CHAPITRE II
LES MUNITIONS
Août 1915.
Les visites aux usines. — Dans le courant du mois, de nombreux journalistes français et étrangers n'ont pu parler qu'avec la discrétion justement exigée de leur visite à nos principales usines de la guerre, mais à travers leurs réticences il est clair de voir que la production est intensifiée en môme temps que de formidables engins partent sur le front, prêts à se mesurer avec l'outillage de l'Allemagne et aussi de l'Autriche son émule dans le domaine de l'artillerie lourde.
M. Albert Thomas, sous-secrétaire d'Etat aux munitions, déclare :
Notre artillerie de campagne se trouve aujourd'hui pourvue par une production journalière qui va même au delà des vœux du général en chef... mais il faut s'organiser, aménager à l'avance les productions, réserver à la petite industrie les fabrications qu'elle peut assumer, ordonner selon l'urgence les fabrications de la grande, de celle qui veut pour travailler avec fruit les longs programmes et les vastes conceptions.
Quelques-uns se sont étonnés de me voir établir un service ouvrier, un service industriel ou d'études économiques. Qu'on me cite donc une grosse maison qui puisse se passer de ces organes ! Si j'avais à déplorer quelque chose, ce serait plutôt Tinsuffisance de nos moyens. Et pourtant, par la bonne volonté de tous, par un travail qui ne se dément pas, nous arriverons, je vous Passure, à répondre à l'ardeur des industriels, à discipliner leur effort et à les mener ainsi à la victoire dans cette lutte de science et d'industrie qu'est la guerre moderne.
M. Albert Thomas ne sera « à demi satisfait que le jour où par une accumulation énorme de moyens, nous aurons fait sentir à la nation que la victoire est là toute proche et qu'il n'y a qu'à la vouloir. »
En dépit de toutes ces démonstrations et déclarations
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réconfortantes, lé cri : « Des munitions et encore des munitions ! » ne saurait être poussé trop haut en présence de la déclaration suivante du directeur d'une grande usine suisse qui revient d'Allemagne.
Mes sympathies personnelles vont aux alliés, mais je dois confesser que j'admire beaucoup l'organisation des Allemands. A l'heure qu'il est, ceux-ci fabriquent par milliers des mitrailleuses, par vingtaines des aéroplanes et de nombreux sous-marins, aussi vite qu'ils le peuvent. Pour triompher, dans cette guerre, les alliés doivent se tenir éveillés et donner à la question « mécanique » plus d'attention qu'à la question « hommes ».
Sous l'impression de l'effort énorme tenté par l'ennemi, M. Charles Humbert ne semble pas encore éprouver la demisatisfaction à laquelle aspire le sous-secrétaire d'État aux Munitions. Il écrit dans le Journal :
Sans doute les usines ont repris leur activité, peu à peu les ouvriers y rentrent et la production se réorganise. Mais le mouvement n'a été ni aussi rapide ni aussi large qu'il aurait fallu. Il faut compter avec les lenteurs administratives, avec les obstinations ou les susceptibilités d'autorités subalternes mal éclairées. J'en ai déjà dit quelque chose dans un récent article. Je suis obligé aujourd'hui de citer de nouveaux exemples.
Tel établissement de première importance réclamait, le 7 juillet, six cents ouvriers, nécessaires pour certaine fabrication dont il est chargé. Un mois après, il n'en a pas encore reçu un seul.
Il est des généraux qui s'opposent presque systématiquement au départ des ouvriers dont on leur demande le renvoi, prétextant l'affectation spéciale qu'ils ont reçue sur le front. Or, on me signale à l'instant que deux ouvriers — un mécanicien sous-chef d'atelier et un chef électricien — refusés à leur patron chacun comme « indispensable à l'unité à laquelle il appartient », sont chargés des importantes fonctions de cuisiniers !
Vraiment, c'est à se demander si le mauvais génie qui s'applique à paralyser, dans notre organisation militaire, tous les eftorts et à réduire à néant les meilleures intentions, n'a pas frappé d'aberration certains chefs !
La même question vient à l'esprit lorsqu'on apprend que certain officier, dans un service important, s'alarme de voir les fournisseurs en avance sur leurs marchés, et se préoccupe des mesures à prendre pour restreindre des fabrications qu'il juge trop actives et trop abondantes !
Hier même, un industriel, désireux de connaître à quelles conditions il pourrait obtenir une commande d'obus de 75, a entendu cette étrange réponse : « Nos marchés en projectiles de cette catégorie sont suffisants. Il n'en sera plus passé de nouveaux. »
N'est-ce pas toujours cette néfaste conception des programmes
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limités contre laquelle j'ai tant protesté, et qui nous a déjà valu de si amers déboires }
Combien de places fortes, après Varsovie, faudra-t-il encore voir occupées, pour que Ton comprenne enfin que, dans cette lutte industrielle, où la puissance du matériel est prépondérante, nous ne devons assigner à nos efforts d'autres limites que celles de nos possibilités chaque jour élargies"?
Nous avons le nombre, nous avons le courage, nous avons les ressources. Ayons la volonté et le sens de l'organisation; nous aurons la victoire.
Une idée de M. Lloyd George. — Le nouveau Ministre des Munitions anglais vient de réaliser un projet qui était en préparation depuis quelque temps : il a constitué une section des inventions ayant trait aux munitions utilisées ou utilisables dans la guerre terrestre, ainsi qu'aux questions s'y rattachant. Le directeur et le personnel de cette section seront assistés de personnalités compétentes en cette matière, et l'on trouve, parmi celles qui ont déjà promis leur concours, des officiers supérieurs, des professeurs, des ingénieurs, des chimistes, etc. Il est certain qu'une impulsion considérable va être donnée à la fabrication des munitions dans le Royaume-Uni.
Le coton et la fabrication des poudres. — L'Angleterre a interdit l'exportation du coton, indispensable à la fabrication des poudres de guerre. Il sera désormais impossible à l'Allemagne, qui a épuisé soi? stock depuis longtemps de se ravitailler par la Hollande et les pays Scandinaves. A ce sujet, l'illustre chimiste anglais, sir William Ramsay, président de la commission chargée de surveiller la contrebande de guerre, écrit :
Dans les débuts, on a voulu ménager les intérêts américains, alors qu'il eût suffi d'acheter en bloc tout le stock disponible. La dépense eût été d'environ 3o millions de livres sterling, opération des plus avantageuses qui permettait de revendre avec de gros bénéfices. Il ne s'agit plus d'agio; il faut qu'on sache que chaque obus allemand ne peut être lancé sans que l'on fasse usage de coton importé.
On a envisagé chez eux la substitution au coton de la fibre de bois. Je prétends, en tant que chimiste, que cela est impossible. On ne peut fabriquer le coton-poudre — du moins d'après les procédés actuels — qu'avec du coton absolument « propre ». Évidemment on peut essayer, mais si l'on ne transforme pas tout l'outillage, les usines sauteront. On peut utiliser la fibre de bois
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pour les poudres qui, autrefois, suffisaient à alimenter les canons tirant à boulets, mais en ce qui concerne l'armement moderne : fusils, mitrailleuses, canons de campagne, canons de marine, canons de siège, etc., il faut pour les « nourrir » de la nitrocellulose très soigneusement préparée et extraite de matières premières méticuleusement choisies.
La mobilisation des inventeurs. — En Angleterre, un « Comité des inventions vient d'être constitué.
Il aura pour mission non seulement de s'occuper des inventions déjà mises au point, mais aussi de faciliter les recherches des inventeurs, c'est-à-dire de donner les moyens nécessaires à sa réalisation à ceux qui apportent une idée heureuse, mais qui n'ont pour la faire ni les ateliers ni l'argent indispensables.
La question des munitions en Russie. — La Russie, dont l'armée sait par expérience le prix des munitions abon-^ dantes et surabondantes, répare avec ardeur le temps perdu.
Les matières premières : minerai de fer, charbon, acier, ne lui manquent pas. Il suffît de procéder à une simple réorganisation, de prendre quelques mesures radicales, pour augmenter rapidement la production métallurgique. En temps normal la Russie fabrique trois fois plus d'acier Martin que la France. Elle est le plus grand producteur du monde en manganèse, métal particulièrement précieux pour cette catégorie d'acier, de sorte qu'elle se trouve mieux partagée que les alliés, qui éprouvent une certaine gêne à cet égard depuis la fermeture des Dardanelles.
Pour le chrome, les dix-sept mines ouvertes à l'exploitation dans l'Oural produisent 60 tonnes par jour et suffisent non seulement anx besoins de l'armée russe, mais alimentent encore les alliés.
Si divers métaux font défaut, la Russie s'adresse à l'étranger. C'est ainsi qu'elle reçoit des quantités considérables de cuivre par Vladivostock. Pour la fabrication des obus elle a recours à l'industrie privée outillée à la moderne à Pétrograd.
D'autre part, le congrès des industries militarisées qui s'est tenu à Pétrograd a préconisé toute une série de mesures qui, appliquées, résoudront complètement la crise de la main-d'œuvre, entre autres : le rappel du front de tous les ouvriers qualifiés, des ingénieurs, des techniciens, et l'octroi du droit de résidence dans toute la Russie aux ouvriers et artisans sans distinction de religion.
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Il convient de noter, enfin, que la Russie possède trois grandes fabriques de fusils, à Toula, à Sestrorjezk (au nordouest de Petrograd) et à Djevisk (gouvernement de Voronège). La plus importante de ces usines est celle de Toula où 9000 ouvriers, sous la direction d'officiers d'artillerie, arrivent à produire 900 à 1 000 fusils par jour ( calibre de 7,6 millimètres). Djevisk, où sont des fonderies d'acier, arrive à produire journellement une moyenne de 800 fusils de trois modèles (pour l'infanterie, pour les dragons et les cosaques). Les ateliers de Sestrorjezk sont moins importants. Ils n'occupent que 1000 à 1200 ouvriers et leur production ne dépasse pas 3oooo fusils annuellement; encore tirent-ils une partie des pièces de Djevisk.
L'enquête sur les munitions en Russie. — On annonce officiellement l'institution de la commission suprême chargée de rechercher les causes du retard et de l'insuffisance des fournitures pour l'armée.
La production italienne de munitions. — L'Italie possède un total de 76 hauts fourneaux, dont 67 fours Martin- Siemens. En période d'activité forcée, ces fourneaux peuvent produire i3ooooo tonnes d'acier par an. Étant donné qu'il y a sous les armes un contingent de 2 millions d'hommes, il y a entre la production nationale d'acier et le nombre de combattants un rapport numérique de o,65, qui est peu supérieur à celui de la Russie à son entrée en campagne (o,536).
60000 projectiles par jour, d'un poids moyen de 25 kilogrammes, ce qui n'est pas exagéré, représentent 1 5oo tonnes d'acier par jour, proportion équivalente à 5o pour 100 de la production italienne.
Une consommation de 100000 projectiles par jour absorberait toute la production intérieure, qui doit aussi pourvoir aux besoins généraux de l'industrie.
C'est là un problème particulièrement important.
Les munitions et les États-Unis. — Les Allemands font aux États-Unis une campagne contre l'exportation des munitions. Le général Heinrich Heine affirme que les Alliés ont tiré sur le front occidental seul pour deux milliards et demi de munitions.
Sans aucun doute, écrit le World, les munitions américaines ne représentent qu'un faible pourcentage dans la consommation des
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Alliés : 5 % tout au plus. La production des Alliés croissant chaque jour, l'appoint américain restera très faible. Son effet sur les pertes et sur la durée de la guerre sera comparativement négligeable.
Cependant la Gazette de Cologne annonce que la Smith Boat and Engine Company de New- York vient de recevoir d'importantes commandes de canots automobiles. Ces derniers devront être assez forts pour être armés d'un ou deux canons pour détruire les sous-marins. Leur vitesse sera considérable : de 5o milles à l'heure. Tout en n'offrant qu'une cible minime aux torpilles sous-marines, ces canots, par leur vitesse, seront capables de poursuivre les sous-marins avec efficacité. L'Angleterre aurait commandé 100 canots, la Russie 3o à 40.
Et d'autre part le chiffre des commandes est assez élevé aux États-Unis pour que la nécessité de payer en or fasse au change français une situation préoccupante.
Les attentats allemands aux États-Unis. — Une
dépêche de Pittsburg annonce qu'une explosion dans une fabrique de shrapnells de la compagnie Westinghouse a tué deux hommes et en a blessé six.
On télégraphie d'Ottawa qu'à Windsor (Ontario) un nommé Lefter a été condamné à dix ans de travaux forcés pour complicité dans un complot ourdi pour faire sauter les fabriques de munitions de la ville.
La fabrique de poudre Dupont de l'Eure, à Wilmington (Delaware), a été détruite en partie par une explosion. Il y a eu deux victimes. Des Allemands sont soupçonnés d'être les auteurs de l'explosion.
La poudrerie Dupont de l'Eure est de beaucoup la plus considérable des États-Unis. Elle a eu en quelque sorte le monopole de la fourniture des poudres à la flotte américaine jusqu'au moment où le département de la marine a développé la fabrication des explosifs par l'industrie d'État. Elle fabrique pour la flotte une poudre à la nitrocellulose à peu près identique à celle qui est fabriquée en France. Après une période d'accidents, la poudre américaine à la nitrocellulose n'a pas donné lieu depuis plusieurs années à des mécomptes.
Simultanément, les usines de la Compagnie de force américaine à Acîon (Massachusetts) et une usine de shrapnells à Canton, près de Baltimore (Maryland), ont eu toutes leurs
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vitres démolies, tandis qu'un train chargé de fulmicoton était presque détruit peu après avoir quitté Gary (Indiana).
Tous ces attentats sont attribués à des agents allemands.
Les autorités ont renouvelé leurs avertissements aux fabricants de munitions et de matériel de guerre en faisant ressortir l'urgente nécessité de garder leurs établissements contre les incendiaires allemands.
L'arrestation de six capitaines de voiliers ayant à leur tête un Allemand a révélé l'existence d'un complot ayant pour but d'incendier les steamers Minnehaha, Kirkoswald, Knutsford, Devon-City et trois autres vaisseaux, dans le but de dissimuler des vols considérables de sucre.
Des bombes ont été découvertes à bord des navires cidessus, qui sont tous anglais.
Septembre 1915.
Une Commission des contrats au sous-secrétariat des Munitions. — Un arrêté ministériel en date du 3 septembre 1915 a institué, auprès du sous-secrétaire d'Etat de l'artillerie et des munitions, une commission des contrats. Cette commission a été instituée à la suite d'un rapport de M. Albert Thomas au Ministre de la Guerre. Voici les passages essentiels de ce rapport :
A mesure que s'étendent et se développent les programmes de fabrications que le général commandant en chef demande au sous-secrétariat d'Etat de réaliser, croissent aussi l'importance, la difficulté et la complication des tractations nécessaires à cette réalisation.
Ce n'est pas seulement la complexité et l'importance des marchés qui augmentent en ce moment. Par suite de l'état général des productions, par suite des conditions auxquelles se trouve réduite l'industrie française, par le fait de l'occupation des régions les plus industrielles, par suite des limitations apportées à l'utilisation des ressources étrangères, le département se trouve placé en face de problèmes de plus en plus vastes et souvent d'un caractère nouveau. Il n'a plus simplement, à cette heure, à passer des commandes à des industriels qui seraient outillés, qui sauraient s'approvisionner eux-mêmes et qui seraient capables de réaliser par leur propre force les productions dont ils ont reçu la charge.
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Dans le moment même où elle traite avec eux, l'administration est maintenant dans l'obligation de les aider à se procurer, ou même de leur assurer elle-même l'outillage, les matières premières, les fonds de mise en train ou de roulement.
Pour pousser à des productions nécessaires, pour mettre en train des fabrications nouvelles se révélant indispensables, elle doit envisager des formes nouvelles de coopération avec l'industrie ou de participation de l'Etat aux entreprises.
Dirigeant ou contrôlant ainsi des productions et des acquisitions d'un chiffre total énorme, en même temps que dépendantes les unes des autres, ou encore que concurrentes entre elles, elle est dans l'obligation aussi de coordonner toutes les parts de cet ensemble et d'assigner à chacune et à temps sa place et son rôle propre.
Dans ces conditions, quels que soient le zèle et la compétence des chefs de service à qui incombe cette lourde tâche, il parait utile de les assister aujourd'hui d'un conseil technique, chargé d'examiner les conditions nouvelles de ces diverses tractations.
C'est dans cette intention que j'ai l'honneur de proposer d'instituer au sous-secrétariat de l'artillerie, une commission qui pourrait s'appeler « Commission des Contrats » qui serait consultée par mes services sur les contrats préparés du sous-secrétariat, sur les conditions de prix, de quantités et de règlements, sur les participations diverses de l'Etat, sur les entreprises nouvelles à encourager ou à créer: les rapports de cette commission permettraient, j'en ai la conviction, des décisions à la fois plus rapides et plus assurées.
La mobilisation des savants. — De M. Edmond Perrier, directeur du Muséum, président de l'Académie des Sciences, dans le Matin :
Les hommes de science eux aussi se sont mobilisés spontanément. Les physiciens, les chimistes, les physiologistes et les médecins français, s'ils ne disposent pas des moyens de travailler en grand de certains savants allemands, s'ils n'ont pas avec les industriels partie liée comme beaucoup de leurs confrères d'outre- Rhin, ils les ont assez souvent devancés pour que leur science ne puisse leur cacher aucun secret. Ils se sont respectivement mis à l'œuvre et, simultanément, ils ont cherché à découvrir de quoi étaient faits leurs explosifs et les diverses catégories de gaz qu'ils ont employés dans leurs attaques. Certains de ces gaz teutons étaient compliqués; nos chimistes n'ont éprouvé aucune difficulté à découvrir leur constitution.
On n'est pas demeuré d'ailleurs en arrière, quant aux moyens de protection.
La commission compétente a choisi, parmi beaucoup d'autres, un type qui donne toute sécurité, qui est en pleine fabrication
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industrielle et qui annihile d'un seul coup les effets nocifs de tous les gaz, qu'ils soient lacrymogènes, suffocants ou mortels. Pourvus de cet appareil de protection, nos poilus peuvent se jouer des atmosphères les plus méphitiques.
Les physiciens n'ont pas été moins heureux que les chimistes. Chaque semaine ils se réunissent en commissions, combinent des appareils qui savent trier les vibrations de l'air et de l'eau, celles même de l'éther, les plier aux besoins de la guerre et parviennent à recueillir et à interpréter des renseignements qui échappent à nos yeux et à nos oreilles.
D'autres choses encore sont, comme on dit, sur le tapis; mais il sera temps d'en parler après la guerre, lorsqu'elles auront contribué à nous donner la victoire.
J'ai reçu de pays neutres ou même alliés des lettres où l'on s'étonne que nous ne répondions pas aux Allemands du tac au tac et interprètent comme de la faiblesse ou de la crainte notre mansuétude. Le commandement sait ce qu'il a à faire; il a déjà montré qu'il ne redoutait pas les représailles ; le rôle des hommes de science était de mettre à sa disposition tout ce qui était nécessaire pour les pousser jusqu'au bout; on peut dire qu'ils ont accompli leur tâche.
La main-d'œuvre. — La main-d'œuvre ne manque pas. Pour en donner un exemple, au jour de la mobilisation, ï3ooo ouvriers travaillaient dans les vastes usines du Creusot. En août, il n'y en avait plus que 6 5oo. Les i3ooo sont maintenant revenus, les ateliers peuvent en contenir sans encombre deux fois plus. Nos colonies nous fournissent aussi un précieux concours.
Ainsi le paquebot Amiral-Magon, qui est arrivé le 12 septembre à Marseille, venant d'Extrême-Orient, avait à bord 574 ouvriers annamites qui vont être occupés à Tarbes et à Pau à la fabrication des munitions.
Très prochainement, 4000 autres seront expédiés en France et avant trois mois plus de 10000 de ces professionnels travailleront dans nos arsenaux.
Les grandes usines de guerre. — M. Batault, de la Gazette de Lausanne, écrit :
J'ai visité successivement :
I. La Manufacture d'armes de Châtellerault qui fabrique les fusils et les mitrailleuses, les sabres et les baïonnettes et diverses pièces pour l'artillerie, comme les berceaux porte-canons, les caissons, les fusées d'obus. Cinq à six mille ouvriers se relaient dans ces usines qui, comme du reste toutes celles que j'ai vues, travaillent nuit et jour.
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II. Les Ateliers de construction de Bourges, où a été établie et fabriquée la plus grande partie du matériel de guerre en usage en France, et dont provient le fameux canon de 75, tout le matériel de i55 court à tir rapide du colonel Rimailho et le nouveau canon de 140 à tir rapide et à longue portée. Les Ateliers de construction fabriquent aussi un grand nombre de projectiles ; ils occupent environ cinq mille ouvriers en ce moment.
III. La Pyrotechnie de Bourges, où travaillent aujourd'hui plus de onze mille ouvriers, s'occupe principalement de la fabrication des fusées et du chargement des projectiles, des douilles et des détonateurs. Elle produit aussi le fulminate de mercure pour les amorces des fusées.
IV. Les Forges de Commentry- Four chambault, qui se sont spécialisées dans la production des projectiles en fonte aciérée.
V. Les Forges de Châlillon, Commentry et Neuves-Maisons, où a été établi sous la haute direction du colonel Déport, le fameux matériel qui porte son nom et qui obtient un triomphe si éclatant sur le front austro-italien. Ici encore l'effort principal porte sur les munitions, la production des aciers « Martin » atteint 2 5o pour 100 de celle du temps de paix ; dans les usines Saint-Jacques à Montluçon et aux Forges de Commentry la production des trains d'aciers marchands a été poussée jusqu'à 25o à 3oo pour 100 de la production ordinaire. Une forte proportion des produits de Commentry ne sont pas usinés par la société, mais sont livrés directement pour la transformation en obus aux Établissements de l'Etat.
VI. Les Établissements Schneider au Creusot, la plus grande usine de guerre de la France, où près de quinze mille ouvriers poursuivent un labeur ininterrompu. Les différentes usines en France des Etablissements Schneider emploient actuellement plus de 3oooo ouvriers qui tous travaillent pour la défense nationale. La fabrication du matériel d'artillerie ne représente en temps normal que le cinquième de la production totale des Etablissements Schneider, aujourd'hui c'est le cent pour cent, les cinq cinquièmes.
Sans compter les canons — ce qui comporte entre autres tout le matériel de io5 à tir rapide — les Établissements ont fabriqué depuis le début de la guerre, rien qu'en munitions de tous calibres, plus de cinq millions d'obus, dont deux millions ont été livrés entièrement terminés, chargés et prêts à être tirés.
Quand j'aurai ajouté à ce rapide programme résumé de mes visites qu'il y a en France beaucoup d'autres grandes usines qui travaillent dans les mêmes conditions, avec la même énergie forcenée, on comprendra que le cri bien connu : Des canons, des munitions! a été entendu et qu'aucune surprise n'est plus à craindre.
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L'opinion du sous- secrétaire d'État aux Munitions. —
M. Albert Thomas, après la dernière bataille de Champagne, s'exprime ainsi :
De divers côtés, il m'est revenu que nos troupes avaient attaqué avec une bravoure et un enthousiasme indescriptibles. Ce n'est pas atténuer la splendeur de leur héroïsme que de constater la corrélation des effets de cet héroïsme et du développement des moyens matériels de la guerre moderne.
La préparation avait été ce qu'elle devait être.... Eh bien nous devons viser encore plus haut, nous devons vouloir davantage.
Je crois même qu'on peut ajouter ceci : c'est que nous ne verrons jamais assez grand. Il faut aller aussi loin que le permettent les ressources du pays, plus loin que les ressources actuelles, car il y a encore des ressources à créer.
Au fond, les premières nouvelles — et je n'en ai pas d'autres que celles qui sont publiées dans les communiqués — m'induisent à penser qu'il faut faire plus encore, toujours plus.
Le Gouvernement a élaboré un projet de fabrication qui peut paraître énorme, qui peut suggérer le mot de mégalomanie.... Il sera tout juste suffisant.
La fabrication des munitions en Angleterre. — M. Ad-
dison, secrétaire parlementaire du Ministère des Munitions, annonce, le icr septembre, que d'importantes commandes de munitions sont passées à Londres, où 5oooo ouvriers spécialistes seront embauchés à très bref délai, sinon immédiatement. Ce nombre sera augmenté plus tard.
Veffort anglais. — M. Joseph Galtier, écrit d'Angleterre au Temps :
Toutes facilités m'ont été données pour visiter, parmi beaucoup d'autres, les établissements Vickers, Armstrong, Cammel-Laird, Firth, Beardmore, qui sont, comme vous savez, les plus puissants du Royaume-Uni. Ces maisons occupent ensemble des centaines de milliers d'ouvriers. Vous aurez une idée de leur importance par cette constatation que Vickers et Armstrong, notamment, en emploient chacun une soixantaine de milliers. Cuirassés, bâtiments de guerre de toutes sortes, plaques de blindage, tourelles, canons monstres sont les produits ordinaires de ces usines. Elles fournissent surtout la marine, mais elles livraient à la guerre ce dont elle avait besoin en temps normal. Leur outillage les désignaient pour prendre les commandes du Ministère de la Guerre lorsqu'on eut besoin d'un stock formidable de munitions. Beaucoup d'autres maisons moins importantes et moins connues ont reçu également des ordres ou bien ont sous-traité avec ces maisons principales.
Sur la question de la production, je ne peux que vous apporter
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des assurances réconfortantes. Je suis contraint de renoncer à des chiffres précis, — étant soumis à la censure du Ministère des Munitions. Mais il ne m'est pas défendu de vous donner des proportions. Si nous répartissons les usines qui fabriquent des munitions en deux catégories : celles qui fournissaient des munitions avant la Guerre et celles qui ont été créées depuis, voici les proportions qu'on trouve. Dans telle maison, dès que l'enseignement tiré des premières batailles a dicté les commandes du Ministère de la Guerre et dès qu'on a pu les exécuter — ce qui a pris du temps, on le devine — la production a décuplé; actuellement, elle est soixante fois plus élevée. Ailleurs, où on livrait, mettons une tonne de projectiles pour la marine et l'armée, on est arrivé à décupler cette livraison, et dans quelques mois cette proportion elle-même aura doublé, ce qui fait qu'on sera passé de i à 20. Si vous saviez le nombre de tonnes exact qui se cache sous ces proportions, vous seriez surpris. C'est un chiffre formidable. Dans des maisons nouvelles, entendez aussi des installations nouvelles dans d'anciennes usines, la production, qui avait été lente au début, ce qui s'explique, puisqu'on en était à la période d'installation, est en train de prospérer, suivant presque une progression géométrique. Elle était, en juillet, douze fois plus élevée que quelques mois avant; fin août, elle aura triplé ce chiffre. Entre un mois et le mois suivant, il y a et il va y avoir des écarts, des bonds extraordinaires. L'explication de ces phénomènes, c'est que les machines — et on en a commandé une quantité invraisemblable — arrivent au fur et à mesure; il s'agit de machines nécessaires à la fabrication des munitions. A cette heure, les usines de la Grande-Bretagne répondent de mieux en mieux aux appels pressants de M. Lloyd George, et lorsqu'on les visite on prend de plus en plus la conviction que cet effort suivi, énergique, pourra avoir une influence décisive. Pour le mesurer, il ne faut jamais oublier que l'Angleterre n'avait pas d'usines pour la fabrication intensive des munitions, qu'elle manquait d'ouvriers dans cette partie, qu'elle a dû approvisionner une armée plus de dix fois supérieure à celle qu'elle avait pu prévoir et qu'enfin la guerre actuelle exige une dépense de munitions formidable.
Le Canada et les munitions. — Les rapports reçus fin septembre des fabriques canadiennes de munitions indiquent qu'un chiffre de production de dix mille douilles d'obus par jour a été atteint dans la région de Montréal. Les expéditions de munitions du Canada en Angleterre vont bientôt commencer sérieusement. Les maisons canadiennes ont été fortement handicapées au début par le manque de machinesoutils convenables.
Depuis quelque temps, à ce qu'on déclare dans les milieux bien informés, la situation s'est considérablement améliorée.
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Les machines convenables sont plus nombreuses et les ouvriers sont mieux exercés.
De plus en plus, le Canada pourra envoyer en Europe de très grandes quantités d'obus.
La question des munitions et V emprunt aux États-Unis.
— Dans les cercles financiers on exprime l'opinion qu'on ne permettra pas que la question de l'achat des munitions de guerre vienne entraver le succès de l'emprunt franco-anglais. Un grand banquier qui a conféré presque chaque jour avec la commission franco-anglaise a déclaré qu'il s'agissait surtout de stabiliser le change et que la question du payement des munitions se réglerait alors d'elle-même.
Prisonniers russes employés à la fabrication de munitions en Allemagne. — Des soldats russes faits prisonniers et qui sont parvenus à s'évader d'un des forts de Rastadt où ils étaient internés étaient occupés, au nombre de 2 5oo environ, à la fabrication de munitions pour les armées allemandes.
Les ouvriers de Vusine Krupp. — Le nombre des ouvriers de la maison Krupp s'est accru du double. Aucun n'a été envoyé au front.
Pourquoi la Russie manque de munitions. — Au moment de la retraite des Russes, du Dunajec à la ligne des Carpathes, il était imprudent de signaler la vraie raison du désastre de nos alliés; mais aujourd'hui on peut parler. La Russie avait mis presque tous ses œufs dans le même panier. Plus de la moitié de son armée combattante était approvisionnée de poudre sans fumée et d'explosifs fabriqués par une usine de munitions à Ochta, qui est à quelques kilomètres de Pétrograd. Parmi les principaux ouvriers se trouvaient des hommes d'origine allemande, appartenant à la population allemande des provinces russes occidentales. Le service d'espionnage allemand semble avoir acheté quelquesuns de ces hommes, et le résultat fut qu'à l'heure critique de l'histoire de la Russie, toutes les usines d'Ochta sautèrent. Une série d'explosions terrifiantes fut provoquée dans les réservoirs de nitrate. Pétrograd sentit comme une secousse de tremblement de terre. Un millier d'ouvriers furent tués et tous les bâtiments furent détruits.
La plupart des canons étaient hors de service faute de projectiles, et même la fourniture de poudre sans fumée
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pour les munitions d'infanterie semble avoir manqué un moment. On fabriquait alors de grands canons de siège aux usines Putilof pour rivaliser avec les plus grandes pièces fabriquées par Skoda et Krupp. Mais après la destruction d'Ochta, il y avait une telle pénurie de munitions, que rien ne pouvait être tenté contre l'artillerie lourde employée par le général von Mackensen.
C'est alors que la Russie dut passer à la défensive et se borner à retarder autant que possible la marche en avant de l'ennemi, pendant que la France et l'Angleterre lui expédiaient par la voie d'Arkangel toutes les munitions que ces puissances avaient accumulées en prévision des grandes opérations offensives projetées pour le printemps.
Les Allemands firent ainsi coup double, car tandis qu'ils paralysèrent les forces russes, ils immobilisaient l'armée franco-anglo-belge sur le front occidental.
L'effort. — A la première nouvelle de mobilisation technique, les petits fabricants de Pétrograd se sont réunis en vue d'offrir leurs services à l'État. « Si dans cette magnifique armée du travail national, ont-ils dit, les grandes unités industrielles sont à l'avant-garde, les industries moyennes en seront les sous-officiers et les soldats. Toutes demandent à apporter à la grande œuvre du salut national la collaboration de leur personnel et de leurs outils ».
La même émulation anime les provinces. Plusieurs usines ont offert au Gouvernement de s'organiser à leurs frais, demandant seulement l'envoi de techniciens et de spécialistes pour les guider dans leur adaptation à une industrie nouvelle. Cinquante fabricants de Moscou et de Vasnisiensk travaillent exclusivement pour l'armée et les nombreuses et importantes fabriques de l'Oural s'organisent activement.
Les étudiants des Ecoles techniques ont renoncé à leurs vacances afin de les employer à travailler pour l'armée. Les sociétés pédagogiques ont donc procédé à l'utilisation méthodique de ces bonnes volontés. Les jeunes gens ayant terminé le cours technique commencent à être employés avec succès dans diverses fabriques.
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Octobre 1915.
Ce que la guerre actuelle consomme de munitions. —
Du Bulletin des Armées :
Pendant la totalité de la campagne de 1870, l'artillerie allemande tira environ 817000 obus à savoir 479000 sur des forteresses françaises et 338 000 en rase campagne. La dixième partie de ce dernier chiffre représente les projectiles tirés au cours de la bataille de Saint-Privat, qui fut la plus grande mangeuse d'obus de toute la guerre. Dans la guerre russo-japonaise, qui a été plus longue, mais où les forces en présence étaient bien inférieures et où les journées de combat alternaient à de grands intervalles, l'artillerie tira seulement 954 000 obus, en grande majorité avec les canons de campagne.
Pour ce qui est de la guerre présente, les indications précises font encore défaut. Cependant, de quelques faits connus et officiellement enregistrés, on peut déduire que la consommation des munitions a dépassé tout ce qu'on pouvait imaginer.
Il est arrivé, par exemple, qu'en une seule journée l'un des belligérants ait lancé plus de 100000 obus sur un front de 8 kilomètres. Le nombre de coups par mètre de front est en moyenne six fois supérieur à celui des journées les plus chaudes de la guerre de 1870.
On sait que, d'après les communiqués russes, les Allemands, au cours de la bataille de Galicie, prodiguèrent 700000 obus, amenés par un millier de wagons.
D'après un communiqué français du 17 juin, notre artillerie a tiré au nord d'Arras, en vingt-quatre heures, 3ooooo obus, c'est-àdire presque autant que toute l'artillerie de campagne allemande en 1870-1871.
Le poids de ces 3ooooo coups de canon peut être évalué à 4 millions 5ooooo kilogrammes, c'est-à-dire que leur transport a exigé plus de 3oo grands fourgons, soit plus de six convois de chemins de fer. Ce transport eut demandé par route, 4000 voitures à six chevaux. La dépense ressort à environ 9 millions 375 000 francs.
La situation militaire des ouvriers employés dans les usines de guerre. — La situation militaire des hommes actuellement employés dans les établissements privés travaillant aux fabrications de guerre (artillerie, poudre, génie, aéronautique), ayant provoqué quelques incertitudes, le sous-
TROfS MOIS DE UUEKRfi, —
ni.
A COTÉ DE LA GUERRE
secrétaire d'Etat de l'artillerie et des munitions, par une circulaire en date du i5 octobre, précise cette situation telle qu'elle résulte de leur affectation militaire prescrite par le paragraphe rr de l'article 7 de la loi du 17 août içi5 (loi Dalbiez) et de leur emploi comme ouvriers dans les usines et ateliers travaillant pour la défense nationale.
Ces hommes sont tous considérés comme affectés à l'établissement qui les emploie et ne peuvent le quitter qu'en vertu d'une mutation régulière.
Ils bénéficient de l'ensemble de la législation ouvrière et sociale et notamment de la loi du 9 avril 1898 sur les accidents du travail qui leur est seule applicable, à l'exclusion de toutes prescriptions contraires : ils restent soumis à la loi du 5 avril 1910 sur les retraites ouvrières et doivent recevoir un salaire au moins égal au salaire normal et courant de leur spécialité dans la région. En tout ce qui concerne leur travail, ils sont régis uniquement par la discipline et la hiérarchie de l'atelier.
Recevant leur salaire normal, ils ne peuvent prétendre aux congés et permissions militaires, à la franchise postale ou au tarif militaire en chemin de fer, mais peuvent profiter des tarifs ouvriers. En principe, sauf s'ils sont employés hors de leur résidence habituelle, et en ce cas, sur délibération motivée de la commission spéciale, leurs familles n'ont pas droit aux allocations de la loi du 5 août 1914.
D'autre part, affectés spécialement dans l'intérêt de la défense nationale aux établissements et usines travaillant pour l'armée, ils restent à la disposition du Ministre de la Guerre; ils doivent être constamment porteurs de leur insigne distinctif et du titre établissant leur situation particulière et relèvent disciplinairement de l'autorité militaire en dehors de leur travail. C'est ainsi qu'ils doivent observer toutes les mesures réglementaires et de police sur les mobilisés et notamment celles relatives à la fréquentation des débits de boissons.
V effort anglais. — M. Lloyd George a annoncé le 29 octobre au Parlement que plus de mille établissements travaillent jour et nuit avec la plus grande intensité possible à la fabrication d'armes et de munitions. Toute la région du Midlond est transformée en une immense usine.
On travaille beaucoup pour la Russie, la Belgique et la Serbie.
LES MUNITIONS
D'autre part, le comité présidé par M. Lloyd George examine toutes les inventions et les utilise quand il y a lieu.
La plus grande partie du travail est confiée à des femmes. A Birmingham, des fabriques en occupent, en tout, près de i5o ooo.
La production des munitions en Russie. — M. Bark, Ministre des Finances en Russie dit à un envoyé du Journal :
Vous abordez maintenant une question d'actualité, celle des canons et des munitions. En vérité, elle a existé non seulement en Russie, mais chez tous les alliés. Votre directeur le sait mieux que personne. Mais la Russie, comme la France et l'Angleterre, fait de son mieux pour réparer les erreurs du passé et regagner le temps perdu. Le Gouvernement a soumis à la Douma et fait sanctionner par S. M. l'Empereur une loi chargeant une commission, composée de membres de la Douma et du Conseil d'Empire, de coordonner les efforts des ministres et des représentants du peuple. Sa Majesté a tenu à présider la séance d'inauguration de cette commission, qui promet de faire œuvre très utile. Qu'il me suffise de vous dire que la production des munitions a déjà sextuplé en six mois. Oui, il est exact, comme vous le signalez, que la production de houille a diminué dans le midi de la Russie de ii pour 100 et celle de fonte de 14 1/2 pour 100, pendant le premier semestre de l'année iqj5. Vous avez raison aussi de me dire que le nombre d'ouvriers a fléchi de 200 000 à fin juin 1914, à 160000 à fin juin 191 5. Mais ce phénomène a été observé chez tous les alliés, au début de la guerre. Je crois pouvoir vous déclarer qu'il a été remédié à cet état de choses. Le Gouvernement a donné des ordres formels pour que toute la main-d'œuvre demandée par les mines, usines et fabriques travaillant pour la défense nationale, soit immédiatement mise à leur disposition.
Les usines russes pourront ainsi continuer à développer leur production de canons, de munitions et de matériel de guerre.
Révélations par des lettres allemandes. — L'effort de la Quadruple-Entente ne saurait être trop soutenu, car celui des Allemands ne faiblit pas en dépit de plusieurs accidents et d'une véritable catastrophe révélée en ces termes par des correspondances saisies sur des prisonniers :
Blankenburg, juin 1915.
Avez-vous appris que la fabrique de poudre de Cubeland a sauté? Les causes du sinistre, les détails ne sont pas encore connus. Il est probable que l'explosion est due à une bombe d'avion ennemi ou à des espions.
A COTÉ DE LA GUERRE
Delitsch, i3 août 1915.
Le 1 1 août, un terrible accident s'est produit à Reinsdorf, près de Wittenberg. La fabrique de munitions a sauté en l'air. Une partie du réservoir d'huile est heureusement restée sans dommage; si elle avait également explosée, tout Wittenberg aurait été détruit. Vers 8 h. 45 du soir, je me trouvais à la maison ; tout à coup un choc épouvantable m'a fait croire que la maison s'écroulait. Tout le monde se précipitait hors des maisons. A Reinsdorf, toutes les maisons ont leur toit arraché et toutes les fenêtres sont démolies. On dit que 3oo ouvrières ont été tuées. On ne le publie pas parce qu'il faut évidemment que l'ennemi ne l'apprenne pas. Deux trainshôpitaux remplis de blessés sont partis pour Halle. La catastrophe a été épouvantable. Un grand nombre de cadavres sont restés sous les débris. Il fallait que cela arrivât; on dit que la catastrophe a été causée intentionnellement ; quelqu'un aurait reçu quelque chose des Français ; mais il ne faut rien dire.
Coswig, 23 août 1915.
Tu nous parles dans ta lettre de 88 tués; il y en a en réalité 217 et autant de blessés. On trouve en déblayant les décombres des débris humains déjà en décomposition. Le plus grand nombre des sinistrés sont des femmes; il y a naturellement aussi beaucoup d'hommes. De Coswig, il ne reste que trois personnes en vie... Les journaux ne parlent naturellement pas de l'accident; tout cela doit rester caché.
La production des canons et des munitions au Japon.
— De YOsaka Asahi :
On sait que le Japon a reçu récemment une forte commande de munitions et de canons de la Russie ; mais le Japon ayant déjà fourni tout son stock disponible est obligé, pour faire face à la nouvelle commande, de faire fabriquer tout spécialement à cet effet.
Si la Russie accepte certaines conditions émises par le Japon, le gouvernement du Mikado est fermement décidé de mettre à exécution le projet consistant à augmenter les quantités de fabrication des canons et munitions ; il est du reste, sur le point d'augmenter aussi le nombre d'ouvriers à l'arsenal de Tokio.
Dans ce projet, il est fortement question d'acquérir le nombre nécessaire d'ouvriers pour le mois de novembre au plus tard. Ce nombre serait porté au chiffre d'en temps de guerre, et dès lors équivaudrait à la mobilisation générale des arsenaux militaires gouvernementaux, laquelle ne peut être exécutée qu'après ratification de l'Empereur.
D'après les exposés du Ministre de la Guerre à ce sujet, le pre-
LES MUNITIONS
mier Ministre, le comte Okuma, a déjà exprimé son opinion au Mikado.
Cependant, il serait encore prématuré d'en déduire qu'une alliance d'armements est déjà conclue avec la Russie.
Notre principal fournisseur à l 'étranger. — Les usines de munitions de Bethlehem, en Amérique. — Il y a dix ans, quand M. Charles Schwab déclara qu'il ferait de Bethlehem pour l'Amérique ce que Krupp avait fait d'Essen pour l'Allemagne, on demeura sceptique.
Aujourd'hui, la « Bethlehem Steel Corporation » est la plus grande productrice sur terre d'armement et d'acier fin. Son établissement principal est à Sud-Bethlehem et est la plus grande du Nouveau-Monde. Sa production avait dépassé celle de Krupp avant le commencement de la guerre.
La compagnie a actuellement des commandes pour un milliard et demi de francs, et elle envisage la nécessité d'agrandir ses locaux, qui couvrent déjà une superficie de plus de quatre kilomètres de côté. Un de ses ateliers de machines mesure près de 3oo mètres de longueur.
Le chiffre d'affaires annuel atteint maintenant un milliard et demi.