‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 108 sur 239 · LES MÊMES, MADAME LERAT, MADAME MALOIR · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MADAME LERAT, MADAME MALOIR

MADAME MALOIR.

Qu'y a-t-il?... Vous savez, j'ai gagné, ma chère!

Heureusement, je n'ai joué que l'honneur.

NANA, à madame Maloir.

Écoutez, vous allez me faire une lettre.

MADAME LERAT, effarouchée.

Une lettre d'amour?

NANA

Au contraire, une lettre de congé... Seulement, mettez y du cœur. Je me fie à vous pour ça. Vous signerez de mon nom, comme d'habitude... (a madame Lerat.) Et toi, c'est bien entendu, prends le premier train, que j'embrasse mon pauvre mignon demain soir.

MADAME LERAT

Sois tranquille.

NAXA.

Zoé, mon chapeau... (a madame Maloir.) Tenez! voilà de l'encre et du papier... Allons, bon! où y a-t-il une plume?

FRANCIS

Une plume... En voilà une, là, dans la brosse.

NAXA.

Donnez. (Elle la passe à madame Maloir, qui smstalle devant le guéridon. Madame Lerat fait une réussite. Zoé. qui est entrée dans la chambre, en revient avec le chapeau.

MADAME MALOIR.

Voyons, comment commencerai-je?

FRANCIS

« Mon trésor. »

N'aimeriez-vous pas mieux : « Mon petit homme chéri »?

NANA

C'est peut-être un peu tendre pour un congé.

MADAME LERAÏ.

(Juand on lâche un homme, on doit le lâcher gentiment.

FRANCIS

C'est mon avis.

MADAME MALOIR, écrivant.

« Mon petit homme chéri, j'ai le regret de t'annoncer que tu dois dorénavant cesser de venir me voir, parce que... » (Cessant d'écrire.) Parce que... voilà l'embarrassant.

MADAME LERAT, continuant sa réussite.

Pourquoi donc? Vous n'avez qu'à mettre : parce que je veux rentrer dans le chemin de l'honneur.

ZOÉ, vivement.

Ne mettez pas ça... Madame aurait l'air de se ficher de lui.

NANA

Zoé!... Mettez simplement : parce que ça ne se peut plus.

FRANCIS

Ça dit tout.

Et je termine par : mille baisers.

MADAME LERAT

Ajoutez : Sur tes beaux yeux... Ça leur fait toujours plaisir.

MADAME MALOIR, écrivant.

« Mille baisers sur tes beaux yeux... Nana»... Elle est très bien !

NANA

Enfin, je suis donc libre! Une idée! Si je dînais seule? Oui, je vais faire un tour au Bois, et je dînerai seule. Il y a si longtemps que ça ne m'est arrivé!... (Elle se dirige vers le fond.) Bonsoir tout le monde !

(Rideau.)

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