‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 69 sur 239 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LES MEMES, GERVAISE. puis GOUGET

(Pendant la scène précédente des consommateurs ont rempli 1" Assommoir.) GERVAISE.

Mon Dieu : je n'oserai jamais !

MES-BOTTES, à part.

Pauvre femme ! (Haut.) Que voulez-vous, madame Gervaise ?

GERVAISE

Ah! c'est vous... Si vous saviez! Il y a un quart d'heure que je suis là, à la porte. Jadis, on m'aurait plutôt coupée en morceaux que de me faire entrer ici... Et m'y voilà !

MES-BOTTES

Bien sûr, ce n'est guère la place d'une femme.

GERVAISE

Il faut pourtant que j'entre, puisque mon homme est

ici... Je Veux mon homme ! (Elle s'avance vers Coupeau.) COUPEAU, l'apercevant.

Tiens ! c'est toi... Oh ! elle est rien farce, celle-là, par exemple!

gervaise.

C'est ici qu'il faut que je vienne te chercher... Après toutes tes promesses !

coupeau.

Je vas te dire, c'est les camarades !

GERYAISE.

Il y a deux heures que je t'attends. En ne te voyant pas rentrer, je suis allée au chantier... C'est par hasard que j'ai eu l'idée, en passant, de regarder ici... Allons, viens!

COUPEAU

J' peux pas me lever, je suis collé... Oh! sans blague!

GERYAISE.

Qu'as-tu fait de ta paye?

COUPEAU

Ma paye... On ne nous payera que lundi.

GERYAISE.

Tu mens !... J'ai vu ton patron.

COUPEAU

Je vas t' expliquer...

GERYAISE.

Donne-moi ton argent... Je le veux !

Ah ! tu m'ennuies, à latin!... Je l'ai placé, mon argent.

GERYAISE.

Misère de nous !... C'est fini. Nous voilà retombés, et nous ne nous relèverons plus, cette fois... Moi qui comptais les heures, moi qui ai promis de l'argent dans tout le quartier !

COUPEAU

A Chaillot, les créanciers !

GERYAISE.

Et. veux-tu que je te dise? je n'ai pas mangé de la journée, j'attendais du pain... Allons, viens !

MES-BOTTES, à Coupeau.

Tonnerre ! va donc avec elle, puisqu'elle a faim, cette femme !

COUPEAU, essayant de se lever.

J'peux pas. (a Gervaise.} Assieds-toi une minute... Quand tu feras une scène, à quoi ça avancera-t-il ?

GERVAISE

J'ai faim, entends-tu?

COUPEAU

Bois un coup, ça nourrit.

LANTIER, qui s'est levé.

Un petit verre vous fera du bien.

GERVAISE, le reconnaissant.

Vous!... Ah ! je comprends!

LANTIER, bas à Gervaise.

Je t'avais bien dit que je me souviendrais !

GOUGET, entrant, à Mes-Bottes.

C'est comme ça que tu es à l'ouvrage, toi?

COUPEAU, à Gervaise.

Ne fais pas la bête, t'as du chagrin, avale-moi ça. Tu

n'en auras plus. (Il lui présente un verre.)

GERVAISE, avec une sombre décision.

Au fait, tu as raison. C'est une bonne idée. Comme ça, nous boirons la monnaie ensemble.

(Elle s'assied et porte le verre à ses lèvres.) BIBI ET BEC-SALÉ.

A votre santé !

GERVAISE, après avoir bu.

C'est vrai... Ça réchauffe.

GOUGET, l'apercevant.

Oh ! la malheureuse ! la malheureuse !

(Rideau.)

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