L'OFFENSIVE EN CHAMPAGNE, 25 SEPTEMBRE IÇI
FAITS DE GUERRE
tion d'artillerie se poursuivit, suivant un plan arrêté: il s'agissait de détruire les réseaux de fil de fer, d'ensevelir les défenseurs dans les abris-cavernes, de démolir les créneaux, d'arroser les tranchées et, enfin, de clore ou de combler les boyaux de communication.
Malgré de grandes difficultés d'observation, le tir s'ouvrait jusqu'à la seconde position, pendant que les grosses pièces bombardaient les quartiers généraux, les cantonnements, les gares, coupaient les voies ferrées et interrompaient le ravitaillement. Le tir fut tellement efficace que le ravitaillement des tranchées allemandes ne put être effectué; le service postal fut arrêté et nul être humain ne put rester dans les localités bombardées.
Des lettres trouvées sur les morts allemands, il résulte que les hommes tombaient comme des mouches, en réclamant : « La paix ! la paix ! >»
Un capitaine du i35e régiment de réserve, dans son rapport, réclame immédiatement des vivres, des cartouches éclairantes, des grenades et une colonne sanitaire pour chercher les blessés : « Ses hommes, écrit-il, meurent de fatigue et de privation de sommeil. »
A l'heure fixée, 9 h. i5, tous les hommes sortirent des tranchées; la distance de 200 mètres environ qui les séparaient des Allemands fut parcourue sans perte; les progrès furent ensuite plus ou moins lents, suivant la résistance offerte par les mitrailleuses; il y eut des centres qui tinrent plusieurs heures et même plusieurs jours. Le plan conçu devait amener l'encerclement de la première position allemande; les unités d'attaque devant se reformer en une ligne devant 1 1 deuxième position.
La ligne allemande dessinait entre Auberive et Souain un vaste triangle constituant un des ensembles défensifs les plus complets du front de Champagne; une nombreuse artillerie était dissimulée dans les bois. Les attaques, dirigées par nos troupes sur ce front, d'une largeur de 3 kilom. 5oo, n'eurent pas, dès le 23 septembre, un résultat égal. Sur la droite, malgré quatre tranchées successives et des réseaux de fil de fer nombreux, nos troupes gagnèrent près de 3 kilomètres, faisant 700 prisonniers, dont 17 officiers, s'emparant de 2 canons de 77 et de 5 de io5.
A gauche, notre attaque fut arrêtée par les mitrailleuses; mais le 27, nos troupes s'emparèrent des bois jusqu'à l'Epine de Vedegrange, pénétrant dans cette position, s'emparant d une tranchée d'un kilomètre, dite « Parallèle de l'Epine », et d'une autre dite « Parallèle du Bois Chevron ».
Plus à l'Est, nos soldats s'emparaient de 400 mètres de tranchées, ce qui nous donnait, comme gain, i5 kilomètres carrés de terrain organisés défensivement et 4 canons de io5, 6 de i5o, et plus de 3 000 prisonniers.
Il fallut pousser des sapes et exécuter des bonds de nuit, et à découvert, pour se rapprocher des lignes ennemies qui formaient, autour de Souain, une large courbe s'approchant de quelques
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mètres de nos tranchées, ou s'en éloignant de près d'un kilomètre.
L'assaut fut donné dans trois directions : A l'Ouest, vers les bois d s cotes 167 et 171; au centre parallèlement à la route de Somme-Py, vers la ferme Navarin et, à l'Est, vers le bois que traverse la route de Tahure, vers la butte de Souain.
A 10 heures, nous étions à la hauteur de la ferme Navarin : mais, à l'Est, l'avance fut plus lente, on dut procéder par encerclement; le 27, le travail était terminé, nous nous emparions de quelques batteries et d'un matériel considérable.
Les Allemands avaient conservé, malgré notre avance de février, un système puissant de tranchées formant un saillant presque triangulaire, dénommé « La Poche », défendu, au Nord, par les li-ières organisées, et du «. Trou Bricot ». Pendant toute l'année, cette région avait été le théâtre d'une guerre de mine, de tranchées et de boyaux; l'effort princ pal se porta sur un couloir composé d'un terrain libre de trois kilomètres environ, allant jusqu'à la deuxième position allemande.
En une demi-heure, les colonnes qui attaquaient les extrémités du saillant de la Poche se résignaient, s'emparant de ce qui restait d'Allemands; pendant ce temps, dans le terrain libre du Nord de Perthes, nos troupes fran, hissaient les trois tranchées de première ligne et marchaient sur la tranchée d'York, qu'elles occupaient.
A l'Est, l'avance française éprouva plus de résistance; mais, grâce à l'audace de nos hommes, la résistance ennemie fut brisée; ils pénétrèrent dans les camps situés au nord de Perthes et surprirent même quelques officiers au lit. L'après-midi, en raison du mauvais temps, la progression fut moins rapide. Dès l'aube, le lendemain, nos troupes, qui s'étaient retranchées sur place, firent un nouveau bond, qui les mit en contact avec la deuxième position allemande.
C'est dans le secteur de Mesnil que nous rencontrâmes la plus grande résistance; les Allemands occupaient un ravin dénommé « Ravin des Cuisines » ; nous nous en emparâmes sans pouvoir aller plus loin sur les pentes nord de la cote 196, leurs tranchées ne pouvaient être battues par notre artillerie.
A l'Est, le 25, nous pénétrâmes dans quelques éléments; mais, à la suite d'une contre-attaque, nous dûmes nous replier à l'Ouest. Dans la nuit du Ier au 2 octobre, nous nous emparâmes de la Mamelle Nord, encerclant ainsi l'ouvrage du Trapèze, qui couronne la Mamelle Sud.
Les résultats dans le secteur de Beauséjour furent plus rapides et plus brillants; toutes les organisations ennemies furent enlevées rapidement par la vague d'assaut, dont certains éléments s'élancèrent jusqu'à la crête de Maisons-de-Champagne, traversant des batteries, dont les servants furent tués à leurs pièces.
Sur la route de liaison de Champagne, nos troupes trouvèrent,
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dans la région des entonnoirs de Beauséjour, des artilleurs déménageant leurs pièces; ils tuèrent conducteurs et chevaux.
A l'Ouest, de petits fortins et des ouvrages fermés, brisèrent un peu l'élan, mais la cavalerie vint prêter aux fantas-insun concours inattendu : deux escadrons de hussards s'apprêtaient à galoper vers les batteries ; celles-ci dirigèrent leurs feux sur eux, les hussards mirent pied à terre et s'avancèrent, sabre haut, vers les tranchées; cette diversion permit aux fantassins de reprendre leur élan et la résistance ennemie fut brisée.
C'est par la prise des hauteurs de Massiges que notre progression, jusqu'au bois et la Maison-de-Champagne, fut assurée. Ce plateau escarpé constituait une forteresse que les Allemands jugeaient imprenable dès le début de l'attaque.
A 9 h. 3o, sans se presser, sans que l'ennemi eût pu s'y opposer, nos hommes parvenaient au sommet du plateau, en butte alors à de^ feux de mitrailleuses et de mousqueterie : la colonne n'avança plus que lentement, suivant la chaîne de grenadiers qui faisait merveille; le combat dura ainsi du 26 septembre au 3 octobre, avec une ténacité farouche.
Malgré les renforts envoyés par les Allemands et les attaques et contre-attaques qu'ils tentèrent, la possession des hauteurs de Massiges nous permit d'étendre nos gains vers Ville-sur-Tourbe.
L'offensive en Artois.
Le 25 septembre, notre infanterie, en liaison avec l'infanterie anglaise, prend l'offensive sur toute la ligne dans la région située au nord d'Arras.
A midi et demi, nos hommes bondissent hors des tranchées et des boyaux et se ruent sur l'ennemi. Nos troupes situées à la hauteur de Notre-Dame-de-Lorette atteignent la lisière du bois en Hache, s'emparent de la ligne de défense allemande établie à l'ouest de ce bois dans lequel elles pénètrent. Les Boches fuient de tous côtes, à travers la futaie, suivis par nos soldats qui prennent leur deuxième ligne de tra chées et atteignent la lisière est du bois. Mais les Allemands tentent de les tourner, en exécutant une forte contre-attaque. N< s hommes alors se replient et se retranchent dans la première ligne allemande, bouleversée par nos obus
Pendant ce temps, sur la droite, des chasseurs bousculent les Boches, s'emparent de leurs premières lignes. Ils passent même, à leur poursuite, la rivière Souehez et commencent à mordre le bois 11. Mais le repliement du régiment qui est à leur gauche les oblige à regagner la dernière tranchée ennemie, située sur la rive ouest de la Souehez, tandis que les Allemands s'abritent dai s une tranchée, sur l'autre rive, à 80 mètres d'eux. Toutes ces unités ont fortement progressé, malgré les rafales d'obus que leur
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envoie l'artillerie allemande :
les canons teutons tirent d'Angres en prenant le fond de Souchez en enfilade; ils tonnent aussi dans la direction de Liévin et de Givenchy. Le seul résultat qu'ils obtiennent est de ralentir légèrement nos attaques, mais il est impossible de nous arrêter.
Dans le creux de Souchez, notre offensive est rendue plus pénible en raison des fortifications puissantes établies par nos ennemis dans le cimetière et Souchez, dans le parc et le château de Carleul. Bien qu'une pluie fine ait détrempé le sol, notre infanterie prend pied dans le domaine de Carleul et le cimetière. Le régiment, qui est face au centre du village, se contente de tenir bon aux créneaux, pendant que nos pièces de canon bombardent furieusement le village, où nos ennemis se sont barricadés.
Au sud de Souchez, d'autres régiments français progressent aussi sérieusement.
Ln d'entre eux s'approche des premières pentes de la fameuse cote 119. Un autre, constitué par d'héroïques Normands, passe dans un élan furieux à travers le réseau de fils de fer de nos ennemis, quelquefois encore résistant, et s'empare successivement de vois tranchées allemandes. Il continue même sa progression, et quelques éléments pénètrent dans le bois de la Fo-
L A VICTOIRE D'- RTOIS.
25 SEPTEMBRE — 8 OCTOBRE IÇl5.
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lie, mais ce bois* est si fortifié, si plein de mitrailleuses, que les chefs décident de ramener le régiment dans la troisième ligne allemande, ce qui constitue pour lui encore une jolie avance.
Enfin, à Test de Neuville-Saint-Vaast, un régiment attaque dans la direction de Thélus et chasse les Allemands de leurs deux premières lignes de tranchées.
Lorsque la nuit vient, vers 6 heures, notre liene a sérieusement gagné vers l'Est, tandis que nos fantassins, couverts de boue, faisaient éprouver à Te* nemi des pertes considérables.
Le lendemain dimanche, après un nouveau tir intensif de notre artillerie, vers i heure, notre infanterie, infatigable, repart à l'assaut des positions allemandes. Nos soldats, après un combat terrible, au milieu des vestiges du hois en Ha:he, s'emparent des tranchées ennemies situées au milieu et à la lisière est de ce bois. A leur droite, les chasseurs, dans une attaque irrésistible, passent la rivière Souchez et atteignent le bois u. Leur avance audacieuse constitue une sorte de mouvement enveloppant autour de Souchez. Le commandement allemand, qui voit le danger, donne immédiatement l'ordre à ses troupes d'évacuer le village.
A ce moment, le régiment qui se trouvait dans ses tranchées, à l'ouest de Souchez, reçoit l'ordre de notre état-major de s'emparer de Souchez. Les hommes, soutenus à droite et à gauche par d'autres unités, bondissent par-dessus la ligne de défense ennemie qui barre la route du village et pénètrent dans les rues, sur les talons des Allemands qu'on aperçoit fuyant de tous côtés. La plus grosse partie de ces troupes poursuit l'ennemi en retraite par ses boyaux ou même à découvert et commence à gravir les pentes vers Givenchy, malgré l'artillerie boche qui, d'Angres, cherche à ralentir leur avance en la prenant d'enfilade.
Pendant ce temps, plus au Sud, un de nos régiments ï-e porte résolument vers les Tilleuls, situés à proximité de Thélus. Bien qu'à cet endroit il existe, au milieu des lignes allemandes, un fortin puissant appelé par nous « ouvrage en losange », nos hommes parviennent à le contourner et à l'encercler complètement, malgré un tir intense des mitrailleuses ennemies postées dans cet ouvrage. Nos soldats, toujours au pas de course, gagnent la lisière des Tilleuls, où ils sont obligés de se retrancher dans les trous d'obus dont le terrain est raviné. En effet, ils sont à ce moment pris de flanc par les mitrailleuses ennemies et obligés d'attendre que les unités avec lesquelles ils sont en liaison progressent à leur tour.
Pendant la journée de lundi, nos troupes, qui sont maintenant massées au pied même de la crête de Vimy, améliorent leurs positions, aménagent hâtivement leurs tranchées provisoires avant de tenter l'assaut des côtes d'où les Allemands les dominent. Si notre artillerie ne chôme pas, l'artillerie ennemie se livre de son côté à un tir ininterrompu. Mais la plupart de ses projectiles vont surtout au village de bouchez, dont le» maisons s'écrasent défini-
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tivement, pulvérisées en un nuage rougeâtre qui courre le fond de la vallée.
Dans la nuit du lundi 27 au mardi 28, vers minuit, nos troupes, placées au pied de la cote 119, se lancent à l'assaut de la crête, et, dans l'obscurité, bousculent les Allemands, les sortent à coups de baïonnette et de grenades des boyaux où ils sont retranchés, les forçant à déménager hâtivement leurs mitrailleuses.
Lentement, nos fantassins, les jours suivants, envahissent la fameuse crête de Vimy, progressant dans les tranchées au sud des bois de Givenchy et dans les vergers du bois de la Folie, en prenant pied sur la cote 140. Notre offensive avait atteint le but cherché de ce côté. Mal j ré toutes leurs contre-attaques, les Allemands n'ont pu nous déloger, Anglais ou Français, des positions conquises grâce à l'héroïsme de nos soldats.
Le total des prisonniers rassemblés est de 2600. Nous avons pris aussi 9 canons et une quantité considérable de mitraireuses.
En somme, la capture de Souchez, la poussée sur Givenchy et les progrès réalisés jusqu'aux vergers de la Folie par les Français placent, les défenseurs alleman s du plateau de Vimy dans une position dangereuse. Ils sont maintenant étroitement cernés et on peut espérer qu'ils ne tarderont pas à être écrasés. La prise de Lens par les Anglais hâterait leur retraite, mais tout le terrain autour de Lens est très facilement défendable, et, tant que nous ne serons pas arrivés à installer solidement notre artillerie au sud de Loos,nous ne pouvons pas nous attendre à une avance aussi rapide que celle de samedi.
L'enlèvement des hauteurs de Vimy constituera un important pas en avant, car, de leur sommet, on commande toute la région située à l'Est, et il y a de grandes chances pour que les Allemands, dès qu'ils auront été chassés de ces éminences, se replient sur Douai et sur la ligne du canal Lille-Douai.
La Gazette de Lausanne publie le document suivant, qui lui est communiqué par l'ambassade de France à Berne :
Nos adversaires ont essayé de répandre l'opinion que nos récents succès en Artois et en Champagne ne constituaient que des succès locaux dus uniquement à la surprise. D'après eux, ces succès n'auraient d'ailleurs pas modifié les dispositions et les desseins du haut commandement allemand.
Or, l'offensive franco-anglaise du 25 septembre avait bien été prévue par le commandement allemand, qui avait pris toutes ses dispositions pour y faire face. Ceci ressort clairement de deux documents trouvés sur des officiers faits prisonniers, à savoir un ordre de la division Dittfurt du i5 août et un ordre du détachement d'armée Fleck du 22 septembre. Ces ordres prescrivaient les mesures à prendre en vue d'une « grande offensive » prochaine des alliés. L'un était secret et destiné aux officiers seuls, l'autre
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devait être lu aux troupes dans toutes lei positions de réserves
et d'attente.
Si, malgré ces prévisions l'attaque française a été une surprise pour les armées allemandes, cela tient exclusivement à sa puissance. La preuve en est fournie par le désarroi qui ressort des dispositions prises sous le coup des circonstances par le commandement allemand. Nous connaissons, en effet, par plusieurs documents, certaines mesure- auxquelles le commandement allemand a dû recourir pour parer à notre offensive.
Par exemple, les réserves locales gardées en arrière du front des armées voisines ont été amenées en toute hâte sur la ligne, bataillon par bataillon et même compagnie par compagnie. On a vu apparaître, en Artois, des unités retirées du front opposé à l'armée anglaise à l'ouest de Lille et du front avoisinant la Somme. En Artois, les prisonniers ramenés en arrière appartenaient à 36 régiments différents. En Champagne, des unités ont été empruntées à toute la partie du front qui s'étend jusqu'à la Moselle. Là, les prisonniers appartenaient à 56 régiments d'infanterie différents. Le départ d'une divHon pour le front oriental a été suspendu. Des unités très éprouvées ramenées de Russie et à peine débarquées du train, comme la Garde et le 10e corps, ont été jetées précipitamment dans la bataille, etc.
Il est vraiment difficile d'admettre que ces contre-ordres et ces mouvements aient été au préalable délibérés et conformes aux dispositions générales du comm ;ndement. Donc, s'il y a eu surprise, ainsi que nos ennemis s'efforcent de le faire croire, cette surprise con-iste uniquement dans le fait que les lignes allemandes n'ont pas opposé la résistance que le commandement attendait d'elles.
Cela ressort encore nettement du butin considérable fait tant en Champagne qu en Artois. Les chiffres p écédemment indiqués en prisonniers et en canons sont actuellement dépassés. Tous les jours, on découvre de nouveau matériel et des approvisionnements abandonnés. C'est ainsi que, notamment sur le terrain gagné par une seule armée, on a trouvé dans un dépôt trente tonnes de westphalite.
De l'imprimerie (printing section) de la première armée anglaise, ces extraits de carnets allemands pendant les combats de Loos et de Vimy :
26 septembre. — Impossible de décrire la réalité; personne n'y croirait. C'est l'absolu de l'horreur. Ma compagnie a perdu en quelques heures 35 hommes. Rien à manger et a boire dans la tranchée de première ligne d'où j'écris. Kn arrière de nous, le feu est encore plus violent. Si c'était la fin du monde, ce ne pourrait être pire. Les g os obus tombent comme des goutte» d'eau. (Le soldat a été tué.)
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27 septembre (d'un officier d'artillerie). — Rappelé hier de Douai où j'étais en permission Les routes encombrées d'une double ligne de convois, de voitures de poste, des fourgons de la trésorene, en direction de Dorignies. Terrible tableau de la retraite.... A mon arrivée à Vimy trouvé mes tranchées pleines de morts. Deux hommes, de Yersatz reserv, étaient devenus fous dans l'ouragan de feu.... Nous avons été cruellement affaiblis; nos pertes en officiers sont effroyables. C'est un miracle que notre 6e corps ait empêché nos lignes d'être percées. Il a fallu faire appel à toutes les réserves. Pour dissimuler notre faiblesse, on fait circuler continuellement des trains sur la ligne de Douai- Méricourt-Rouvroy ; cela fait croire à l'arrivée de renforts.
La coopération anglaise. — Les Anglais de leur côté prenaient une offensive énergique.
Londres, 25 septembre. — (Officie1.) A Grency et Vermelles, nous avons capturé des tranchées sur un front de cinq milles et pénétré dans les lignes ennemies, en quelques endroits, jusqu'à une distance de 4000 yards. Nous nous sommes emparés de la lisière ouest d'Hulluch, du village de Loos, des travaux miniers qui l'entourent et de la cote 70.
D'autres attaques, faites au nord du canal, ont attiré de fortes réserves ennemies vers ces points de la ligne, où un violent combat a été livré toute la journée avec des succès variables. A la tombée de la nuit, nos troupes au nord du canal occupaient leurs positions du matin.
Nous avons livré une autre attaque près d'Hooge, sur l'autre côté de la chaussée de Ménin. L'attaque au nord de la chaussée a réussi. Nous avons occupé la hauteur et la ferme de Bellewarde, mais celle-ci a été ensuite reprise par l'ennemi. L'attaque au sud de la chaussée nous a fait gagner 600 yards de tranchées ennemies et nous avons consolidé le terrain conquis.
Le butin signalé jusqu'à présent comprend 1 700 prisonniers, huit canons et plusieurs mitrailleuses.
Contrairement à l'assertion du communiqué allemand, nous n'avons livré, jeudi, aucune attaque au sud du canal de la Bassée.
Communiqué anglais du 26 :
Un violent combat a eu lieu aujourd'hui au nord de Loos et de ses environs nous tenons maintenant le terrain autour de la colline 70 que l'ennemi avait repris le 26 septembre.
Notre progression continue au sud de Loos, où nous avons pris un canon, ce qui porte le total actuellement à 21 pièces. Plusieurs autres canons ont été abandonnés par l'ennemi entre nos mains. Le nombre des prisonniers est supérieur à 3 ooo hommes ; nous avons capturé 40 mitrailleuses et en avons détruit beaucoup d'autres.
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Les lignes ennemies, dont nous nous sommes emparés étaient exceptionnellement fortes et consistaient en doubles lignes avancées, avec deux grandes redoutes nommées « Hohenzollern » et « Kaiser Wilhelm »; elles étaient formées d'un fiiet de tranchées et d'abris contre les bomhes, de plusieurs centaines de mètres de longueur. La seconde ligne passait à l'ouest de Loos.
Nous sommes actuellement engagés sur la troisième ligne ennemie.
Communiqué du 27 :
Une lutte sévère s'est livrée aujourd'hui sur le terrain gagné par nous hier, l'ennemi faisant des contre-attaques déterminées à l'est et au nord-est de Loos. Le résultat de cette lutte est que, excepté juste au nord de Loos, nous conservons tout le terrain conquis par nous hier, y compris Loos même tout entier.
Ce soir, nous avons repris les carrières au nord-ouest de Helluch, qui, hier, avaient été gagnées et perdues.
Communiqué du 28 :
Le 27 septembre, à 10 heures du soir, au nord-ouest de Hulluch, nous avons repoussé plusieurs contre-attaques et infligé à l'ennemi de lourdes pertes.
A Test de Loos, notre offensive progresse. Nos prises s'élèvent à 53 officiers, 2800 soldats, 18 canons et 32 mitrailleuses. L'ennemi a abandonné une quantité considérable de matériel qui n'a pas encore été classé.
RÉSUMÉ DÈS DEUX OFFENSIVES Du colonel Repington :
Parlant de la Champagne, les Allemands déclarent d'un ton plaintif que leurs positions ont été détruites par un bombardement qui s'est prolongé pendant soixante-dix heures et qu'en conséquence Vunique division qui les occupait — il n'y en a jamais qu'une dans ce cas-là — dut les évacuer et se replier sur la seconde ligne de défense. C'est évidemment ce qui s'est passé, mais, comme ils ont laissé entre les mains des Français un nombre de prisonniers qui dépasse les effectifs d'une division, il y a eu sans doute de leur part une méprise sur le chiffre des troupes engagées de leur côté.
Toutes ces positions qui sont tombées aux mains de nos alliés avaient été, pendant des mois, préparées pour la défensive avec tout l'art, tous les artifices dont sont capables les ingénieurs allemands. Nos ennemis déclaraient qu'elles constituaient une muraille
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d'acier. Elles offraient, en effet, le maximum de résistance qu'on
peut attendre de défenses de campagne semi-perm -nentes du type le plus moderne. Elles n'en sont pas moins tombées devant des attaques suffisamment préparées et disposant d'armes suffisantes.
Front italien.
Communiqué italien du ier septembre :
Dans tout le cours du mois, le général Cadorna résiste victorieusement à toutes les attaques prononcées avec énergie par l'armée autrichienne.
Sur Mer.
Le 6 septembre, le cargo-boat Bordeaux, de la Compagnie Générale Transatlantique, a été coulé à 12 milles de l'embouchure de la Gironde ; l'équipage a été sauvé par un bateau pilote, et ramené àRoyan. Un autre bateau de la même Compagnie, le Guatemala, a été coulé non loin de Belle-Isle, le 5. L'un et l'autre ont été détruits par la torpille d'un sousmarin, et les équipages ont été sauvés.
Le torpillage de /'Hesperian. — Quand YHesperian partit, il avait à bord un canon monté placé uniquement pour sa défense. La nuit tombait quand il fut torpillé, à 8 h. 3i. Aucun sous-marin n'avait été aperçu par quiconque avant que le navire ne fût frappé et aucune sorte d'avertissement ne fut donné. La puissance du choc fut si grande que le navire s'arrêta subitement, la machine cessant de fonctionner. Les navires de la marine royale portèrent promptement secours. Les passagers étaient restés deux ou trois heures dans les canots quand ils montèrent sur ces navires et furent convoyés à Queenstown. Ils ont exprimé leur complète satisfaction des soins reçus. Le capitaine de YHesperian, avec douze matelots, resta à bord après le torpillage, et YHesperian fut remorqué aussitôt que possible sur un parcours de trentehuit milles. Mais en raison d'une grosse houle et d'un vent violent, il fut impossible de continuer, car le navire commençait à couler.
La presse allemande au sujet du torpillage de /'Hesperian. — La Gazette de Francfort dénie que Y Hesperian ait été torpillé, parce que, dit-elle, la dernière déclaration du comte Bernstorff ne laisse aucun doute quant à l'attitude que l'Allemagne entend adopter dorénavant vis-à-vis des bâtiments transportant des passagers. Le journal ajoute :
FRONT OCCIDENTAL
Notons avec satisfaction que Paccident du bâtiment anglais ne causera pas de complications, puisqu'il n'y a aucune perte de vies à regretter. Si une question pouvait être posée, ce serait celle de savoir si l'accident n'a pas été causé par une mine, et jusqu'à preuve du contraire, nous affirmerons que l'Allemagne ne peut pas en être rendue responsable.
Les Dernières Nouvelles de Hambourg expriment leur joie sincère : « Le peuple allemand tout entier, partagera cette satisfaction. »
Le journal s'abstient de donner son opinion sur les raisons de la destruction du paquebot, mais il exprime ses regrets de la perte du sous-marin 27, lequel fut, dit-il, victime d'un « crime anglais ».
L'Angleterre se tait au sujet du sous-marin 27. Où est le 27 ? Il y a là un crime anglais, un crime de la flotte anglaise, maîtresse de la mer. Est-ce que le sous-marin 27 n'aurait pas été coulé par Y Arabie ?
Le démenti donné par la Gazette de Francfort est mis à néant par le télégramme suivant de Washington :
Une déclaration sous serment des officiers de YHesperian a été envoyée au département d'État. Les officiers déclarent que les fragments d'acier qui tombèrent sur le pont démontrent sans aucun doute que le vaisseau a été frappé par une torpille. Ils ont senti également une forte odeur d'explosif.
M. Lansing a eu, au sujet de YHesperian, un entretien avec M. Wilson.
Le blocus naval allemand. — M. Augagneur signale la faillite du blocus naval allemand en ce qui concerne nos navires de commerce. Une trentaine de navires perdus sur cinq mille. Les neutres ont souffert bien plus que nous.
Le Ministre conclut que l'escadre allemande est aussi annihilée que si elle avait été coulée : elle est impuissante et inutile. Et par conséquent, notre pays est payé au centuple des sacrifices matériels qu'il s'est imposés pour entretenir et augmenter, ces dernières années, la puissante marine qui lui donne sans combat la maîtrise de la mer.
Mesures contre les sous-marins allemands. — D'autre part, le Ministère de la Marine communique cette note :
L'opération des sous-marins allemands sur les côtes de l'Océan, au larue des embouchures de la Loire et de la Gironde, ne doit pas alarmer les populations maritimes.
TROIS MOIS DE GUERRE. — Ml. 5
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Le Ministère de la Marine a pris, depuis longtemps, les précautions nécessaires contre les agressions des sous-marins allemands; les unités navales existant déjà ont été et seraient encore renforcées s'il paraissait nécessaire. De même que dans la Manche où la défense a été si efficace, les pratiques allemandes contraires au droit des gens et aux principes les plus élémentaires de l'humanité, ne pourront aboutir qu'à des actes peu nombreux et isolés.
Marines marchandes. — L'inefficacité du blocus sousmarin sur lequel les Allemands fondaient tant d'espoir n'est jamais aussi évidente que lorsqu'on se rappelle la situation respective des flottes marchandes les plus importantes. Voici quel était en 1912 ou en içi3 leur effectif :
Années
Voiliers.
Vapeurs.
Totaux.
Nombre
Tonnage
en 1.000 t.
Nombre
Tonnage
en 1 .000 t.
Nombre
Tonnage
en 1.000 t.
Allemagne .
Angleterre .
États-Unis .
France. . .
On voit à quel point la supériorité de la flotte anglaise, tant au point de vue du nombre que du tonnage, est écrasante. Il est douteux que l'Allemagne réussisse à entamer un pareil bloc. Y arriverait-elle, elle serait obligée, pour atteindre ce résultat, de concentrer toutes ses forces et toutes ses ressources sur la préparation de la guerre sous-marine et dans de telles proportions que l'axe de sa défense militaire en serait déplacé et tout l'avenir de la guerre compromis.
Dans l'Air.
Au cours du mois de septembre, notre aérostation militaire a coopéré avec l'aviation navale britannique au bombardement des hangars d'aviation d'Ostende.
Un de nos dirigeables, la nuit du 6 au 7, a lancé des obus sur la voie ferrée autour de Péronne.
Une escadre de soixante-cinq avions a bombardé la gare de Vouziers, le terrain d'aviation près de la ville, et la gare de Challerange. Plus de trois cents obus ont été lancés sur les objectifs, qui ont été atteints. Un autre bombardement a
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coupé en deux un train en marche, près de la gare de Laon.
Nos escadrilles ont lancé un très grand nombre de projectiles sur les gares et voies ferrées en arrière du front ennemi, notamment sur la bifurcation de Guignicourt à Amifontaine.
Ce mois aérien a été, en outre, signalé par trois exploits de marque.
Le rr septembre, par mesure de représailles d'un bombardement de Lunéville, quarante de nos avions ont tiré le 6 septembre, sur la gare, les usines et les établissements militaires de Sarrebrùck; les aviateurs ont pu apprécier que les résultats produits étaient considérables.
Puis, en réponse au bombardement des villes ouvertes de Saint-Dié et de Gêrardmer par des avions allemands, une escadrille française a lancé des bombes sur la gare et les établissements militaires de Fribourg-en-Brisgau ; un foyer d'incendie a été constaté. Tous les appareils sont rentrés indemnes.
Enfin, en représailles des bombardements dirigés par les Allemands sur les villes ouvertes et les populations civiles de France et d'Angleterre, un groupe d'avions est allé bombarder Stuttgart, capitale du Wurtemberg; une trentaine d'obus ont été lancés sur le palais royal et sur la gare.
Nos avions, canonnés en différents points de leur long parcours, sont rentrés indemnes à leur port d'attache.
Ce raid a causé en Allemagne une impression de stupeur. Il apparut comme un défi de plus de « l'insolente nation ». Il paraît établi que le palais du roi et la gare, deux monuments assez voisins l'un de l'autre, ont été sérieusement endommagés.
Parmi les grands raids accomplis par les escadrilles françaises, le bombardement de Stuttgart est le neuvième. Les autres furent :
12 février, côte belge 34 avions.
16 février, côte belge 48 —
3 juin, quartier général du Kronprinz ... 29 —
i5 juin, Carlsruhe 23 —
9 août, Sarrebrùck 36 —
25 août, Forêt d'Houthulst 60 —
26 août, Dillingen 62 — -
6 septembre, Sarrebrùck 40 —
Communication officielle en réponse à un communiqué Wolfî où il est dit, qu'en septembre, les Allemands ont perdu seulement 7 aérostats contre les Français 22 :
FAITS DE GUERRE
i° Ce dernier chiffre est exagéré de plus d'un tiers;
2° Dans ce mois, nous avons vu plus de 7 avions allemands tomber dans leurs lignes ou dans les nôtres visiblement atteints très gravement ;
3° Une comparaison de pertes n'est intéressante que si on tient compte du travail accompli, des résultats obtenus. Nos escadres sont toujours en mouvement, celles des Allemands observent de la discrétion en mainte occasion, obéissant à des injonctions analogues à celle-ci (Quartier général du 8e Corps de réserve, n° 19635, 28 août.) :
« Ces aéroplanes de bataille ne doivent prendre leur vol que « pour combattre ceux qui ont traversé les lignes françaises. Ils « ne doivent traverser les lignes françaises sous aucun prétexte ».
Cet ordre tend peut-être à montrer : i° que dans le passé les aéroplanes allemands ont subi des pertes substantielles ; 20 que le haut commandement ne se soucie pas de les exposer à des pertes encore plus importantes. Mais il est difficile d'y voir que la maîtrise de l'air appartient aux Allemands.
Notre aviation maritime. — Le Ministre de la Marine communique la note suivante :
Depuis l'ouverture des hostilités, l'aviation maritime française n'a cessé de progresser et continue à se développer de jour en jour. Elle opère non seulement en France, mais encore en Égypte, où elle participe à la défense du canal de Suez ; sur les côtes de Syrie, où elle prête un concours efficace aux opérations du blocus, et enfin dans l'Adriatique, où elle prend part aux actions qui se développent dans le golfe de Trieste.
Dans le nord de la France, nos escadrilles de la marine surveillent le littoral et la haute mer, leur objectif étant surtout la recherche et la destruction des sous-marins ennemis, le bombardement de leurs bases de ravitaillement (Bruges, Zeebrugge, Ostende), et la chasse des Zeppelins allemands. A l'occasion, elles se joignent aux escadrilles de la guerre pour des opérations terrestres.
La semaine dernière, en dépit de violentes canonnades, et malgré les fusées éclairantes, nos marins aviateurs ont lancé de nuit plus de trois cents obus de 90 sur les installations des bases navales allemandes de la côte belge et ont en outre pris part au bombardement de la forêt d'Houthulst exécuté le 25 août par une escadre de soixante avions. Tous sont revenus indemnes, bien que plusieurs appareils aient reçu de nombreux éclats.
En Égypte, en Syrie, à Venise, nos hydravions montrent également la plus grande activité. Ces jours derniers, ils ont donné la chasse à plusieurs hydravions autrichiens et es ont contraints à prendre la fuite. Un de ces derniers a été poursuivi jusqu'à Pola par un hydravion français.
FRONT OCCIDENTAL
M. Besnard, sous-secrétaire d'Etat à l'aviation, termine ainsi un exposé de ses vues :
Les besoins militaires sont sans cesse croissants. Ils exigent des appareils puissants qui, chaque jour, doivent augmenter en vitesse et en ;rayon d'action.
Vitesse et rayon d'action sont les deux pierres de touche de l'aviation militaire. Qu'a-t-on fait pour les augmenter? On a renouvelé l'avion, abandonnant le monoplan pour le biplan, utilisant mieux les surfaces portantes, courbant les ailes. On a augmenté la puissance des moteurs. Là, l'essor a été prodigieux, grâce à notre industrie nationale.
Ce résultat est d'autant plus important, que, si la formule de l'avion en temps de paix était « une cellule sur laquelle on a mis un moteur », elle est devenue, en temps de guerre, « un moteur auquel on a adapté une cellule.
Grâce à ce double facteur : augmentation de la puissance et meilleure utilisation de l'avion, nous avons pu réaliser un double progrès : augmenter le rayon d'action et la vitesse de nos appareils.
Communiqué anglais :
Depuis le 9 septembre, nos canons ont abattu deux aéroplanes, qui sont tombés dans les lignes allemandes; un autre a été descendu dans nos lignes par un de nos aviateurs.
21 combats aériens ont été livrés au cours de la semaine écoulée. Dans onze cas, l'aéroplane a été descendu.
Le 10 septembre, notre artillerie a détruit deux ballons d'observation à l'est d'Ypres.
Communiqué anglais du 9 septembre :
Trois Zeppelins ont visité les départements de l'Est laissant tomber des bombes dans la soirée du 7. Ils ont été attaqués par nos batteries antiaériennes; nos avions se sont élevés, mais il leur a été impossible de distinguer les dirigeables. Quinze maisons ont été démolies; un grand nombre de portes et de fenêtres ont été brisées ; plusieurs incendies ont éclaté, mais ils ont été vite éteints. Il n'y a pas eu d'autres dégâts matériels sérieux. Deux hommes, trois femmes et cinq enfants ont été tués; treize hommes, seize femmes et quatorze enfants ont été blessés; trois autres personnes manquent. Les victimes appartenaient toutes à la population civile, à l'exception d'un soldat qui a été grièvement blessé.
Comment j'ai bombardé Londres. — La censure anglaise a autorisé la publication du récit suivant sous réserve que certaines allégations sont inexactes, et notamment qu'un canon spécial contre aéronefs ait été placé à l'abri de l'église
FAITS DE GUERRE
Saint-Paul. C'est une invention des Allemands, sans doute comme excuse de ce qu'ils tentaient de faire. Le commandant Mauthy a été interviewé par Karl von Wiegand, le correspondant du New- York World :
C'était une nuit froide, claire et étoilée. Il n'y avait pas de lune. Dans le lointain nous pouvions apercevoir la Tamise qui pointe en avant jusqu'à Londres. C'est le guide infaillible et la route sûre jusqu'à la grande ville.
C'est sur les points sombres que je me dirigeai parce qu'ils marquaient la Cité. Londres vu la nuit d'une grande hauteur est un tableau féerique. Nous étions trop élevés pour apercevoir des gens dans les rues. Il n'y avait aucun signe d'existence, excepté dans le lointain les lumières mobiles des trains probablement. Tout paraissait tranquille et calme.
En un clin d'œil tout cela change. Une étroite bande de lumière jaillit soudain et commence à fouiller lé ciel. Une seconde, une troisième, une quatrième, une cinquième apparaissent bientôt s'entre-croisant comme des rubans lumineux. Aperçue du haut d'un zeppelin, il semble que la Cité s'étant soudain éveillée lève ses bras au ciel et lance des tentacules contre le danger qui la menace. Mais notre impression est que c'est mieux que des tentacules et qu'elles cherchent à nous attirer vers la destruction, Londres exerce une bonne surveillance du ciel.
Nos hélices révélaient bientôt notre présence et d'abord un, puis un autre de ces rubans nous repère. Maintenant du dessous vient le son menaçant qui surpasse le bruit des moteurs et des hélices. Il y a de petits éclairs rouges et de courts éclats de flammes qui jaillissent près du sol noir.
Du Nord au Sud, à droite et à gauche ils apparaissent et, à la suite des éclairs, on entend le grondement des canons. C'est beau et impressionnant, mais nous n'avons pas le temps; nos yeux et notre esprit doivent être concentrés sur notre travail, car à tout moment nous pouvons être précipités en dessous comme une masse informe de débris et de corps humains écrasés jusqu'à être méconnaissables.
Je repérai Saint-Paul et de ce point me dirigeai vers la Banque. Il y avait là un puissant projecteur dans le voisinage de Saint- Paul. Bien qu'on tirât sur nous de tous côtés, nous n'avions pas encore lancé une bombe. Au-dessus de la Banque je criai, par le mégaphone, à mon lieutenant : « Tirez lentement. »
Maintenant se confondaient, avec le bruit sourd et les flammes rapides des canons qui se trouvaient au-dessous, les explosions et les jets de flammes causés par nos bombes. J'observai bientôt des flammes qui jaillissaient de plusieurs endroits. Au-dessus d'Holborn Viaduc et dans le voisinage de la gare d'Holborn nous lançâmes plusieurs bombes.
De la Banque jusqu'à la Tour il n'y a qu'une faible distance.
FRONT OCCIDENTAL
J'essayai d'atteindre le pont de la Tour (Tower Bridge) et je crois que j'y réussis, mais je ne puis déterminer l'étendue du dommage. Les flammes qui sortaient de la Tour montraient que des canons étaient placés là, ce que j'avais déjà remarqué durant une précédente attaque ; ils nous bombardaient terriblement.
Sitôt arrivé à la station de Liverpool Street, je commandai téléphoniquement : « Feu en rafale ! » et les obus se mirent à pleuvoir, Les explosions se succédèrent. Je pouvais me rendre compte assez aisément de leur effet destructeur, que me confirmèrent ensuite les rapports.
Des incendies éclatèrent près de nous. Toutes mes bombes avaient été lancées, je dus revenir, avec la satisfaction d'avoir exécuté mes ordres. Bien que très nourri, le tir de l'ennemi ne m'avait pas atteint. Je me penchai plusieurs fois hors de mon zeppelin, et j'inspectai du regard les flancs de son énorme masse: aucune déchirure ne rayait sa grise enveloppe.
Ce fut en somme le plus heureux et le plus efficace de mes raids au-dessus de Londres et des environs. Les dégâts avaient été sérieux, et les points visés atteints comme il fallait. Nous prîmes de la hauteur jusqu'à ce que nous eussions trouvé un vent favorable, et notre retour s'effectua rapidement.
Octobre 1915.
Ordre du jour du généralissime :
Grand quartier général.
3 octobre 1915
Le commandant en chef adresse aux troupes sous ses ordres l'expression de sa satisfaction profonde pour les résultats obtenus jusqu'à ce jour dans les attaques.
Vingt-cinq mille prisonniers, 35o officiers, i5o canons, un matériel qu'on n'a pu encore dénombrer, sont les trophées d'une victoire dont le retentissement en Europe a donné la mesure.
Aucun des sacrifices consentis n'a été vain. Tous ont su concourir à la tâche commune. Le présent nous est un sûr garant de l'avenir.
Le commandant en chef est fier de commander aux troupes les plus belles que la France ait jamais connues. J. Joffre.
Flandre et Artois.
Le 5, si l'ennemi a pu reprendre pied au carrefour des
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Cinq-Chemins (bois de Givenchy), il a été repoussé partout ailleurs malgré ses contre-attaques répétées.
Le 7, l'ennemi a violemment bombardé, au cours de la nuit, tout notre front au nord de la Scarpe. Il a tenté quatre contre-attaques successives contre les positions récemment conquises par nous dans les bois à Test du chemin de Souciiez à Angres. Il a été complètement repoussé.
Le 8, violentes attaques ennemies contre Loos. Les Allemands sont repoussés avec de lourdes pertes. L'assaut a été donné par trois vagues successives très denses, suivies d'éléments en colonnes : le tout a été fauché par les feux combinés de notre infanterie, de nos mitrailleuses et de notre artillerie. Quelques éléments seulement ont pu prendre pied dans une tranchée récemment conquise, entre Loos et la route de Béthune. D'autres attaques locales, mais également violentes et répétées, contre nos positions, au sud-est de Neuville-Saint-Vaast ont été complètement refoulées.
Tous nos progrès de ces derniers jours ont été maintenus.
L'état-major allemand reconnaît qu'au nord-ouest de Souciiez et à l'est de Neuville, les Français ont pénétré à deux endroits dans les lignes allemandes.
Du major Moraht, dans le Berliner Tageblatt :
La deuxième offensive française, qui a commencé le 6 octobre, n'est pas encore terminée. Les correspondants de guerre allemands écrivent que l'énergie française pendant cette deuxième offensive paraissait un peu abattue; cependant, il est encore trop tôt pour parler de fatigue stratégique française; nous devons nous dire que l'envoi de nouvelles troupes fraîches prend du temps et que, d'autre part, celles qui, depuis des semaines, sont sur le front, doivent naturellement ressentir la lassitude physique qui est due aux terribles luttes de ces derniers temps.
Plus loin :
Nous devons à la vérité de reconnaître que les Français conservent toujours encore quelques points de nos première et deuxième ilgnes.
Au cours du mois, dans les autres parties du secteur, bombardements de tranchées et de cantonnements entre l'Aire et l'Oise. Canonnade intense et réciproque au sud de la Seine et sur le front de l'Aisne. L'ennemi ayant encore lancé sur Soissons un certain nombre d'obus, nous avons
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effectué un tir de répression efficace sur ses tranchées et ses batteries.
De la mer du Nord à Reims.
Du 1er au 10 Octobre. — Communiqué belge du rr octobre:
Nuit calme. Ce matin, l'ennemi a fait une démonstration devant Dixmude, caractérisée par un bombardement et un jet de bombes très violent. Une partie de nos tranchées devant Dixmude a reçu plus de quatre cents bombes. L'ennemi parvenu à prendre pied dans un élément de sape en a été chassé aussitôt après.
Nous avons contrebattu énergiquement les batteries allemandes et exécuté des tirs de représailles nourris et efficaces.
Rapport du maréchal French, le 7 octobre :
Depuis mon communiqué du 4 octobre, l'ennemi a constamment bombardé nos nouvelles tranchées au sud du canal de la Bassée et a fait de nombreuses attaques à l'aide de bombes contre la partie sud de la redoute Hohenzollern, qui est encore en notre possession. Toutes ces attaques ont été repoussées.
Malgré le feu de l'artillerie ennemie, nous avons avancé progressivement nos tranchées au nord-est de Loos, entre la colline 70 et Hulluch, et nous avons gagné du terrain sur une profondeur variant entre 5oo et 1 000 yards.
Hier après-midi, l'ennemi a bombardé toute la région récemment conquise par nous. Ce bombardement a été suivi d'une attaque en vagues successives d'infanterie sur tout le front, du sud de Loos à la redoute Hohenzollern.
Cette attaque a été repoussée partout avec de grandes pertes pour l'ennemi.
Le 8, les Allemands exécutent, avec des forces importantes une attaque sur le front anglais au canal de la Bassée.
L'effort principal, communique le maréchal French, a été dirigé contre les carrières de craie au nord de la cote 70 et contre les tranchées entre Hulluch et la redoute « Hohenzollern ».
Pour l'attaque des carrières de craie, l'infanterie ennemie s'est rassemblée derrière des boqueteaux situés entre 3oo et 400 mètres de nos tranchées. Quand elle a débouché, elle a été fauchée par les feux de la mousqueterie, des mitrailleuses et de l'artillerie et pas un homme n'a pu s'approcher à moins de quarante mètres de nos lignes.
Plus au nord, entre Hulluch et les Carrières, l'attaque a été arrêtée dans des conditions analogues avec de lourdes pertes
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pour l'ennemi, et là nos troupes profitant du désarroi de l'adversaire, se sont emparées d'une tranchée allemande à l'ouest de la cité Saint-Elie.
En un seul point, dans la partie sud de la redoute « Hohenzollern » que nous tenons encore, l'ennemi a pu prendre pied dans une de nos tranchées, mais nos grenadiers l'ont chassé aussitôt.
En aucun point du front il n'a été nécessaire de faire appel aux réserves.
Il est certain que nous avons infligé à l'ennemi un gros échec. Nos pertes sont encore plus faibles que nous ne pensions.
Le récit fait dans le communiqué allemand du 9 au sujet d'une prétendue attaque de forces anglaises au nord-est de Vermelles qui aurait échoué avec de grosses pertes, est complètement faux.
Du 1 1 au ^e nouveaux renseignements confirment que 20 Octobre *es v^°^entes contre-attaques lancées par les Allemands au cours des derniers jours, contre les fronts anglais et français devant Loos et au nord n'ont abouti qu'à un grave et coûteux échec. L'assaut principal a été donné par un effectif de trois à quatre divisions, qui ont été complètement repoussées et dispersées. Le nombre des morts laissés par l'ennemi sur le terrain devant les lignes alliées est évalué à un total de sept à huit mille hommes.
Le 19, nous avons très sensiblement progressé dans le bois, à l'ouest du chemin de Souchez à Angres dans la vallée de Souchez et à l'est du fortin du bois de Givenchy.
Le 12, l'ennemi a très violemment bombardé, au cours de l'après-midi, les tranchées que nous lui avions enlevées la veille par notre action au nord-est de Souchez. Le nombre des prisonniers que nous avons faits au cours de cette action est exactement de 164, dont trois officiers. Les Allemands ont subi des pertes élevées.
L'ennemi ayant encore lancé sur Soissons un certain nombre d'obus, nous avons effectué un tir de répression efficace sur ses tranchées et ses batteries.
Le i3, l'ennemi a renouvelé avec des forces importantes, ses attaques au nord-est de Souchez, contre le bois dit « bois en Hache », à l'est du chemin de Souchez à Angres, contre nos positions, aux abords des Cinq-Chemins, sur la crête de Vimy, contre le fortin précédemment conquis par nous dans le bois de Givenchy et quelques tranchées avoisinantes. Malgré l'extrême violence du bombardement qui a précédé ces attaques, malgré l'acharnement des assauts renouvelés,
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l'ennemi n'a pu pénétrer que dans quelques éléments de tranchées du bois de Givenchy, complètement bouleversés par les obus de gros calibre. Partout ailleurs, nous avons conservé toutes nos positions et repoussé l'assaut des Allemands, qui ont subi des pertes très élevées.
Le 14, en Artois, les combats d'artillerie se sont poursuivis de part et d'autre, au cours de la nuit, particulièrement violents au nord-ouest de la cote 140, entre Souchez et Givenchy.
Le i5, en Artois, violent bombardement réciproque au cours de la nuit devant Loos, au nord-est de Souchez. On signale aussi des combats à la grenade dans les tranchées, au sud du Bois en Hache.
Au sud-ouest de Saint-Elie, nous nous sommes emparés d'une tranchée allemande que nous avons occupée, derrière la route de Vermelles à Hulluch, ainsi que sur le rebord sudouest des carrières.
Nous nous sommes également emparés d'une tranchée à la cote nord-ouest, ainsi que de la tranchée principale de la redoute Hohenzollern,mais les Allemands occupent toujours les deux tranchées de communication qui relient la redoute aux carrières.
Le 17, au cours de la nuit, les Allemands ont prononcé trois sérieuses attaques à la grenade dans le bois en Hache, au nord-ouest de Souchez. Notre infanterie, solidement installée sur les positions récemment conquises a, chaque fois, complètement repoussé les assaillants avec l'appui de nos batteries.
Les combats de tranchée à tranchée, accompagnés de canonnade de part et d'autre, ont continué au sud de la Somme, dans la région de Lihons et du Quesnoy-en-Santerre.
Communiqué anglais du i5 :
La seule modification signalée dans la situation au sud du canal de la Bassée est une nouvelle amélioration de notre position de la redoute Hohenzollern. Nous tenons tout le terrain conquis le i3 octobre.
Communiqué du 20 :
L'attaque des Allemands, hier après-midi, a porté contre notre front entre les Carrières et Hulluch.
Après un violent bombardement de nos tranchées, l'infanterie
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ennemie a tenté d'attaquer en traversant un terrain découvert, mais elle a été entièrement arrêtée par le feu combiné de nos fusils, de nos mitrailleuses et de nos canons.
Un certain nombre d'attaques à l'aide de bombes dans le voisinage de la redoute Hohenzollern et de la fosse n° 8 ont suivi cet engagement et ont été également repoussées.
Les pertes allemandes ont été très importantes.
Communiqué belge du i5 :
Artillerie ennemie très active sur tout le front. Bombardement de Furnes, Pervyse, Rousdamme, Caeskerke, Roninghe, Noordschoote et Cost-Vieteren.
Nos batteries ont exécuté des tirs de représailles sur les cantonnements de Leke, Saint-Pierre-Cappelle et Bultchoek. Elles ont dispersé des groupes de fantassins ennemis sur divers points du front.
Une petite attaque d'infanterie a été facilement repoussée par le feu.
Du 21 au 30 Octobre. — Communiqué belge du 3o :
Calme pendant la nuit du 29 au 3o. L'artillerie ennemie a déployé aujourd'hui une assez grande activité. Bombardement de nos postes avancés de Ramscappelle, de la région de Pervyse, Roode-Poort, Oudecappelle, Roninghe et Noordschoote.
De Reims à Nancy.
En Champagne.
Le rr, en Champagne, nous avons pris pied, 10 Octobre en P^us^eurs points, dans *es tranchées de la seconde position de défense des Allemands à l'ouest de la butte de Tahure et à l'ouest de la ferme de Navarin. En ce dernier point, certains éléments de nos troupes ont franchi la ligne allemande et se sont résolument portés au delà, mais leur progression n'a pu être maintenue en raison de barrages d'artillerie et de feux de flanquement très violents. Nos hommes tiennent fermement les points conquis de la seconde ligne ennemie.
Au sud de Ripont, nous avons élargi et complété la conquête de la première position allemande en enlevant une fraction de l'important organe de soutien dit « l'ouvrage de la défaite ».
Le même jour, nous nous emparons de plusieurs tranchées
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au nord de Mesnil et nous les maintenons en dépit d'une contre-attaque le lendemain.
Le 7, les Allemands ont prononcé en fin de journée des retours offensifs opiniâtres, par lignes successives, contre les positions qu'ils venaient de perdre au nord de Tahure. Ils ont partout échoué, subissant de très lourdes pertes.
La journée du 7 octobre.
Un assaut rapidement mené par nos troupes après une solide préparation d'artillerie, une violente réaction de l'ennemi, heureusement et promptement enrayée, telles ont été, sur le front de Champagne, les caractéristiques de la journée du 7 octobre.
Nous nous trouvions en présence d'une deuxième position allemande à peu près intacte, nous étions accrochés au terrain dans des conditions difficiles. L'adversaire tenait en face de nous et sur notre flanc des hauteurs qui bastionnaient puissamment sa ligne. Nos troupes étaient obligées de se maintenir sur des pentes dénudées, dans des tranchées de fortune, sous les feux de flanquement de points d'appui solidement organisés.
Les attaques du 7 octobre nous ont permis de modifier heureusement cette situation en poussant notre ligne en divers points sur les hauteurs et en retirant ainsi à l'adversaire, l'avantage d'une situation partout dominante.
L'assaut ne pouvait, comme celui du 25 septembre, s'étendre à tout le front. Nous n'avions pas les moyens de masser de grosses réserves en des places d'armes abritées. Nous n'avions plus la disposition de nombreux boyaux pour les ravitaillements et les évacuations. Notre artillerie ne travaillait plus sur un terrain qu'une étude de plusieurs mois avait pu lui permettre de repérer avec une minutieuse précision.
En dépit de toutes ces difficultés, les attaques ont été brillamment exécutées et, malgré une brutale contre-offensive allemande, le bénéfice de ce nouvel effort a pu être conservé, notamment autour de la ferme de Navarin et autour de Tahure.
Des deux côtés de la route nationale de Souain à Somme-Py, au nord de la ferme Navarin, les tranchées allemandes s'étendaient perpendiculairement à la route, tranchées des Vandales à l'Ouest, tranchées de la Kultur à l'Est, coupant dans leur largeur des boqueteaux de pins.
Quand, au matin du 7 octobre, nos soldats, troupes d'Afrique d'une part, troupes de l'Est de l'autre, s'élancèrent sur ces tranchées, elles purent y constater l'efficacité du bombardement exécuté le 6 et pendant la nuit du 6 au 7. Les bataillons allemands qui les occupaient et qui appartiennent à des troupes du 10e corps, retour de Russie, avaient durement souffert du feu de notre artillerie. Les blessés n'avaient pu être évacués en raison de nos tirs de barrage dans la vallée de la Py, et ces troupes jetées brusque-
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ment dans une position inconnue, coupées de l'arrière, soumises à la violence, nouvelle pour elles, de nos rafales d'obus, n'opposèrent pas à la vague d'assaut une longue résistance. Ce qui restait du régiment, 482 hommes et 10 officiers, se rendirent. Ils avaient dès la veille achevé leurs vivres de réserve. Depuis quatre jours, ils n'avaient rien eu à boire.
Les Marocains poussèrent aussitôt de l'avant et surprirent dans un camp des troupes dont le colonel fut tué.
Mais bientôt ils se trouvèrent en butte au feu de mitrailleuses dissimulées dans les bois. Une contre-attaque allemande déboucha. Les Marocains ramenèrent quelques prisonniers et s'organisèrent dans la tranchée des Vandales.
La prise de la butte de Tahure fut une opération menée avec la même méthode et le même succès ; forte préparation d'artillerie, assauts bravement et rapidement donnés par une division de Picardie.
Avant l'attaque, nous étions sur les pentes de la Butte. Un régiment normand, dès le 28 septembre, était venu y creuser des tranchées sous le feu de l'ennemi. Son colonel, l'un des deux chefs de bataillon et le porte-drapeau étaient tombés, frappés par le même obus. Le drapeau, brisé, gisait à terre. Le chef de bataillon survivant prenait le commandement, entraînant le régiment en avant; le drapeau fut relevé et les Normands organisèrent devant la ligne allemande une tranchée qui fut pour l'assaut notre parallèle de départ.
Au sud de Tahure, le succès ne fut pas moins prompt. L'objectif de notre attaque dans cette région était le bois de la Brosse-à- Dents. La tranchée que les Allemands avaient organisée à contrepente dans ce bois était orientée face au Sud, comme toutes les défenses de cette région. Les Allemands y avaient fait preuve d'une remarquable activité, car depuis la première ligne jusqu'à Tahure, on ne compte pas moins de sept tranchées s'échelonnant sur une profondeur de 3 kilomètres.
Toute cette organisation défensive s'est trouvée compromise par notre avance sur son flanc ouest, jusqu'à la butte de Tahure. Nos canons ont fauché les arbres de la Brosse-à-Dents et quand, le 7 octobre, à l'aube, Bretons et Vendéens sautèrent dans les lignes allemandes, ils y virent les longs sillons tracés par nos 75. Les tranchées étaient jonchées de cadavres. Là aussi, on fit des prisonniers affamés et assoiffés.
Tahure est dans une cuvette étroitement resserrée entre la Butte et la crête que borde le bois de la Brosse-à-Dents. La prise de ces deux hauteurs rendait la situation des Allemands dans le village précaire. Ils n'y firent pas longue résistance, nos troupes le traversèrent rapidement et se portèrent aussitôt à 5oo mètres environ à l'est des lisières. Les caves étaient organisées en abris de bombardement, mais on n'y trouva pas grand monde. L'un des prisonniers avoua que la violence du feu français avait pro-
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voqué une panique et qu'une partie des défenseurs du village l'avait déserté.
Les Allemands firent un gros effort pour reprendre le village et la Butte. Vers 17 heures, ils déclenchèrent un tir d'artillerie lourde d'une extrême violence; pendant une vingtaine de minutes, ils exécutèrent un « trommel-feuer » (feu en roulement de tambour ininterrompu) de 210 et i5o, avec gaz suffocants. Tout disparut dans un nuage panaché de noir et de blanc.
Cette dépense de munitions fut vaine ; nos troupiers ne cédèrent rien de leur gain et la journée du 7 octobre se termina pour l'ennemi par un nouvel et coûteux échec.
Le 8, nouveaux progrès au sud-est de Tahure. Nous prenons pied dans l'ouvrage dit du Trapèze, enlevons plusieurs tranchées et deux fortins compris dans le saillant conservé par l'ennemi en avant de sa seconde ligne de résistance.
Les Allemands ont prononcé, au cours de la journée du 8, deux contre-attaques contre nos positions à l'ouest de la ferme Navarin. Elles ont été toutes deux repoussées. L'ennemi a subi des pertes sérieuses.
Le correspondant de guerre du Berliner Tageblatt, sur le front de Champagne, donne, à la date du 10, ces détails sur la récente offensive française du côté de Tahure :
La bataille de Champagne se déroule sans interruption, avec une extraordinaire intensité. Hier soir, le feu de notre artillerie lourde s'est développé en véritables salves d'explosions. Le 6 et le 7, une nouvelle série d'assauts français se déclenchèrent. Ils avaient commencé par un véritable feu d'enfer, qui a dépassé en violence tout ce qu'il est possible d'imaginer. On compte que depuis le 20 septembre, les Français ont lancé plusieurs millions de grenades. Le village de Tahure, sur la route de Souain à Ripont, que les Français ont pris, était exposé à un véritable volcan de feu. Les pertes sont extrêmement importantes.
Du 1 1 au ^e K^ nous avons ^ nouveaux progrès 20 Octobre au norcl'est ^e Tanure et enlevé, par une vigoureuse attaque, la totalité d'un ouvrage allemand au sud-est du village, sur le flanc du ravin de la Goutte.
A la faveur du bombardement, à l'est d'Auberive, l'ennemi a pu reprendre pied sur un point de ses anciennes tranchées, formant saillant devant l'extrême aile gauche des positions enlevées par nos récentes attaques.
Le 17, à l'est de Reims, l'ennemi a tenté, dans la matinée, sur un front de dix kilomètres, entre la Pompelle et Prosnes,
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une attaque avec des effectifs importants, qui n'a abouti qu'à un échec complet. Cette attaque avait été minutieusement préparée par un bombardement d'artillerie prolongé, avec emploi d'obus suffocants et de nappes de gaz chlorés. L'infanterie ennemie parvint tout d'abord à pénétrer dans quelques éléments de notre tranchée de première ligne, mais des contre-attaques immédiates l'en chassèrent aussitôt presque complètement.
Dans l'après-midi, une contre-offensive énergique a expulsé les dernières troupes ennemies qui ont été ainsi entièrement rejetées dans leurs tranchées de départ. L'infanterie allemande a éprouvé, au cours de cette tentative infructueuse, des pertes importantes.
Du 21 au ^e ^e f°rtes reconnaissances ennemies, 31 Octobre aPPuY^es Par des ^rs d'obus lacrymogènes et suffocants, ont essayé d'aborder nos positions vers la butte de Tahure. Nous les avons partout refoulées et à peu près détruites par nos feux d'infanterie et nos mitrailleuses.
Le 24, en Champagne, nos troupes ont remporté un important succès. L'ennemi conservait, en avant de sa deuxième position, un saillant très fortement organisé qui avait résisté à nos précédentes attaques. Ce saillant comportait dans sa partie sud-ouest, sur les pentes nord de la cote 196, à deux kilomètres au nord de Mesnil-les-Hurlus, un très important ouvrage appelé « la Courtine », que nous venons d'enlever de haute lutte. Cet ouvrage comprenait, sur une étendue d'environ douze cents mètres et une profondeur moyenne de deux cent cinquante mètres, trois ou quatre lignes de tranchées réunies par des tunnels souterrains et par des boyaux organisés défensivement. Malgré la valeur du système fortifié et l'acharnement montré par les défenseurs, nos troupes ont réussi, après une vigoureuse préparation par l'artillerie et à la suite de violents combats, à l'occuper entièrement en fin de journée.
L'ennemi, dont les pertes sont sérieuses, a laissé entre nos mains 200 prisonniers appartenant à trois régiments différents.
Le 25, l'ennemi a très violemment contre-attaqué sur tout le front de l'ouvrage de la Courtine. Nous sommes restés en possession des positions conquises à l'est et à l'ouest, les Allemands n'ayant réussi qu'à réoccuper au centre quelques portions de tranchées.
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La prise de la Courtine.
Sur le front de Champagne, dans ce saillant au nord du Mesnil où les Allemands avaient réussi, au milieu de leur défaite générale du 25 septembre, à maintenir leur première ligne, les Français ont enlevé, le 24 octobre, l'angle sud-ouest du saillant, nommé l'ouvrage de la Courtine.
Pour comprendre ce fait, il faut se reporter aux événements qui se sont passés il y a un mois. Des Français avaient pénétré du Sud au Nord par la trouée qui s'étend à l'ouest de Tahure. Les Allemands établis au sud de ce village et débordés sur leur flanc droit avaient dû organiser ce flanc en crochet défensif, pour empêcher les Français d'y pénétrer. On sait qu'une disposition particulière de leurs ouvrages leur permet d'exécuter rapidement ce changement de front. Ils ont l'habitude, en effet, de garnir de fils de fer toute la longueur de leurs boyaux de communications; à l'abri de ces défenses accessoires, ils peuvent rapidement les garnir de feux et changer ces voies d'accès en tranchées de front. C'est ce qu'ils ont fait. Ils ont constitué une défense latérale, face à l'Ouest, en s'appuyant au Nord sur la Brosse-à-Dents, au Sud sur le Trapèze.
Les Français, qui attaquaient au Nord, ont donc dû faire un à droite et commencer une nouvelle série d'attaques face à l'Est. Ce sont ces attaques qui ont formé la bataille du 6 octobre. Les deux points d'appui allemands, le Trapèze au Sud, la Brosse-à-Dents au Nord, ont été enlevés ; plus au Nord, la butte et le village de Tahure ont été pris. Toute la ligne allemande a dû se replier vers l'Est, rétrécissant d'un kilomètre environ la largeur du saillant. Il est venu désormais border à l'Ouest le ravin de la Goutte, tandis qu'à l'Est il s'arrêtait à ce qu'on appelle la tranchée Wagner. Entre ces points extrêmes, il n'avait plus en moyenne que deux kilomètres de largeur.
Le 11 octobre, ce reste du saillant était lui-même entamé à l'angle sud-ouest, où nous entrions dans l'ouvrage de la Courtine. On attaque toujours un polygone fortifié par un de ses angles saillants, où il ne peut pas croiser de feux. Le 24, enfin, la totalité de l'ouvrage a été pris de haute lutte. Il avait une longueur de douze cents mètres et ses trois ou quatre lignes de tranchées, distantes de soixante à quatre-vingts mètres, étaient reliées par des tunnels dans la craie.
Il reste au nord de la Courtine des ouvrages défensifs, qui sont, du Sud au Nord, le Poignard, la Galoche, le Trident; mais ils sont sous le feu des Français dont les batteries forment autour d'eux, du Nord par Tahure, de l'Ouest par le ravin de la Goutte, du Sud par la Courtine, de l'Est par la tranchée Wagner et Maisons-de-Champagne, plus des trois quarts d'une circonférence.
Colonel X. {Journal).
THOII MOIS DE SUKRRB. — III
Le 3o, en Champagne, les Allemands, après une nouvelle préparation d'artillerie avec emploi intensif d'obus suffocants de gros calibres, ont renouvelé leurs attaques dans la région au nord du Mesnil; ils ont tenté, au cours de la journée, quatre assauts successifs : un à 6 heures, sur l'extrémité est de la Courtine; le second, à midi, contre Tahure; le troisième, à 14 heures, au sud du village, et le quatrième contre les crêtes nord-est. Partout, nos barrages d'artillerie et nos feux d'infanterie les ont arrêtés et obligés à refluer en désordre vers leurs tranchées de départ. Leurs pertes ont été encore très importantes. Trois cent cinquante-six prisonniers valides, dont trois officiers, sont restés entre nos mains.
Le 3 1, le bombardement ennemi en Champagne s'est développé avec la plus grande violence sur un front d'environ huit kilomètres, jalonné par l'arbre de la cote 195, la butte de Tahure, le village et les tranchées au sud jusques et y compris l'ouvrage de la Courtine. Cette préparation a été suivie sur tout le rnêm^ front d'une attaque à fond menée par d'importantes masses d'infanterie formée en majeure partie des troupes ramenées récemment du front russe. Malgré la vigueur de l'attaque et l'acharnement extrême des assaillants, l'ennemi a encore subi un sérieux échec. Les vagues d'assaut décimées par nos feux sur tout le front d'attaque n'ont réussi qu'à atteindre le sommet même de la butte de Tahure. Partout ailleurs et notamment devant le village où les combats ont été particulièrement opiniâtres, les Allemands ont été complètement repoussés et rejetés dans leurs tranchées de départ. Ils ont laissé sur tout le terrain de la lutte un très grand nombre de cadavres.
De Nancy à V Alsace.
~ -er „ Du ier au 10, notre artillerie se manifeste Du I au , ,
10 Octobre ns Presclue tout: *e secteur, notamment au nord de Verdun, dans les environs d'Ornes, où elle atteint un train allemand et provoque une très violente explosion.
Des obus ont été lancés à longue portée sur Verdun et Nomény par des batteries ennemies que notre artillerie a contrebattues. Nous avons, de notre côté, canonné à longue distance des trains en gare de Vigneulles-les-Hattonchâtel et provoqué ainsi deux très violentes explosions.
FRONT OCCIDENTAL
Du 11 au ^e 12 y une tentative d'offensive en Lorraine 20 Octobre contre un de nos postes avancés, près du pont de Manhoue, a complètement échoué devant nos feux et tirs de barrage. Après un bombardement intense d'obus de tous calibres, une violente attaque d'infanterie a abordé nos positions du Linge et du Schratzmaennele ; elle a été complètement repoussée. Quelques éléments qui avaient pris pied dans une de nos tranchées en ont été rejetés par une contre-attaque immédiate.
Le i3, l'ennemi, après l'échec complet de son attaque sur le front du Linge et du Schratzmaennele, a renouvelé sa tentative en fin de journée. Une seconde préparation d'artillerie, reprise sur tout le front d'attaque, a été suivie d'un nouvel assaut qui a, dans son ensemble, également échoué. Les Allemands n'ont pu que sur un seul point, au sud du collet du Linge, prendre pied dans notre tranchée de première ligne sur un front de soixante à quatre-vingts mètres. Nos contreattaques nous ont permis d'en réoccuper aussitôt une partie.
Les Allemands ont prononcé ce même jour une très forte attaque sur un front de cinq kilomètres, entre le Rehfelsen, au sud de l'Hartmannswillerkopf, et le Sudelkopf. L'assaut avait été précédé de rafales violentes d'obus de tous calibres et grosses bombes avec projections de pétrole enflammé. Il a été repoussé sur la presque totalité du front d'attaque, l'ennemi n'ayant réussi qu'à réoccuper les tranchées situées au sommet même de rilartmannswillerkopf, et à pénétrer dans deux postes d'écoute entre le sommet et la route de VVuenheim. Nos tirs d'artillerie ont bouleversé les tranchées allemandes et démoli deux blockhaus au Violu, entre le col de Sainte-Marie et le col du Bonhomme.
Une vigoureuse contre-attaque nous a permis de reprendre toutes nos positions au sommet de l'Hartmannswillerkopf et de nous emparer, en outre, d'un fortin précédemment occupé par l'ennemi; nous avons fait une cinquantaine de prisonniers.
Du 21 au ^ur le front de Lorraine> un bombardement 31 Octobre allemancl particulièrement violent est signalé entre la forêt de Parroy et la Vezouse. Notre artillerie y a répondu par des tirs efficaces sur les batteries et ouvrages ennemis. Elle a atteint un train militaire en gare de Burthécourt.
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FAITS DE GUERRE