PRODUIT UNE HÉMORRHAGIE TRÈS- ABONDANTE ; EMPLOI DE L ETHER POUR L O
PÉRATION ; GUÉRISON.
Obs. II. — Madame X..., âgée de 49 ans, d’un tempérament lymphatique nerveux, mère de plusieurs enfants, était d’une bonne santé habituelle, lorsqu’il y a deux ans environ (1845), elle s’aperçut « qu’elle avait une boule dure dans le sein gauche. >> Elle consulta M. Manec, qui trouva, dans la partie inférieure de la glande mammaire, au-dessous du mamelon, une tumeur du volume d’un œuf de poule, recouverte par une peau saine, mobile, sans coloration anormale.
La tumeur grossit beaucoup à partir de cette époque, et dans l’espace d'une année, elle avait acquis un très-grand volume. Pendant la deuxième année qui suivit le premier examen fait par M. Manec, la tumeur devint le siège de douleurs lancinantes, spontanées, extrêmement pénibles pour la malade. La
,pcau adhéra avec la tumeur, les veines s’y développèrent; elle devint tendue, violacée, lisse; elle s’amincit beaucoup, et finalement s’ulcéra. Des hémorrhagies eurent lieu ; l’une d'elles fut très-considérable et mit les jours de la malade en danger. Le professeur Marjolin, MM. Scslier et Manec, réunis en consultation le 23 novembre 1847, constalèrent l’existence d’une tumeur volumineuse du sein gauche, de nature encéphaloïde, profondément ulcérée, avec les bords de l’ulcération renversés. La consistance était rénilente, quelques endroits paraissaient ramollis, très-vasculafisés.
Le diagnostic ne parait douteux à aucun des consultants. Ils sont en outre frappés de l’état général anémique, de la décoloration complète des téguments, avec infiltration des extrémités inférieures et une bouffissure légère du visage.
L’avis général est qu’une hémorrhagie, même peu considérable, enlèverait la malade, et l’opération est résolue comme ultime ressource.
L’ablation du sein gauche fut pratiquée le lendemain 24 novembre. Madame X... fut soumise à l’inhalation de l'éther. Elle n’éprouva pas de souffrances, quoiqu’elle criât à plusieurs reprises et demandât constamment à respirer de l’éther.
La tumeur fut enlevée au moyen de deux incisions semi-elliptiques faites dans la direction des fibres du grand pectoral.
Le tissu morbide adhérait fortement à ce muscle. Dans la nécessité de laisser perdre à la patiente le moins de sang possible, le professeur Marjolin veut que M. Manec ne cherche pas à enlever toutes les traînées de tissu morbide qui, sous forme de petits amas ou de petits nodules rougeâtres et jaunâtres, se trouvent disséminés dans les fibres du grand pectoral.
Un grand nombre de ces grains rougeâtres et jaunâtres sont enlevés, mais M. Manec en laisse beaucoup et réunit la plaie par première intention, au moyen de sept pointsde suture entortillée et de larges bandelettes dediachylon placées entre les fils. Un tampon est appliqué dans la partie latérale de la poitrine pour ramener la peau vers la région mammaire. La plaie est recouverte de gâteaux de charpie imbibés d'eau fraîche et arrosés de dix minutea en dix minutes avec la môme eau, ainsi que les diverses pièces de pansement situées au-dessus de la solution de continuité.
La tumeur enlevée pèse 700 grammes. Elle offre à la coupe un tissu encéphaloïde jaunâtre et rougeâtre, très-vascularisé, ecchymose en plusieurs points.
M. le professeur Xatalis-Gu illot fait l’examen microscopique de la pièce pathologique. Il y trouve les éléments anatomiques du cancer encéphaloïde, et dit à M. Manec : « Cette tumeur est de la pire espèce et de celles qui récidivent presque toujours. »
Le pansement avec l’eau froide est continué pendant une semaine. La levée du premier appareil n’a rien présenté de particulier. 11 u est survenu au-
cnne hémorrhagie, aucun érythème, aucune complication qui mérite d'être notée.
La p^aie est cicatrisée vers la fin du mois de décembre. La cicatrice s’est érodée à plusieurs reprises, mais sans gêne pour la malade.
Ces érosions se sont reproduiles depuis la guérison, mais elles n’ont jamais pris un mauvais aspect.
Chez madame X..., comme chez la femme Tofiier, l’examen microscopique révélait une de ces tumeurs du sein regardées par tous les cliniciens comme étant de la pire espèce, comme se reproduisant le plus souvent. Le professeur Marjolin avait insisté pour que l'opération fût terminée rapidement, et lorsqu’il eut vu les parcelles de tissu suspect interposées entre les fibres du grand pectoral et disséminées en quantité sous forme de petites masses, il n’avait conservé, disait il, aucun espoir de succès. La tumeur n’était point limitée comme dans l’observation précédente et dans celle qui va suivre. Disons, toutefois, que les ganglions axillaires n’étaient point hypertrophiés.
La suppuration a duré longtemps. A-t-elle fait disparaître les petits îlots de substance rougeâtre et jaunâtre déposés entre les fibres du grand pectoral? Quoi qu’il en soit, la guérison ne s’est pas démentie, et madame X... jouit aujourd’hui d’une santé parfaite, après avoir été opérée in extremis le 24 novembre 1847.
CANCER ENCÉPI1ALOÏDE DU SEIN GAUCHE, TRÈS -VASCULAIRE, ULCÉRÉ, FOURNIS¬ SANT UNE GRANDE QUANTITÉ DE LIQUIDES SANIEUX ET DE DÉTRITUS SPIIACÉ-
LÉS ; OPÉRATION RÉCLAMÉE PAR LA MALADE, PRATIQUÉE APRÈS L’iNIIALATION