemi, à Attigny, le 3o août 1914. Ce valeureux officier avait obtenu la citation suivante :

Le général Foch cite à l'ordre de l'armée le capitaine de Montaigu, du 7e hussards. Chargé de couvrir le flanc de la 17e division d'infanterie qui se portait à l'attaque, a arrêté par une charge magnifique une contre-attaque de l'ennemi. Est tombé glorieusement à la tête de ses cavaliers.

La veuve et les quatre enfants du capitaine de Montaigu habitent le château de La Vrillère, à Saint-Lubin-en-Vergonnais (Loir-et-Cher).

Quand le commandant Destenay, s'approchant du jeune Hubert de Montaigu, lui épingla sur la poitrine la Croix de guerre et l'embrassa, l'enfant se prit à sangloter. Toute l'assistance fut profondément remuée à ce spectacle.

Deux lettres du maire de Lille. — A la suite d'un conflit qui mit aux prises M. Delesalle, maire de Lille, avec l'autorité militaire allemande, parce qu'il refusait énergiquement de faire confectionner des sacs à terre pour les tranchées boches, ce dernier écrivit au gouverneur général :

Je crois devoir vous faire respectueusement remarquer qu'il m'est impossible d'entrer dans vos désirs. Obliger un ouvrier ou un patron à travailler est absolument contraire à mon droit; lui conseiller de travailler, absolument contraire à mon devoir que me dicte impérieusement l'article 52 de la Convention de La Haye. Vous avez reconnu vous-même la justesse de mes observations lorsqu'il s'est agi, au début de l'occupation, de trouver des ouvriers pour les tranchées, et vous n'avez pas insisté pour que je m'entremette. Ce sont les mêmes raisons que j'invoque aujourd'hui. Quant à la solution que vous me proposez de donner à la ville même le soin de confectionner les sacs, elle ne peut pas même être envisagée, car mon devoir de maire français me l'interdit plus formellement encore. Quelque risque que je puisse encourir, je regrette de ne pouvoir vous donner satisfaction. Vous êtes soldat, Excellence, vous placez trop haut le sentiment du devoir pour exiger que je trahisse le mien. Si j'agissais autrement, vous n'auriez pour moi que du mépris.

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A la suite des mesures de rigueur prises par les Allemands, M. Delesalle déclara, dans une seconde lettre :

Parce que quelques ouvrières, de leur plein gré et après réflexion, refusent de confectionner de leurs mains des sacs à sable pour les tranchées, à l'heure même où leurs maris et leurs frères se font héroïquement tuer devant ces mêmes tranchées, — parce que le maire refuse d'intervenir et de conseiller de faire ce qu'il considère, en son âme et conscience, comme un crime contre sa patrie, — vous sévissez contre une immense population innocente, qui, jusqu'ici, a fait preuve, malgré ses souffrances, du plus grand calme. Vous m'enjoignez, en outre, de verser à l'intendance, le 10 juillet, une somme de 375 ooo francs pour la confection de 600 000 sacs en Allemagne. Je regrette de ne pouvoir acquiescer à cet ordre : d'abord, vous savez que je n'ai plus en caisse d'espèces françaises ou allemandes; de plus, je ne reconnais pas que cette dépense puisse m'être imposée. Il ne s'agit pas, en effet, de frais d'entretien de vos troupes, auxquelles je dois pourvoir, mais de véritables dépenses de guerre, auxquelles mon devoir m'interdit de contribuer. Je vous le répète encore, Excellence, j'ai fait et je ferai tout ce que me prescrit mon devoir, mais je n'irai pas au deià. Ma bonne volonté est à bout, et ma santé, très ébranlée, s'épuise sous le poids d'incessantes préoccupations. En internant mes adjoints à la Citadelle, vous rendez, pour moi, le fardeau plus écrasant.

Les versements d'or. — Le Directeur de la Banque de France a reçu de deux petits Parisiens la lettre suivante :

Monsieur le Directeur,

Avec les billets de 5 francs que vous nous avez remis contre notre or, nous nous sommes empressés de courir au bureau de poste pour y acheter nos bons, série n°

Nous garderons ces précieux bons jusqu'au retour de notre cher papa et ensuite nous en ferons don à de pauvres enfants, orphelins de père et de mère.

En attendant, nous crions de toutes nos forces : « Vive la France, notre chère patrie! Vivent ses alliés! » Et nous formons des vœux pour que tous les papas reviennent en bonne santé et victorieux, de même que tous ceux qui combattent pour la cause sacrée.

Ce qu'est la France. — Extrait d'une lettre écrite de Paris par Rudyard Kipling, le grand écrivain anglais :

Je croyais savoir quelque chose de ce que fait la France. Je m'aperçois maintenant que je commence seulement à comprendre ce qu'est la France. Je puis dire seulement, pour me défendre, que

Sylvain et Raymonde G...

A COTÉ DE LA GUERRE

je doute si la France elle-même le savait il y a douze mois.

La France ne lutte pas seulement dans cette guerre : elle la vit, elle la vit avec une gaieté de cœur qui, si vous y regardez de près ne cache pas pour une seconde le sérieux mortel et la ténacité de sa résolution.

J'ai été dans les villes et dans les villages de France, et je puis témoigner que les hommes et les femmes se montrent également résolus, sans ostentation et sans plainte.

Nous avons pris le thé l'autre jour dans une ville que les Boches bombardent chaque jour, parce qu'elle est pleine de femmes et d'enfants et parce qu'elle possède une magnifique vieille église. Les caves de la maison étaient transformées en hôpital. Mais autour de la table où rien ne manquait à l'étiquette habituelle, pas un mot ne fut prononcé qui suggérât ou évoquât la tension perpétuelle sous laquelle se poursuit l'existence. C'étaient des Français, et tant qu'il y avait du travail à faire, ils travaillaient et ils travaillent î

Pour autant que je puisse voir, il n'est pas d'action individuelle, d'un bout de la France à l'autre, qui ne soit guidée par cette forte détermination. Nous en arriverons là nous-mêmes avec le temps; mais, à présent, nous n'avons pas encore complètement compris la manière dont les Français, comme je l'ai dit, vivent cette guerre. Nous autres Anglais, nous devons comprendre cela pour nousmêmes autant que pour eux, et l'exemple de la France ne peut être montré trop souvent ni avec trop d'insistance.

Vous connaissez naturellement l'état de choses comme tout étranger peut le connaître, mais avez-vous jamais imaginé la France comme un pays où il n'y a pas un homme jeune ou d'âge moyen qui ne soit au poste de devoir que les autorités militaires lui ont assigné, ni une femme qui ne soit engagée dans une occupation concernant directement la guerre, pas une femme qui ne sache ce qu'on attend d'elle, pas une qui ait du temps pour autre chose que la guerre > Et elles ne perdent cependant rien de leur charme ni de leur grâce.

La bonne volonté et l'endurance, et puis la gaieté du cœur, parmi les hommes, sont merveilleuses. Ils ne discutent pas, ils sont d'accord que seul un Boche mort est un bon Boche, et ils travaillent dans ce sens joyeusement et avec zèle. Leurs tranchées sont construites et drainées comme si la guerre devait durer encore cinq ans.

J'ai eu la chance rare, dans cette guerre, d'assister à la revue d'une armée.

Il n'y avait pas de cérémonial; c'était seulement le passage de combattants endurcis, et ce n'en était que plus impressionnant. C'étaient la santé radieuse et la qualité de ces hommes qui me rendaient si heureux.

J'ai vu également les 75, eux aussi ne se soucient pas de cérémonies, mais leur œuvre est magnifique et le mécanisme de la culasse est un rêve de simplicité.

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Mais lorsque tout est dit, ce sont encore les hommes et les femmes qui sont les merveilles. Je pourrai remplir un livre avec des détails de leur vie à l'arrière ou bien dans les lignes, des détails sur la patience, la ferveur et le labeur terrible de tout le pays.

Mais il faut le voir pour le croire, et lorsque vous l'avez vu, il faut témoigner, comme j'espère le faire, que tout ce que l'Angleterre pourra faire ne sera pas de trop pour rester à la hauteur d'un pareil allié.

Septembre 1915.

Actes d'héroïsme. — Ils sont trop, depuis les magnifiques journées de Champagne, dont nous devrions citer les noms, d'aristocrates, de plébéiens, de prêtres, d'instituteurs, d'écrivains, d'artistes, d'industriels, de commerçants de toutes les confessions ou sans confessions, de tous les partis, ou tombés ou vivants encore Dieu merci, tous dignes de figurer dans un livre d'or destiné à eux seuls. Ils nous excuseront d'avoir à limiter faute de place aujourd'hui cette revue de la gloire des armées de terre, de mer et de l'air.

Le général Marchand. — Le général Marchand est inscrit au tableau spécial de la Légion d'honneur, pour être élevé à la dignité de grand officier. Voici le motif qui accompagne la promotion :

M. Marchand (Jean-Baptiste), général de brigade à titre temporaire, commandant par intérim une division d'infanterie coloniale : a donné dans la préparation et l'exécution des attaques dont il était chargé de nouvelles preuves des plus hautes vertus militaires, et d'une bravoure devenue légendaire. A tracé lui-même sur le terrain découvert devant les lignes ennemies les tranchées à pousser en avant. Grièvement blessé en conduisant sa division à l'assaut. A su inspirer à tous la volonté indomptable de suivre partout un tel chef, digne d'être donné comme exemple aux plus vaillants.

Le général Gallieni. — Le Journal officiel publie la citation à Tordre de l'armée du général Gallieni. Cette citation précise la part prise par le gouverneur militaire de Paris à la victoire de la Marne :

Gallieni y générât gouverneur militaire et commandant des armées de Paris.

Commandant du camp retranché et des armées de Paris, et placé

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le 2 septembre 1914 sous les ordres du commandant en chef, a fait preuve des. plus hautes qualités militaires :

En contribuant par les renseignements qu'il avait recueillis à déterminer la direction de la marche prise par l'aile droite allemande ;

En orientant judicieusement, pour participer à la bataille, les forces mobiles à sa disposition ;

En facilitant par tous les moyens en son pouvoir l'accomplissement de la mission assignée par le commandant en chef à ces forces mobiles.

Le général Lyautey. — Le général Lyautey, commissaire résident général de la République française au Maroc, est inscrit au tableau spécial de la Médaille militaire. Voici la mention qui accompagne son nom.

Nommé commissaire résident général de la République française au Maroc, au mois d'avril 191 2, dans la période difficile qui suivit les émeutes de Fez, a fait preuve depuis cette époque, des plus belles qualités militaires, sachant toujours allier à un commandement énergique des dons d'organisation et d'administration remarquables.

Dès la déclaration de guerre, a su discerner avec perspicacité les moyens de venir le mieux en aide à la mère-patrie. A poussé l'abnégation jusqu'à ne pas demander à prendre le commandement des forces qu'il embarquait pour la France et est resté à son poste, donnant à tous ceux que le devoir maintient dans les colonies le plus bel exemple de patriotisme. A continué son œuvre avec tant de dévouement et d'habileté que, malgré la guerre, jamais notre colonie marocaine n'a connu plus de calme prospérité.

Le contre-amiral Ronarc'h. — Le contre-amiral Ronarc'h, le héros de Dixmude, a reçu les trois étoiles.

Un décret soumis à la signature du Président de la République confère, en effet, le grade de vice-amiral au commandant de la brigade des fusiliers marins qui s'illustra sur les rives de l'Yser.

L'amiral Ronarc'h en ces circonstances a montré une fois de plus quel ascendant merveilleux il savait prendre sur ses hommes.

Mais il avait déjà, depuis longtemps, fait ses preuves dans les divers commandements à la mer qui lui avaient été confiés, et notamment lorsqu'il fut placé à la tête des flottilles de la Méditerranée, ce qui lui valut les étoiles de contre-amiral.

Il est en outre, l'inventeur du drague-mines adopté par la marine anglaise.

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Octobre 1915.

Médailles d'honneur. — Le Ministre de la Guerre a décerné les Médailles d'honneur des épidémies ci-dessous :

Médaille d'argent. — Mlle Marsy, infirmière de F Union des femmes de France, directrice de l'hôpital auxiliaire n° 101 à Amiens.

Médaille de bronze. — Mme Gouttenègre Cen religion sœur Saint- Antoine de Padoue), infirmière à l'hôpital temporaire n° 10 à Amiens; Mlle Martin, infirmière de la Société française de secours aux blessés militaires à l'ambulance 5/57; Mme Robert, infirmière à l'ambulance 5/5 1 ; Mlle Cahon, infirmière bénévole de la Société française de secours aux blessés militaires, à l'ambulance 5/57; Mme Vallière, née Feuillerade, infirmière-major de l'Union des femmes de France.

Citations à V ordre du jour de V armée.

Mme Léonie de l'Église (sœur Vincent), des Filles de la charité, supérieure de l'hospice d'Albert. A montré sous le feu de l'ennemi un constant et admirable dévouement. Blessée par un obus en soignant des vieillards qui avaient refusé de quitter l'hospice.

Mme Joséphine Kromer (sœur Marie) de la Flagellation, supérieure de Thospice d'Harbonnières. A efficacement protégé et soigné les blessés français pendant l'occupation ennemie, et, en s'exposant gravement elle-même, a assuré leur liberté. A donné pendant ce temps et depuis, des preuves répétées d'un dévouement sans bornes.

Le Journal officiel publie le 20 octobre cette liste :

Mme Carrel-Billiard (Anne), infirmière-major à l'hôpital temporaire n° 21, à Compiègne. A dirigé à Compiègne l'installation d'un hôpital modèle et des laboratoires qui y sont annexés au nom de l'Institut Rockefeller. S'est dévouée aux blessés qui y sont traités et qui sont, par principe, sélectionnés parmi les plus graves, est restée l'âme de cette formation malgré les bombardements de la ville par la grosse artillerie allemande.

Mme Jacquet (Thérèse), veuve Chibert, infirmière-major, directrice du service des infirmières à l'hôpital auxiliaire n° io5, à Compiègne. A rempli avec le plus grand zèle, depuis l'ouverture de l'hôpital n° io5, à Compiègne, même pendant l'occupation allemande, ses fonctions d'infirmière-major et de directrice du service des infirmières et a fait preuve de beaucoup décourage et de sangfroid pendant les bombardements de Compiègne.

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Mlle Leconte (Jeanne), infirmière, chef de salle à l'hôpital auxiliaire n° io5, à Compiègne. A rempli ses fonctions de chef de salle depuis l'ouverture de l'hôpital, même pendant l'occupation allemande. A tenu son service avec une régularité, un sang-froid et une intelligence parfaite, malgré des bombardements de grosse artillerie.

Mlle Lambert (Marthe), aide-infirmière à l'hôpital auxiliaire n° io5, à Compiègne. A donné ses soins aux malades et blessés avec le plus grand dévouement depuis l'ouverture de l'hôpital, même pendant l'occupation allemande. A contracté au chevet des malades la fièvre typhoïde et a repris son service aussitôt sa guérison, continuant à l'assurer pendant les bombardements de Compiègne par la grosse artillerie allemande.

Mme la baronne Fain (Magdeleine), infirmière-major, présidente du comité de Compiègne. Est restée à son poste de présidente et d'infirmièi e-major de l'hôpital du château de Compiègne au moment de l'occupation allemande; a fait face aux différentes difficultés de tout genre avec sang-froid, énergie et une attitude pleine de dignité et de fermeté, se tenant prête à toutes les éventualités, et réconfortant sans cesse son personnel. N'a pas quitté ses fonctions depuis le début de la guerre, malgré les bombardements ennemis.

Mlle Cleret (Marie), infirmière-major, à l'hôpital annexe du collège (Compiègne). A fait campagne au Maroc. Est restée à son poste pendant l'occupation allemande, a organisé au prix de difficultés sans nombre l'hôpital du collège de Compiègne qu'elle n'a cessé de diriger depuis sa fondation avec un dévouement digne d'éloges et malgré des bombardements de grosse artillerie.

Mlle Barbier (Jeanne), infirmière-major à l'hôpital annexe du palais de Compiègne. Est restée à son poste pendant l'occupation allemande. A dirigé l'hôpital 34, à Compiègne pendant cette occupation avec une énergie et une attitude peu communes et n'a pas un seul jour, depuis le début de la guerre, quitté ses fonctions, malgré des bombardements de grosse artillerie.

Mme Trivioz (Eugénie), en religion sœur Jeanne-Marie, supérieure du couvent de la Compassion, hôpital annexe du palais de Compiègne. Au moment où les Allemands allaient occuper Compiègne, a refusé de quitter son couvent, se tenant ainsi résolue et prête à toutes éventualités. A mis tout son personnel à la disposition du service de santé, en a imposé aux Allemands par son attitude digne et ferme, et n'a cessé depuis le début de la guerre de consacrer à l'œuvre des blessés son temps et les ressources de la communauté avec un dévouement et une intelligence au-dessus de tous éloges, et cela, malgré des bombardements de grosse artillerie.

Mme Hermann (Marie), infirmière à l'hôpital annexe du palais de Compiègne. Est restée à son poste pendant l'occupation allemande de Compiègne. S'est consacrée aux soins des grands blessés

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de l'hôpital 34, depuis le début de la guerre avec un courage et une énergie qui ne se sont jamais démentis, et cela, malgré des bombardements de grosse artillerie.

Mme la comtesse Pillet-Will (Antoinette), infirmière à l'hôpital annexe du palais de Compiègne. A accompagné jusqu'à Rouen un convoi de blessés anglais évacués de l'hôpital 34 à Compiègne. Trouvant à son retour la ville occupée par l'ennemi, y est rentrée le lendemain du départ des Allemands. N'a pas quitté son poste depuis cette. époque, malgré des bombardements de grosse artillerie, consacrant au service des blessés un dévouement et une énergie vraiment remarquables.

De non moins éloquentes citations concernent Mmes Hélène Boltenski, Juliette Perdon, sœur Joseph du Saint-Rosaire, sœur Blanche du Saint-Cœur de Marie, sœur Marguerite, infirmières à Villers-Cotterets et Senlis.

Mort au champ d'honneur. — Le capitaine Ismaïl de Lesseps, du 3e chasseurs d'Afrique.

Blessé très grièvement au Maroc (il avait eu les deux poumons traversés), le capitaine de Lesseps, à peine sur pied, voulut revenir en France et reprendre sa place au combat. Le 3o septembre dernier, à 4 heures de l'après-midi, le 2e escadron, qu'il commandait, reçut l'ordre d'attaquer à la grenade un boyau aux deux tiers comblé par le bombardement. Laissant ses hommes en arrière, il s'avança seul pour reconnaître la position. Au moment où il allait appeler son escadron pour le lancer à l'attaque, il fut reçu par une violente fusillade. Une balle lui traversa de part en part la poitrine. Il put néanmoins avoir assez de force pour revenir tomber au milieu de ses soldats. On le porta dans un abri où il expira au bout de quelques minutes.

Le capitaine Ismaïl de Lesseps était le troisième des sept fils encore vivants de Ferdinand de Lesseps. Cinq de ses frères sont au front. Ce sont : Mathieu de Lesseps, sous-lieutenant au 5e hussards; Bertrand, capitaine au 4e chasseurs à cheval; Paul, maréchal des logis aviateur : Robert, sous-lieutenant au 4e cuirassiers ; Jacques, sous-lieutenant aviateur, qui vient d'être décoré. De plus, le gendre du grand Français, le marquis de Miramon, quoique libéré de tout service militaire, s'est engagé comme sous-officier au 8e dragons et vient d'être nommé sous-lieutenant; un beau-frère, le capitaine de La Bégassière, a été tué le 17 septembre 1914, à côté du général Bridoux. Enfin, un autre beau-frère, le baron Lacaze, lieutenant au 6e dragons, est au front.

Le Livre d'or de Varmée. — Citations à l'ordre du jour : Calais-Pheasant, lieutenant au 14e bataillon de chasseurs : officier

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remarquable, d'une belle intelligence et d'une superbe bravoure. Cité à l'ordre de l'armée au début de la campagne. Bien que blessé, est allé au feu les 20, 22 et 26 juillet 191 5 avec la main en écharpe, donnant à ses chasseurs un magnifique exemple. A été de nouveau blessé à leur tête.

De La Rochefoucauld, lieutenant observateur à l'escadrilleM. S. i5 : le 4 juillet, exécutant une reconnaissance à longue portée par un temps difficile et dans une zone particulièrement défendue par l'artillerie ennemie, a accompli courageusement sa mission et a dû atterrir après avoir eu son appareil gravement atteint par le feu ennemi.

Peretti, sous-lieutenant, pilote-aviateur à l'escadrille M. S. 3i : pilote hors ligne, d'une habileté et d'une audace éprouvées. Depuis son arrivée au front, au début de septembre, a exécuté des reconnaissances hardies, se faisant remarquer par un sang-froid et une endurance à toutes épreuves. Le 11 décembre, a eu son appareil atteint de plusieurs éclats d'obus et a été touché au bras par un éclat. A exécuté de nombreux vols de chasse contre les avions ennemis, en particulier le i3 avril, où il a obligé un avion et, le 18 avril, deux avions à faire demi-tour.

Weiller, chef de bataillon au 79e d'infanterie : au cours d'un combat de nuit (nuit du 7-8 octobre 1914), a assuré avec 5o hommes la défense d'un village attaqué par 7 compagnies allemandes. A résisté avec la plus grande énergie à toutes les attaques de l'ennemi et a permis ainsi aux éléments de contre-attaque de cerner les assaillants et de faire un grand nombre de prisonniers. A fait lui-même avec son détachement un lieutenant-colonel et 123 Allemands prisonniers.

De Villèle, capitaine de réserve au 10e bataillon de chasseurs : officier de réserve des plus distingués, tant par sa bravoure que par l'expérience qu'il avait acquise du commandement. Blessé mortellement le 4 mars, a passé le commandement à son lieutenant avec le plus grand calme et a quitté sa compagnie en criant : « Adieu, vive la France! »

Du Perron de Revel, capitaine au 10e bataillon de chasseurs : officier des plus distingués, tant par ses services que par ses hautes qualités militaires. Adoré de ses subordonnés, dont il savait tout obtenir. Tué à son poste de commandement, le 3 juin, par un obus.

Goubeau, lieutenant-colonel à titre temporaire, commandant le 140e d'infanterie : chef de corps de haute valeur, par son énergie, son activité, sa décision, a su, en payant largement de sa personne, faire réaliser par son régiment des gains importants dans des circonstances difficiles (8 juin).

Lamarche, chef de bataillon à titre temporaire au i37e d'infanterie : s'est distingué depuis le début de la campagne. S'est porté, le 7 juin, à l'attaque avec deux de ses compagnies. Est resté sur la première ligne et a organisé la position. A maintenu ensuite

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son bataillon pendant quatre jours consécutifs sous un violent bombardement, réconfortant ses hommes par sa présence, son calme et sa bonne humeur.

Quesnel, soldat à la compagnie de mitrailleuses du 202e d'infanterie : a donné à ses camarades le plus bel exemple de bravoure et de sang-froid pendant le bombardement du 23 juin. Son chef de section ayant été tué, ainsi que le caporal chef de la pièce voisine, a maintenu chacun à son poste jusqu'à l'arrivée du lieutenant et s'est dépensé très activement sous un bombardement intense pour retirer des abris éboulés les corps des hommes tués et la deuxième pièce qu'il a immédiatement remise en batterie.

Berthin, lieutenant pilote à l'escadrille C 17 : officier aviateur d'élite. A été blessé dans un accident d'atterrissage le 26 janvier iqi5, au retour d'une chasse contre un avion allemand. A eu à plusieurs reprises son avion atteint par des éclats d'obus, en particulier le 2 juin, où il a réussi, grâce à son sang-froid, à atterrir avec un appareil si gravement endommagé que son remplacement a été jugé nécessaire.

Larrue, sous-lieutenant observateur à l'escadrille M. F. 5 : excellent officier observateur qui rend des services particulièrement appréciés. A effectué en avion de nombreuses reconnaissances périlleuses et s'est particulièrement distingué le 23 mai en attaquant résolument à coups de mousqueton un avion allemand qu'il a obligé à rentrer dans ses lignes.

Ragouillaux, soldat de 2e classe au 164e d'infanterie : grièvement blessé dans la tranchée le 4 juin 191 5 ; ayant le pied droit presque entièrement sectionné par un éclat d'obus, a dit au commandant de la compagnie : « Serrez-moi la main, je suis fichu, mais cela ne fait rien, c'est pour mon pays. »

Saint-Paul, soldat au 128e d'infanterie : au cours de l'assaut, a abandonné sac et fusil pour rattraper plus vite un Allemand qui fuyait devant lui; l'a terrassé et réduit à l'impuissance.

Compagnie du génie 7/1 3 : sur le front depuis six mois, a pris part, en tète de colonne, à dix assauts. Pendant une période d'attaque, elle a, par ses approches à la sape et à la mine et malgré les bombardements journellement répétés, contribué, pour une grande part, à l'enlèvement d'une position allemande importante. Depuis, elle a su défendre par ses travaux de mine un front de 4 kilomètres, désorganisant complètement les travaux de mine de l'ennemi et réduisant celui-ci à l'impuissance.

Légion d'honneur. — Le lieutenant observateur Lamasse est inscrit au tableau spécial de la Légion d'honneur pour la croix de chevalier.

Mlle Jaquier, infirmière-major; Mmes Armagnac, de Chabannes, de la Tour-Maubourg, Mlle Le Bail et de Lyrot, infirmières de la Société de Secours aux blessés militaires : ont prodigué leurs

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soins à de nombreux blessés pendant le bombardement et l'investissement de Maubeuge. Libérées après trois mois passés près des blessés français et allemands, se sont mises immédiatement à la disposition de leur société et ont continué leur mission dans différents hôpitaux, où elles n'ont cessé de montrer un dévouement digne des plus grands éloges.

André Combes, médecin auxiliaire au 3o3e régiment d'infanterie : a, en toutes circonstances, depuis le début de la campagne, fait preuve d'un dévouement et d'un mépris du danger dignes d'éloges. S'est distingué en particulier en enlevant des blessés sous le feu et à proximité des lignes ennemies le 20 avril 191 5.

Une héroïne. — Sur le front nord-ouest, pendant un combat acharné, la sœur de charité Ivanova pansait des blessés sous un feu terrible de l'ennemi. Voyant le commandant et tous les officiers du bataillon tués et consciente de l'importance du moment décisif de la bataille, elle réunit autour d'elle les soldats survivants, désorientés par la perte de leurs chefs, les entraîne, prend d'assaut, avec eux, la tranchée ennemie et en chasse les Allemands. Elle tombe ensuite percée d'une balle.

Citations à V ordre de V armée navale. — Le Journal officiel publie les citations à l'ordre du jour des militaires dont les noms suivent :

M. Picot, capitaine de frégate, chef d'une mission à l'étranger : officier supérieur, énergique et de grande valeur. A, par son exemple, entretenu constamment la belle attitude au feu des officiers et marins placés sous ses ordres.

M. Levillain, enseigne de vaisseau de Ve classe de réserve : au cours d'une mission de bombardement ordonnée, comme observateur d'avion, a aidé un pilote blessé dans le pilotage de l'appareil et a, par son sang-froid, permis au pilote de conserver sa connaissance jusqu'à l'atterrissage de l'avion dans nos lignes.

Armée aérienne. — Citations à l'ordre du jour :

Védrines, adjudant-pilote à l'aviation d'une armée. Pilote adroit et courageux ayant accompli plus de cent vingt heures de vol depuis le début de la campagne. Depuis son arrivée à l'escadrille, n'a cessé de réclamer pour lui l'honneur d'exécuter les vols les plus périlleux. A notamment, en mai et juin 191 5, rempli brillamment cinq missions spéciales, particulièrement dangereuses et difficiles. S'est particulièrement distingué aux opérations du 5 au i5 juin 1915.

Surcouf, capitaine à titre temporaire, commandant la 26e compagnie d'aérostiers de campagne. Officier remarquable à tous points

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de vue. Commande sa compagnie avec une grande compétence et en obtient un excellent rendement. Aéronaute réputé. A donné de nombreuses preuves de bravoure et d'adresse.

Le chef des volontaires grecs décoré de la Légion d'honneur. — Le lieutenant Epaminondas Valsamachi, chef de la légion des volontaires grecs qui combattent avec les armées françaises contre l'Allemagne, qui avait déjà, il y a quelque temps, été cité à l'ordre du jour de l'armée pour sa brillante conduite au feu, vient d'être décoré de la Légion d'honneur.

Un concierge décoré de la Croix de guerre et de la Légion d'honneur. — Il y avait, avant la guerre, au lycée Condorcet un ménage de braves gens qui vendait aux élèves de menues friandises et des fournitures scolaires.

C'étaient les concierges Davous. Ils menaient une vie simple, régulière et tranquille et on aurait été bien surpris si quelqu'un à cette époque eût prédit que Barthélémy Davous, ce paisible concierge de la rue du Havre, deviendrait un héros.

La guerre éclata. Davous, qui était adjudant de réserve, reprit du service le 6 août 1914 au 124e régiment d'infanterie.

Au mois d'octobre suivant il était promu sous-lieutenant, sur le champ de bataille, puis lieutenant, toujours sur le champ de bataille en mars io,i5, après avoir été trois fois cité à l'ordre du jour de son corps d'armée et une fois à l'ordre du jour de l'armée.

Le 25 mars 1915, le général Joffre passant une revue décora Barthélémy Davous de la Légion d'honneur.

Les vieux au front. — Au début de la guerre, M. Victor Rey, gouverneur des colonies en retraite, s'engagea comme simple soldat, bien que son titre l'assimilât au grade de général. Agé de soixante-deux ans, M. Victor Rey a fait, à ce jour, douze mois de campagne. Il n'a quitté le front qu'à son tour de permission.

Les belles familles. — Les époux Plessy-Beaulu, habitant à Sandillon (Loiret), ont huit enfants, sept garçons et une fille. Les sept garçons, depuis le début de la guerre, sont sous les drapeaux. Le mari de la sœur de ces sept braves, M. Jean Colomb, est mort au champ d'honneur, dans les Vosges, après onze mois de campagne. Sa veuve a quatre enfants à élever.

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La famille Grévot, de Villemoisson-sur-Orge, a six fils à l'armée.

Le père est décoré de la médaille de 1870. Ce brave homme avait, en outre, un petit-fils, Henri, de la classe 191 1. Blessé grièvement au début de la guerre, il a été brûlé vif par les Allemands, en Belgique. Un autre, Robert, classe 1917, est prêt à partir.

Trois frères cités à Vordre du jour. — Voici trois citations dont les frères Lhôte ont été l'objet :

M. Georges Lhôte, sous-lieutenant der éserve au 3ie d'artillerie : « Officier brave et énergique, tué à Roye, le 27 septembre, aux côtés du chef de corps (ordre du régiment du 3o mai 1915). »

M. Léon Lhôte, adjudant au 117e d'infanterie : « Chef de section plein d'allant, rempli de sang-froid, a eu une très belle attitude au feu depuis le début de la campagne, et particulièrement au combat du 24 septembre (Liancourt), où il fut blessé à la tête de sa section. Revenu au front le i3 novembre 1914 (ordre de la brigade du 3 a.oût 191 5). »

M. Emile Lhôte, sous-lieutenant au i3oe d'infanterie : « A montré des qualités d'entrain et de bravoure remarquables jusqu'au ier octobre, date où il a été blessé (Goyencourt, ordre du corps d'armée de 26 mai 1915). »

M. Georges Lhôte était ingénieur des arts et manufactures. M. Léon Lhôte est licencié en droit. M. Émile Lhôte a fait partie de la promotion dite « de la Croix du drapeau » de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr.

Aux Invalides. — Dans la cour d'honneur des Invalides, le général Cousin, commandant la i65e brigade d'infanterie, a remis, avec le cérémonial habituel, cinq rosettes d'officiers, quatorze croix de chevaliers de la Légion d'honneur et cent onze Médailles militaires à des officiers, sous-officiers et soldats blessés et convalescents.

Bien avant l'heure indiquée pour la cérémonie, une foule énorme envahit les galeries du rez-de-chaussée et du premier étage de la cour. Les troupes sont formées en carré. Elles se composent d'un bataillon du 237e régiment territorial et de deux compagnies de sapeurs-pompiers avec drapeaux. A 9 heures précises, aux accents de la Marseillaise, le général Cousin fait son entrée, passe devant les troupes, puis vient se placer au centre du carré, en face des nouveaux promus.

Sont promus officiers de la Légion d'honneur :

MM. Manuet, lieutenant-colonel, sous-chef d'état-major du gou-

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verneur militaire de Paris: Pauleau, pharmacien princip. de ire classe; Brissach, capit. au i3oe d'inf. ; Chatray, capit. au 9e tirail. algérien; Cuvillier-Fleury, capit. au 46e d'inf.

Sont nommés chevaliers :

MM. Le Merle, chef de bat. au 3e rég. de marche du Ier étranger; Pognon, cap., 11e d'art. ; Legouze de Saincenne, cap., 23e drag.; Martel, cap., 48e d'art. ; Vidal, chef de musique, 20e d'inf. ; Boueher et Deker, officiers d'administ. de re cl. ; Guillaume, vétér. de ire cl.; Gaulier et Minet, pharmac.-majors de 2e cl.; Lomart, lieut. au 21e d'inf.; Rochet et Laroque, officiers d'administ. de 2e cl ; Desforges, lieut. au 5ie d'inf.

Le général Cousin a remis ensuite cent onze médailles militaires aux sous-officiers et soldats qui se sont distingués au feu.

Le défilé des troupes devant les nouveaux décorés a eu lieu aux accents entraînants delà marche de Sambre-et-Mense et cette imposante cérémonie s'est terminée au milieu de l'émotion générale de la foule.

Mort au Champ d'honneur. — Le sergent Jacques Benoistde Laumontaété tué le 23 septembre en Champagne. Son père, le baron Benoist de Laumont, venait de mourir. On aurait voulu que le fils pût embrasser son père avant la fermeture du cercueil. Mais on se battait là-bas. Les heures passèrent. « Mort au champ d'honneur » devait être la réponse définitive à la familiale requête. Voici la lettre adressée par l'héroïque jeune homme à sa sœur, la comtesse Marquiset, la veille de l'assaut, la veille de sa mort, lui ignorant toujours que son père, l'ancien combattant de 1870, qu'il savait malade, lui eût montré le chemin de la tombe....

24 septembre 191 5 (9 h. soir).

Ma sœur aimée,

Je t'écris cette lettre à tout hasard, j'ai écrit à maman en antidatant... tu comprends?

Demain matin, à l'aube, vers les 3 h. 3o, nous partons à la charge.

Comme nous l'espérons tous, comme nous en sommes tous sûrs, nous devons percer, nous percerons. Or, le ...e a l'honneur d'attaquer, et le premier bataillon en tête, c'est le mien. Je suis fier que le général nous ait jugés dignes de cet effort.

La mort peut me prendre ou me laisser ; dans l'un ou l'autre cas, sœur aimée, je ferai mon devoir. Si je suis tué, annonce-le à maman d'abord, puis à papa avec grand ménagement.

A COTÉ DE LA GUERRE

Ma seule douleur sera votre chagrin, ô vous que j'aime tant! Mais n'est-ce pas la plus belle mort qui soit au monde... mourir pour son pays, et quand ce pays s'appelle « la France ! »

Aussi ne me pleurez pas, j'aurai eu la mort qui me plaît le plus. Je veux être enterré où je serai tombé, au milieu de mes hommes. .. de mes amis... Je serai mieux ainsi, dans le champ arrosé par mon sang....

Adieu, ma sœur chérie, car si tu lis cette lettre, c'est que je vous aurai quittés.

Comment nos soldats se battent. — Un mot d'officier sur ses soldats en désignant une colline où ils combattent : « Je ne trouve pas d'hommes pour conduire les prisonniers — disait un officier — ils veulent tous rester là-haut ».

Héroïsme civil — Il y a quelque temps, la ville de Sainte- Menehould a été soumise a un très violent bombardement par les gros canons allemands. Plusieurs civils furent tués ou blessés. En la circonstance, un adjoint au maire, M. Bocquillon, avoué, fît preuve du plus grand courage et paya de sa vie son héroïsme.

Il remplaçait le maire, M. Moulins, malade depuis de longs mois.

Dès les premières détonations, il quitta son domicile et se rendit à l'Hôtel de Ville pour faire mettre en sûreté les archives de la mairie. Comme il traversait la place, il fut atteint par un obus et blessé mortellement. A l'hôpital, où il avait été transporté, il exprima le désir d'être enterré au cimetière militaire de Sainte-Menehould parmi les soldats morts pour la patrie et sans aucun apparat.

D'innombrables officiers et soldats conduisirent son deuil. Sur sa tombe, le général d'armée déposa la Croix de guerre avec palme et lut le motif de sa citation à Tordre de l'armée :

A été tué par un obus alors que, sous le bombardement, il circulait dans la ville pour remplir les devoirs de sa charge municipale.

Des deux fils de M. Bocquillon, l'un est blessé et prisonnier, l'autre a, lui aussi, été cité à l'ordre de l'armée.

Les parents du jeune héros. — Du Courrier de Varmèe belge, à la date du i3 octobre :

11 y a quelques jours mourait dans un hôpital belge établi en France, un jeune garçon, caporal volontaire dans un régiment de ligne. Il avait eu les poumons traversés par une balle.

pages héroïques

Ses parents, des Namurois, dont la maison avait été incendiée par les Allemands, étaient réfugiés dans une commune de la Sarthe. Le directeur de l'hôpital leur télégraphia que leur fils — un enfant unique — était à toute extrémité.

Quand ils arrivèrent à l'hôpital, il était trop tard : le vaillant garçon avait succombé depuis la veille.

On conduisit les infortunés parents au funèbre chevet.

« De quoi est-il mort? demande le père au directeur, après un moment de recueillement.

— D'une blessure au poumon.

— Nous tenons à voir la blessure, insiste la mère, car on nous a dit que notre fils était mort d'un froid. »

Sur un ordre, une religieuse infirmière écarte le linge et désigne du doigt la blessure.

« Merci, fait la mère; maintenant, nous sommes satisfaits et nous pouvons pleurer en paix : notre fils est vraiment mort en combattant. »

Une promesse du général Marchand. — De M. Allen, représentant la presse anglaise au quartier général français :

Avant l'attaque, le général commandant visita la division Marchand. Devant ses troupes, le général Marchand, dont le nom sera toujours associé à la bataille de Champagne, prononça les paroles suivantes : « Mon général, le jour de l'attaque, nous atteindrons* la ferme Navarin en une heure. »

Pour atteindre la ferme, les soldats devaient franchir deux milles de tranchées et de fortifications. Néanmoins, ce fut pour eux un point d'honneur de tenir la promesse faite par leur général, et en une heure ils avaient dépassé la dernière tranchée les séparant de la ferme.

Ce fut dans cette attaque glorieuse que le général Marchand fut blessé; ce brave officier était d'ailleurs partout où il y avait du danger et où ses hommes avaient besoin d'encouragement. Il tomba à la tête de ses troupes, la pipe à la bouche, la canne à la main, au moment où il menait l'assaut des tranchées ennemies.

Le Barreau de Paris. — Le Barreau parisien peut être fier de ses mobilisés et de ses volontaires de tout âge.

Cinquante-sept de ces braves ont été cités à Tordre du jour; cinq ont reçu la Médaille militaire; un a été décoré par le Tsar de la croix russe de Saint-Georges et vingt-deux ont été nommés ou promus dans la Légion d'honneur.

Cette statistique est fournie par l'Ambulance, qui enregistre aussi soixante-dix-neuf avocats parisiens morts au champ d'honneur.

TROIS MOIS DE GUERRE. — III

A COTÉ DE LA GUERRE

Ce qu'ont fait, ce que font les cheminots depuis la mobilisation. — - De M. Bidegaray, secrétaire général du syndicat national des travailleurs des chemins de fer, dans Je Petit Parisien :

Dire ce qu'ont fait, ce que font encore les cheminots, déborderait de beaucoup le cadre de cet article; je voudrais toutefois montrer avec quelle constante abnégation, quel dévouement de toutes les heures, de toutes les minutes, ils ont fait face au labeur formidable que représente, pour eux, le trafic ininterrompu qui règne sur nos réseaux depuis bientôt quinze mois de guerre.

Le Gouvernement a proclamé comment les agents de chemins de fer ont modestement et méthodiquement rempli leur tâche, lors de la mobilisation, et nous n'oublierons jamais que le généralissime a dit après la bataille de la Marne : « La première victoire appartient aux cheminots ».

On ne peut raconter, en effet, ce qu'a été, depuis Charleroi jusqu'à la Marne, le surmenage intense, écrasant, subi par tous, de grand cœur, en ces instants tragiques et douloureux, où il fallait non seulement envoyer des troupes au front, mais en transporter d'un point à un autre pour la formation de nouvelles armées; où, sans retard, devait être assuré l'approvisionnement des combattants, en armes, munitions et vivres; où il importait d'évacuer d'urgence l'artillerie, les blessés, les malades et les prisonniers et de ramener en lieu sûr le matériel, machines et wagons de Bel- ' gique et du territoire envahi. On se demande même, après coup, comment ont pu être assurés les services publics si extraordinairement chargés; commenta pu être effectué, sans accident et sans accroc, le déplacement du Gouvernement et de toutes les branches administratives et financières du pays; comment, enfin, ont été évacués les femmes, les vieillards, les enfants des régions exposées et les nombreux Parisiens que leur prévoyance incitait à ne pas gêner l'action militaire en cas de siège.

Les vieux au front. — Un des plus beaux exemples de vaillance vient d'être donné par un Nantais, M. Jourdain, âgé de 69 ans, professeur de chant, le ténor renommé qui fut le créateur de « Sigurd ». Après avoir perdu l'un de ses deux fils sur le front, il s'engagea il y a quelques semaines au 65e de ligne avec le grade de sergent-major qu'il avait gagné, en même temps que la Médaille militaire, pendant la guerre de 1 870-1 871. Le vieux sergent-major Jourdain, très vigoureux, avait demandé à servir au front ; il vient d'y recevoir la Croix de guerre avec citation à l'ordre de la division, pour avoir assuré, aux combats des 6 et 10 juin, sous un bombardement extrêmement violent, le ravitaillement des unités de première ligne.

pages héroïques

M. Lalaut, de Montereau, ancien combattant de 1870, vient de contracter un engagement pour la durée de la guerre. Ce vétéran, qui fut blessé en 1870, est âgé de 71 ans et est père de huit enfants, dont trois sont sur le front.

Quatre sous-officiers, — A Sainte-Adresse, dans une salle du Ministère de la Guerre belge, un colonel a rassemblé quatre sous-officiers remplissant les fonctions de dessinateurs et leur dit :

« AX... (en Belgique), l'importante usine Z... est transformée par les Allemands en une très active fabrique de munitions. Un raid d'avions doit tenter après-demain un bombardement et la destruction de cette usine. Mais nous manquons de plans précis pour la repérer utilement. Quelqu'un de vous peut-il rapidement et sûrement établir ces plans? »

Un des sous-officiers, très pâle, s'avance et balbutie : « Moi, mon colonel !

— Vous connaissez bien rétablissement et son voisinage?

— J'y suis dessinateur depuis dix ans, et je possède, enclavé dans l'usine, un petit pavillon dans lequel habitent encore mes parents, ma femme et mes deux enfants. »

Le colonel pâlit à son tour légèrement, maîtrise son émotion, et, serrant énergiquement la main du sous-officier, lui dit :

« Je compte sur vous. Merci! »

Lettres du front. — M. René Bazin, de l'Académie française, cite dans YEcho de Paris les lettres suivantes. Lettre d'un sous-lieutenant à sa femme :

Quant à mon moral, je suis en proie à un sentiment de paix et d'allégresse indéfinissable. On est impressionné par le changement de vie si radical, si subit, mais on n'a aucune pensée d'épouvante. Puis, on est unis tout d'un coup par un sentiment de solidarité étroite, affectueuse qui va du plus grand au plus petit. Pour ma part, je me sens si bien sous la protection immédiate de Dieu, que je suis aussi tranquille que peut l'être un mortel. Dites-vous bien, en ce moment, que votre mari est à un poste d'honneur, et que, dès aujourd'hui, c'est un vrai guerrier, qui n'a pas froid aux yeux, et encore moins au cœur.

Lettre d'un soldat philosophe :

Ah ! la réalité de la patrie est dans nos âmes, et rien ne la fortifie comme la puissance du sentiment d'immortalité qui y est dé-

A COTÉ DE LA GUERRE

posé, qu'il serait impie et sacrilège de contrarier, de diminuer ou de détruire. Ce ne sont pas des lieux communs mystiques que je rapporte; c'est le sentiment exact né en moi au contact quotidien avec ceux qui combattent [et souffrent, ceux pour qui la guerre est un renoncement total, une austérité continuelle. La qualité de leurs espérances est aussi un facteur trop important de la France de demain, pour qu'on n'ait pas le souci [de les vouloir supérieures.

Lettre d'un ouvrier de carrière :

Je suis près d'Arras, à la veille d'une grande attaque de notre part. Ces jours-ci on a distribué des casques, des masques contre les gaz. Tous nous nous sommes préparés à la mort ; nous avons fait nos petits testaments entre camarades. Je m'en vais, sans soucis matériels, très heureux de donner ma vie, si Dieu la demande, pour la France.

Témoignage américain. — Le sénateur Lodge, menbre du comité des affaires étrangères, a dit à Lowell, devant un immense auditoire :

Qui donc pourrait refuser ses hommages au peuple français quand il se bat comme un seul homme, en silence et en ordre, avec un splendide courage, pour l'indépendance de son territoire et la liberté de ses enfants ? Regardez-le dans ses tranchées sanglantes, dans ses villages dévastés, ce peuple héroïque. Au-dessus de lui flotte au vent le drapeau de Valmy et de Jemmapes, le drapeau tricolore, frère aîné du nôtre. Citoyens, souvenons-nous de La Fayette et de Rochambeau et de leurs vaillants compagnons d'armes qui nous ont donné leur cœur et leur vie et, devant le drapeau de la France, découvrons-nous! »

TABLE DES MATIÈRES

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