‹ Trois pièces galantes [par] NozièreChapitre 6 sur 59 · MIRRHA, CLINIAS · texte numérisé non relu

MIRRHA, CLINIAS

MYRRHA

Elle est charmante.

CLINIAS

N'est-ce pas ?

MYRRHA

Et quelle leçon elle me donne ! Elle ne veille pas sur son amant avec une attention blessante; elle n'est pas jalouse.

CLINIAS

Elle a confiance en ma tendresse.

MYRRHA

Tu ne rougis pas de la trahir ?

CLINIAS

Je lui suis fidèle.

MYRRHA

Tu mens bien. Tu mens comme une femme.

Je te jure, Myrrha...

MYRRHA

Mais tu choisis trop souvent des filles indiscrètes. Elles racontent comment tu les reçois dans ton atelier.

CUNIAS

Elles se vantent.

MYRRHA

Tu es donc un amant constant ?

CLINIAS

Peux-tu en douter ? Ne sais-tu pas que je n'aime que ma chère Xantippe !

MYRRHA

Je te croirais si je n'avais entendu les confidences les plus précises...

CLINIAS

Pausses confidences...

MYRRHA

Et les plus flatteuses pour ta jeunesse.

CUNIAS

Tu m'intéresses.

MYRRHA

Une de mes amies, — Glycère, — m'a affirmé que tu a»...

CUNIAS

Quoi ?

C'est difficile à dire.

CUNIAS

Répète ses paroles.

MYRRHA

Oh ! non ! Ne blesse pas ma pudeur. Je résumerai seulement tout ce qu'elle m'a conté. Si je l'en crois, tu as... d'excellentes manières. Eh bien ? Est-ce vrai ?

CLINIAS

On ne saurait être à la fois juge et partie.

MYRRHA

Tu reconnais donc que Glycère...

CLINIAS

Non, Myrrha ! Même si une femme cherche à se compromettre, je me refuse à l'y aider. Glycère n'est et n'a jamais été rien pour moi.

MYRRHA

Tu es discret. C'est une vertu professionnelle.

CLINIAS

Oh ! Myrrha !

MYRRHA

Tu es fâché parce que je te compare aux courtisanes ? Tu es blessé de ce rapprochement.

CLINIAS, venant près du siège sur lequel est étendue Myrrha. Non!

MYRRHA

Que fais-tu ?

Je me rapproche.

Mais...

CLINIAS

MYRRHA

CLINIAS

Ne dois-je pas être tout près de toi, si nous voulons inspirera Hippolyte cette jalousie qui éveillera son amour ?

MYRRHA

Il est vrai.

CLINIAS

Permets donc que mon bras serre ton corps.

MYRRHA

Ah

CUNIAS

Quoi ? *

J'aurais cru ton étreinte moins puissante. Ne me serre pas ainsi.

CLINIAS

Est-ce mieux ?

Oui.

Tu es bien ?

Très bien.

Attendons.

Que peut-il faire ?

Des paquets !

MYRRHA

CUNIAS

MYRRHA

CUNIAS

MYRRHA

CUNIAS

MYRRHA

Il n'avait pourtant pas un grand nombre de vêtements ici. Il avait ce qui est nécessaire pour la nuit.

Rien ?

MYRRHA

Ou presque I Et aussi des palmes, des couronnes.

CLINIAS

Sa gloire! Il l'enveloppe avec un soin méticuleux. N'en sois pas étonnée.

MYRRHA

Mais Leucoé est là pour l'aider.

CLINIAS

Ce sera plus long encore.

MYRRHA

Tu crois ?

CLINIAS

Elle est jolie.

MYRRHA

Oh I Une servante...

CLINIAS

C'est une servante qui fut ma première maîtresse. Il est rare que les hommes entrent dans le palais de l'amour par la grande porte. Ils passent presque tous par la cuisine.

MYRRHA

Tu n'as pas honte d'une si basse initiation ?

Non, j'ai connu les servantes du temple avant d'être admis auprès des dévotes et des prêtresses : c'est l'ordre logique.

MYRRHA

Les prêtresses d'Eros sont les courtisanes ?

CLINIAS

Oui ! Les courtisanes, les danseuses et aussi les femmes élégantes et riches que la puissance de l'or élève au-dessus de la vertu vulgaire.

MYRRHA

Et les dévotes ?

CLINIAS

Les dévotes d'Eros sont les matrones scrupuleuses et défaillantes, les vierges timides, mais inquiètes...

MYRRHA

Préfères-tu la foule des dévotes à l'élite des prêtresses ?

CLINIAS

J'aime les prêtresses et leurs mouvements rituels : j'ai l'âme religieuse.

MYRRHA

Enfant I

CUNIAS

Mais mon bras s'engourdit et Hyppolyte ne vient pas. Souffre que je me place plus commodément pour l'attendre. Laisse ma tête reposer sur ton corps.

MYRRHA

Je t'en prie...

CLINIAS

Ne veux-tu pas éveiller la jalousie d'Hippolyte ?

MYRRHA

Oui!

CUNIAS

Que je sente du moins sur mon front la fraîcheur de tes mains !

MYRRHA

Non!

CLINIAS, caressant une main de Myrrha.

Elle est douce ta main. Chaque matin l'esclave vient la polir pour qu'elle soit agréable à baiser et l'assouplir pour qu'elle soit favorable à la caresse. J'aime la finesse de tes doigts et tes ongles roses et durs. Tu griffes bien.

MYRRHA

Qu'en sais-tu ?

CLINIAS

Je devine. En regardant ta main, je te comprends.

MYRRHA

Es-tu donc un sorcier qui lit notre caractère et notre avenir dans le réseau des lignes ?

CUNIAS

Non, je laisse cette science incertaine à ceux qui n'ont que cette occasion d'effleurer les mains féminines. Je me contente de regarder la forme.

MYRRHA

Et tu en conclus ?

CLINIAS

Tu es ardente, Myrrha...

MYRRHA

Tout Byzance le sait !

CLINIAS

Tu n'aimes que la volupté, tu la recherches avec ferveur, et tu ne l'as pas encore ressentie.

MYRRHA

Vraiment ?

CLINIAS

Tu souhaites des heures de joie : Hippolyte ne t'a donné que des minutes.

MYRRHA

Quelles minutes, par Aphrodite ! Et souvent elles revenaient !

CLINIAS

Tu ne sais pas ! Tu ne sais pas !

MYRRHA

J'écoute !

Il est des choses qu'on n'ose pas dire.

MYRRHA, caressant Je front de Clinias.

Parle !

CLINIAS

Rappelle-toi que le dieu de la force ne fut pas aimé des femmes. L'une se moquait de lui et l'obligeait à filer auprès de son rouet; l'autre lui fit présent d'une robe fatale. Myrrha, la massue n'est pas l'attribut de la volupté.

MYRRHA

Tu dédaignes la massue parce que tu ne la possèdes pas.

CLINIAS

Le brutal Samson n'inspira que de la haine à Dalila.

MYRRHA

Elle n'aimait pas les Juifs. C'est un préjugé qui est encore vivace à Byzance.

CUNIAt

Myrrha, Myrrha, le jeune Eros n'assomme pas ceux que son caprice a choisis. Il lance contre eux des flèches fines qui pénètrent dans la chair et qui tuent lentement. Il se réjouit des agonies durables, des gémissements prolongés. L'ivresse d'amour ne doit pas être un accident, mais un supplice habile et gradué !

MYRRHA

Je me défie de ceux qui parlent.

Je sais me taire.

MYRRHA, jouant avec les boudes de Clinias. Tes cheveux me plaisent... Tu ne dis plus rien...

CLINIAS

J'attends I

MYRRHA

Quoi donc ?

CUNIAS

J'attends Hippolyte...

MYRRHA

Ah ! oui I

CLINIAS

Et je suis très mal pour l'attendre. Pais-moi place auprès de toi.

MYRRHA

Viens !

Clinias s'agenouille sur le siège sur lequel est étendue Myrrha.

MYRRHA

Laisse mes mains et ne me regarde pas ainsi. Que cherches-tu dans mes yeux ?

CUNIAS

Je n'avais jamais vu leur couleur.

MYRRHA

Tu es déçu?

Au contraire!

MYRRHA

Comment donc sont mes yeux, ce soir? Serais-je devenue laide? Où est mon miroir? Lève-toi et donne-moi mon miroir. Cher Clinias, ne reste pas immobile ! Parle ! Je veux entendre le son de ta voix.

CLINIAS

Tu redoutes le silence et ses forces obscures.

MYRRHA

Clinias, je t'en prie! Je ne sais pas ce que tu imagines. Je ne veux pas.

CLINIAS

Tais-toi !

MYRRHA

Je ne veux plus voir tes yeux. Je ne veux pas ! Je ne veux pas ! Je serais trop malheureuse ! Tu es infidèle, tu es perfide ! Tes yeux sont menteurs 1 Je ne veux plus te regarder.

CLINIAS, la serrant dans ses bras et /'embrassant sur /es /èvres.

Eh bien ! ferme les yeux !

MYRRHA

Ah!

Si/ence. C/inias re/ève enfin /a tête. Myrr/ia regarde C/inias, tioche /a tête et murmure :

Hippolyte ne vient pas !

Myrrha !

// s'étend à demi contre e//e, /a tête sur /e sein de Myrrha.

MYRRHA, d'une voix faib/e.

C'est mal !

CLINIAS

C'est bien !

MYRRHA

Ah ! Clinias ! Quel philtre m'as-tu versé ? Quel pouvoir magique ont tes yeux ? Je sens, hélas ! que je t'appartiens.

CLINIAS

Tu exagères !

MYRRHA

Tu es un enfant et tu peux faire de moi ce que tu veux Je voudrais mourir pour toi I

CLINIAS

Nous verrons I

Doucement Myrrha ^incline vers /es lèvres de Clinias. Enfin entre Hippolyte.

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