SCÈNE XV
Les Mêmes - LE PRINCE CHARMANT
LE PRINCE
Je n'ose approcher.
TURQUOISE, ne le regardant pas.
Et je n'ose vous regarder.
MANsouR, bas à Turçuo/se.
Il est très bien!
OPALC, idem.
Joli regard!
RUBIS, idem.
Bien élevé! «
VIOLETTE, idem.
Bonnes manières!
véRouM, idem.
Très élégant!
ROCK, idem.
Riche costume!
LA réE, idem.
Il est cfiarmant !
LE PRINCE, ^agenouillant devant Turquoise.
Ah! de grâce, Turquoise, tournez les yeux vers moi et ne me désespérez point par vos mortelles rigueurs.
MANSOUR, bas à Turquoise.
Il est touchant!
OPALE, idem.
Voix très prenante !
RUBIS, idem.
Gestes discrets !
VIOLETTE, idem.
Quelle attitude !
VÉROUM, idem.
Très pur langage !
ROCK, idem.
Très honorable !
LA réE, idem.
Il est charmant!
LE PRINCE
Cette extraordinaire métamorphose m'est chère puisqu'elle me prouve que vous aimiez sincèrement le monstre et que vous le regrettez. Mais ne me permettez-vous pas d'essayer de vous plaire ?
TURQUOISE
Celui que j'adorais n'est plus!
LE PRINCE
Il vit encore. Je vous supplie, Turquoise, de me regarder, de m'écouter.
TURQUOISE
Je ne veux pas vous voir. Je ne veux pas vous entendre.
LE PRINCE
Vous m'écouterez cependant. (Il s'approche d'elle.) Je vous aime, Turquoise, et vous serez ma femme. Je t'aime.
TURQUOISE, s' éloignant.
Laissez-moi !
LE PRINCE, la retenant.
Non! Non! Tu resteras! Depuis quelques minutes je m'efforce en vain d'être galant comme l'exige mon costume. Tu resteras!
TURQUOISE, se débattant.
Je veux partir.
LE PRINCE
Tu resteras.
TURQUOISE, le regardant.
Ah !
LE PRINCE, un peu brutal.
Tu resteras!
TURQUOISE
Je reconnais la flamme de vos yeux! Ah! Vous aviez raison! La bête n'est pas morte.
LE PRINCE, l'embrassant.
Ainsi, par un baiser, finit cette aventure : C'est un hommage à la nature.
ROCK
Cette histoire où l'on voit les monstres triomphants Charmera les petits enfants.
YÉROUM
Plus d'un conteur dira cette métamorphose. Que de vers je prévois, o ciel, et que de prose!
MANSOUR
Dans l'avenir le plus lointain On me connaîtra : c'est certain!
La gloire est promise à ma cendre.
Ahl quel bonheur d'avoir un gendre!
TURQUOISE
0 père vénérable, ô très sage Mansour, Désire-t-on la gloire alors qu'on a l'amour?
Le PRINCE CHARMANT
L'amant heureux qui veut la renommée Est semblable, ma bien-aimée, Au riche qui possède un amas d'or, sans prix, Et qui souhaite un grain de riz.
LA rée
La morale de cette histoire véridique...
VIOLETTE
Ecoutez bieni C'est le moment!
LA rée
La morale, c'est qu'un amant Ne doit pas être platonique.
Jupiter qui fut cygne et qui devint taureau Savait bien pourquoi la femme s'ennuie.
OPALE, rêveuse.
Taureau, taureau, c'est un peu trop!
RUBIS
Ma chère Opale, il fut aussi ta pluie D'or pur qui charma Danaé.
OPALE
Moi je songe à Pasiphaé.
Jupiter n'était pas un amoureux d'églogue; il connaissait notre âme, enfin : quel psychologue!
VIOLETTE, au public.
Ne soyez pas tendres, Messieurs, Pour dompter nos âmes rebelles.
LA FÉE
Imitez le maître des cieux :
Quelque brutalité ne déplaît pas aux belles.
OPALE, se penchant sur Yéroum.
Sachez que la plus fière tête Rêve souvent de s'abaisser...
TURQUOISE, inclinée sur les lèvres du Prince.
11 est sincère, le baiser
Que donne la Belle à la Bête!
RIDEAU
Les Sabots de Vénus
fantaisie en un acte, suivi d'un ballet.
A MON AMI MANZ1
Cette fantaisie a été représentée ies 3 et 5 juillet 1909,
à Maisons-Laffitte, sur le Tiiéâtre du comte Robert de Ciermont-Tonnerre.
PERSONNAGES
APHRODITE Mlle nelly Cormon
LA COMÉDIENNE M'ie Juliette Clarens
MINERVE M"e Catherine Fonteney
LA NYMPHE DES VAGUES . . M'ie Bertile Leblanc
L'ADOLESCENT M"e Gabrielle Robinne
LE FAUNE RUDE Mme Marthe Mellot
LE FAUNE ÉLÉGANT M'ie Monna Delza
LE VIEILLARD M. Henry Beaulieu
Un bois près de ia mer. — En Piiénicie. — Jadis.