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RÉSUMÉ DE LA SITUATION MILITAIRE DES MOIS DE SEPTEMBRE ET D'OCTOBRE

Si les formidables offensives de la fin de septembre et du commencement d'octobre en Champagne et en Artois n'ont pas comblé toutes les espérances, ce serait se montrer injustement pessimiste que de les regretter en dépit des pertes douloureuses, mais, ainsi que le dira plus tard le généralissime, inférieures à celles de l'ennemi.

Il ne faut pas perdre de vue que nous avons pris des positions jugées imprenables, que le chiffre des prisonniers faits par nous dans les tranchées et en rase campagne atteint vingt-cinq mille, dont 35o officiers, que notre effort a péniblement surpris un ennemi qui nous en croyait incapables, et enfin que l'envoi des renforts amenés en toute hâte par les Allemands sur le front français constitue un bienfait inappréciable pour nos amis de Russie.

Front italien.

Avec des alternatives d'avances et de reculs — ceux-ci moins nombreux que celles-là — la guerre sur le front du Trentin poursuit son cours.

Aux dernières nouvelles, l'Italie espère soulager Tannée serbe par une heureuse offensive dans la vallée de Lagarnia, dans la zone de Plava, dans le secteur de Zagora et sur le Carso.

Sur Mer.

En prenant le commandement en chef de l'armée navale, le vice-amiral Dartige du Fournet a adressé aux escadres l'ordre du jour suivant:

i5 octobre ic)i5.

Amiraux, commandants, états-majors, équipages.

En me désignant pour vous commander, le Gouvernement de la République m'a fait un honneur dont je sens toute la grandeur, mais aussi le poids redoutable. Si j'ose assumer une telle responsabilité, c'est que je sais tout ce qu'on peut attendre de vous.

En Syrie, j'ai vu une escadre remplie d'ardeur montant fièrement la garde devant une terre remplie du nom français. Aux Dardanelles, j'ai eu le privilège inoubliable de commander quelques semaines, de voir de près ces bâtiments qui ont porté si haut nos trois couleurs à travers tant de dangers.

FRONT OCCIDENTAL

Ici, je trouve une force magnifique dont je connais le beau passé fait de croisières périlleuses, de longues fatigues, d'abnégation, de dévouement au devoir.

Depuis plus d'un an, je vous suivais de tout mon esprit, de tout mon cœur. Maintenant que je suis parmi vous, ma première pensée est de vous dire ma confiance en vous.

Vous perdez dans M. le vice-amiral de Lapeyrère le chef le plus éminent de la marine. Il laisse derrière lui un vide impossible à combler; nos regrets, nos vœux l'accompagneront toujours. J'ai l'honneur insigne de continuer son œuvre ; aidez-moi de toutes vos forces. A travers tant d'événements formidables, nous irons à la bataille d'où la France sortira victorieuse et grandie, et cette victoire, chacun en aura sa part, je vous le promets. Il y aura place pour tous et je saurai la réclamer pour tous, soyez-en sûrs.

Amiraux, officiers, marins de France, attachons-nous passionnément a notre tâche, quelle qu'elle soit. Il n'en est pas de petite quand il s'agit de travailler pour la Patrie, d'assurer le triomphe de ses armes.

Mes amis, mes camarades, mes enfants, unissons-nous dans l'amour le plus beau, le plus pur qui existe, celui de la France. Tournons nos yeux vers le pavillon tricolore qui flotte sur nos têtes. Songeons aux grands noms qui résument parmi nous la plus noble des histoires : Charlemagne, saint Louis, Jeanne d'Arc, Jean Bart, Suffren, Courbet et tant d'autres! Soyons jaloux d'enrichir à notre tour un pareil héritage de gloire, et jetons ensemble le cri qui résume notre espérance invincible : « Vive la France! »

Signé : L. Dartige du Fournet.

D'autre part, en quittant, la veille, le haut commandement qu'il exerçait depuis la constitution de l'armée navale, c'està-dire pendant plus de quatre années, le vice-amiral Boué de Lapeyrère avait lancé l'ordre du jour ci-après :

14 octobre ioj5.

Officiers généraux, officiers, officiers-mariniers, quartiers-maîtres et marins.

Au moment de vous quitter, après vous avoir vus à l'œuvre dans la préparation du temps de paix et dans les devoirs plus rudes de la guerre, je tiens à exprimer mon entière reconnaissance à vous tous, qui, dans l'élan de vos cœurs, m'avez toujours réservé le concours le plus dévoué et le plus loyal.

Ma pensée vous suivra fidèlement dans l'accomplissement de votre noble mission pour le succès de laquelle je vous adresse mes vœux les plus ardents.

Signé : de Lapeyrère.

FAITS DE GUERRE

Le 3 octobre, cinq monitors anglais ont fait leur apparition devant Zeebrugge et ont bombardé la côte.

Le Département de la Marine des États-Unis a établi que le fragment de métal trouvé dans l'épave du paquebot anglais Hesperian, coulé le 4 septembre dans les eaux de l'Irlande, provenait d'une torpille, contrairement aux allégations de l'Allemagne, qui déclarait n'avoir aucune responsabilité parce qu'aucun sous-marin allemand ne se trouvait dans ces parages.

Les 11, 12 et i3 octobre, cinq vapeurs de Hambourg chargés de minerais ont été coulés. Le 19, cinq autres subissent le même sort.

Dans la nuit du i5, un torpilleur allemand a été coulé.

Le 20 octobre, les opérations des sous-marins dans la Baltique ont paralysé l'exportation en Allemagne des minerais suédois destinés à la fabrication des projectiles.

Londres, 20 octobre. — La nouvelle flotte dans la Méditerranée est composée de monitors de toutes formes et de toutes grandeurs, les plus grands étant armés de deuJt canons de 35o, qui jettent trois quarts de tonne de métal à une distance de i5 milles et sont invulnérables contre les torpilles, grâce à une cuirasse qui descend sous la surface de l'eau à dix pieds de chaque côté.

Les monitors ont joué un rôle important dans le débarquement à Suvla et dans les opérations qui ont suivi, commandant toutes les positions avantageuses de la côte et arrêtant les contre-attaques turques.

Le 21 octobre, dans une note, l'Allemagne proteste contre l'emploi par l'Angleterre d'un système de réseaux avec lequel elle capture les sous-marins en les coulant au fond de la mer. L'Allemagne proteste aussi contre le système anglais d'envoyer de gros navires pour couler les sous-marins allemands.

L'Allemagne avoue que 27 de ses sous-marins ont fini dans les réseaux anglais; 16 autres furent détruits avant l'adoption de ces réseaux à l'aide d'autres systèmes. L'Allemagne a donc perdu, de son propre aveu, depuis le commencement de la guerre, 43 sous-marins.

Dans l'Air.

Notre dirigeable Alsace a bombardé, dans la nuit du 3o septembre au icr octobre, la bifurcation d'Amagne-Lucquy,

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la gare d'Attigny et la gare de Vouziers. Il a été canonné sur tout son parcours et particulièrement à Vouziers, où il s'est trouvé entouré de nombreuses grappes de fusées incendiaires. L'aéronef est rentré normalement à son port d'attache, après mission remplie, n'ayant reçu que quelques éclats sans effets dommageables.

Pendant la semaine finissant le 2 octobre, nos avions ont été très actifs. Dix-sept combats ont été livrés; dans quinze d'entre eux, les appareils britanniques ont eu le dessus. Le icr octobre, un appareil allemand a été descendu dans nos lignes.

Le 4, en Champagne, un avion ennemi est abattu dans nos lignes ; les deux officiers qui le montaient sont faits prisonniers. Nos avions bombardent la gare des Sablons, à Metz.

Le 10, onze combats aériens ont eu lieu et neuf fois se sont terminés à l'avantage de nos aviateurs. Un avion ennemi a été abattu dans les lignes allemandes et presque certainement détruit. Un autre avion ennemi est tombé dans nos lignes. Nous avons perdu un appareil.

Les Allemands ayant encore récemment effectué des bombardements aériens sur des villes anglaises et un de leurs aéroplanes ayant lancé deux bombes sur Nancy, un groupe des nôtres a bombardé la ville de Trêves, sur laquelle 3o obus ont été lancés.

Le 22, quatre de nos aviateurs ont livré des engagements aériens. Ils ont chaque fois contraint les appareils ennemis à la fuite et à l'atterrissage.

L'un des aéroplanes allemands est tombé à pic d'une hauteur de deux mille mètres dans un bois situé un peu en arrière des lignes ennemies.

Un groupe de nos avions a bombardé le parc d'aviation allemand de Funel, entre Argonne et Meuse, et les établissements militaires du Luxembourg, de la gare de Bezancourt.

Le Ministre de la Guerre anglais annonce qu'une escadrille de dirigeables ennemis a survolé le i3 octobre au soir, les comtés du littoral oriental britannique et une partie de l'agglomération de Londres sur lesquels elle a jeté des bombes. Les canons de la défense ont ouvert le feu. On a vu un dirigeable se coucher sur le flanc et descendre à une altitude moins grande. Cinq aéroplanes de la défense ont pris l'air, mais, en raison de l'état de l'atmosphère, un seul

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réussit à apercevoir un dirigeable sans pouvoir l'atteindre, avant qu'il ait disparu dans le brouillard.

Quelques maisons ont été endommagées, plusieurs incendies se sont déclarés, mais le matériel militaire n'a subi aucun dommage grave. Tous les incendies n'ont pas tardé à être maîtrisés.

Il y a eu du côté militaire, i5 tués et i3 blessés; du côté civil, 5 enfants tués et 7 blessés, 9 femmes tuées et 3o blessées, 27 hommes tués et 64 blessés. L'agglomération de Londres entre dans ces chiffres pour 32 tués et ç5 blessés.

Ce raid de zeppelins est le dix-neuvième qui ait été dirigé sur l'Angleterre depuis le 19 janvier. En voici l'énumération avec le nombre de victimes faites par chacun :

Tués. Blessés.

19 janvier. Yarmouth et district 4 9

14 avril. Tyneside — 2

16 avril. Lowestoft et côte orientale — —

10 mai. Southend 1 —

17 mai. Ramsgate 2 8

27 mai. Southend 3 —

3i mai. Environs de Londres 6 —

4 juin. Côtes est-sud-est — —

6 juin. Côte est 24 40

15 juin. Côte nord-est 16 14

9 août. Côte est i5 14

12 août. Côte est 6 23

17 août. Comtés de Test 10 36

7 septembre. Comtés de Test 17 3ç

8 septembre. Comtés de l'est et Londres ... 38 124

11 septembre. Côte est —

11 septembre. Côte est — —

13 septembre. Côte est — —

i3 octobre. Londres 56 114

Au total, les bombes lancées par les dirigeables allemands sur l'Angleterre ont, du 19 janvier au i3 octobre, tué 197 personnes et en ont blessé 421. Il est à remarquer qu'au cours de cinq de leurs incursions, les zeppelins n'ont réussi à faire aucune victime.

Le Times du i3 octobre annonçait qu'en vue de se conformer aux nouveaux règlements concernant l'assombrissement des rues de Londres, on a décidé de cesser jusqu'à nouvel avis le service du soir du dimanche (à 7 heures) à la

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cathédrale Saint-Paul. Dans un précédent raid de zeppelins, cette cathédrale et le pont de Londres avaient été particulièrement visés.

Le i5 octobre, les avions italiens ont accompli des raids sur les plateaux de Bainsizza et sur le Carso, bombardant sur plusieurs points le chemin de fer de Valle-Laca (Idria), le chemin de fer de Goritz à Trieste et atteignant des campements et des colonnes ennemies en marche. Malgré le feu très vif de nombreuses pièces d'artillerie antiaérienne, ces avions sont rentrés indemnes.

Genève, 18 octobre. — Huit bombes ont été lancées hier près de la gare de l'Est de la Chaux-de- Fonds et le long de la ligne du chemin de fer de la Chaux-de-Fonds à Saignelégier. Quatre personnes furent blessées et des dommages matériels considérables ont en outre été causés.

Simultanément, un autre biplan allemand a survolé la région de Porrentruy, de Bonfol à Bure, sans toutefois jeter de bombes.

Berne, 20 octobre. — Un communiqué du département politique fédéral sur l'enquête concernant l'attaque entreprise dimanche dernier, 17 octobre, par un aviateur sur la Chauxde-Fonds établit, avec une certitude suffisante, que l'avion qui jeta des bombes était de nationalité allemande.

Si involontaire qu'elle soit, dit le Journal de Genève, l'offense n'en est pas moins d'une extrême gravité. Les aviateurs ne se sont pas seulement égarés au-dessus de notre territore, ils ont voulu détruire et frapper à mort. Ils ont fait couler du sang. Et si les bombes n'ont pas causé plus de mal ce n'est pas la faute de ceux qui les ont lancées.

Le 25, l'Allemagne a exprimé des regrets et promet une indemnité.

Notre Armée aérienne. — L Associated Press de New- York, communique le 12 octobre la note suivante:

Une armée aérienne constituée par des formations en divisions et en escadrilles d'aéroplanes de bataille, de croiseurs, d'éclaireurs et de torpilleurs, tous fortement blindés, et portant des canons de trois pouces et des mitrailleuses à tir rapide, n'est plus un rêve. Elle est devenue une réalité, par suite du remarquable développement donné par la France à l'aviation militaire.

Le gouvernement français vient d'autoriser un certain nombre de journalistes américains et anglais à passer une inspection de

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sa nouvelle flotte d'aéroplanes blindés et armés de canons. Ils ont eu l'occasion de voir des types, grands et petits, de nouveaux aéroplanes de guerre manœuvrant à une grande hauteur, et tirant salves sur salves, pendant que les appareils glissaient, bouclaient la boucle et planaient sans secousses en dépit de volées assourdissantes.

Le Ministre de la Guerre avait désigné deux experts pour conduire les visiteurs, d'abord à Issy-les-Moulineaux, où étaient réunis des aéroplanes de bataille, puis à Bue, où des centaines d'aviateurs militaires se préparent à voler avec les nouvelles machines.

L'aéroplane de bataille géant a principalement attiré l'attention. L'ingénieur qui l'a construit en expliqua les détails.

Des officiers ont déclaré qu'il constituait la première réalisation pratique de l'appareil de bataille; les autres dreadnoughts aériens ayant été reconnus impropres à l'usage.

Mais ce monstre s'est enlevé avec un équipage de douze hommes et deux canons lançant des projectiles en acier de trois pouces. Trois vols d'essai ont démontré la stabilité de l'immense machine actuellement prête pour la ligne de bataille, et dont l'équipage ordinaire se compose de quatre hommes commandés par un officier.

Des croiseurs armés se sont ensuite élevés à une grande hauteur. Ce sont de petits biplans, portant chacun un canon, et susceptibles de s'élever presque verticalement depuis le sol. Leur vitesse est de 90 milles à l'heure.

Un manifeste de la Ligue aérienne française. — La Ligue aérienne française, qui vient de se constituer à Paris, publie, dans son premier manifeste, les lignes suivantes :

La France doit créer, sans délai, une nombreuse armée aérienne. Elle doit enfanter, à l'écart de ses chantiers actuels absorbés par les besoins directs des armées, une flotte autonome d'avions, entraînée, armée, perfectionnée, en vue d'opérations directes contre les centres usiniers allemands.

Puisqu'on nous fait une guerre d'usines, frappons les usines ! Décupler notre production en munitions et en canons, c'est très bien. C'est une face du problème. Détruire les fabriques ennemies de canons et de munitions, voilà l'autre face du problème.

Une flotte supplémentaire indépendante de 5 000 avions ferait sans doute de nos aviateurs les maîtres du ciel. Une telle suprématie déterminerait des conséquences incalculables, visibles aux yeux de tous.

Elle aiderait à frapper, non seulement la puissance ennemie à sa source, en détruisant ses fabriques et ses entrepôts, mais elle permettrait d'abord d'annihiler les taubes et les aviatiks. Elle assurerait donc le secret de nos manœuvres et la sécurité de nos

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arrières. Par contre, elle nous vaudrait de lire le jeu de l'ennemi, en mettant en péril constant ses moyens de communication, ses parcs, ses corps d'armées. Elle ferait planer sur les places fortes, les magasins, les troupes allemandes, une menace permanente et terrible.

En conséquence, la Ligue demande la mise à Vétude immédiate, puis la constitution de cette force nouvelle.

Ont signé : Louis Barthou, Maurice Barres, Pierre Baudin, Henry Béranger, Alfred Capus, Georges Clemenceau, Etienne Clémentel, comte R. de Clermont-Tonnerre, Arthur-David Menuet, Paul Doumer, Henri-Robert, Edouard Herriot, Charles Humbert, Ernest Lavisse, Gaston Menier, Paul Painlevé, Stephen Pichon, duc de Rohan, baron H. de Rothschild, Henri Sabarthez, Eugène Touron.

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