QUATRIÈME QUESTION
Sous les invasions barbares, le pape n'est simplement que l'évêque de Rome. L'épiscopat n'existe même pas encore; partout il y a des prêtres ayant chacun tant d'hommes à convertir. Ce prêtre ne peut s'éloigner de son diocèse ; il est attaché à la terre, il vit et meurt toujours au milieu des mêmes hommes. C'est donc la forme presbytérienne qui domine. Point d'épiscopat L'égalité partout. La forme catholique dans l'extension la plus vaste et la plus littérale. Mais, parmi ces clers, quelques-uns se distinguent par leurs prédications et leur sainteté. Peu à peu leur pouvoir sur les masses qui, d'abord, n'était que moral devient matériel. Ils gouvernent un plus grand diocèse et l'épiscopat se trouve formé. Les donations des chefs barbares accrurent sa puissance et le consolidèrent. Les évêques purent dès lors lutter avec le pape ; ils avaient pour eux l'union et lui n'avait que son génie.
La féodalité, dont nous retrouvons les premières traces en Germanie grandissait également, développée par le traité d'Andelot, et l'accroissement du pouvoir territorial des Grands d'Ostrasie était alors dans son plein développement, et le grandissait à son aise, pendant la décadence de l'empire carlovingien. Elle allait de pair avec l'épiscopat; l'un et l'autre étaient forts et riches, enrichis de présents donnés par la crainte ou la piété. L'Église comme le monde civil était plongée dans un matérialisme profond : les évêques avaient des femmes et des enfants; ils vendaient leurs églises, les reliques des saints, les choses sacrées. Partout ils dominent. En tête de toutes les chartes, de tous les règle-
méats apparaît toujours d'idée religieuse dégagée de son matérialisme, Pro deo, partout la foi domine comme la croix sur la couronne.
Ce pouvoir épiscopal menaçait d'annuler la papauté. Celle-ci se concilia d'abord le clergé d'Allemagne, puis celui d'Angleterre et celui d'Espagne. Peu à peu, protégée par les Romains, elle s'accrut, domina les évêchés, intervint dans les affaires des rois et grandit dans l'esprit des peuples. Le pape Grégoire VII ôta aux évoques leurs éperons d'or, leurs femmes, leurs chevaux, leurs richesses, et le clergé, alors riche de son indépendance, de son unité de pouvoir et de pensée, put lutter avec la féodalité et l'écraser de toute la force de son génie.
Ainsi l'Eglise a procédé : d'abord la forme presbytérienne qui s'appuyait sur son diocèse, l'épiscopat dotant le pouvoir civil de ses connaissances, et enfin la papauté qui commence aussi par acheter des terres sur l'Adriatique et à constituer un pouvoir matériel parla Pentapole. La féodalité a grandi d'une manière toute différente. Elle prend part, rapidement, au démembrement de l'empire carlovingien ; elle se forme par les invasions des Normands et arrive de l'unité du pouvoir à un morcellement infini.
Elle finit par où l'Eglise avait commencé. Ainsi le pouvoir spirituel avait eu son histoire sous les mêmes formes que la puissance matériel (sic) mais bien avant et de bonne heure il arriva à son but. Ainsi la Croix avait marché devant l'Epée, l'Esprit avant la Matière.