SCÈNE X MYRRHA - XANTIPPE
XANTIPPE
Eh bien ! Je t'écoute. Donne-moi des explications.
MYRRHA
Je n'ai pas d'explications à te donner. Tu nous as surpris.
XANTIPPE
Alors, Clinias et toi...
MYRRHA
Oui!
XANTIPPE
Tout à fait ?
MYRRHA
Non!
XANTIPPE
Ah ! je te rends grAcc, déesse de l'amour !
MYRRHA
Quoi ?
XANTIPPE
Tu vas me jurer, Myrrha, que tu éviteras de te trouver seule avec lui.
MYRRHA
Jamais je ne te ferai un tel serment !
XANTIPPE
Mais tu es mon amie et tu m'as souvent répété que l'amant d'une amie était sacré pour toi !
MYRRHA
Toutes les femmes prononcent cette phrase jusqu'au jour où l'amant d'une amie leur plaît.
XANTIPPE
J'admire ton cynisme !
MYRRHA
Et moi, ton calme ! Tu aurais dû crier, pousser des gémissements, proférer des menaces.
XANTIPPE
J'ai la voix faible. Je ne sais ni hurler ni faire de grands gestes ; mais je n'en souffre pas moins.
Si j'avais été à ta place, mes clameurs auraient fait trembler la maison.
XANTIPPE
Je n'ai pas, comme toi, passé mon enfance à crier dans les rues pour vendre aux passants des fleurs et des coquillages.
MYRRHA
Tu gardais les oies à la campagne. C'est une tâche paisible.
XANTIPPE
Oui !
MYRRHA
J'aurais bondi sur ma rivale. J'aurais arraché ses cheveux, griffé ses joues, crevé ses yeux !
XANTIPPE
Comme tu fis, à dix-huit ans, au cabaret de Neptune, quand tes dents déchirèrent l'oreille d'une rôdeuse qui t'avait enlev^ le cœur d'un savetier : c'est pourquoi tu restas en prison pendant plusieurs semaines.
MYRRHA
Ma violence est moins dangereuse que ta douceur calculée. Tu t'es appliquée à conserver une voix ingénue et des yeux enfantins. Qui soupçonnerait que tu fus la maîtresse et la complice de ces deux nègres qui étaient des lutteurs valeureux et des assassins hardis ?
XANT1PPC
Tu obéis à ton impulsion ? Tu ne sais pas dissimuler ? Mais n'as-tu pas savamment abêti le jeune Néarque afin qu'il te laissât tous ses biens et qu'il mourût prématurément?
MYRRHA
Et le vieux Ménélas qui t'appelait sa fille et que tu poussas pieusement dans sa petite voiture, à pas comptés, jusqu'à la mort ?
XANTIPPC
Tu mens ! Tu mens !
MYRRHA
Ne me donne pas un démenti, empoisonneuse !
XANTIPPC
Sangsue qui tue les adolescents I
MYRRHA
Fille à meurtriers !
Moisissure de cachot I Fléau public !
XANTIPPC
MYRRHA
XANTIPPC
Pestilence !
En menaçant Myrrha, Xantippe fait un faux pas et tombe dans ses bras.
Tu ne t'es pas fait mal ?
XANTIPPC, dans /es bras de Myrrha.
Non ! Ce n'est qu'un faux pas.
MYRRHA
Tu es jolie ! Pourquoi es-tu si méchante ?
XANTIPPE
Un moment de colère ! Pourquoi m'as-tu pris Clinias ?
MYRRHA
Je ne l'ai pas fait exprès. Je n'avais même pas fermé la porte. C'est toi qui nous a rapprochés en imaginant cette comédie qui devait me ramener Hippolyte.
XANTIPPE
Tu as un nouveau parfum ?
MYRRHA
Oui. 11 te plaît ?
XANTIPPE
Je comprends qu'il ait troublé Clinias. Ta beauté suffisait d'ailleurs à le conquérir?
MYRRHA
Oh ! Il n'est pas de ceux qui se laissent dompter.
XANTIPPE
Il est charmant, n'est-ce pas? Et puis... tu verras...
Crois-tu qu'il nous sera fidèle?
XANTIPPE
Non ! Mais nous n'aurons pas l'air de voir ses trahisons. Il ne faut pas lui faire de reproches, il ne faut même pas avoir l'air de souffrir de sa légèreté. Car il s'attriste du mal qu'il fait. Nous l'aimerons pour sa gaîté, pour son ardeur, pour son entrain...
MYRRHA
Pour sa jeunesse.
XANTIPPE
Ne lui demandons pas de vieillir.
MYRRHA
Je t'admire, Xantippe, et tu me plais.
XANTIPPC
Tu me plaisais depuis longtemps, Myrrha, mais, quand Hippolyte était là, je n'osais pas te le dire.