‹ Trois pièces galantes [par] NozièreChapitre 11 sur 59 · SCÈNE X MYRRHA - XANTIPPE · texte numérisé non relu

SCÈNE X MYRRHA - XANTIPPE

XANTIPPE

Eh bien ! Je t'écoute. Donne-moi des explications.

MYRRHA

Je n'ai pas d'explications à te donner. Tu nous as surpris.

XANTIPPE

Alors, Clinias et toi...

MYRRHA

Oui!

XANTIPPE

Tout à fait ?

MYRRHA

Non!

XANTIPPE

Ah ! je te rends grAcc, déesse de l'amour !

MYRRHA

Quoi ?

XANTIPPE

Tu vas me jurer, Myrrha, que tu éviteras de te trouver seule avec lui.

MYRRHA

Jamais je ne te ferai un tel serment !

XANTIPPE

Mais tu es mon amie et tu m'as souvent répété que l'amant d'une amie était sacré pour toi !

MYRRHA

Toutes les femmes prononcent cette phrase jusqu'au jour où l'amant d'une amie leur plaît.

XANTIPPE

J'admire ton cynisme !

MYRRHA

Et moi, ton calme ! Tu aurais dû crier, pousser des gémissements, proférer des menaces.

XANTIPPE

J'ai la voix faible. Je ne sais ni hurler ni faire de grands gestes ; mais je n'en souffre pas moins.

Si j'avais été à ta place, mes clameurs auraient fait trembler la maison.

XANTIPPE

Je n'ai pas, comme toi, passé mon enfance à crier dans les rues pour vendre aux passants des fleurs et des coquillages.

MYRRHA

Tu gardais les oies à la campagne. C'est une tâche paisible.

XANTIPPE

Oui !

MYRRHA

J'aurais bondi sur ma rivale. J'aurais arraché ses cheveux, griffé ses joues, crevé ses yeux !

XANTIPPE

Comme tu fis, à dix-huit ans, au cabaret de Neptune, quand tes dents déchirèrent l'oreille d'une rôdeuse qui t'avait enlev^ le cœur d'un savetier : c'est pourquoi tu restas en prison pendant plusieurs semaines.

MYRRHA

Ma violence est moins dangereuse que ta douceur calculée. Tu t'es appliquée à conserver une voix ingénue et des yeux enfantins. Qui soupçonnerait que tu fus la maîtresse et la complice de ces deux nègres qui étaient des lutteurs valeureux et des assassins hardis ?

XANT1PPC

Tu obéis à ton impulsion ? Tu ne sais pas dissimuler ? Mais n'as-tu pas savamment abêti le jeune Néarque afin qu'il te laissât tous ses biens et qu'il mourût prématurément?

MYRRHA

Et le vieux Ménélas qui t'appelait sa fille et que tu poussas pieusement dans sa petite voiture, à pas comptés, jusqu'à la mort ?

XANTIPPC

Tu mens ! Tu mens !

MYRRHA

Ne me donne pas un démenti, empoisonneuse !

XANTIPPC

Sangsue qui tue les adolescents I

MYRRHA

Fille à meurtriers !

Moisissure de cachot I Fléau public !

XANTIPPC

MYRRHA

XANTIPPC

Pestilence !

En menaçant Myrrha, Xantippe fait un faux pas et tombe dans ses bras.

Tu ne t'es pas fait mal ?

XANTIPPC, dans /es bras de Myrrha.

Non ! Ce n'est qu'un faux pas.

MYRRHA

Tu es jolie ! Pourquoi es-tu si méchante ?

XANTIPPE

Un moment de colère ! Pourquoi m'as-tu pris Clinias ?

MYRRHA

Je ne l'ai pas fait exprès. Je n'avais même pas fermé la porte. C'est toi qui nous a rapprochés en imaginant cette comédie qui devait me ramener Hippolyte.

XANTIPPE

Tu as un nouveau parfum ?

MYRRHA

Oui. 11 te plaît ?

XANTIPPE

Je comprends qu'il ait troublé Clinias. Ta beauté suffisait d'ailleurs à le conquérir?

MYRRHA

Oh ! Il n'est pas de ceux qui se laissent dompter.

XANTIPPE

Il est charmant, n'est-ce pas? Et puis... tu verras...

Crois-tu qu'il nous sera fidèle?

XANTIPPE

Non ! Mais nous n'aurons pas l'air de voir ses trahisons. Il ne faut pas lui faire de reproches, il ne faut même pas avoir l'air de souffrir de sa légèreté. Car il s'attriste du mal qu'il fait. Nous l'aimerons pour sa gaîté, pour son ardeur, pour son entrain...

MYRRHA

Pour sa jeunesse.

XANTIPPE

Ne lui demandons pas de vieillir.

MYRRHA

Je t'admire, Xantippe, et tu me plais.

XANTIPPC

Tu me plaisais depuis longtemps, Myrrha, mais, quand Hippolyte était là, je n'osais pas te le dire.

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