NANA, GEORGES, ZOÉ
Les enfants au maillot, alors!... (A Georges qui reste effaré.
son bouquet à la main.) Tu veux donc qu'on te mouche, bébé?
GEORGES, d'une voix basse et suppliante.
Oui!
NANA
Est-il drôle!... Voyons, qui es-tu?
GEORGES
Je m'appelle Georges Hugon et j'ai dix-sept ans.
NANA
Tu t'appelles Georges Hugon, tu as dix-sept ans... Zizî, va!
GEORGES
Hier, j'étais au théâtre. Alors, aujourd'hui, je suis venu
NANA, riant toujours.
Mais je ne prends pas d'enfants en sevrage!
GEORGES
Oh! ne vous moquez pas, je vous en prie!
NANA
C'est pour moi, ces fleurs?
GEORGES
Oui.
Donne-les donc, nigaud. En lui donnant les fleurs, Georges se jette sur ses mains qu'il dévore de baisers.) Eh bien ! VeUX-tU me
lâcher! A-ton jamais vu!... Zoé, mets-moi ce petit
homme à la porte!
GEORGES
Madame, je pourrai revenir, n'est-ce pas?
NANA
Oui. si vous êtes sage.
GEORGES
Merci ! merci ! (Il sort, poussé par Zoé, en jetant des baisers à Nana du bout des doigts. Puis, il embrasse Zoé.)
ZOÉ
Veux-tu bien finir! Il est enragé, ce petit-là! SCÈNE XYII
NANA. puis ZOÉ et FRANCIS
NANA, seule.
C'est beau, la jeunesse. Son bouquet sent très bon. Et il était si tremblant, avec son air hardi; Quel enfant!
NANA. 237
ZOÉ, rentrant.
Madame, le coiffeur.
FRANCIS, vidant ses poches.
La poudre de riz... les pralines...
Dites donc, Francis, pourriez-vous ajouter cinq louis?
FRANCIS
Cinq louis?
NANA
Je vous les rendrai dimanche.
FRANCIS
Cinq louis, certainement! Davantage, si vous en avez besoin... Après la soirée d'hier!
NANA, prenant l'argent.
Merci... Je vais sortir.
ZOÉ
Et monsieur Dagenet, Madame l'oublie.
NANA
Tiens! c'est vrai, il doit venir à cinq heures... Décidément, il faut en finir. Madame Maloir va me faire une lettre que tu lui remettras.
ZOÉ, ouvrant la porte et appelant.
Madame Maloir!