‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 53 sur 239 · SCÈXE IV GERVAISE. GOUGET · texte numérisé non relu

SCÈXE IV GERVAISE. GOUGET

GOUGET, entrant avec un superbe rosier.

C'est moi, madame Gervaise, je ne vous dérange pas?

GERVAISE, avec joie.

Monsieur Gouget... Ah! vous êtes le premier.

GOUGET

C'est que nous ne pouvons venir dîner ce soir... Alors, j'ai voulu vous apporter...

GERVAISE

Comment! vous ne venez pas dîner... C'est impossible! Votre mère m'avait promis.

Il faut nous excuser, maman est un peu souffrante.

GERVAISE, avec intérêt.

Souffrante !

GOUGET

Rien d'inquiétant, je vous assure.

GERVAISE

Mon Dieu ! que cela me fait de la peine ! Voilà tout mon plaisir gâté.

GOUGET, hésitant.

Alors, j'ai voulu vous apporter... si cela ne vous fâche pas...

GERVAISE, souriant.

Non, non, cela ne me fâche pas.

GOUGET

Je vous souhaite une bonne fête, madame Gervaise. (il

lui donne le rosier.)

GERVAISE, souriant.

Eh bien, c'est tout?

GOUGET, répétant.

Une bonne fête. (Elle a tendu la joue, il hésite, finit par l'embrasser. Tous deux restent saisis et embarrassés. Un silence.)

GERVAISE, se remettant.

Il est superbe, votre rosier. Je vais le mettre là, sur la table, à la place d'honneur... Que je suis contrariée que vous ne puissiez venir, vous à qui je dois tout!

GOUGET

Ne parlons pas de ça.

GERVAISE

Si, si... C'est vous qui m'avez forcée d'accepter les cinq cents francs avec lesquels j'ai pu m'établir. Et cet argent, — votre mère m'a tout conté, — cet argent était destiné à votre mariage. Je me repens souvent de ne pas avoir refusé.

GOUGET, vivement.

Il n'y pas de quoi vous repentir, allez!... Oui, un moment, ma mère aurait désiré... Mais c'est moi qui n'ai plus voulu.

GERVAISE

Vous n'avez pas voulu vous marier, pourquoi donc?

GOUGET

Parce que je n'aurais pas pu.

GERVAISE

Vous n'auriez pas pu ?

GOGUET

Non, j'avais une autre idée en tête.

An . (Nouveau moment d'embarras.)

GOUGET

Oui, une autre idée... Et comme la personne n'est pas libre...

GERVAISE, très émue.

Je ne veux pas connaître vos secrets. Tout ce que je sais, c'est que vous avez été bien bon et que je vous en serai éternellement reconnaissante.

GOUGET

Madame Gervaise...

GERVAISE

Oh! ça, vous ne pouvez pas m'en empêcher.

GOUGET

Assez, je VOUS en prie, (Il s'est approché d'elle, comme s'il allait la prendre dans ses bras, et il se recule vivement, lorsque Nana entre.)

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