MINERVE - APHRODITE
APHROOrrE
Eh bien ! Sage déesse, me diras-tu ce qui me vaut l'honneur de ta visite ?
MINERVE
Aphrodite, renonce à ce ton ironique, hostile. Tu peux m'accueillir avec joie : je fapporte le pardon des dieux.
APHRODrTE
Vraiment ?
MINERVE
Ils consentent tous à oublier les événements qui, ces jour» derniers, ont troublé la sérénité de l'Olympe.
APHRODITE
Jupiter ne fronce plus le sourcil ?
MINERVE
Non!
APHRODITE
Junon ne pousse plus des cris de paon ?
MINERVE
Elle te sourira.
APHRODITE
Et toi-même?
Je suis venue à toi en messagère de la paix.
APHRODITE
Cependant tu fus sévère, tu fus impitoyable, l'autre jour....
MINERVE
Oublions cette mauvaise heure. Ne parlons plus de cet incident douloureux.
APHRODITE
Pourquoi ? Je n'ai point honte d'avoir été prise avec Mars dans le filet que Vulcain fabriqua avec une patience toute conjugale.
MINERVE
Quoi ! Peux-tu sans rougir... ?
APHRODITE
Oui, je peux. Attirée par les clameurs de ce... mari, tous les dieux ont contemplé ma nudité à travers les mailles dorées. Je ressemblais à une courtisane de l'Orient. Mais Mars avait une attitude piteuse. •
MINERVE
Que voulais-tu qu'il fit contre toi?
APHRODITE
Qu'il m'aimât ! Qu'il ne se laissât pas intimider par l'assemblée des dieux et par la présence de mon mari ! Mais non ! Il baissait la tête, comme un enfant pris en faute. C'est en de telles minutes qu'on apprécie l'exacte valeur d'un amant.
MINERVE
Alors, tu regrettes d'avoir trahi Vulcain ?
APHRODire Dis que Je me repens, Minerve. «
MINCRVe
Vraiment ? Tu te repens ?
APHRODITE
Je me repens d'avoir si mal choisi mon complice.
MINCRVe
Oh ! Aphrodite !
APMRoorrc
Sous son armure brillante, Mars n'a rien, Minerve : Il manque tout à fait de cœur. Et il en est ainsi de tous les dieux!
MINBRVC
Qu'en sais- tu?
APHRoorre Tu peux m'en croire.
MINERVE
Je suis heureuse de te voir si totalement désabusée. Tu ne chercheras donc plus de folles aventures et tu demeureras, enfin, tranquille.
APHRODITE
Ce n'est certes pas moi qui apporterai le désordre dans cette maison sacrée.
MINERVE
N'est-ce pas?
Car je n'y retournerai jamais.
MINERVE
Mais pourquoi? Pourquoi?
APHRODITE
Je crains de m'y ennuyer, pudique Minerve. Vous m'avex rejetée du ciel, vous m'avez exilée sur la terre...
MINERVE
La nécessité du moment! Il y avait eu scandale: on fa révoquée; on te réintègre.
APHRODrre
Vous êtes très gentils : mais je démissionne.
MINERVE
C'est ^sensé! Réfléchis!
APHRODITE
J'ai réfléchi.
MINERVE
Il est agréable d'être déesse.
APHRODITE
Il est plus agréable d'être femme.
MINERVE
Malgré tous tes efforts, tu ne peux renoncer à l'éternelle jeunesse, à l'immortalité.
Je n'éprouve pas le besoin de vieillir et de mourir. Je me résigne volontiers à demeurer toujours aimable.
MINERVE
Mais qu'allons-nous devenir?
APHRODITE
Vous continuerez de régner sur l'univers.
MINERVE
Oh! si tu savais la tristesse de notre existence depuis que tu es partie!
APHRODITE
Raconte.
MINERVE
Tout d'abord, les dieux étaient heureux. Comme ils étaient tous jaloux du bonheur que tu avais donné à Mars, ils se félicitaient de ton châtiment. Car ils ont le sentiment profond de la justice. Les déesses, délivrées d'une rivale, s'embrassaient. Mais bientôt une grande mélancolie pesa sur notre assemblée. La lumière semblait pâlir. Nous redoutions l'ombre et le froid. C'est que tu n'étais plus là, chère Aphrodite. Reviens, et ranime les dieux !
APHRODITE
Non! Je ranimerai les hommes!
MINERVE
Folle!
Ils m'aimeront et me donneront de grandes Joies. N'as-tu pas vu ces deux adolescents qui m'adorent? Ils sont gracieux, intelligents, et cependant ils sont souples et chauds comme des
bfites.
mmcRve
Je suis assez clairvoyante, Aphrodite : ces Jeunes faunes sont
plus adroits que sincères.
APHRODtTC
Ah! Minerve. L'adresse vaut bien la sincérité! Eh! Qu'ils mentent ou qu'ils disent vrai, qu'ils soient perfides ou naïfs, les habitants de la terre ne sont préoccupés que d'amour. Ils ne songent qu'à s'agenouiller devant mon sanctuaire. Qu'importe la route qu'ils prennent pour arriver jusqu'à moi? Ils bondissent comme des brutes ou ils s'avancent gravement, le front levé vers les astres. En s'abîmant dans le plaisir, ils s'élèvent jusqu'au ciel. Ce sont des animaux et ce sont des dieux : aussi pour représenter le peuple innombrable de mes fidèles, j'aurai toujours prés de moi deux petits faunes aux regards sauvages et caressants.
MINCRVC
Mais...
APHROorrc
N'insiste pas. C'est l'heure où l'un de mes amoureux me vient faire visite.
MINERVE
Je te laisse. Mais sache bien que l'Olympe attend ton retour. Tu n'as qu'à monter.
APHRODITE
Adieu!
Au revoir. (Elle va vers le fond.) Cet homme au riche costume qui vient vers nous, c'est ton amoureux?
Sans doute.
Il n'est plus jeune.
C'est lui, certainement.
APHRODITE
MINERVE APHRODrrE
MINERVE
Mais il est adroitement maquillé. Quoi! Tu f intéresses aux
vieillards ?
APHRODITE
La divinité doit être bienveillante à la noblesse de l'effort et à l'énergie de l'intention.
MINERVE
Au revoir!
(Minerve sort.)