‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 211 sur 239 · SCÈNE XIII OCTAVE. AUGUSTE · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII OCTAVE. AUGUSTE

AUGUSTE

Onze heures sont sonnées, pourquoi ne ferme-t-on pas?

OCTAVE

C'est que je vous attendais, monsieur. Et comme madame est sortie...

AUGUSTE

Gomment! madame est sortie! A quelle heure? pour

aller où?

OCTAVE

Elle est allée avec sa mère au sermon de l'abbé Mauduit.

AUGUSTE

Avec sa mère, toujours avec sa mère!... Je le lui avai< défendu. C'est épouvantable, épouvantable!

J'ignorais, monsieur.

AUGUSTE

Sans doute, ça ne vous regarde pas... Mais vous êtes des nôtres, maintenant. Vous voyez ce qui se passe... Je rentre exténué, malade...

OCTAVE, obligeamment.

Vmis avez votre migraine?

AUGUSTE

Un commencement seulement, rien qu'une petite barre dans l'œil droit... Je sors furieux de cette réunion de créanciers...

OCTAVE

Alors, la faillite Levasseur tourne mal?

AUGUSTE

Vingt mille francs de perdus... Et, quand je rentre, le magasin est ouvert comme une halle, tous les becs de gaz brûlent, madame est sortie!... Non, non, ça ne peut

pas durer davantage ! (Il se promène furieusement et s'installe un

instant à la caisse.)

OCTAVE, doucement.

La vente a bien marché, aujourd'hui... Nous avons reçu les soies de Lyon... Il faudra écrire pour les velours noirs qui vont manquer.

AUGUSTE, qui ne Ta pas écouté.

Onze heures et demie... Vous dites qu'elles sont allées?

OCTAVE

Au sermon, à Saint-Iloch.

AUGUSTE, quittant la caisse.

Mais, sacrebleu! les sermons ne durent pas jusqu'au lendemain... Où peuvent-elles être, je vous le demande!

octave.

Peut-être sont-elles montées faire une visite.

AUGUSTE

Si tard?... (Le regardant eu face.) Je crois qu'on se liehe de moi.

OCTAVE

Oh! monsieur Vabre, quelle idée! C'est impossible!

AUGUSTE

Parole d'honneur! on se fiche de moi.

OCTAVE

Je vous assure que je ne vois rien ici qui puisse justifier une pareille pensée. Madame Yabre est l'honneur même et elle vous aime.

AUGUSTE

Vous êtes certain de cela? Vous seriez assez mon ami pour m'avertir. si vous vous aperceviez d'une atteinte à ma dignité?

Comptez sur moi.

AUGUSTE

Tenez ! vous êtes un brave jeune homme. Je m'applaudis chaque jour de vous avoir arraché à mon rival, le Bonheur des Dames. Quand je ne serai pas là, mon cher Octave, je vous confie ma femme, voulez-vous?

OCTAVE

Je veux bien, monsieur.

AUGUSTE, lui serrant la main.

Merci... (Comme s'éveillant en sursaut.) Bientôt minuit! Je

vous dis qu'on se fiche de moi! Je le sens, ma migraine augmente... Joseph! Joseph! Où est-il. cet animal?... (Le

garçon de magasin paraît.) Éteignez tout ! fermez tout ! . . . A Octave.)

Quand des femmes ne sont pas rentrées à minuit, elles

COUChent dehors ! (Le garoon sort pour fermer la devanture métallique

-lu magasin.)

OCTAVE

Moi, monsieur, je veille encore un peu, pour mettre les livres au courant.

AUGUSTE

Gomme vous voudrez... (Criant.) Allez donc, Joseph!... ipius bas.) Il n'y a que les dévergondées qui traînent dans

les rues à Cette heure! (Octave a disparu, dans le foud. Le tablier métallique du magasin se ferme en trois fois, avec un grincement terrible; et. comme madame Josserand paraît, le premier bruit se produit sur sa tête.)

POT-BOUILLE. i3o

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