NANA. GEORGES
(La scène reste vide un instant. Puis, à droite, au plus épais des feuillages. les branches s'écartent, et l'on voit apparaître Nana et Georges. les bras h la taille.)
GEORGES, continuant une conversation.
Et ils avaient un grand chien qui les suivait dans les bois... C'était plein de palmiers, de plantes hautes comme des maisons, de fruits sauvages délicieux. Làdedans, au milieu des verdures, ils restaient cachés pendant des journées entières, et ils s'aimaient tellement, qu'ils rêvaient d'y vivre toujours, sans jamais voir personne... Gomment! tu n'as pas lu Paulet Virginie?
NANA
Eh! non ! je n'ai rien lu, je suis une bête! Il faudra que j'apprenne, ça m'ennuie trop de ne pas savoir... C'est comme la campagne, je ne la connaissais pas. \ Quand j'étais petite, longtemps j'ai souhaité vivre dans [ un pré, avec une chèvre, parce qu'un matin, sur le talus des fortifications, j'avais vu une chèvre qui bêlait, attachée à un pieu. Et, maintenant, toute cette terre qui [i m'appartient, tous ces champs alentour, ça me gonfle le cœur. Il me semble que je redeviens gamine.
GEORGES
Alors, dis-moi, pourquoi n'aimes-tu pas davantage ton Zizi?... Tu devrais mettre ce monde à la porte, et cet affreux Steiner, et l'autre, le comte, qui rôde sans cesse.
C'esf fait, monsieur... Ce soir, ils partent tous, et j'ai refusé de les suivre... Veux-tu que nous ne retournerions jamais à Paris? Nous vivrons à la campagne, toujours ensemble.
GEORGES
Oh ! Olli! oh! OUi! (On entend chanter nu rossignol.)
NANA
Chut:
GEORGES
C'est un rossignol... Tiens! là-haut. Tu le vois?
NANA
Non... Le rossi-noi chante. Ah! oui, sur celte branche Très émue.) Mon Dieu ! qu'il chante bien!
GEORGES
Tu pleures?
NANA
Il y a une romance là-dessus, et je pleurais malgré] moi, à l'atelier, quand on la chantait... Ah! tout ce que
Came rappelle! Elle s*assoit au pied de l'arbre. Le rossignol chante.)
Jamais je n'en avais entendu... (la me donne un petit frisson.
GEORGES, voulant la prendre dans ses bras.
Cher amour, que je t'aime!... Pourquoi me repous-L-tu toujours?
J'ai honte, laisse-moi!
GEORGES
Honte! nous sommes seuls... Rien qu'un baiser.
NANA
Laisse-moi! Je t'aime bien, mais, je t'en prie, laissemoi!... Nous sommes si gentils comme ça, tous les deux. Pourquoi veux-tu des choses qui me feraient de la peine?
c II veut encore la saisir, elle se dégage violemment et se lève.) Noil, 110U, jamais! Gaiement, en apercevant le pommier.) Oh ! des pOllimeS !
Si le irarde-champètre ne nous voyait pas!
GEORGES
Tu en veux? attends !
NAXA. 2o3
NANA
Prends garde de tomber... Ah! la belle rouge, là. sou? ta main.
GEORGES
Celle-ci?... Tiens, attrape! (il la lui jette.)
NANA, mordant dans la pomme.
Elle est d'un sucre ! C'est ça qui est bon !
GEORGES
Méfie-toi! (Il secoue les branches, une grêle de pommes tombe.
NANA, criant et riant.
Descends donc! Nous allons en remplir nos poches.
C'est Ça... Je Vais t'aider. (Il la prend à la taille, en jouant.
>\\>"A, riant.
Laisse-moi les ramasser, taquin !
GEORGES, l'embrassant.
Je savais bien que je t'embrasserais!
(A ce moment, madame Hugon et Philippe reparaissent sur la route.