GERVAISE, MADAME BOCHE
MADAME BOCHE, entrant.
Bonjour, madame Lantier.
GERVAISE, se retournant.
Ah! c'est vous, madame Boche.
MADAME BOCHE
Vous prenez l'air de bien bonne heure; il fait pourtant un peu frisquet, ce matin... Et monsieur Lantier, est-ce qu'il est déjà sorti?
GERVAISE. embarrassée.
Oui. Il avait un rendez-vous avec un maître chapelier, pour une affaire.
MADAME BOCHE, à part.
C'est bien ce que je croyais! Il n'est pas rentré. (Haut.) Ah ! dame ! quand on est dans les affaires, on n'est pas maître de son temps. C'est ce que je répète à Boche, qui voulait se lancer dans l'industrie. Je lui dis : « Restons concierges ! Nous avons une bonne loge, et les raccommodages nous rapportent assez pour nous offrir des douceurs. » Le seul désagrément, c'est que nous ne pouvons aller ensemble dans le monde : il faut toujours que l'un de nous deux soit en faction... Et c'est moi qui sors. (Voyant
Gervaise se remettre à la fenêtre. Mais que TCgardeZ-VOUS dOllC
comme ça, dans la rue? Est-ce qu il s'y passe un événement ?
GERVAISE
Non. madame Boche.
MADAME BOCHE, à part.
Elle guette son mari, bien sûr. (Haut.) C'est ce matin que vous allez au lavoir, n'est-ce pas?
GERVAISE
Oui, en effet.
MADAME BOCHE
Moi aussi. Je vous garderai une place à côté de moi, et nous jaboterons un peu.
GERVAISE
Certainement, avec plaisir, madame Boche.
MADAME BOCnE, voyant Gervaise se remettre à la fenêtre.
Dites donc, ma petite, vous feriez mieux de ne pas rester là, vous prendrez du mal.