RÉSUMÉ DE LA SITUATION MILITAIRE SUR LE FRONT RUSSE
Le grand état-major du généralissime publie le communiqué suivant, dans lequel il explique la situation créée par l'occupation de Varsovie :
L'opinion publique a été préparée depuis plusieurs semaines à la perte de Varsovie et d'Ivangorod. L'évacuation de Riga est attendue avec calme, mais la tentative répétée des Allemands pour envelopper une grande partie des forces russes était suivie avec l'intérêt le plus profond et le plus anxieux.
Un effort de ce genre a échoué définitivement et même les rédacteurs militaires suédois, qui prennent avec humilité leurs opinions de la presse allemande, l'admettent et parlent avec admiration de l'adresse dont les Russes ont fait preuve et pu échapper à l'étreinte de fer qui cherchait à les encercler.
Malgré des succès locaux, remportés avec une endurance et un courage magnifiques, les Russes ont été obligés de céder et de retraverser le Bug. L'ennemi fait donc, par conséquent, une poussée sur Kovel, qui se trouve en arrière de la ligne Brest-Litovsk.
Ce nouveau mouvement de stratégie de l'état-major général allemand prouve l'anxiété des ennemis de remporter une victoire sur les Russes et les sacrifices qu'ils sont prêts à faire pour obtenir une telle victoire. Leurs pertes continuent à être très lourdes, mais ils calculent évidemment que, quel que soit le coût de leur victoire, elle les récompensera amplement, car elle aurait pour résultat de rendre possible un nouvel effort dans l'Ouest contre les armées alliées.
Il y a toute raison d'espérer que les armées russes réussiront encore à échapper aux « pinces » d'Hindenburg. Dans tous les cas, la Russie ne peut pas être écrasée, ainsi que se l'imagine les Allemands. L'ennemi n'est pas assez stupide pour supposer qu'il peut épuiser la Russie jusqu'à l'abattre. Il sait que ses réserves d'hommes sont énormes et que ses approvisionnements de munitions augmentent continuellement.
Ce sur quoi les Allemands comptent, c'est un affaiblissement progressif des esprits suffisant pour imposer une paix séparée à la Russie. C'est là une des plus grotesques illusions de FAllemagne. La Russie est aujourd'hui résolue avec plus d'obstination que jamais à continuer de combattre jusqu'à l'écrasement du militarisme allemand et de l'avidité allemande. Elle ne peut pas être conquise et n'abandonnera pas la lutte.
Front du Caucase.
Communiqué de l'armée du Caucase en date du 3o août :
Le 28 août, rien d'essentiel ne s'est produit sur tout le front, où n'ont eu lieu que de petits engagements d'avant-postes.
Selon les renseignements recueillis au cours des derniers combats, nous avons fait prisonniers, jusqu'au 22 août, 34 officiers et 5 129 askers. En outre, au cours de la poursuite des Turcs, sur les routes de Doutakh et de Kop, notre cavalerie a sabré plus de 2 000 askers.
Nous avons enlevé 12 canons, 6 mitrailleuses, 90 caissons d'armes et de cartouches, 2 convois de vivres, 200 chariots dont deux chargés d'outils de pionniers et un chargé d'explosifs, plus de cent bêtes de somme, chameaux et mulets, plus de mille têtes de bétail, deux camps avec des tentes, la chancellerie d'un régiment et de nombreux documents.
Front serbe et monténégrin.
Le 12 août Belgrade a été bombardé sans provocation. Le commandant de la place a fait ouvrir le feu sur Semlin.
Le 14 août, les travaux ennemis ont été interrompus sur le front du Danube, entre Pancsova et Starcsova.
Sur le front de la Save, tous les détachements ennemis qui cherchaient à fortifier Prtzowatch ont été dispersés.
Le 25 août, des travaux de défense ennemis sur le front du Danube, sur la grande île vers Mala-Stratcheva ont été détruits.
Sur le front de la Save et à Dovitchina-Bara, en face de Skali, le même jour, les travaux ennemis sur l'île de Moldava, sur le Danube, et sur la rive gauche de la Save, en aval de l'île Micharsba-Ada ont été interrompus.
Communiqué monténégrin du 19 août :
Les Autrichiens ont exécuté des attaques d'artillerie et d'infanterie sur les positions monténégrines de Duésnik, Bilech et Gatzko. Les forts de Cattaro ont renouvelé leurs attaques violentes à l'est
FRONT ORIENTAL
de Niegosh. Depuis trois jours, les navires de guerre autrichiens et les forts de Cattaro ont violemment bombardé, mais sans succes, les positions des Monténégrins autour du Mont Lovcen. L'artillerie monténégrine répond avec efficacité à la canonnade ennemie.
Communiqué du 3o :
Le 26, les Autrichiens ont dirigé un violent feu d'artillerie et plusieurs attaques d'infanterie dans la direction de Savino-Bruno, près de Grahowo. Ils furent repoussés avec des pertes sensibles.
Dardanelles.
Les dernières semaines d'août, peu mouvementées dans l'ensemble, ont été marquées par des duels d'artillerie et une guerre de sape et de mine.
Rapport du général Ian Hamilton sur les dernières opérations dans la péninsule de Gallipoli :
Les dernières opérations ont consisté en attaques contre les positions ennemies le long des lignes méridionales et de l'emplacement des troupes néo-zélandaises et australiennes ; elles ont également compris un nouveau débarquement en grande force dans la baie de Suvla.
Des déclarations de prisonniers témoignent que les Turcs avaient été renforcés considérablement, dans le but de se livrer à de fortes attaques contre nous, et que nos attaques ont devancé celles de l'ennemi d'environ 24 heures. Le combat, par suite, a été très sérieux et des deux côtés, les pertes ont été grandes.
Le débarquement dans la baie de Suvla a été bien combiné et exécuté par la flotte, quoique les Turcs eussent développé leur plus grande force dans la région occupée par les troupes néozélandaises et australiennes. Nos troupes de Suvla n'ont pu faire des progrès très satisfaisants tant que l'ennemi put réussir à faire avancer des forces importantes.
A la fin du mois, Sir Ian Hamilton mande que de nouveaux combats ont eu lieu les 27 et 28 août dans le secteur nord de la ligne; ils ont abouti à la prise d'une position tactique importante, dominant la vallée de Biyuk-Anafarta, vers l'est et le nord, et à un gain sensible de terrain par le corps d'armée australien et néo-zélandais. Ces combats ont consisté presque entièrement en corps à corps et ont revêtu un caractère très acharné. De très grosses pertes ont été infligées aux Turcs, qui ont laissé entre nos mains 3 mitrailleuses, 3 lance-bombes, 3oo fusils, 5oo bombes et une assez grande quantité de munitions pour fusils.
TROIS MOIS DE GUERRE. — III
FAITS DE GUERRE
Sur Mer.
Communiqué de la Marine du 5 août içi5 :
Constantinople, 5 août. — Le croiseur français Châteaurenault a bombardé le 3 août le port fortifié d'Adalia (sur la Méditerranée). Des obus sont tombés en dehors de la ville.
Londres, i3 août. — Un sous-marin britannique a torpillé dans les Dardanelles la canonnière turque Berk y Satvett et un transport vide.
Communiqué de la Marine du 14 août :
Dans la journée du 12 août, après avis préalable donné au kaimakan et un délai convenable accordé pour l'évacuation des environs immédiats, un croiseur français a détruit à coups de canon le bâtiment principal des ateliers allemands Wagner, de Jaffa. fabrique d'armes, de munitions et de bateaux destinés à l'attaque du canal de Suez. Les maisons voisines n'ont subi aucun dégât.
Moscou, 18 août. — Dans les milieux maritimes on apprécie hautement le rôle de la flotte de guerre russe dans la mer Noire pendant l'année qui vient de s'écouler. Elle a complètement paralysé la marine ennemie, anéanti le commerce turc, démoli les deux centres principaux d'approvisionnement en vivres et en charbon : Eregli et Soungouldak, elle a enrayé toutes les tentatives turques de procéder au transport de troupes par voie de mer dans la zone des Dardanelles et dans celle du Caucase.
En même temps, plus de cent grands transports et plusieurs centaines de barques et de chalands ont été coulés, ce qui a coûté aux Turcs des pertes importantes en troupes, en matériel de guerre, en denrées et en combustibles.
Pétrograd, 20 août. — Communiqué du grand état-major le 19 à 21 heures :
Le 18 août, nos vaisseaux qui protégeaient l'entrée du golfe de Riga se sont repliés dans une position plus proche à cause de la supériorité considérable de la flotte ennemie.
Communiqué du Ministère de la Marine russe :
Le 19 et le 20 l'ennemi a exécuté des reconnaissances dans différentes directions, engageant en même temps des actions avec nos vaisseaux. Il en est résulté des pertes sensibles parmi les torpilleurs ennemis.
FRONT ORIENTAL
De notre côté, nous avons perdu la canonnière Sivoutch, qui a péri glorieusement dans un combat inégal avec un croiseur ennemi. Ce croiseur, qu'accompagnaient des torpilleurs, l'a rejointe et Ta canonnée à une distance d'environ 600 mètres. Le Sivoutch, environné de flammes et bien que son pont fût en feu, a continué de riposter par des coups de canons jusqu'à ce qu'il coulât, non sans avoir auparavant coulé lui-même un torpilleur ennemi.
Le 21, l'ennemi, tenant compte des pertes qu'il avait subies et considérant la stérilité de ses efforts, a évacué, semble-t-il, le golfe de Riga.
Depuis le 16, jusqu'au 21, deux de ses croiseurs et pas moins de huit de ses torpilleurs ont été les uns mis hors de combat, les autres coulés.
Le 23, la flotte allemande quitte le golfe de Riga.
Septembre 1915.
Front russe.
Communiqué russe du rr septembre :
Sur la rive de la Wilja, nous avons enlevé aux Allemands quatre canons et des mitrailleuses.
Entre la Wilja et le Niémen, l'ennemi, développant son offensive, a occupé le bourg d'Orany, sur la rive droite de la Mereszanka. Les combats ont conservé le même caractère acharné. Un de nos régiments entouré par l'ennemi s'est dégagé, anéantissant un bataillon allemand et faisant des prisonniers dont un officier.
Dans la région à l'ouest de Grodno, nous avons repoussé le 3i août une série d'attaques énergiques et réitérées des Allemands.
Dans la région de Luck et en Galicie, nous maintenons l'ennemi en nous retirant sur un front rétréci et en infligeant des grandes pertes aux troupes par des contre-attaques. Le total des Austro- Allemands faits prisonniers dépasse 100 officiers et 7000 soldats dont un tiers d'Allemands, avec quelques dizaines d'officiers subalternes et supérieurs.
L'ennemi a prononcé des attaques les plus opiniâtres au cours des 3o et 3i août dans les régions de Radzeszow, Zloczow, Zborow, Burchanow, sur la Strypa, à Buczacz. Partout l'ennemi a été repoussé, essuyant des pertes énormes.
Dans la région de Zborow, l'ennemi a prononcé une série d'attaques réitérées dont la dernière a été repoussée, nos troupes ayant prononcé une contre-offensive.
FAITS DE GUERRE
Les combats dans la région de Burchanow et de Buczacz se sont distingués également par un extrême acharnement; nous y avons repoussé par le feu et grâce à la baïonnette de nombreuses attaques.
En quelques endroits l'ennemi, incapable de soutenir un corps à^corps prolongé, a reculé dans ses tranchées, nous abandonnant des prisonniers.
Le 3, les Allemands passent la Narew, franchissant la Strypa sur un point.
Le 4, ils prennent la tête de pont de Friedrichstadt.
Le Tsar prend le commandement des armées russes. — L'Empereur de Russie a adressé au Président de la République la dépêche suivante :
Zarskoé-Stawki, 6 septembre.
Monsieur le Président de la République, Paris.
Me mettant aujourd'hui à la tête de mes vaillantes armées, j'ai particulièrement à cœur de vous adresser, monsieur le Président, les vœux les plus sincères que je forme pour la grandeur de la France et la victoire de sa glorieuse armée. Nicolas.
Le Président de la République a répondu en ces termes au Tsar :
Paris, 7 septembre.
Sa Majesté l'Empereur de Russie, Zarskoé-Stawki.
Je sais qu'en prenant elle-même le commandement de ses héroïques armées, Votre Majesté entend poursuivre énergiquement, jusqu'à la victoire finale, la guerre qui a .été imposée aux nations alliées. Je lui adresse, au nom de la France, mes souhaits les plus chaleureux. Raymond Poincaré.
Communiqué russe du 8 septembre :
En Galicie, près de Tarnopol, nous avons remporté, le 7 septembre, sur les Allemands un grand succès. La troisième division de la Garde et la 48* division de réserve allemandes, renforcées d'une brigade autrichienne et d'une nombreuse artillerie lourde et légère, disent les renseignements des prisonniers, s'étaient préparées depuis plusieurs jours intensément à une attaque décisive.
Cette attaque était fixée à la nuit du 7 au 8.
Prévenant l'ennemi, nos troupes ont pris l'offensive et, après un combat opiniâtre sur la rivière Dolzonka, les Allemands, vers le soir du 7, ont été complètement battus. A la fin du combat,
FRONT ORIENTAL
l'ennemi a développé, déclarent les troupes, un feu d'artillerie d'une violence extraordinaire; l'impossibilité de lui opposer le même feu nous a seule empêchés de développer le succès obtenu. Outre des pertes énormes en tués et blessés, les Allemands ont laissé entre nos mains plus de 200 officiers et 8000 soldats. Nous nous sommes emparés de trente canons, dont quatorze de gros calibre, de nombreuses mitrailleuses, de caissons et d'autre butin de guerre.
Après une courte poursuite, nos troupes ont occupé leurs positions primitives sur la rivière Sereth.
L'Empereur, ayant reçu le rapport de la défaite infligée à l'ennemi, a ordonné d'exprimer à nos valeureuses troupes sa joie et sa reconnaissance, pour le succès remporté sur l'ennemi, et pour les lourdes pertes qui lui ont été infligées.
Plus au Sud, dans la région de Trembowla, le 7 septembre, nous avons délogé l'ennemi d'une série de villages ; nous avons fait prisonniers plus de 40 officiers et 2 5oo soldats; nous avons pris trois canons et une dizaine de mitrailleuses.
Entre le Dniester et la rive gauche du Sereth inférieur, les Autrichiens, dans la journée du 7, ont passé à l'offensive, dans la région du village de Womatynce. Par des attaques de flanc d'un de nos bataillons, l'offensive ennemie a été arrêtée ; nous avons fait prisonniers n officiers et plus de 1000 Autrichiens, avec des mitrailleuses.
L'heureuse sortie de nos armées d'une position difficile sur le théâtre avancé de la Vistule, entouré par l'ennemi, commence à faire sentir ses résultats, se traduisant pour le moment par des succès partiels.
Communiqué du 10 septembre :
Sur lé Sereth, et dans la région plus au sud-ouest de Trembowla notre passage à l'offensive, se développant toujours le 7, a eu pour résultat un succès aussi important que celui que nous avions réalisé sous Tarnopol.
Au cours des journées du 7 et du 8 septembre, nous avons fait prisonniers i5o officiers et 7000 soldats, et nous avons capturé 3 canons et 36 mitrailleuses. Nos pertes ont été sans importance.
Dans la soirée du 8, l'ennemi s'est replié en toute hâte, poursuivi par nos troupes vers la rivière Strypa.
Si l'on totalise notre succès, à partir du 3 septembre, sur tout le front de la rivière Sereth, cela nous donne, comme trophées, 383 officiers, plus de 17000 soldats prisonniers, 14 grosses pièces et 19 légères, ainsi que 66 mitrailleuses et i5 caissons d'artillerie. En somme, nos armées réalisent fermement et résolument le but proposé et envisagent l'avenir avec assurance.
Notre fidèle alliée, l'armée française, bombarde terriblement, depuis quinze jours le front allemand.
FAITS DE GUERRE
Communiqué du 1 1 septembre :
Dans la région de Tarnopol, nous nous sommes avancés, au cours de la matinée du 10, forçant la résistance opiniâtre de l'adversaire. D'après les témoignages des prisonniers, le 6e bataillon de chasseurs de l'ennemi, qui venait d'être formé, a été entièrement détruit. Incapable de résister, l'ennemi a pris la fuite, laissant entre nos mains, pour la journée du 10 septembre, 3g officiers prisonniers et 2 5oo soldats ; il a également abandonné 16 mitrailleuses.
Note* — Le communiqué officiel de Vienne du 12 septembre indique que nous avons été repoussés vers la tête de pont de Tarnopol et que nous avons subi des pertes excessives près de Tarnopol; or, l'ennemi n'a pas de données pour juger l'étendue de ces pertes pour cette raison que, dans les combats du 10 et du 11 septembre, nous avons gardé tout le temps le champ de bataille et que les jours suivants, l'ennemi, malgré les renforts qui lui sont arrivés, a été culbuté encore plus à l'est de Tarnopol vers les villages de Gliadki et de Zebroff et en partie même au delà de la ligne de la rivière de la Strypa.
Le 21, prise à la baïonnette du village de Berezovska et de Rostold.
Le 22, occupation du village de Loziszyn, de la position fortifiée de Noselhi.
Communiqué du 25 septembre :
Dans la région de Riga, la canonnade devient par endroits beaucoup plus intense ; sur ce point aussi les Allemands font usage de projectiles à gaz asphyxiants.
Un combat acharné se livre sur tout le front des positions de Dwinsk, entre la Dwina et le lac Drisdiaty, où les Allemands, appuyés par un feu d'ouragan de leur artillerie, ont prononcé des attaques réitérées acharnées qui, toutes, ont été repoussées. Certaines tranchées ont passé à maintes reprise de mains en mains.
Pendant son offensive, le long de la chaussée de Dwinsk, dans la région du lac de Lavkez, près de Novo-Alexandrowsk, l'ennemi a d'abord réussi à envahir nos tranchées, mais il a été ensuite délogé par un retour contre-offensif de nos troupes. Après s'être recueillis, les Allemands se sont rués de nouveau en colonnes compactes sur nos tranchées. Mais, accueillis par le feu de notre artillerie, de nos mitrailleuses et de notre infanterie, dirigé à très courte distance, ils ont reflué en désordre. Après s'être remis de nouveau, les Allemands ont attaqué deux fois encore dans la même direction. Le feu de l'artillerie a été sur ce point d'une intensité extrême. Mais toutes les attaques ont encore été repoussées et les Allemands, pris par endroits de confusion, ont pris la fuite.
FRONT ORIENTAL
Les pertes de l'ennemi sont énormes. Les nôtres sont considérables, elles sont dues à l'acharnement des combats et sont la meilleure preuve de la vaillance de nos troupes.
Communiqué du 27 septembre :
Les succès les plus marqués de nos armes ces jours-ci ont été : i° une attaque près du bourg de Deliatitchi, sur le Niémen ; 20 l'action par laquelle une attaque ennemie dans la région au sud-est de la gare de Baranovitchi a été repoussée ; 3e une attaque soudaine faite contre un bataillon autrichien, près du village de Labusy, sur la Szczara, dans la région de Giachowice, attaque au cours de laquelle une partie des Autrichiens ont été passés au fil de la baïonnette et 364 autres, avec deux officiers, faits prisonniers; en même temps, une mitrailleuse a été enlevée. Le résultat de cette attaque a contraint l'ennemi à reculer au delà de la rivière; 40 la prise du village de Slesnice, dans la région de la Stochod inférieure. Sur ce point, l'opiniâtreté du combat a atteint la limite extrême; on s'est disputé les maisons en flammes avec un acharnement inouï. Le village est resté entre nos mains et l'ennemi a été anéanti. Deux hommes seulement ont été faits prisonniers et quatre mitrailleuses ont été prises.
Le résumé des opérations est établi par l'état-major russe lui-même dans ces communications successives :
Pendant la première décade de septembre, au cours de combats acharnés et de manœuvres, il a été démontré avec une force particulière à quel point nos troupes sont capables de lutter avec succès contre un ennemi opiniâtre.
Dans le domaine du courage, du dévouement et du devoir, nos troupes continuent à accomplir des actes qui touchent à l'extrême limite des possibilités humaines. Le même brillant exemple de courage est également donné par nos alliés.
L'ennemi, qui est ébranlé, cherche à consolider par des contreattaques la position, mais dans ces efforts les tentatives de l'ennemi même dans les situations les plus favorables, ne sont suivies que de petits succès locaux et nos troupes continuent à remplir leur tâche avec succès.
Ce succès s'est maintenu. Il est avoué le ^septembre par le correspondant du Berliner Tageblatt sur le front oriental :
Devant des forces supérieures, toute l'armée Bothmer a dû battre en retraite de i5 kilomètres, sur la rivière Strypa. La retraite du centre a contraint l'aile gauche à se retirer également, sur une profondeur de 12 kilomètres.
FAITS DE GUERRE
Dans l'ensemble, l'importance de la victoire se manifeste également par le grand nombre de prisonniers faits à l'ennemi. A la presse autrichienne qui le conteste, le grand état-major répond que « le nombre des prisonniers enregistrés et faits au cours des opérations du front sud dans la région sylvestre de Id Russie occidentale, au cours de la période des derniers jours d'août et du début de septembre s'élève à 70000 hommes. Ce chiffre se trouvera considérablement accru quand seront amenés les petits détachements de prisonniers faits dans des rencontres et combats nombreux, et souvent pendant une retraite désordonnée de l'ennemi, détachements de prisonniers exténués à tel point qu'ils sont hors d'état d'aller à pied. »
Enfin, le jugement suivant, extrait du Vorwàrts, sous la plume du colonel Gaedke, ne saurait être négligé :
C'est à l'aile droite, dans la région si importante de Courlande et sur le Niémen que les Russes ont continuellement fait preuve d'une très active résistance accompagnée de succès partiels. La main du général Roussky, le nouveau commandant du front nord, s'est apparemment fait sentir visiblement dans ces dix derniers jours. Ni Vilna, ni Riga n'avaient été occupés par nous le 6 septembre, et nous étions à 60 kilomètres de Dvinsk.
Par conséquent, ceux qui désirent ne pas se leurrer ne doivent pas considérer la campagne de Russie comme une affaire terminée. L'armée russe a sans doute souffert des pertes hors de toute comparaison, mais sa force de résistance n'est en aucune façon définitivement brisée, pas plus que celle du gouvernement et des classes dirigeantes. Nous ne devons pas nous complaire dans l'illusion que, militairement parlant, la Russie est à bout de ressources.
En fait, ainsi que l'écrit un neutre, la manœuvre dite de l'encerclement sur la Vistule avait échoué.
Cette manœuvre n'avait pas procuré les prises espérées, et dont la statistique était destinée à frapper les peuples de stupeur. En fait, les chiffres ont dû être échelonnés sur une longue période, ce qui a sensiblement amoindri l'impression produite, et leur total semble n'avoir satisfait le vainqueur qu'à moitié. Il a, du reste, relevé lui-même, dans un de ses communiqués, les circonstances spéciales auxquelles il s'est heurté. Faute de munitions, l'artillerie russe s'est éloignée des champs de bataille; elle a évacué le terrain, loin en arrière, et a laissé l'infanterie et la cavalerie constituer seules les arrière-gardes.
Situation extraordinaire. Quel règlement tactique oserait parler d'une retraite sans canons > L'artillerie est essentiellement l'arme
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de la retraite ; elle seule est en mesure de tenir le poursuivant à distance, de le canonner pendant que l'infanterie se dégage pour gagner une position de repli; puis, quand celle-ci reprend le feu de mousqueterie, d'exécuter à son tour un bond plus en arrière et occuper une position nouvelle où elle recommencera son jeu.
Des ruptures de combat sans artillerie, supposent un sang-froid, une constance, un courage, un héroïsme qui couvrent de gloire et d'honneur les troupes assez sûres pour les exécuter.
Front serbe.
Communiqué du 9 septembre :
Le 7 septembre, nous avons empêché l'ennemi de se fortifier en face de l'embouchure du Pëk, sur le front du Danube, ainsi que sur plusieurs points de la rive gauche de la Drina supérieure, sur le front de la Drina.
Le 8 septembre, sur le front du Danube, à 3 heures de l'après-midi, le tir de notre infanterie a repoussé une barque ennemie qui s'approchait du notre rive, en face et à la hauteur de l'île de Kissiljevo ; le même jour, sur le front de la Save, nous avons entravé les fortifications de l'ennemi sur la rive gauche de la Save en face de l'île Drenovatz, ainsi que sur la rive gauche de la haute Drina, sur le front de la Drina.
Communiqué du i5 septembre :
Dans la nuit du 12 au i3, un petit détachement ennemi a tenté de franchir la Drina au nord de Vichegrade, en face de Gouine et Glave, mais il a été rejeté.
Le i3, sur le front du Danube, nous avons entravé les travaux de fortifications ennemis.
Sur la rive gauche du Danube, en face d'Adcale, et sur le front de la Save, en face de Belgrade, combat de notre artillerie et de celle de l'ennemi, postée sur la hauteur de Bejania et vers Marienfemi ; l'artillerie ennemie a été bientôt réduite au silence.
Dans la nuit du i3 au 14, l'ennemi a tenté de franchir la Save vers Parchnitza et vers la douane de Deratcha, à l'aide de deux barques pleines de soldats, mais les nôtres ont enrayé cette tentative de l'ennemi.
Le 14, sur le front du Danube, nous avons entravé les travaux de fortification vers Bajscia.
Dans la nuit du 14 au i5, sur le front de la Save, l'ennemi a tenté de franchir la Save avec deux canons dans le voisinage d'Urtame-Ada ; mais il a été rejeté (Bavas).
Sur tout leur front, les Serbes organisent résolument leur défense.
FAITS DE GUERRE
Dardanelles.
Communiqué français :
Du 12 au 17 septembre aucun mouvement important. Les Turcs ont attaqué plusieurs points du front à la mine, procédé non encore employé par eux jusqu'ici. Le 17 au matin, une galerie ennemie a été détruite malgré une avance de plusieurs jours sur nos contre-mines. L'opération a parfaitement réussi sans nous coûter aucune perte.
Sur Mer.
Communiqué français, en date du 2 septembre :
L'île Ruad, située entre Latakieh et Tripoli, a été occupée par un détachement de l'escadre française qui tient le blocus du littoral de la Syrie.
Le pavillon français a été arboré sur l'île le ier septembre à 9 heures.
Il n'y a pas eu de résistance et la population a fait à nos marins le meilleur accueil.
Octobre 1915.
Front russe.
Le mois s'ouvre sur cette communication :
Actuellement, l'état-major juge opportun de communiquer que, par suite d'une série d'engagements qui s'est terminée-avec succès et se déroulant sur le front de nos armées, les événements suivent un cours favorable pour nous. L'esprit de nos troupes, qui a vivement manifesté son élévation dans d'innombrables combats d'arrière-garde, a trouvé une nouvelle impulsion dans les succès remportés par nous sur les Allemands ces derniers temps, au cours de corps à corps acharnés, et dans d'heureux passages à l'offensive particulièrement fréquents sur le front à l'est de la ligne Sventsiany-Ochmiany.
Le découragement remarqué dans les rangs allemands n'est pas non plus sans influer sur l'esprit de nos troupes. Ce découragement se manifeste par des cas, devenus plus fréquents, d'abandon par les Allemands sur le champ de bataille, de soldats légèrement blessés, de chariots au cours de leur retraite, d'armes et de projectiles, dans le désordre et la nervosité du feu.
L'offensive bien réglée, méthodiquement combinée et exécutée
FRONT ORIENTAL
de nos alliés sur le front occidental des Allemands, et les constatations qui précédent donnent un nouvel élan à la foi des alliés dans leur force et dans leurs qualités guerrières réciproques.
Du ier au 10 octobre, l'ennemi est contenu dans cette région de Dvinsk, si âprement convoitée par lui. Sous Sankowski, les Russes, dans un combat victorieux, prennent huit obusiers allemands et six pièces légères. L'ennemi qui avait passé le Niémen près de Zoubicher, est rejeté sur la rive gauche du fleuve.
L'état-major du généralissime annonce, dans son communiqué du 6, que les opérations de nos troupes dans la région de Wileika, qui s'accomplissent avec énergie depuis plus de vingt jours et qui ne sont pas encore achevées, ont abouti à une reprise de l'initiative par les troupes russes sur l'ennemi.
Le coup que portaient les Allemands dans la direction de Wileika est décidément repoussé et leur plan est renversé. Communiqué du 7 octobre :
Dans la région au nord-ouest de Tchartorysk, un vif engagement à la baïonnette s'est produit près du village de Gouta-Lissovskaia. Le village a passé de mains en mains. Les attaques de l'ennemi contre Lissovo ont été repoussées.
Par une attaque énergique, dans la région au sud de Tchartorysk nos troupes, malgré une violente rafale de mitrailleuses et des contre attaques réitérées de l'ennemi, ont occupé ses positions à l'est de Mlachef, de Bolchoy, de Stavygorosh et ont pris d'assaut le village de Tchernysch.
Avec l'aide d'un train blindé, nous avons pareillement réussi une attaque contre les positions ennemies à l'ouest de Mochanitz et de Stavok, au nord-est de Klevan.
Dans ces combats, nous avons fait dix-huit cents prisonniers avec un nombre d'officiers qui n'est pas encore connu, et nous avons pris des mitrailleuses. f
Dans les combats, où nous avons eu l'avantage dans la région à mi-chemin entre Douvno et Luck, nous avons également fait prisonniers 1 5oo soldats et 19 officiers, et nous avons enlevé cinq mitrailleuses et un projecteur. ■
Sur la rive gauche de la rivière Ikwa, nous avons pris, hier soir, après un corps à corps, le village de Sopanof, au nord-est de Kremenetz. Sur ce point, nous avons fait prisonniers 3 officiers et 256 soldats, et nous nous sommes emparés de 3 lance-bombes. Une contre-attaque ennemie qui a suivi a été repoussée.
Nous avons également pris d'assaut le village de Semikovtz, sur la Strypa, au nord-ouest de Tarnopol.
Lors de l'attaque d'une hauteur à l'est de Soutchatch, nous avons fait prisonniers 10 officiers et plus de 3oo soldats.
Dans la région de Riga, sur le Niémen, sur le Pripet, à la frontière de Bessarabie, les Russes passent à l'offensive avec succès.
Au cours des combats livrés sur le front Rostoki-Gontovo, ils ont fait prisonniers i 175 soldats, pris deux lance-bombes et huit mitrailleuses.
L'état-major donne ces indications sur la façon dont les Allemands font également la guerre en Russie :
Les atrocités de nos adversaires, qui perdent possession d'euxmêmes, continuent.
Dernièrement, à une verste au sud du village de Kulekowieze, sur le Styr, en aval de Kolki, on a trouvé les cadavres d'un officier et de deux soldats d'un de nos régiments de cavalerie, qui avaient été blessés et faits prisonniers dans un combat le 28 septembre ; ils avaient les yeux crevés, les dents cassées et portaient d'autres blessures qui attestent le massacre des blessés. Cette preuve est d'autant plus concluante que les cadavres n'ont pas été trouvés sur le champ de bataille.
Front serbe.
De source serbe officielle, à la date du 8 octobre :
Belgrade a dù être évacué pour le préserver du bombardement ennemi.