ML FF AT
Mais la fin de tout cela ?
NANA
Lès créanciers seront payés, puisqu'ils font vendre l'hôtel.
MUFFAT
Et VOUS?
Moi?... Oh! ne vous inquiétez pas de moi. Je trouverai toujours. Peut-être quitterai-je Paris. J'irai en Egypte ou en Russie.
MUFFAT
Ce n'est pas sérieux... Voyons, vous me disiez hier:
« Si j'avais cinquante mille francs, quel petit nid je m'arrangerais! »
NANA
Sans doute.
Mi: FF AT.
Et je n'ai plus rien, et je suis ruiné;... (Avec un éclat de désespoir.) Ah! tenez, la honte me prend pour vous et pour moi! C'est une existence abominable que nous menons ensemble, depuis trois mois bientôt. Jai dû donner ma démission, j'ai rompu tous mes liens de famille, je me suis mis hors du monde : on chuchote, on me montre au doigt, quand je passe. Et tout cela pour vivre ici, dans des querelles et dans de continuelles blessures, au milieu d'habitudes et de gens qui me répugnent... Non, non, le dégoût m'étouffe à la fin. je ne puis en supporter davantage!
NANA
Mon Dieu ! mon cher, puisque vous vous apercevez que cette existence est insupportable, j'en suis très heureuse... Je n'osais vous le dire, parce que je suis bonne fille. Mais j'avoue que j'en ai par-dessus la tête, oh! plus que vous, certainement.
MUFFAT, à voix plus liasse.
Allons! voilà que la réalité se dresse. On croyait à une éternité de joie, et c'est dans ce cloaque que l'on s'est jeté!
NANA, continuant.
Donc, rien n'est plus simple. Reprenons chacun notre liberté, cela m'arrange... Du moment que vous ne m'aimez plus, et que je ne vous aime plus...
MUFFAT, repris.
Tu ne m'aimes plus?
NÀNA. 29Î
NANA
Au point de franchise où nous en sommes, je confesse même que je ne vous ai jamais aimé.
MUFFAT
Tu ne m'as jamais aimé?
NANA
Vraiment, mon cher, vous finissez par me faire de la peine, avec votre manière de ne pas comprendre la situation... Je n'ai pas calculé votre ruine, moi. C'est vous qui vous êtes entêté, à mon grand regret, je vous assure... Il vaut mieux en finir. Cette fois, quittons-nous.
MUFFAT, désespéré.
Mais quelle puissance as-tu donc sur moi! Tu ne m'aimes pas, je le sais, et quand tu me le dis, une rage me prend de t'aimer encore et toujours.
NANA
Oh! mon cher, pas de phrases, je vous en supplie. Vous êtes exaspérant. Lâchons-nous une bonne fois... Tenez! je préfère être franche. J'en aime un autre, et il est jeune, et il est beau!... Là, maintenant, la porte est ouverte !
MUFFAT
J'ai tout fait pour toi, je me suis plié à toutes tes volontés, jusqu'à donner ma fille à un de tes anciens amants; et voici la punition de cette infamie... Oh! tu ne me chasserais pas, si j'étais riche encore ; mais je ne possède plus que l'hôtel de la rue Miromesnil,et, pour le vendre, il me faut la signature de la comtesse... Non, c'est impossible, ne me demande pas de m'avilir à ce point.
NANA, hors d'elle.
Mais, encore une fois, je ne vous demande rien! Je vous prie de me laisser tranquille, voilà tout!... C'est
moi qui m'en vais, puisque vous vous entêtez à m'imposer votre présence... Et ne remettez plus les pieds chez
moi ! AdieU ! (Elle sort violemment.)