‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 111 sur 239 · LE COMTE · texte numérisé non relu

LE COMTE

Ah: monsieur La Faloise... Vous êtes don»' aussi dans notre pays?

LA FALOISE.

Avec mon oncle, oui, monsieur le comte.

PHILIPPE, continuant une conversation commencée avec le marquis.

Laissez donc, la heauté du diahle: et une vulgarité!

LA FALOISE, bas à Steiner.

Quel est cet olïicier?

STEINER. bas.

Philippe Hugon, le fils aine de madame Hugon, le frère du petit Georges... Leur père, qui en est mort. s'est presque ruiné en faisant ses farces ave,- le marquis.

LE MARQUIS, reprenant la conversation.

Mon cher Philippe., vous êtes bien sévère.

STEINER

De qui parlez-vous donc, messieurs?

PHILIPPE

De cette Nana qui fait courir Paris et dont vous causiez tous ce matin encore chez ma mère. Cela m'exaspère à la fin, et l'indignation m'emporte, lorsque j'entends les plus honnêtes femmes s'occuper ainsi de ces demoiselles.

LE MARQUIS, souriant.

Décidément, vous êtes un vertueux.

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PHILIPPE

Je vous en prie, ne me faites pas trop ridicule pour un lieutenant de vingt-huit ans. Je ne suis pas plus rigoriste qu'un autre, puisque j'ai cédé au désir bête de tout le monde et que je suis allé à ce théâtre... Mais, en vérité, votre Nana m'a révolté.

STEINER, l'interrompant.

On voit bien que vous ne la connaissez pas. Si vous la connaissiez!

LE MARQUIS, souriant toujours.

C'est singulier comme la jeunesse d'aujourd'hui pousse au noir les choses les plus aimables de la vie. Ek ! prenez donc Nana gaiement, pour le peu qu'elle vaut!

Philippe.

Gaiement!... Ah! monsieur le marquis!

LÉ MARQUIS, très grave.

Oui, je sais, Philippe, que votre mère a souffert beaucoup des fautes de votre père, mon vieil ami Hugon, dont je vous demande pardon d'évoquer le souvenir... Seulement, croyez-moi, contentez-vous de mépriser ces dames, ne les grandissez pas.

PHILIPPE

C'est vrai, je les hais pour toutes les larmes que j'ai vu verser à ma mère... Mais elles grandissent bien toutes seules, elles débordent et emplissent Paris... Si l'alcool brûle le peuple aux entrailles et l'assomme, ce sont les filles comme Nana qui nous détraquent et nous empoisonnent, nous les heureux et les riches, si fiers de notre éducation.

STEINER

Oh ! oh !

Ml'FEAT, qui jusque-là a écouté en silence.

N'interrompez pas. monsieur Steiner.

STEINER. riant.

(Test que je trouve ça drôle.

PHILIPPE

Vous trouvez ça drôle, monsieur. Eh bien ! vous avez tort. C'est d'une grande tristesse, au contraire... Voulez-vous que je vous dise l'origine de votre Nana?

STEINER

Vous la connaissez?

PHILIPPE

Non. mais toutes ont la même origine ou à peu près... Votre Nana est née de quatre ou cinq générations d'ivrognes, le sang gâté par une longue hérédité de misère et de boisson. Elle a certainement poussé dans un faubourg, sur le pavé parisien; et, grande, superbe, ainsi qu'une plante de plein fumier, elle venge les siens, les affamés et les gueux.

LE MARQUIS

Le voilà qui tourne au révolutionnaire!... Alors, c'est notre faute?

PHILIPPE

Parfaitement!... Avec votre Nana, la pourriture que vous laissez fermenter dans le peuple, remonte et pourrit l'aristocratie; car, sans le vouloir elle-même, elle devient une force de la nature, un ferment de destruction.

LA FALOISE, bas à Steiner.

Je prends des notes. Un sujet d'article magnifique! (A Philippe, haut.) Apre s, après.

PHILIPPE

Après?... J*ai fini. Votre Nana, c'est la mouche couleur de soleil, envolée du ruisseau, une mouche qui prend la mort sur les charognes tolérées le long des chemins, et qui, bourdonnante, dansante, jetant un éclat de pier-

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rerie, empoisonne les hommes rien qu'à se poser sur eux, dans les palais, où elle entre par les fenêtres.

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