SCENE III
BERTHE, OCTAVE, RACHEL, FIFI, MADEMOISELLE MENU. UN GARÇON. DEUX COMMIS, CLIENTES.
RACHEL
Madame veut-elle que je lui mette son manteau?
BERTIIE.
Non, posez-le là... Ma mère doit me prendre en des cendant.
Ui TR(»IS PIÈCES.
RACUEL, après avoir posé les effets sur une chaire.
Est-ce que Madame n'a rien autre chose à me dire ?
BERTHE
Attendez-moi. Je ne rentrerai pas tard... Allez'
RACUEL.
C'est que, madame...
BERTHE
Qu'y a-t-ïl ? Toutes, deux sont à l'avant-scène. Octave écoute, en feignant de s'occuper.)
RACHEL, à demi-voix.
Madame avait promis de] me rendre aujourd'hui mon argent.
BERTHE, embarrassée.
Les deux cents francs que vous m'avez prêtés... Ma pauvre fille, il faudra que vous ayez l'obligeance d'attendre encore un peu.
RACHEL
C'est bien désagréable. Voilà un mois que j'attends... Certes, j'ai confiance en Madame, mais je n'ai pas l'habitude de servir dans des maisons où l'on emprunte de l'argent aux domestiques... Si j'ai obligé Madame, c'est que Madame me faisait de la peine, toujours sans un sou, tremblant toujours de voir tomber ses factures entre les mains de son mari... Cependant, si Madame ne peut décidément pas me rembourser, il faudra bien que je m'adresse à Monsieur.
BERTHE. terrifiée.
Vous ne ferez pas ça.
RACUEL.
Je ne suis qu'une pauvre fille, je ne peux pas perdre... Ce qui me parait drôle, c'est que Madame remue du matin au soir de l'argent, dans sa caisse, et qu'elle ne puisse seulement pas rendre ce qu'elle doit.
Êtes -vous folle? Vous savez bien que Monsieur arrête lui-même les comptes chaque jour.
RACHEL, plus Ijas.
Une dame qui sait s'arranger, trouve toujours de l'argent.
BERTHE
Taisez-vous!... Je vous payerai demain.
RACHEL, durement.
Madame fera bien... (Haut, très respectueuse.) J'attendrai que Madame soit rentrée, puisque Madame le désire...
(En montant le petit escalier, à part.) C'est encore honnête , ça
ne sait pas faire. Je file demain. Rien à gagner, dan*
Cette baraque ! (Elle disparait. Le magasin s'est vidé peu à peu.