HABIB
Je vais vous dire... La fin de cette histoire me passionnait tellement, que j'ai laissé mourir mon feu... Je frissonne un peu.
OCTAVE
Et vous croyez que je vous permettrai de retourner dans ce froid de loup, sans que vous vous soyez réchauffée ici ! Il lui tient toujours les mains, et la mène doucement jusqu'à la cheminée.'
MARIE
C'est vrai, il fait très bon chez vous, monsieur Mouret.
OCTAVE
Vous allez vous asseoir dans ce fauteuil et me faire le plaisir de chauffer vos petits pieds.
MARIE
Oh! IlOn, pas dans Ce fauteuil!... (Debout devant la cheminée et présentant les pieds à la flamme.) Voyez, Cela me suffît.
OCTAVE
Vous voulez donc me chagriner?., (il la prend et rassoit.) Là, n'ôtes-vous pas bien?... Il vous attendait, ce fauteuil.
MARIE, riant.
Etes-vous menteur ! Vous ne saviez pas que j'allais venir... (Montrant les violettes.) Et ce bouquet, il m'attendait aussi?
OCTAVE, vivement.
Mais oui! elles sont pour vous, ces violettes. Je vous jure que je les ai achetées en pensant à vous... Vous ne me ferez pas la peine de les refuser, (il lui donne le bouquet.)
MARIE
Merci, j'aime tant les fleurs!... (Rêvant.) J'aurais voulu vivre à la campagne. Tenez ! ce qui me ravit, dans Mauprat, c'est la forêt où ça se passe, c'est le grand jardin du château où Edmée et Bernard se font des déclarations... Hein? comme ils s'adorent, ces deux-là!
OCTAVE, penché vers elle.
C'est si bon de s'adorer!
MARIE, continuant.
Elle est plus belle que le jour, et il est très beau, lui aussi, mais d'une beauté sauvage, parce que c'est plus séduisant chez un homme. Puis, ils ont toutes sortes de peines délicieuses, on croirait qu'ils vont se battre, quand ils finissent par s'embrasser... Moi, j'ai rêvé souvent des choses comme ça. Il m'arrivait des histoires!
OCTAVE, assis près délie sur un pouf.
Si vous vouliez, il en est temps encore... Vos mains sont toujours glacées, donnez-les-moi. (il s'en empare.)
MARIE
C'est quand j'ai fermé ce livre et que je me suis vue
seule, il m'a pris Un grand frisson... (Octave lui baise les mains.)
Ne m'embrassez pas comme ça. Je ne veux pas, c'est mal.
OCTAVE, sans la lâcher.
Pourquoi donc est-ce mal?
MARIE, très émue, souriante.
Si vous croyez que je ne sais pas vos affaires. Il y a une certaine dame, ici, dans la maison... Oh! je ne la nommerai pas, cela vous contrarierait... Soyez raisonnable seulement. A quoi bon me tourmenter ainsi, quand vous en aimez une autre?
OCTAVE, tombant à genoux.
Mais c'est vous que j'aime, Marie î
MARIE, faiblement.
Laissez-moi.
Si vous pouviez m'ouvrir le cœur, vous verriez si je mens... Je t'aime, je n'aime que toi. Dans ce moment, vois-tu, je donnerais ma vie pour te garder ainsi, à moi tout entière... Tu consentirais, n'est-ce pas?
MARIE, défaillant.
Octave...
OCTAVE
Marie, je n'en ai jamais aimé d'autre ! (il la baise passionnément sur les cheveux. Un temps.)
MARIE, se levant.
Il faut bien que je parte... Je prends mon bouquet. Ah! et mon livre que j'oublie!
OCTAVE
Vous n'êtes pas fâchée?
MARIE
Non, mais ce n'est pas bien tout de même, à cause de cette dame... (a la porte.) Au revoir.
OCTAVE, tendrement.
Au revoir.
(Marie sort.)