SCÈXE IV GERVAISE. GOUGET
GOUGET, entrant avec un superbe rosier.
C'est moi, madame Gervaise, je ne vous dérange pas?
GERVAISE, avec joie.
Monsieur Gouget... Ah! vous êtes le premier.
GOUGET
C'est que nous ne pouvons venir dîner ce soir... Alors, j'ai voulu vous apporter...
GERVAISE
Comment! vous ne venez pas dîner... C'est impossible! Votre mère m'avait promis.
Il faut nous excuser, maman est un peu souffrante.
GERVAISE, avec intérêt.
Souffrante !
GOUGET
Rien d'inquiétant, je vous assure.
GERVAISE
Mon Dieu ! que cela me fait de la peine ! Voilà tout mon plaisir gâté.
GOUGET, hésitant.
Alors, j'ai voulu vous apporter... si cela ne vous fâche pas...
GERVAISE, souriant.
Non, non, cela ne me fâche pas.
GOUGET
Je vous souhaite une bonne fête, madame Gervaise. (il
lui donne le rosier.)
GERVAISE, souriant.
Eh bien, c'est tout?
GOUGET, répétant.
Une bonne fête. (Elle a tendu la joue, il hésite, finit par l'embrasser. Tous deux restent saisis et embarrassés. Un silence.)
GERVAISE, se remettant.
Il est superbe, votre rosier. Je vais le mettre là, sur la table, à la place d'honneur... Que je suis contrariée que vous ne puissiez venir, vous à qui je dois tout!
GOUGET
Ne parlons pas de ça.
GERVAISE
Si, si... C'est vous qui m'avez forcée d'accepter les cinq cents francs avec lesquels j'ai pu m'établir. Et cet argent, — votre mère m'a tout conté, — cet argent était destiné à votre mariage. Je me repens souvent de ne pas avoir refusé.
GOUGET, vivement.
Il n'y pas de quoi vous repentir, allez!... Oui, un moment, ma mère aurait désiré... Mais c'est moi qui n'ai plus voulu.
GERVAISE
Vous n'avez pas voulu vous marier, pourquoi donc?
GOUGET
Parce que je n'aurais pas pu.
GERVAISE
Vous n'auriez pas pu ?
GOGUET
Non, j'avais une autre idée en tête.
An . (Nouveau moment d'embarras.)
GOUGET
Oui, une autre idée... Et comme la personne n'est pas libre...
GERVAISE, très émue.
Je ne veux pas connaître vos secrets. Tout ce que je sais, c'est que vous avez été bien bon et que je vous en serai éternellement reconnaissante.
GOUGET
Madame Gervaise...
GERVAISE
Oh! ça, vous ne pouvez pas m'en empêcher.
GOUGET
Assez, je VOUS en prie, (Il s'est approché d'elle, comme s'il allait la prendre dans ses bras, et il se recule vivement, lorsque Nana entre.)