SCÈNE III LES MÊMES, NANA
NANA
Qu'est^ie donc. Zoé?
LOUISET , courant à elle.
Ah! maman! maman!
NANA , heureuse.
Comment! c'est toi, mon chéri ?(A madame Lerat.iU lui est arrivé quelque chose?
Non. rien... Il te demandait, il sanglotait. Alors, je me suis permis...
NANA
Tu sanglotais, mon trésor? Attends, conte-moi ça.
Elle s'assoit et le prend sur ses genoux.) Tu avais doilC du chagrin?
LOUISET
Oh! oui... Tu ne venais plus. Il y a si longtemps!
MADAME LERAT
(Juinze jours.
NANA. stupéfaite.
Allons donc ! quinze jours !... (Désespérée.) Mais c'est vrai ! mais c'est très mal!... On n'a pas une minute. Hier encore, je partais, j'allais chez vous, lorsque Blanche est venue me prendre pour un dîner... (Baisant coup sur coup i.ouiset... Tiens! tiens ! voilà pour ces quinze jours! (Elle le
serre dans ses bras, le berce doucement et continue à voix basse, oubliant
les autres.) Tu m'en veux?
LOUISET
Méchante maman ! méchante maman !
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NANA
Non, ne dis pas ça, tu me ferais pleurer... Si tu savais ! Je t'aime bien, je voudrais toujours te tenir ainsi. Ce serait si bon!... Tu n'es pas souffrant, au moins? Tu n'as bobo nulle part? Il ne faudrait pas me le cacher.
LOUISET
Méchante!
NANA, l'interrompant.
Non, mon amour... (On entend des éclats de rire et des chocs de verres dans la salle à manger.) C'est insupportable ! Zoé , fais-les donc taire!... (A Louiset. reprenant sa toîx douce.) Écoute, j'irai
tous les jours.
LOUISET
Oh ! tu m'as déjà dit ça.
NANA
Bien vrai, je te le jure... Et je te porterai tout ce que tu voudras.
LOUISET
Des macarons.
NANA
Oui, et des joujoux.
LOUISET
Un cheval... Ah! tu n'es pas méchante! Je t'aime bien,
aussi ! (Il se jette à son cou et l'embrasse.)
NANA, très émue.
Mon pauvre enfant! mon pauvre enfant! (Elle le tient un
moment embrassé.)
MADAME MALOIR , bas à Zoé.
Elle est bonne mère.
Oui, des fois.
LOUISET, à sa mère.
Tu vois, je ne suis plus triste... Dis, tu veux bien que
je jolie? (Il se laisse glisser de ses genoux et court daus le salou, en lan- >-ant sa balle.)
NANA
Jolie, mon Chéri. (Se levant, à madame Maloir.) On ne VOUS
voit plus, ma chère Maloir.
MADAME MALOIR.
Tout ce luxe me gêne un peu.
MADAME LERAT
Le cœur de ma nièce n'a pas changé.
NANA
Bien sûr... Venez faire votre partie, une de ces aprèsmidi. Et, d'ailleurs, pourquoi ne resteriez-vous pas avec nous, ce soir? Tous connaissez ces dames et ces messieurs. Entrez donc boire un verre de Champagne.
MADAME MALOIR.
Ma foi, je VeUX bien. (Elle entre dans la salle à manger. A ce moment, Louiset, en jouant avec sa balle, atteint une potiche, qui tombe à terre et se brise avec fracas.)
LOUISET
Oh! maman! maman!
Qu'est-ce qu'il y a?
ZOÉ , ramassant les morceaux.
Pardi! c'est cette potiche qu'il a brisée!
MADAME LERAT
Petit malheureux!
LOLTSET, sanglotant.
Je ne l'ai pas fait exprès.
NANA
Voyons, grosse bête, ne pleure donc pas! Est-ce que je
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te gronde?... Tu as bien fait de la casser, cette vilaine
potiche... Tu Vas Voir. (Elle casse l'autre.) LOUISET, très joyeux.
Oh! maman! que c'est amusant!
zoé.
11 est gai, ce petit-là !
MADAME LERAT, à Xana.
Heureusement qu'il ne vient pas souvent ici. Il serait commode à élever.
> axa .
Laisse donc! Est-ce que j'ai été élevée, moi! Je désire qu'il soit content, mon petit homme... (Bruits dans la salie à manger.) Les voilà, maintenant! Quelle vie!... Allons, vite, partez! Je ne veux pas que tout ça voie ce mignon. (Elle
pousse madame Lerat et Louiset devant elle. Zoé sort, en emportant les débris, de la potiche.)
LOUISET
Tu viendras demain?
NANA
Oui, demain... Au fait, non! Demain, je déjeune chez Lucy... Après-demain.
LOUISET
Et tu n'oublieras pas les macarons ni le cheval?
NANA
vil:
Sois tranquille. (Le prenant dans ses bras et le baisant coup coup.) Tiens! tiens! VOilà pour attendre 1 (Elle remet Louiset à madame Lerat qui remmène.)