‹ Trois pièces galantes [par] NozièreChapitre 41 sur 59 · MINERVE - APHRODITE · texte numérisé non relu

MINERVE - APHRODITE

APHROOrrE

Eh bien ! Sage déesse, me diras-tu ce qui me vaut l'honneur de ta visite ?

MINERVE

Aphrodite, renonce à ce ton ironique, hostile. Tu peux m'accueillir avec joie : je fapporte le pardon des dieux.

APHRODrTE

Vraiment ?

MINERVE

Ils consentent tous à oublier les événements qui, ces jour» derniers, ont troublé la sérénité de l'Olympe.

APHRODITE

Jupiter ne fronce plus le sourcil ?

MINERVE

Non!

APHRODITE

Junon ne pousse plus des cris de paon ?

MINERVE

Elle te sourira.

APHRODITE

Et toi-même?

Je suis venue à toi en messagère de la paix.

APHRODITE

Cependant tu fus sévère, tu fus impitoyable, l'autre jour....

MINERVE

Oublions cette mauvaise heure. Ne parlons plus de cet incident douloureux.

APHRODITE

Pourquoi ? Je n'ai point honte d'avoir été prise avec Mars dans le filet que Vulcain fabriqua avec une patience toute conjugale.

MINERVE

Quoi ! Peux-tu sans rougir... ?

APHRODITE

Oui, je peux. Attirée par les clameurs de ce... mari, tous les dieux ont contemplé ma nudité à travers les mailles dorées. Je ressemblais à une courtisane de l'Orient. Mais Mars avait une attitude piteuse. •

MINERVE

Que voulais-tu qu'il fit contre toi?

APHRODITE

Qu'il m'aimât ! Qu'il ne se laissât pas intimider par l'assemblée des dieux et par la présence de mon mari ! Mais non ! Il baissait la tête, comme un enfant pris en faute. C'est en de telles minutes qu'on apprécie l'exacte valeur d'un amant.

MINERVE

Alors, tu regrettes d'avoir trahi Vulcain ?

APHRODire Dis que Je me repens, Minerve. «

MINCRVe

Vraiment ? Tu te repens ?

APHRODITE

Je me repens d'avoir si mal choisi mon complice.

MINCRVe

Oh ! Aphrodite !

APMRoorrc

Sous son armure brillante, Mars n'a rien, Minerve : Il manque tout à fait de cœur. Et il en est ainsi de tous les dieux!

MINBRVC

Qu'en sais- tu?

APHRoorre Tu peux m'en croire.

MINERVE

Je suis heureuse de te voir si totalement désabusée. Tu ne chercheras donc plus de folles aventures et tu demeureras, enfin, tranquille.

APHRODITE

Ce n'est certes pas moi qui apporterai le désordre dans cette maison sacrée.

MINERVE

N'est-ce pas?

Car je n'y retournerai jamais.

MINERVE

Mais pourquoi? Pourquoi?

APHRODITE

Je crains de m'y ennuyer, pudique Minerve. Vous m'avex rejetée du ciel, vous m'avez exilée sur la terre...

MINERVE

La nécessité du moment! Il y avait eu scandale: on fa révoquée; on te réintègre.

APHRODrre

Vous êtes très gentils : mais je démissionne.

MINERVE

C'est ^sensé! Réfléchis!

APHRODITE

J'ai réfléchi.

MINERVE

Il est agréable d'être déesse.

APHRODITE

Il est plus agréable d'être femme.

MINERVE

Malgré tous tes efforts, tu ne peux renoncer à l'éternelle jeunesse, à l'immortalité.

Je n'éprouve pas le besoin de vieillir et de mourir. Je me résigne volontiers à demeurer toujours aimable.

MINERVE

Mais qu'allons-nous devenir?

APHRODITE

Vous continuerez de régner sur l'univers.

MINERVE

Oh! si tu savais la tristesse de notre existence depuis que tu es partie!

APHRODITE

Raconte.

MINERVE

Tout d'abord, les dieux étaient heureux. Comme ils étaient tous jaloux du bonheur que tu avais donné à Mars, ils se félicitaient de ton châtiment. Car ils ont le sentiment profond de la justice. Les déesses, délivrées d'une rivale, s'embrassaient. Mais bientôt une grande mélancolie pesa sur notre assemblée. La lumière semblait pâlir. Nous redoutions l'ombre et le froid. C'est que tu n'étais plus là, chère Aphrodite. Reviens, et ranime les dieux !

APHRODITE

Non! Je ranimerai les hommes!

MINERVE

Folle!

Ils m'aimeront et me donneront de grandes Joies. N'as-tu pas vu ces deux adolescents qui m'adorent? Ils sont gracieux, intelligents, et cependant ils sont souples et chauds comme des

bfites.

mmcRve

Je suis assez clairvoyante, Aphrodite : ces Jeunes faunes sont

plus adroits que sincères.

APHRODtTC

Ah! Minerve. L'adresse vaut bien la sincérité! Eh! Qu'ils mentent ou qu'ils disent vrai, qu'ils soient perfides ou naïfs, les habitants de la terre ne sont préoccupés que d'amour. Ils ne songent qu'à s'agenouiller devant mon sanctuaire. Qu'importe la route qu'ils prennent pour arriver jusqu'à moi? Ils bondissent comme des brutes ou ils s'avancent gravement, le front levé vers les astres. En s'abîmant dans le plaisir, ils s'élèvent jusqu'au ciel. Ce sont des animaux et ce sont des dieux : aussi pour représenter le peuple innombrable de mes fidèles, j'aurai toujours prés de moi deux petits faunes aux regards sauvages et caressants.

MINCRVC

Mais...

APHROorrc

N'insiste pas. C'est l'heure où l'un de mes amoureux me vient faire visite.

MINERVE

Je te laisse. Mais sache bien que l'Olympe attend ton retour. Tu n'as qu'à monter.

APHRODITE

Adieu!

Au revoir. (Elle va vers le fond.) Cet homme au riche costume qui vient vers nous, c'est ton amoureux?

Sans doute.

Il n'est plus jeune.

C'est lui, certainement.

APHRODITE

MINERVE APHRODrrE

MINERVE

Mais il est adroitement maquillé. Quoi! Tu f intéresses aux

vieillards ?

APHRODITE

La divinité doit être bienveillante à la noblesse de l'effort et à l'énergie de l'intention.

MINERVE

Au revoir!

(Minerve sort.)

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