SCÈNE III OCTAVE, seul
OCTAVE
Eh! bon voyage!... Elle a toujours un air pincé, cette Rachel ! Cela ne m'amusait déjà pas tant, de lui donner cette somme, par prudence. Tant mieux si elle l'a trouvée ailleurs !... (Regardant la pendule.) Jamais dix heures n'arriveront. Les minutes vont être des éternités. Que faire pour
attendre? Tâchons de lire... (Il prend un livre et s'assoit dans
le fauteuil.) Il est stupide d'invraisemblance, ce roman. Je le prêterai à madame Pichon... rn la ouvert, mais nie laisse
retomber aussitôt, et il continue, dans un rêve.) Hier, Bertlie avait
une robe mauve qui la rendait charmante. Comme elle passait derrière le comptoir des velours, j'ai pu lui poser un baiser sur les cheveux... [Se levant.) Une idée! Je vais mettre la clef en dehors. Elle n'aura pas besoin de frapper. . . (Il met la clef en dehors et revient s'asseoir près du guéridon.) Ah !
que les soirées sont longues, passées de la sorte, à attendre la femme adorée! On tressaille au moindre bruit. Rien. C'est le vent qui passe. Et le sang bout dans les veines, et ces heures d'attente finissent par exaspérer. On embrasserait les grandes ombres que les flammes du foyer font danser au plafond... s-Mevant. Voyons,soyons sage, n'achevons pas de nous rendre fou. Il faut lire... (n ouvre
de nouveau le livre. Un silence. On frappe. C est elle !