SCENE IV
COUPEAU. GERYAISE
COUPEAU, voyant que Gervaise est triste.
Qu'est-ce que vous avez ce matin, madame Gervaise? Le bourgeois n'est donc pas là?
GERVAISE, sombre.
Non.
COUPEAU
Il est sorti avant le jour?
GERVAISE
Oui. (Elle éclate en sanglots.) Ah! je suis bien malheureuse !
L'ASSOMMOIR. i5
COUPEAU
Voyons, voyons, qu'est-ce qu'il y a?
GERVAISE
Il y a que Lantier n'est pas rentré hier soir... J'ai passé la nuit à cette fenêtre, à l'attendre et a pleurer.
COUPEAU
Mon Dieu ! faut pas vous désoler!... Vous savez, Lantier s'occupe beaucoup de politique. Peut-être bien qu i est resté avec des amis, à dire du mal du gouvernement. Ça te distrait... Une femme doit être indulgente pour son mari.
GERVAISE, avec explosion.
Mon mari! Est-ce qu'il oserait se conduire de la sorte, si j'étais sa femme!
COUPEAU
Comment! vous n'êtes pas...?
GERVAISE
Écoutez, monsieur Coupeau, je vais tout vous dire. Vous me donnerez peut-être un bon conseil... Non, je ne suis pas sa femme. Mon Dieu! c'est arrive comme ça ar veP toujours... Nous sommes tous deux de Plassans une ville du Midi. Ah! je n'étais pas bien heureuse, allez Pour un oui, pour un non, mon père le vieux Macquart, comme on l'appelait, me flanquait des coups de pied ?aTait voir!... Alors, n'est-ce pas? on songe a prendre un peu de bon temps dehors... Je connaissais Lantier depuis mon enfance. C'était le fils d'une voisine. J avais seize ans, il en avait vingt... Et voilà! et voila! (EUe pleure.,
COUPEAU
Lantier ne se conduit pas bien avec vous?
GERVAISE
Ne m'en parlez pas. Il était gentil pour moi, à Plassans ; mais, depuis que nous avons quitté le pays, je ne peux
plus en venir à bout... Il faut vous dire que sa mère est morte, année dernière, en lui laissant dix-sept cents ranes a peu près. II voulait partir pour Paris Alors comme le père Uacquart m'envoyait toujours des S sansener gare, j'ai consenti à m'en aller avec lui II d! ai m tabln- blanchisseuse et travailler de son état de chapehei Nous aurions été très heureux... Mais vovezvous Lautier est un ambitieux, un dépensier, un homme qu, ne songe qu a son amusement. Enfin, il ne vaut na' grand chose. ,ciul Pas
COUPEAU
Pauvre madame Gervaise !
GERVAISE
En arrivant à Paris, nous sommes descendus à l'hôtel -Montmartre, et ç a été des voitures, le théâtre, une montre pour m. une robe pour moi, car i, n'a pas mauvais cœ quand 1 a de l'argent: si bien qu'au bout de deux mois nous e ions nettoyés... C'est alors que nous sommes venus habiter ici. boulevard de la Chapelle; à iZe Boncœur. et que mon malheur a commencé.
COUPEAU
Allons, vous exagérez peut-être.
GERVAISE
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COUPEAU
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GERVAISE
ni?pSet-eïee!qn'il " *" U"e a"tre' La *rande ™+
COUPEAU
qui vous valût?... Voyons, calmez-vous. Je vais à sa
recherche et je vous le ramène, quand je devrais faire les quatre coins de Paris.
Et votre journée ?
COUTEAU
On peut bien sacrifier quelques heures pour les amis. Ne vous désolez pas, je vous en prie; vous me faites
trop de peine. Ah! Si VOUS Saviez... (Il lui prend la main, la regarde, très ému.) A bientôt, madame Gervaise. (Il sort vivement.)