‹ Trois observations de tumeurs cancéreuses du seinChapitre 6 sur 6 · DU CHLOROFORME ; GUERISON RAPIDE · texte numérisé non relu

DU CHLOROFORME ; GUERISON RAPIDE

Obs. 111. —Madame Z..., âgée de 60 ans, d’un tempérament nerveux, n’avant jamais fait de maladies graves, a été atteinte, en 1840, d’une affection mal déterminée du bout du sein gauche. Madame Z.., avait constaté qu’a chaque époque menstruelle, il survenait un gonflement d’une portion du mamelon, et il se développait une végétation du volume d’une framboise, saignant au moindre contact. Le sein était douloureux. Tous ces symptômes disparaissaient avec les règles, et, dix ans plus tard, la cessation complète des époques menstruelles amena la guérison de cette petite affection, jugée douteuse par le professeur Marjolin, et de mauvaise nature par M. le professeur Velpeau.

En 1854, madame Z... s’aperçut accidentellement de l’existence d’une petite glande dans le même sein gauche. Cette petite tumeur siégeait vers la partie inférieure de la mamelle ; elle était de la grosseur d’une noisette. Peu à peu le volume s’accrut, et il se déclara des douleurs lancinantes qui, d’abord

faibles et irrégulières, augmentèrent d’iutensité avec le développement graduel de la tumeur.

Pendant dix-huit mois, le volume n’excéda pas celui d’une noix ; on mit en œuvre, pour favoriser la disparition du mal, les pommades résolutives iodurées et en même temps l’iodure de fer et de potassium à l’intérieur; mais il ne survint aucun changement appréciable.

Au commencement de l’hiver de 1855, la tumeur subit un accroissement rapide, et la santé générale commença à s’altérer.

En janvier 185G, la tumeur du sein gauche avait acquis le volume du poing ; elle faisait une saillie considérable sous la peau, qui était amincie, violacée ; les veines du sein étaient devenues volumineuses et la région sous- claviculaire un peu empâtée. Du reste, la tumeur elle-même paraissait mobile sur le tissu cellulo-lamineux de la région mammaire ; on la déplaçait facilement. La glande mammaire était comprise dans la portion supérieure de la tumeur. Les douleurs étaient devenues extrêmement vives et continues.

Au commencement de février, la peau amincie de la région inférieure s’ulcéra, et par cette issue, les tissus sous-jacents végétèrent en forme de champignon. Un suintement ichoreux très-fétide s'établit, ainsi que des hémorrhagies peu abondantes, et surtout un spacèle des parties les plus superficielles, qui tombèrent en détritus répandant une odeur des plus infectes. Ces accidents affaiblirent extrêmement la malade au physique et au moral. Elle dut 6’aliter.

Jamais, depuis le début de la tumeur jusqu'à la fin de la maladie, il n’a existé d’engorgement ganglionnaire, soit de l’aisselle, soit de la région sousclaviculaire ; les douleurs sont toujours restées limitées au sein.

L’opération seule pouvait débarrasser la malade. M. Moissenct la lui conseillait, et elle finit, non-seulement par l’accepter, mais encore par la réclamer, tant elle était incommodée par l'odeur putrilagineuse de la plaie. Ses forces étaient complètement anéanties, le teint jaunâtre, l’appétit perdu.

Après un nouvel examen de l’état local, et prenant surtout en considération l'état général, qui s’aggravait de jour en jour, MM. Manec et Moissenet pratiquèrent l’opération le 15 août 1856.

La malade ayant été chloroformée, on enlève toute la tumeur, en constatant qu’elle était environnée de tous côtés par nu tissu cellulo-graisseux abondant. Plusieurs ligatures furent posées, la plaie réunie longitudinalement, maintenue avec des bandelettes de diachylon et recouverte de gâteaux de charpie imbibés continuellement d’eau froide.

La tumeur, examinée par MM. Manec et Moissenet, avait à l’intérieur l’aspect de l’encépbaloïde du sein, et l’examen microscopique, fait avec soin, fait constater les cellules a noyaux volumineux et ces mêmes noyaux isolés.

La plaie se réunit par première intention. Il n’y eut de traces de suppuration que dans le petit canal destiné au passage des fils.

Le quatorzième jour, la malade se levait complètement guérie.

Le soir même de l’opération, les accidents du côté du système nerveux ainsi que des organes digestifs et respiratoires, nausées, vomissements, anxiété précordiale, etc., qui existaient avant l’opération, avaient disparu.

Aujourd’hui (mai 1859), madame Z..., opérée depuis trois ans, est d’une santé générale très-bonne; il n’est survenu aucun accident du côté du sein; les mouvements du bras gauche sont complets; la cicatrice ronge est déprimée, soulevée en quelques points par les amas graisseux qui se sont faits dans le voisinage. Le seul symptôme observé par madame Z... consiste en l’apparition de quelques douleurs pendant les grands froids de l’hiver et au moment des changements de saison.

Cette observation, quoiqu'elle n’ait pas encore l’ancienneté des deux qui précèdent, rentre dans la même catégorie. L'analyse microscopique a montré qu’il s’agissait d’un tissu morbide ayant la môme structure.

Nous devons rappeler ici combien les accidents de fonte putrilagu neuse de la tumeur avaient altéré profondément la constitution de la malade. Ce sont eux qui l’ont décidée à une opération qu’elle redoutait par-dessus tout. Les conditions d’enkystement de cette tumeur et l’intégrité des ganglions axillaires étaient, du reste, favorables, malgré l'aspect vraiment repoussant et l’horrible fétidité de la plaie.

Si nous sommes parvenus à bien exposer l’état antérieur et le résultat de l’opération chez ces trois malades, on voit, comme nous le disions en commençant, qu’il s'agit de tumeurs cancéreuses encéphaloïdes du sein, reconnues telles sur l’avis unanime de cliniciens expérimentés; le diagnostic a été confirmé par l’examen microscopique. Il est incontestable que ces cancers sont restés guéris après l’opération, et cela pendant nu laps de temps considérable pour deux, au moins, des malades.

Ces trois faits, qne nous nous gardons bien de poser comme règle, et que nous considérons, au contraire, comme exceptionnels, viennent s’ajouter à ceux qui ont fait admettre à M. le professeur Velpeau « l’existence de guérison radicale, par l’opération, de cancers les mieux conditionnés. » (Maladies du sein, T édit., p. 565.)

Nous ne quitterons pas ce sujet sans faire remarquer les avantages de l’eau froide employée en arrosements intermittents sur les plaies réunies par première intention. L'eau employée de la sorte, ainsi qu’on a pu le voir par les détails de l’observation première, produit

d’excellents résultats. Elle modère l’inflammation sans empêcher le travail adhésif des parties rapprochées pour la réunion immédiate. Elle calme admirablement les douleurs. M. Manec, après avoir suspendu 6on emploi au bout de huit jours chez la femme Toffier, n*a pas balancé ù y recourir de nouveau, parce que la plaie était devenue rougo et douloureuse.

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