‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 162 sur 239 · JOSSERAND. CAMPARDON, OCTAVE · texte numérisé non relu

JOSSERAND. CAMPARDON, OCTAVE

CAMPARDON

Mon cher monsieur Josserand, nous vous dérangeons.

IOSSERAND.

Mais nullement, mon cher monsieur Campardon.

CAMPARDON

Si, si. à une heure si avancée! C'est que j'avais hâte de vous présenter mon jeune ami, monsieur Octave Mouret. dont je vous ai parlé.

JOSSERAND, serrant la main d'Octave.

Enchanté, monsieur, de faire votre connaissance.

OCTAVE

Monsieur, tout le plaisir est pour moi.

CAMPARDON

Oui, il est arrivé cette après-midi... Et, si nous sommes assez indiscrets pour tomber ainsi chez vous, la faute en est un peu à madame Josserand, que nous avons rencontrée tout à l'heure, comme elle partait en soirée, avec vos demoiselles. Elle a bien voulu nous dire que

vous étiez seul et que nous vous causerions le plus grand plaisir, en venant de la sorte vous surprendre.

JOSSERAND

Certes, elle a eu là une heureuse inspiration... Mais

aSSeyez-VOUS donc, messieurs... (Tous les trois s'assoient. A

octave.) Alors, vous voici dans notre grande ville?

OCTAVE, souriant.

Mon Dieu! oui, monsieur.

CAMPARDON

Et bien décidé à la conquérir. Ah! vous ne connaissez pas le gaillard !

JOSSERAND

Monsieur est du Midi?

CAMPARDON

Oui, de Plassans, comme ma femme, dont il est un peu le cousin. Il débarque de Marseille, où il était dans la nouveauté, et je le fais entrer dès demain chez les Hédouin.

JOSSERAND

Au Bonheur des Dames, une vieille maison, honnête et solide... Vous voilà en marche pour la fortune, monsieur.

OCTAVE, gaiement.

J'y compte bien ... Il y a des années que je rêve d'être à Paris. On ne se bat et on ne triomphe qu'à Paris. Mais je ne voulais pas m'y risquer, sans avoir une petite somme que je m'étais fixée, cinq mille francs...

CAMPARDON, l'interrompant.

Il a le génie du commerce... Racontez donc à monsieur Josserand comment vous les avez gagnés, vos cinq mille francs.

octave. *

Gela ne peut intéresser monsieur^

Je vous en prie.

OCTAVE

Oh! une misère!... Imaginez-vous que mes patrons avaient une indienne pompadour, un ancien dessin, une merveille. Personne ne mordait, c'était dans les caves depuis deux ans... Alors, comme j'allais faire le Var et les Basses-Alpes, j'eus l'idée d'acheter tout le solde à très bas prix et de le placer pour mon compte. Un succès fou. monsieur! Les femmes s'arrachaient les coupons. Il n'y en a pas une, aujourd'hui, qui n'ait là-bas de mon indienne sur les épaules... (Riant.) Il faut dire que je les roulais si gentiment!

CAMPARDON, émerveillé.

Un vieux rossignol! Ah! il a les femmes pour lui, il ira loin!... (Prenant une voix grave.) Seulement, en l'installant dans la chambre qu'il va occuper sur la cour, je le lui ai signifié nettement : Faites ce que vous voudrez au dehors, mais respectez la maison. Surtout, n'amenez pas de femme, parce que, si vous ameniez une femme, ça ferait une révolution.

JÛSSERAND.

Monsieur va habiter ici. Je l'en félicite.

CAMPARDON

Entendez-vous monsieur Josserand, Octave? Il vous répétera ce que je vous ai dit... La rue de Choiseul n'a pas une maison plus honorable. Et d'une moralité! Jamais un mot, jamais de bruit. Du reste, rien que le choix des locataires prouve assez...

JOSSERAXD, ^interrompant.

Tous des gens riches et comme il faut.

CAMPARDON, reprenant.

Au premier, le propriétaire, monsieur Dulaurier, un

conseiller à la cour, le plus digne des magistrats, marié à une femme très distinguée, qui a un talent extraordinaire sur le piano.

JOSSERAND, continuant.

Au second, le beau-frère de monsieur Dulaurier, monsieur Auguste Yabre, un jeune homme tranquille, auquel appartient la spécialité de soieries du rez-de-chaussée.

CAMPARDON

Puis, il y a moi au troisième, et vous au quatrième, monsieur Josserand; et, certes, sans nous vanter, nous sommes de bons pères de famille... Enfin, une maison modèle. Respectez-la, Octave.

OCTAVE, riant.

Soyez tranquille... Elle est superbe, d'ailleurs. L'escalier est d'une magnificence, les appartements sont d'un luxe de décor!

CAMPARDON

Oui, oui, ça fait de l'effet... On vernit l'escalier à trois couches, on dore et on peinturlure les appartements, et ça flatte le monde... Eau et gaz à tous les étages, escalier chauffé, tapis jusqu'au quatrième, enfin tout le confortable possible.

OCTAVE, riant.

Sans compter le concierge qui est d'une tenue!

JOSSERAND

Monsieur Gourd! c'est l'honorabilité même de la maison!

CAMPARDON

Vous savez qu'il a été valet de chambre chez le duc de Vaugelade.

OCTAVE

Ah! bah!

CAM TARPON.

Parole d'honneur!... Puis, il a épousé la veuve d'un huissier de Mort-la-Ville, et ils attendent d'avoir trois mille livres de rentes pour se retirer. Tout ce qu'il y a de plus convenable comme concierge... Essayez d'amener des femmes, et vous verrez comment monsieur Gourd les accueillera!

OCTAVE, riant.

C'est entendu, je ne recevrai pas même ma blanchisseuse. On entend le timbre de Tantichambre.)

CAMPARDON, se levant ainsi qu'Octave.

Voici ces dames, sans doute.

JOSSERAND, se levant.

Oh! non. il est encore de trop bonne heure... Je suis vraiment surpris...

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