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Trois mois de séjour à Madagascar

Le seul mérite auquel ce petit livre puisse prétendre est celui de la sincérité. Je me suis efforcé de peindre les hommes et les choses tels que je les ai vus, et de me conserver l'esprit libre de tout préjugé comme de tout système, Je n'ai raconté que les faits dont j'ai été le témoin, et ceux qui m'ont été affirmés par M.Laborde, le seul homme de notre époque qui connaisse bien Madagascar et ses habitants.

Il est facile de voir, en lisant les pages qui suivent, qu'elles n'ont été dictées par aucune vue particulière et qu'en toutes choses j'ai dit le mal comme le bien. Madagascar n'est pas un Eldorado; les hommes intrépides qui tenteront de conquérir à la

civilisation ce vaste pays, rencontreront de puissants obstacles dans l'insalubrité de son climat et dans l'ignorance de ses habitants; mais j'estime que ces difficultés ne sont pas insurmontables; j'espère même fermement que la tempérance pourra triompher des unes, et qu'avec une bienveillance et une fermeté patientes on viendra à bout des autres.

C'est en mesurant les obstacles avec calme que l'on évite les déceptions ; c'est en luttant contre eux avec énergie, et sans jamais se laisser décourager par aucune des vicissitudes inséparables d'une entreprise de longue durée, que l'on parvient à les vaincre peu à peu.

Sous la généreuse impulsion de son souverain qui la représente dans toutes ses aspirations vraiment nationales, la France, fidèle à une tradition de plus de deux siècles, prend résolument l'initiative d'une œuvre féconde et civilisatrice à laquelle elle convie tous les peuples de l'Europe. Les bienfaits qu'elle versera sur un pays encore dans l'enfance lui reviendront en grandeur morale et en

prospérité matérielle; car Dieu ne peut manquer de bénir les salutaires efforts faits pour répandre dans le monde sa loi éternelle de progrès dans le travail, de progrès dans la justice et l'humanité.

J. Dupré.

Paris, 10 mai 1863.

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