OCTAVE.. MARIE
MARIE, entrouvrant la porte et ne passant que la tête.
C'est moi, mon voisin.
OCTAVE
Madame Pichon!
MARIE
J'ai vu de la lumière sous votre porte, alors je me suis permis... Voilà votre livre, que je vous rends. (EUe a ouvert
la porte toute grande, mais elle reste sur le seuil.) OCTAVE.
Vous n'entrez pas?
MARIE
Non, merci... Mon mari est encore retourné à ses écritures, et je ne l'attends guère avant minuit. Si vous étiez assez aimable pour me prêter un autre roman, je le commencerais tout de suite... Je m'ennuie trop, dès que je ne lis plus.
octave.
Entrez donc. Une minute seulement... Nous n'allons pas, je pense, échanger des volumes dans l'escalier... Est-ce que vous avez peur?
MARIE
Peur, oh ! non. Pourquoi aurais-je peur? Vous me dites toujours que vous m'aimez. On ne fait pas du mal aux femmes qu'on aime... Tenez! j'entre, vous voyez bien... (Elle entre et referme la porte.) Je craignais simplement de vous déranger.
OCTAVE
Nous disons donc que vous avez terminé Mauprat ?
MARIE
Oui, monsieur Mouret.
OCTAVE, devant la bibliothèque.
Qu'est-ce que je vais vous prêter, cette fois? la Cousine Bette, de Balzac?
MARIE , vivement.
Oh! non, non, pas du Balzac! Vous m'en avez donné un, l'autre jour, et je n'ai pas pu le finir.
OCTAVE
Pourquoi donc?
MARIE
Ça ne m'a pas amusée, ça ressemble trop à la vie.
Alors, du Walter Scott. Voici ce qu'il vous faut :
fvanhoé. Il lui remet le volume.)
MARIE
Que yods êtes aimable!... Au revoir, je ne veux pas
vous importuner davantage.
OCTAVE, regardant la pendule, à part.
Onze heures. Berthe ne viendra pas... (Haut.) Madame Pichon! restez donc, puisque personne ne vous attend chez vous... Vous m'aviez promis de me dire vos impression-.
MARIE
Un autre jour.
OCTAVE , gaiement.
Je vous préviens que je vais employer la force... (il lui prend les mains.) Mais vous êtes gelée ! Vos petites mains sont toutes froides.