LES MÊMES, POMARÉ
POMARÉ
Pardon... excuse...
LA FALOISE.
Tiens ! la chiffonnière de tout à l'heure.
NANAj à Pomaré.
Que voulez-vous?
POMARÉ
Excuse, mesdames et messieurs... C'est par rapport à ce jaunet. Peut-être bien que vous avez cru donner vingt sous. Alors, comme on a beau crever de faim et qu'on est honnête tout de même...
Non, gardez !
Gardez, gardez !
LA FALOISE.
STEINER, répétant.
POMARE.
-Merci bien. Que Dieu vous le rende!... Je vois que vous êtes de braves dames et de braves messieurs. Quand on s'amuse, on a toujours bon cœur.
NANA, à demi- voix.
Renvoyez-la.
LUCY, riant.
Mais non, elle est très drôle... Nana qui tremble !
POMARÉ
Nana... (Elle descend en scène.) Attendez donc ! on parle de vous. Ah! c'est vous, la maîtresse d'ici... Eh bien! ma petite, il y a quarante ans, nous aurions rigolé ensemble. Hein! ça ne paraît guère aujourd'hui, avec ma toilette. Mais c'est comme je vous le dis. On m'a mise dans une chanson, telle que vous me voyez, (chantant.)
Pomaré, Maria, Mogador et Clara...
Pomaré, c'est moi! Je suis votre ancêtre, mes amours!
NANA. 887
LA FALOISE.
Bigre! elle a du galbe, la vieille!
MADAME MALOIR.
Pomaré !... Oh ! comme elle est décatie !
NANA, reculant, a demi-voix.
dette femme me fait peur.
POMARÉ, prenant le milieu.
Oui, j'ai été reine, la reine Pomaré!... Et si vous m'aviez vue, portée en triomphe dans les bastringues ! Moi aussi, j'ai ruiné des hommes ; moi aussi, j'ai eu des chevaux, des voitures, desdiamants... (D'un* voix qui s'assombrit.) Puis, un jour, des fièvres m'ont travaillée; et, au bout de six mois, j'étais comme ça, si jaune et si laide, que les gamins me jetaient des pierres, dans les rues... (a Nana.) Faut pas crâner, ça peut te prendre !
NANA, terrifiée.
Pieu voyez-la, renvoyez-la.