‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 52 sur 239 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MADAME BOCHE, GEKVAISE ,

MADAME BOCHE

Hein! vous êtes dans tous vos états?

GERVAISE

Dame ! c'est le moment du coup de feu.

MADAME BOCHE

Il y a loin d'aujourd'hui à ce terrible jour, voici bientôt six mois.

GERVAISE

Oui, l'accident arrivé à mon pauvre homme.

MADAME BOCHE

Ah! vous avez passé par de vilains moments.

GERVAISE

Heureusement, nous avions des économies, Coupeau n'a manqué de rien... Puis, quand le tiroir a été vide, nous avons trouvé de bous cœurs.

MADAME BOCHE

Vos voisins, monsieur Gouget et sa mère.

GERVAISE

Monsieur Gouget s'est conduit comme un frère pour nous... Et, plus tard, c'est grâce à lui que j'ai pu m'établir ici. Cette boutique, c'était mon rêve.

Enfin, vous êtes heureuse?

GERVAISE

Oui, bien heureuse, bien heureuse,

MADAME BOCnE.

Tous ne dites pas ça gaiement.

GERVAISE

C'est qu'il n'y a point de joie complète.

MADAME BOCHE

Votra mari se dérange?

GERVAISE

Oh! je ne me plains pas. Sans doute, autrefois, il m'avait juré de ne jamais boire. Enfin, il n'est pas mauvais pour moi, jusqu'à présent.

MADAME BOCUE.

Vous avez peur pour plus tard... Une fois que l'eau-devie s'est emparée d'un homme !

GERVAISE

Tenez! ne parlons pas de ça aujourd'hui! Pour avoir la paix dans son ménage, il faut qu'une femme en supporte un peu.

MADAME BOCUE, à part.

Je crois que ce n'est pas le moment de lui parler de ce propre à rien de Lantier, que j'ai vu traîner dans le quartier. Faut la laisser tranquille. Haut.) Dites donc, combien serons-nous à table?

GERVAISE

Nous serons douze.

MADAME BOCHE

Eh bien! nous serons quatorze, si vous voulez.

GERVAISE

Comment ça?

MADAME BOCHE

Telle que vous me voyez, madame Gervaise, je suis chargée d'une ambassade... Oui, de la part des Lorilleux, avec qui vous êtes brouillés depuis deux mois.

GERVAISE

Ah! les Lorilleux!

MADAME BOCHE

Ils demandent à se raccommoder avec vous.

GERVAISE

Ils se sont bien mal conduits, pendant la maladie de Coupeau.

MADAME BOCHE, insistant.

Voyons, à l'occasion de votre fête.

GERVAISE

Je sais bien qu'on ne peut pas rester toujours brouillés dans les familles.

MADAME BOCHE

Et puis, ils crèveront de jalousie, en voyant votre dîner.

GERVAISE, riant.

Alors, ça me décide. Amenez-les, madame Boche. Tenez ! passez par la cuisine, vous serez plus vite chez vous...

Et à Sept heures précises, n'est-Ce pas ?(Madame Boche sort.— Gervaise revient à la table.) Oh! CCS Lorilleux, des pillgres qui

s'enferment chez eux, quand ils mangent un bon morceau, de peur d'être obligés d'en offrir... Voyons, il va

falloir deux COUVertS de plus. (Elle arrange le couvert.)

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